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16 novembre 2017

Journée de la Science à Hauteville-Lompnes

Fête de la Science.

Un peu d’histoire :

Initiée en 1991 par Hubert Curien, ministre de la recherche, la fête de la science ouvre s »es portes pour la première fois. En 1998, le ministre Claude Allège prolonge la manifestation sur une semaine afin que les scolaires puissent en profiter.

En 2006, cette fête atteint sa quinzième année d’existence. Enfin en 2016, pour son quart de siècle, 3000 manifestations sont organisées sur le territoire national, et pour la première fois sur la commune d’Hauteville-Lompnes.

La fête de la Science à Hauteville :

Un public nombreux avait répondu présent pour deux conférences. Il a fallu ajouter des chaises pour accueillir près de 80 personnes.

La première conférence sur l’histoire géologique locale était donnée par Bruno Hugon cautionnée par le géologue Dominique Orbette.

La seconde par Nicolas Vincent sur l’histoire du calendrier ;

Le Maire Bernard Argenti ouvrit la soirée et Dominique Orbette présenta la géologie sur un thème généraliste, il insista cependant sur la collections de minéraux, regroupant des spécimens locaux, classés, répertoriés, avec des pièces superbes très bien mise en valeur par Bruno Hugon collectionneur. Cette exposition servira de base à la conférence qui suivra.

N le maire ouvre la conférence

Un plateau qui n’en  est pas un.

Quelle est sa géologie ?

Il existe sur terre trois sortes de roches, les roches volcaniques-laves et granits-, les roches calcaires composées de sédiments accumulés autrefois au fond des mers et qui au fil de millions d’années se transforment en calcaire et les roches métamorphiques,  moins connues qui peuvent être constituées des deux premières mais qui ont subies des transformations  sous l’effet de fortes pressions et chaleur dans les profondeurs du sous-sol.

Seuls les calcaires composent les roches de notre massif du Jura, un mille-feuilles de près de 2000 m d’épaisseur alternant calcaires massifs et marnes aux fortes proportions  d’argile. Cette formation remonte de 80 à190 millions d’années. Lors de la formation des Alpes, ces couches ont subies une pression  énorme jusqu’à former les fameux plissements qui donnent à notre région ce relief si particulier. L’importance de l’action des glaciers qui ont recouverts plusieurs fois notre massif durant les derniers milliers d’année ont fini de façonner le relief actuel entrainant des dépôts morainiques, importants dans notre Val.

Notons cependant que le Jurassique et son plissement est ainsi reconnu et sert à nommer les roches du monde entier du même âge. Et c’est là qu’apparaissent ces fameux « chapeaux de gendarmes » formant en terme géologique un anticlinal appelé mont, et dans les parties creuses un synclinal appelé en terme Jurassien, Val.

Ainsi le secteur d’Hauteville est compris entre deux vaux, le Valromey et la Combe du Val. Le plateau d’Hauteville n’en est pas un, mais comme ses voisins un val à large fond plat. L’accès au Val d’Hauteville implique obligatoirement de prendre des routes à fortes dénivellations, notamment quand  on accède par la vallée de Charabotte sont certainement à l’origine de cette confusion.

Crêts, Combes et Cluses :

Ces termes sont d’autres particularités de notre massif. Il est possible d’avoir un bel exemple de relief particulier en regardant vers le nord depuis  sur le sommet de Planachat.

N le plateau vue de Planachat

N le paysage de chez nous expliqué

Tous ces plissements  du fait de leur relative plasticité ont entrainé la formation d’importantes fractures. Nous avons alors que l’une d’entre elle très connue des géologues, prend le nom « d’accident Cerdon-Culoz » désignant les deux pays entre lesquels elle se développe et passant au sud du Val d’Hauteville. L’enfoncement de l’Albarine au niveau de la cascade de Charabotte a bien pour origine cette gigantesque fracture.

O Falaises de Charabotte

Datation des dépôts calcaires :

Plusieurs procédés permettent de dater l’âge des dépôts calcaires.

Datation absolue permet par une méthode comparable au carbone 14 mais avec des éléments chimiques tel que l’Uranium Thorium – datation en Million d’années-

Datation relative : elle utilise les fossiles et particulièrement les ammonites dans les calcaires jurassiques. Ces fossiles  « stratigraphiques » sont très variés et évoluent  très rapidement, nous pouvons alors retrouver dans chaque couche des  fossiles d’âge équivalent, un fossile spécifique caractéristique appelé fossile de zone. Ainsi, il n’est plus besoin de faire appel à la datation absolue, couteuse et demandant de gros moyens scientifiques.

N Sublime découverte

 

 

 

Chronologie des fossiles :

L’importante collection de Bruno Hugon sert de base à la suite de la conférence concernant cette chronologie. Le public est très étonné de la qualité et la variété des fossiles issus pour la plupart du Val d’Hauteville et de sa périphérie.

Grottes et gouffres :

La formation des grottes et gouffres est une autre particularité des calcaires.

N Grotte de charabotte

Les grottes naturelles ne se trouvent que dans les roches calcaires ; elles se forment  par les attaques répétées des acides  l’eau de pluie est très faiblement acide, mais cela suffit pour pouvoir au fil des millions d’années élargir les fissures et creuser les grottes. Les failles d’appel au vide (basculement des falaises dans les  vallées sont alors évoquées. Il est possible par exemple côté Dergis de descendre  à près de 100 mètres de profondeur.

D’autres particularités de ces couches sont alors évoquées à savoir leur exploitation en mine de fer ou en carrières souterraines pour le ciment, les pierres marbrières, Celles de Villebois dont le gisement est maintenant épuisé, et bien sûr celle d’Hauteville et Champdor dont l’exploitation est en plein développement.. Pour la petite histoire, on apprendra ce soir-là que les piliers de la mairie d’Hauteville toujours visibles côté parking sont en pierre de Villebois…

Une géologie toujours active.

Les tufs composés de roche « caverneuse » dont la formation très rapide est due aux dépôts de calcaires « digérés » à la sortie des sources, genèse de la création des grottes ; Il existait une carrière de tuf sur la commune, on voit encore des traces de sciage sur cet ancien site.

Les marmites de géant comme le trou de la Marmite sont une autre manifestation de l’action géologique actuelle.N Le trou de la marmite

O les carrières de tuf

 

Pour conclure cette belle manifestation :

Bruno Hugon  exprimera à l’assemblée son souhait de léguer sa collection unique à qui la mettrait en valeur. Cette magnifique collection permettrait de retracer par ces fossiles et autres pièces géologiques l’histoire lointaine de notre belle région. Il proposera pour conclure  à ceux qui le souhaitaient, de venir débattre autour d’une table ou il avait exposé  quelques pièces significatives.

O une belle collection

Le public visiblement très intéressé et conquis a certainement pris note de ne pas ignorer les prochaines journées de la Science.

N et Oillustrations (2)

 

 

 

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14 novembre 2017

Un trophée de plus pour la Ferme Guichard

A Damien Abad remet à Fabrice Barbarin le Trophée Tourisme et Gastronomie

Une nouvelle distinction pour Fabrice Barbarin, le chef de la « Ferme Guichard »

 

En 2012 : Fabrice est promu « Maître Restaurateur » 

A l’époque, la qualité des repas,  l’accueil réservé au client, la compétence du personnel, l’ambiance et le cadre de l’établissement ainsi que l’authenticité et la fraicheur des produits utilisés furent remarqués.

Le titre de «Maître Restaurateur» lui fut donc décerné par arrêté préfectoral.

 

En 2017 : Nouvelle distinction, le trophée de Gastronomie et Tourisme lui est attribué. 

 

Le salon de la gastronomie de Bourg a connu cette année, un véritable succès. Il s’achevait par une grande réception de 200 convives. Le dîner préparé par les chefs  de l’Ain sous la gouvernance de Didier Goiffon  était un véritable régal.

C illustrations pour Soirée Fabrice Barbarin au choix (3)

 

Lors de ce dîner de clôture du Salon de la Gastronomie, sponsorisé par Le Progrès, Aintourisme, la caisse d’épargne, les magasins Leclerc et les cuisiniers de l’Ain,

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six  trophées étaient remis pour signaler l’excellence dans divers domaines : celui de l’innovation alimentaire à Max Daumin pour « la magie des épices », celui de la production Bio à la ferme Cormorèche à Mionnay, celui de Saveur et tradition de l’Ain à la fine fleur des éleveurs de volailles de Bresse, celui du chef de l’année à Christophe Favre de Buellas, celui du meilleur espoir à Mathieu Godard, et celui de Tourisme et Gastronomie attribué à notre compatriote Fabrice Barbarin pour La Ferme Guichard.

C illustrations pour Soirée Fabrice Barbarin au choix (4)

 

Voici une distinction bien méritée, Fabrice est un sympathique ambassadeur pour notre Plateau. Par la qualité et la variété de sa cuisine, par la sympathie de son personnel,  il a su attirer dans son restaurant des clients venus souvent de tout le département et au-delà, puisque les Suisses n’hésitent pas à faire l’expédition de la ferme pour une journée gourmande.

C Ferme guichard en Eté

 

Trip  Advisor est un site web américain qui offre des avis et des conseils touristiques émanant de consommateurs sur des hôtels, restaurants, villes et régions, lieux de loisirs, etc., à l'international. Cet organisme lui a décerné un certificat d’excellence. L’histoire de la Ferme Guichard est très ancienne.

 

Qui aurait pu imaginer que La Ferme Guichard devienne un jour un lieu de gastronomie.

Et bien voilà c’est chose faite, grâce à Fabrice et à son équipe.

C illustrations pour Soirée Fabrice Barbarin au choix (2)

 

Nul  doute que sa nouvelle distinction lui amènera  encore une nouvelle clientèle

Il est prudent de réserver.04 74 35 36 68

Toutes nos félicitations pour cette nouvelle distinction et bon vent pour les années à venir !

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12 novembre 2017

Paysans du Bugey : de la ferme à l'assiette

DE  LA FERME  à  VOTRE  ASSIETTE !

 

   Vous pouvez être servi  sur un Plateau (d’Hauteville Brènod)

 

 

En effet, à l’initiative de deux exploitants agricoles du Plateau, le GAEC de Lavant représenté par le couple Cazals et la Ferme de Champdor par le couple Lagger, ont su se trouver pour coopérer efficacement dans leur activité professionnelle d’éleveur.

Conservant chacun leur autonomie ; dans la cordialité  et le respect l’un pour l’autre, ils ont su écouter, comprendre et trouver véritablement une stratégie de confiance pour dynamiser leur domaine respectif.

Cette judicieuse collaboration est ainsi profitable aux deux entités, ainsi qu’aux nombreux consommateurs à la recherche d’une viande de grande qualité ce qui n’est pas toujours évident à trouver de nos jours.

 

L’exploitation de Virginie Lagger  à Champdor

K Mme et M Lagger

 

 

La Ferme de Champdor comptant 150 têtes de bétail**, engendrant 60 vêlages par an est un naisseur. C’est à dire qu’après avoir assuré la naissance du veau, il procède manuellement à l’allaitementquotidien  sous la mère et ceci durant 4 mois au minimum. Seul le lait de la mère est consommé, il est hors de question d’utiliser du lait en poudre ou autres ingrédients, comme cela peut parfois se pratiquer.

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Ensuite, la bête est prête pour l’abattage qui est réalisé par l’abattoir Gesler à Hotonnes.

K abattoirs Gesler à Hotonnes

 

Découpés, mis en sachet sous vide et étiqueté suivant toutes les prescriptions sanitaires exigées ; rôtis, escalopes, braisé, blanquettes, côtelettes sont répartis en lot de 10 kg environ pour un consommateur friand de qualité et appréciant ce principe de circuit court. Dans la pratique, il lui suffit de passer commande par tel ou par Internet à l’adresse suivante : viandedugourmet@gmail.com.

Sous 48 heures, la Ferme de Champdor se fera un plaisir de confirmer la commande en indiquant la date de la prochaine disponibilité car ce type de produit ne se programme pas comme une fabrication industrielle. C’est du vivant qui est lié à des aléas imprévisibles nombreux (climat- météo- herbe et foin disponible- etc.…) et contraignent l’éleveur à une adaptation permanente, ce qui explique parfois la difficulté de prévoir trop à l’avance. La priorité étant la qualité, l’homme de l’art se conforme aux exigences naturelles qui lui sont imposées.

L’exploitation de Franck Cazals de Lavant :

L les Cazals

 

 

 

Le GAEC de Lavant est l’engraisseur- finisseur. Son rôle assure le prolongement du travail fait en aval par la Ferme de Champdor qui lui fourni après 2 ans les génisses (limousines ou charolaises). Celles-ci sont soignées et engraissées naturellement sur la plaine de Lavant, au pré l’été et au foin l’hiver, durant 12 à 18 mois. Ni ensilage, ni céréales, ni autres aliments ne sont donnés : c’est une règle incontournable.

L L'art de la découpe

 

Frank Cazals, spécialiste de la question, titulaire d’un BTS agro-alimentaire et d’un CAP –BP de boucher transformateur de produits carnés, ne transige pas sur la méthode. Pas d’élevage intensif poussé aux hormones. Il veut, comme son collègue, respecter le cahier des charges qu’ils se sont fixés pour l’obtention d’une viande de haute qualité au goût affirmé et légèrement persillé. Très attentif à la maturation* de la viande après abattage (toujours auprès des Ets Gesler ou il a travaillé 10 ans) c’est pour lui un facteur essentiel permettant d’avoir une viande de bonne texture et de grande tendreté qui fond dans la bouche et non dans la poêle.

Apres la période d’embouche, direction pour l’abattage, puis retour à Lavant, car le GAEC possède son propre laboratoire et sa chambre froide.  Frank maître de la découpe peut passer à l’action avec talent. On comprend très bien  que son savoir faire est reconnu, très apprécié et à la hauteur  de la qualité ainsi obtenue. Mis sous vide et étiqueté toujours par 10 kg environ et en sachet pour 2 personnes (identique au veau de lait).

L L'art de la découpe (2)

 

Les conditions sont remplies pour la satisfaction de chacun d’entre nous. Nous pouvons passer commande par Internet puisque le GAEC nous informe régulièrement par e-mail du prochain arrivage à l’adresse suivante : gaecdelavant@gmail.com

Pour conclure, on peut témoigner que cette visite nous a fait découvrir avec beaucoup d’intérêt, deux vrais professionnels du monde agricole. Chaleureux, francs et directs, ce sont des passionnés de leur métier qui pourtant n’est pas simple, surtout dans le contexte agricole actuel. Enthousiastes, motivés, battants, ils ont la volonté et le courage de bien faire. Jouant la confiance mutuelle, sachant mettre leur complémentarité au profit de leur collaboration sans arrière pensée, ils ont réussi une aventure peu commune et qui peut porter à réflexion. Ils nous offrent aussi, et cela n’est pas négligeable, à des coûts bien inférieurs aux produits ordinaires, de la viande saine de grande qualité, et particulièrement goûteuse.

Alors n’hésitez pas ! Tendez votre assiette et vous serez bien servi !

 

 

Annexe pour information 

* maturation : temps de stockage en chambre froide après abattage et avant découpe, se situant au moins à 10 jours afin de favoriser la tendreté qui, en compensation réduit sensiblement le poids initial de la carcasse. Ceci explique cela dans certains circuits de distribution.

* Poids d’une bête sur pied = 700 kg donne une carcasse de 350 à 360 kg pour obtenir 240 kg de viande consommable, rendement final environ 1/3

** Avec 150 bêtes vous pouvez en principe réaliser 60 vêlages qui donneront 30 mâles et 30 femelles. Sur ces dernières 15 seront conservées pour le renouvellement du cheptel et 15 seront destinées à la boucherie. Les mâles partiront à bas prix à l’étranger le plus souv

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06 novembre 2017

Historique de la Ferme Guichard

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Historique de la Ferme Guichard.

La première mention du mas de Mazières remonte au 14 Novembre 1395. Le curé de Sutrieu la donna  Dom Guichard d’Angéria, prieur de la Chartreuse de Pierre Châtel.

Le 4 juillet 1399, les chartreux acquirent les terrains environnants.

Le mas devient la propriété des seigneurs de Lompnes en 1460, puis de la famille d’Angeville à partir de 1657. Il était loué avec prés et terres attenants pour une période de 6 ans. Cette location revenait à 150 livres en argent, 66 livres en fromage et 34 livres en beurre,  payable en deux fois la moitié le 8 septembre et le 25 mars, aux fêtes de la nativité et de l’annonciation.

Le premier bail fut signé le 17 avril 1686 aux frères Félix et Didier Cotton tous deux laboureurs à Chezery. Le 1 avril 1696 à Jean Ancian, charpentier à Hotonnes, et en 1713 et 1720 à Jean Raymond de Ruffieu.  A partir de 1740 le mas est occupé par des grangers qui exploitent le domaine pour le compte des seigneurs d’Angeville.

Ce sont Joseph Carrier signalé de 1744 à 1754, Jean Carrier de 1772 à 1779, Joseph Martinand de 1817 à 1820 et Joseph Marie Chapuis de  à 1846.

Marie Camille d’Angeville fut le dernier des Angeville propriétaire de la grange. Il la vendit à Mathieu Brachet,    riche propriétaire d’Hauteville en 1871. Ce dernier le céda en 1878 à un négociant de Lyon : François Guichard d’où vient probablement le nom de la ferme.

En 1905, François Guichard se sépara de la propriété. Dès cette époque, la pratique du ski se développa sur le site. Le sportif club d’Hauteville en 1911 transforma la ferme en refuge pour les skieurs lyonnais pour se restaurer ou se chauffer.

Au cours de la seconde guerre mondiale de 1941 à 1943, le site accueillit un camp de jeunesse – le groupe 8 du groupement Sidi Brahim-

Plusieurs propriétaires du fond de commerce se sont succédés, jusqu’à l’arrivée de Fabrice Barbarin.

Depuis Mars 2012, Fabrice a obtenu le titre de Maître restaurateur, ce titre est la garantie d’une cuisine « faite maison » élaborée sur place avec des produis frais. L’engagement consiste à respecter un ensemble de règles simples mais garantissant une prestation de service de qualité dans les domaines de l’accueil, du service à table de l’hygiène et de la sécurité.

La ferme Guichard a donc 6 siècles d’existence !

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04 novembre 2017

Jours des quatre temps pour 2018

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Les quatre temps pour 2018

A la demande de  Calamandine et Warfedal

Pour l'année 2018
Les quatre temps de l'Avent ou de l'hiver seront
Les 20, 22, 23 décembre 2017
Les quatre temps de Carême ou de printemps :
les 21; 23 et 24 février 2018
Les quatre temps de Pentecôte ou d'été
les 23, 25 et 26 mai 2018
Les quatre temps d'Automne
Les 19, 21 et 22 septembre 2018

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La pierre d'Hauteville dans l'art sacré

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La pierre d'Hauteville dans l'Art Sacré.


Après Vatican II, la messe devait être célébrée face au peuple.
Il a fallu alors revoir le mobilier des églises.


Et en 1958, la basilique souterraine de saint Pie X de Lourdes avait besoin d'un autel moderne, on fit appel aux carrières d'Hauteville dirigée à cette époque par monsieur Emile Chapuis.

Les dimensions de cette pierre étaient les suivantes :
2.50 m de longueur sur 2.50 mètes de largeur, l'épaisseur était de o.25 m. L'extraction de cette pierre a donné lieu à un travail considérable.
Il a fallu extrairee 4 masses de pierre de 6 mètres de long sur 3 mètres de large et 3 mètres d'épaisseur, c'est-à-dire chacune de 50 m3 avant de trouver la pierre demandée.



de prime abord, il peut paraître exagéré d'extraire de telles masses pour une table de dimension bien intérieure. La roche comporte de nombreux défauts dont certains ne sont visibles qu'au débitage des masses.

Pour le façonnage on s'est adressé à la maison Guinet de Sault Brénaz. Mais c'est à Porcieu dans l'Isère, que ce bloc a dû être travaillé car l'usine de Saut ne possédait pas le chassis nécessaire.

La grande résistance de la pierre, son homogénéité parfaite, la finesse de son grain, sa dureté l'ont portée au rang de "reine des pierres!"
A partir de cette époque, les carrières extrairent la pierre our 6 tables d'autel d'une longueur variant de 2.50 à 5.20 m.

C'est ainsi qu'au début des années 1960, l'ancien autel de l'église d'Hauteville fut remplacé par un autel en pierre d'Hauteville ainsi que le baptistère.

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26 octobre 2017

De Saint-Rambert à Champdor : l'histoire du petit berger de La Palud

 

 

 

 

Nous vous proposons l’histoire d’un petit garçon de 10 ans très chétif, natif de Saint Rambert, obligé de quitter son pays pour être placé comme berger à Champdor au hameau de La Palud. Aimé Pelletier a écrit un cahier sur ses souvenirs d’enfance.

A la lecture, nous avons été séduits par la manière dont il aborde sa nouvelle vie : le texte est particulièrement touchant. Son travail de berger, les travaux de la ferme durant toutes les saisons, l’approche de la nature, son regard d’enfants sur les évènements de l’époque en font une chronique très intéressante du pays Bugiste.

De Saint Rambert à Champdor :

 

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        Champdor vu des hauts de La Palud

Une Citroën, traction  avant noire, traversait la petite ville de Tenay en empruntant l’unique rue de la cité qui était aussi la route nationale. La voiture longeait les murs gris de l’usine « La Shappe ». Comme tout était triste dans ce décor austère de la vallée !

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          Nous arrivions au centre de la ville et juste avant le pont qui enjambe L’Albarine, notre chauffeur Lily Damour, taxi à Saint Rambert, tournait à gauche. Déjà la route se dressait devant nous, nous sortions de Tenay, la voiture s’engageait dans les gorges profondes, creusées par l’Albarine, que la route était obligée de suivre. Nous nous faufilions au gré de la nature, un peu impressionnante avec ses murailles à pic. Enfin, au bout de quelques kilomètres, la route profitait d’un pont pour traverser la rivière et quitter la vallée.

         La pente de la route s’accentua encore, ce qui fit dire au monsieur assis à côté de moi « ça y est, on attaque la côte d’Hauteville »

           Cette côte est bien longue et j’ai le temps de vous dire que je suis assis à l’avant du véhicule, un peu sur les genoux  d’un monsieur d’une cinquantaine d’années, aux allures de patriarche et portant un magnifique chapeau sur la tête.

           Ce gamin de 10 ans, qu’il avait sur les genoux paraissait bien timide. Fera-t-il un bon berger se demanda-t-il ?  

           La route, elle, continue de monter.

P les falaises de Charabotte

 

A la place des falaises verticales, ce sont maintenant des taillis ou des forêts dénudés qui bordent les talus. Rapidement nous arrivons à la maison de secours, halte auberge, seule présence sur cette longue montée. Cette bâtisse aujourd’hui abandonnée était alors un arrêt presque obligé pour voitures essoufflées ou gosiers secs.

P la maison de secours

           Je jette un regard furtif sur les occupants du siège arrière au moment même ou André, solide gaillard d’une trentaine d’années montre, à sa jeune épouse Fernande, la cascade de Charabotte vomissant son liquide d’une hauteur de 150 mètres. Mais Fernande, jolie brunette préfère se blottir contre celui qu’elle vient d’épouser ce samedi 21 mars 1943 à Saint Rambert. Elle dit au revoir à son petit village de Jarvonoz et à sa vie de jeune fille, pour rejoindre la ferme de son époux « la ferme des Grobon à La Palud » et ce pour la vie !

           A leur côté, très sérieusement, presque sévère, se tient Cécile Grobon, maîtresse femme. Elle forme avec Eugène un couple traditionnel des montagnards du Bugey.

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           C’est ainsi que l’auto, tranquillement arrivait à la passe du col de Charabotte et qu’enfin la route finissait de monter. Dès le petit col franchi entre deux parois rocheuses, c’est la belle nature du plateau de Hauteville qui nous accueille.

           Hauteville est une petite ville qui, grâce à son air pur a pour vocation de soigner les maladies  pulmonaires. Ces sanatoriums, aux noms chantant « Angeville, l’Albarine ; La Savoie » sont là pour soigner une terrible maladie : la tuberculose. Cette maladie qui me court après depuis déjà de longues années, et pour l’instant, sans me rattraper. Mais à voir ces belles forêts, c’est sûr que l’air doit  être bon dans ces belles montagnes.

           La voiture traverse la ville de  Hauteville presque déserte à cette heure ci ; on voit juste quelques magasins éclairés. Lily a déjà allumé les phares de la voiture. Nous dépassons le dernier sana « La Savoie » et déjà au détour d’un virage apparaît un village. « C’est Champdor » me dit Eugène. Je n’ai pas le temps de le découvrir qu’encore la route monte, mais une route qui n’est plus la même. Le bruit des pneus est différent, ce chemin est caillouteux. Lily n’a pas le temps de s’inquiéter car quelques minutes après apparaît une ferme. « Ce n’est pas ici » précise le père Grobon, « cette ferme est celle des Favre ». Une dernière montée, raide celle-là, et la voiture stoppe devant une grande bâtisse. Nous étions à La Palud.

Je quitte les genoux un peu durs d’Eugène pour faire mes premiers pas. Une odeur forte me prend à la gorge, pour cause, près de moi un énorme tas de fumier fumant fait face à la ferme.

           Avertis par le bruit du moteur de la voiture deux hommes en bottes crottées sortent d’une étable. On me présente « C’est monsieur Emin ». Il est accompagné de son fils Marcel, pratiquement du même âge que moi, mais bien plus grand et costaud. Sa poignée de main m’arrache le bras. Tous deux ont soigné les bêtes en l’absence de la famille Grobon partie à la noce.

           Je jette un regard autour de moi, et malgré la nuit tombante, je vois la forêt toute proche, silencieuse, noire, presque inquiétante.

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Mais ce qui me frappe c’est l’impression d’immensité. Des prés, des forêts, encore des prés et un silence impressionnant. Je lève les yeux et déjà les étoiles scintillent. Y a-t-il la mienne là-haut ? Je reviens sur terre car une grosse boule de poils vient se frotter à moi. « C’est Tayaut » me dit-on ! Il a de grands yeux marron qui semblent me souhaiter la bienvenue. J’en ai besoin, je vous l’assure. Moi aussi je lui dis bonjour en lui assénant une tape sur le dos. Il n’a qu’un moignon en guise de queue mais j’ai vu qu’il l’avait bougé de ravissement. Etais-ce mon premier ami ?

 

           Le premier jour à La Palud

On me fit entrer dans une grande pièce au milieu de laquelle j’ai remarqué une grande table en bois et cinq ou six chaises rangées contre le mur. Il y a aussi une grande cheminée qui n’est pas allumée. Par contre, une grosse cuisinière en fonte grise propage dans toute cette grande pièce une chaleur douce et appréciée. Cette grande pièce, en fait la salle de séjour, est éclairée par une ampoule toute simple auréolée d’un chapeau en fer émaillé blanc.

           On me fit asseoir près de la cuisinière, un peu en retrait, car tout le monde racontait cette noce ou prenait des nouvelles des bêtes. Je crus comprendre qu’il y avait des petits veaux.

           Les femmes s’affairaient à préparer le souper, déjà une bonne odeur de soupe se répandait, attirant deux chats vite repoussés dehors par un énergique mouvement du pied, gratifié  par la mère Grobon.

           Les hommes partis aux étables sont de retour, visiblement affamés et nous nous mettons à table ; soupe aux légumes, lard, fromage. Je n’ai guère faim, et comme d’habitude je m’endors devant mon assiette. Aussi, Cécile me conduit par un petit escalier en bois dans deux chambres situées sur la grande salle. La première avec un grand lit sera celle des jeunes mariés. Dans la seconde avec un grand lit haut et un petit dans un angle, la « Mère » me dit « Voilà ton lit ». Sans discours elle me souhaite bonne nuit, éteint et redescend.

           Je me trouve seul, mais j’entends en dessous les bruits des conversations que j’essaie de comprendre sans succès. Je pense à ma mère restée à Saint Rambert et qui m’a quitté à la porte du taxi les yeux embués de larmes. Pauvre maman nous n’avons pas été beaucoup ensemble pendant ces dix années. Je t’ai tellement posé de problèmes avec ma santé, mon manque d’appétit. Moi aussi j’ai fréquenté ces grandes maisons type « sana », qu’on appelait « préventoriums ». On a essayé la mer, la montagne, mais au grand dam des docteurs et en particulier du docteur Rigaud de st Rambert, je survivais c’est tout.

           Je n’arrive pas à trouver le sommeil. Trop de choses se sont passées aujourd’hui. Cette attente en début d’après midi dans mon appartement du 3ème  àSt Rambert, ma petite valise prête et moi toujours derrière les vitres à regarder les gens de la noce crier, aller d’un bistrot « Gentil » à un autre « Chanut », boire, rire. Je remarque mon parrain Joseph Brun, bout en train et bon vivant, chanter un verre de vin rouge à la main.

           Je revois arriver cette voiture noire, se ranger le long du trottoir, mes adieux à Melle Bornarel amie de ma mère, la descente des escaliers en bois pour traverser la route, ma main accrochée à celle de ma mère. Je me revois être présenté au père Grobon, un peu étonné qu’on lui assure que ce gamin maigrelet va être son berger. Je revois les adieux de la famille Gudet à Fernande, toute belle dans son tailleur bleu et ma mère penchée vers la fenêtre au moment ou la voiture démarre. Et puis s’en est trop, je m’endors pour ma première nuit à La Palud.

Virginie, Cécile, Eugène et AndréGrobon  devant la ferme.

 

 

Je découvre le paysage :

P premier décor' pour le petit berger

 

           Le lendemain matin lorsque je me réveille, je ne vois personne dans les chambres. J’ai un peu honte je n’entends aucun bruit. Je descends et personne non plus dans la grande salle. Seule une odeur de café embaume la pièce.

           Je me hasarde dehors, mon premier bonjour vient de Tayaut, toujours à la recherche de caresses. Je m’avance sous l’auvent et devant un spectacle merveilleux je m’arrête ébloui. Devant la ferme la nature est d’une beauté saisissante. D’immenses prés à l’herbe rase et déjà verdissante s’étalent tout autour. Des haies encore dénudées bordent les prés. A perte de vue une forêt de sapins s’élève jusqu’au sommet de la montagne. Devant moi en léger contrebas une ferme blottie contre une haie de sapin se réveille. Une épaisse fumée qui s’échappe de la cheminée m’apprend que les habitants sont réveillés. Une autre bâtisse se trouve à deux ou trois cents mètres de moi, un peu au-dessus, elle a l’air inhabité.

           Par contre cette ferme inoccupée est pratiquement au ras de la forêt. Les prés qui nous séparent de cette ferme sont en légère déclivité, ensuite la forêt attenante est beaucoup plus en pente. Mes yeux suivent la crête dentelée et derrière le soleil se lève, réchauffant ce milieu de printemps. Je me suis donc orienté.

           Un « bonjour » me ramène à la réalité. C’est André qui sort d’une étable avec un grand seau de lait fumant à la main et je comprends qu’une journée à la ferme, fusse un dimanche commence de bonne heure le matin.

           Lorsque les bêtes sont soignées, c’est le terme employé, c'est-à-dire nettoyées, nourries et traites ; et bien c’est au tour des fermiers d’aller boire le café.

           Ce premier jour à La Palud passa très vite. Je n’eus que le temps de jeter un œil à l’entrée des étables, apercevoir les bêtes toutes bien alignées et tranquillement occupées à ruminer. Je fus impressionné par la grosseur des vaches et surtout des deux bœufs que je trouvais énormes.

l’objet au départ d’un nouvel ordonnancement autour de la grande table. Le Père garderait sa place en bout de table dos tourné à la cuisinière, à côté de lui Cécile sa femme et ensuite Fernande, en face au bout André et à ses côtés Aimé. Pendant les cinq ans que j’ai passé à La Palud, cet emplacement a été respecté quoiqu’il arrive même en l’absence de l’un de nous.

           Les jours qui suivirent mon arrivée à La Palud furent assez difficiles à vivre. Il me semblait que le contact ne passait pas bien entre nous. J’avais tout simplement du mal à m’habituer. Je ne me languissais pas, ma mère ne me manquait pas, mais je n’étais pas à mon aise. Seule Fernande semblait comprendre mon malaise car elle-même, et je le compris plus tard, souffrit de ce changement de vie. Quelle différence pour elle, qui avait été ouvrière d’usine, avec plein de jeunesse autour d’elle, de se retrouver dans une ferme isolée. Même si tous étaient gentils, il m’a été difficile au début de supporter la mentalité du Haut Bugey. Peu de paroles inutiles, simplement le nécessaire. Il a donc fallu s’adapter, s’habituer, se joindre au cercle. Fernande et moi, alliés par la force des choses, devions nous faire admettre dans l’habituel.

           Les premiers jours furent lancinants, d’autant que la météo n’était pas très souriante. Il se remit même à neiger, ce qui n’empêchait pas les fermiers de s’activer aux soins du bétail, du matin au soir. Du nettoyage des étables en passant par la traite des vaches, leur nourriture, emporter le lait à la fruitière au village, faire téter les veaux (il y en avait 4 ou 5), aller à l’eau. Car voilà bien le problème de La Palud, il n’y a pas d’eau dans les fermes. Il fallait aller la chercher au « bac », la fontaine qui déverse son précieux liquide dans deux bassins profonds d’un mètre environ ce qui permet aux troupeaux de venir s’abreuver tous ensembles.

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Ce bac était à 150 mètres des maisons. C’est par deux seaux à la fois que les habitants de la ferme transportaient l’eau hiver comme été. Les premiers temps j’étais exempté de cette corvée, mais le temps passant et d’abord par demi-seaux et ensuite seaux complets, c’était devenu ma corvée. Et bien heureux qu’une vache ne vêle pas, car si c’était le cas, ce sont de nombreux voyages qu’il fallait faire, pour remplir la chaudière en fonte et faire chauffer cette eau pour les soins de cette maman et de son petit.

Première responsabilité :

           Tout doucement je m’habituais à la ferme et le père Grobon m’avait donné ma première responsabilité : à l’heure de la traite, j’allais tenir la queue de la vache qu’il traisait. De temps en temps la bête manifestait son humeur par un mouvement brusque de la queue que je lâchai, et qui venait frapper la casquette du père Grobon, jusqu’à la faire tomber. Confus je rattrapais la maudite queue, mais j’avais droit à un regard noir du Patriarche. Pas un mot, mais que ce regard en disait !

P la Palud 12 fevrier 2017

           La ferme de La Palud aujourd'hui

Je commençais à me plaire au contact de ces animaux calmes qui me regardaient avec des gros yeux ronds. J’entrais maintenant dans les étables, enlevais les bouses qui risquaient de salir les bêtes, au passage je les caressais. Elles avaient des noms simples et charmants : Fleurine, Fleurinette, Ruban, Gentille ; mais toutes connaissaient leur nom et respectaient une certaine hiérarchie. La plus âgée et la chef était Ruban. D’ailleurs, elle avait la première place en entrant dans l’étable, ensuite les vaches étaient placées par ordre d’ancienneté et les jeunes génisses au fond de l’étable.

           L’étable des vaches était placée contre le mur Est de la ferme, tandis que l’étable des boeufs et des veaux était côté Ouest, contre le logement. Entre ces deux étables il y avait la grange et au-dessus des étables les greniers à foin. Lorsqu’on voulait donner du foin aux bêtes, on grimpait avec une échelle sur un grenier et on jetait le foin sur le sol de la grange, on ouvrait un genre de volet placé devant chaque bête et on plaçait la ration voulue dans la crèche. C’était aussi simple que ça. Je trouvais les greniers à foin immenses, en ce mois de mars ils commençaient à se vider, mais pensez à la quantité de foin qu’il fallait pour tenir un hiver à la montagne avec une vingtaine de bêtes. En fin de fenaison le tas montait jusqu’au toit, et ça fait haut ! Un coin de grenier était réservé à la paille pour la litière des bêtes.

          Les rigueurs de l’hiver :

P Champdor et Corcelles en hiver

 L’hiver, les bêtes descendaient deux fois par jour à l’abreuvoir que l’on va définitivement appeler « bac », comme tous les habitants de La Palud ; on allait au bac, voilà qui est dit ! Je disais donc que deux fois par jour les bêtes sortaient des étables l’hiver, pour aller boire, après qu’elles aient été soignées, le matin vers 9 heures et le soir vers 17 heures quasiment à la nuit tombante.

           Certains matins d’hiver, j’ai vu les bêtes descendre boire avec 40 cm de neige, elles nous faisaient la trace. Cette sortie à l’abreuvoir était tout un cérémonial, on détachait les vaches dans l’ordre qu’elles sont à l’étable suivies des bœufs, des génisses et des moutons. Tout ce petit monde descendait tranquillement boire et en profitait, quand il n’y avait pas de neige à traîner de ci de là en essayant de brouter. Au bac tout ce petit monde se rangeait côte à côte, et par large rasade étanchait sa soif, d’une eau très fraîche. Ensuite on remontait tranquillement et sans aucun incident les bêtes reprenaient leur place dans les étables. Bien sûr au début je ne faisais qu’accompagner le père Grobon ou André, mais très vite on allait me confier cette responsabilité de mener les bêtes au bac.

           En cette saison, l’hiver n’ayant pas tiré sa révérence, les troupeaux restaient aux étables. On attendait les beaux jours pour aller en pâture, en gros il fallait attendre Pâques. Là- haut dans ces montagnes pour les bestiaux l’hiver commençait à la Toussaint et finissait comme je vous l’ai dit à Pâques, même si certaines bonnes années il y avait un battement d’une quinzaine de jours.

           Il y avait maintenant quelques jours que j’étais à La Palud, et bientôt la ferme n’avait plus de secret pour moi. Les Grobon s’en aperçurent vite et comme je semblais n’avoir peur de rien, surtout pas de la solitude il fût décidé que j’aurais ma chambre. Je m’en réjouis, surtout de ne plus entendre le père ronfler durant la nuit.

Un début d’indépendance :

Un matin Cécile me demanda de l’accompagner. Avec des draps, des couvertures elle sortit de la maison, je la suivis un peu inquiet. Elle entra dans la grange, la traversa et emprunta un petit couloir noir, sans éclairage. Arrivée dans une petite pièce qui ressemblait à un atelier, nous nous sommes trouvés devant un escalier, plutôt une échelle avec des marches en bois (une échelle de meunier).

Au sommet de cet escalier, une petite pièce. Dans un coin un grand lit ancien, tout en hauteur, rien d’autre en mobilier. Mais sur tout un coté des genres de cages, trois au total contenant l’une du blé, l’autre de l’orge et la dernière de l’avoine. Une petite fenêtre pouvant juste laisser passer un enfant éclairait cette pièce. Mais quelle vue ! On couvrait d’un seul regard tout le plateau. Une ampoule pendait au plafond, mais il n’y avait pas d’interrupteur.

           Sans rien dire Cécile fît le lit, un matelas qui semblait douillet, les draps, une couverture en grosse laine et un édredon de couleur bordeaux assez épais.

« Gamineau » me dit-elle, voilà ta chambre, tu seras plus tranquille ici qu’avec nous. J ‘acquiesçais de la tête après avoir sauté sur le lit que j’avais trouvé bien doux. En regardant bien je trouvais quelques petites crottes noires sur le plancher. Je compris tout de suite que je n’étais pas le seul occupant de cette chambre. Mais je vous l’ai dit, je n’avais peur de rien et pas même des souris. Et puis on verrait bien ce soir.

Heureux d’avoir ma chambre, la journée se passa donc bien. Dès Cécile partie, j’en profitais pour explorer ce coin de ferme que je ne connaissais pas. Ma chambre, je pense vous avoir tout dit, mais au rez-de-chaussée la petite pièce était pleine d’objets de toutes sortes : outils, skis, râteaux, fourches. Il y avait un banc de menuisier, des planches et mille autres choses. En plus, ça sentait bon le bois, le grain et les pommes, car il y avait des étagères de belles pommes bien rangées. Vous me croiriez si je vous disais que j’en ai mangé deux ou trois ?

Le petit berger de La Palud.

  Je vous parle de « ma » ferme depuis un moment mais je ne l’ai pas encore située. La Palud est un lieu-dit de la petite commune de Champdor, canton de Brénod du département de l’Ain. La Palud est composée de trois fermes qui se partagent l’occupation et l’exploitation des prés, terres et forêts. Ce lieu-dit est situé à environ 900 mètres d’altitude. On y accède du village de Champdor en empruntant la route du col de Cuvillat reliant le plateau d’Hauteville au Valromey. Les fermes appartiennent à la famille Favre pour la plus près du village ensuite l’autre à la famille Grobon et la dernière, la plus haute à la famille Bobillon. Seule cette dernière est inoccupée.

           La ferme des Grobon est une solide bâtisse de forme carrée et je pense d’une superficie d’environ 1000 mètres carrés. Elle est bâtie sur un promontoire et domine le versant Est du plateau et bénéficie d’une vue imprenable sur une grande partie du plateau et notamment sur le village de Corcelles et tout le versant de l’adret du plateau (forêt d’Outriaz, col de Pisseloup entre autres)

 Les soirs sont merveilleux au moment où le soleil se couche derrière la forêt d’Outriaz. Toute la façade habitée de la ferme reçoit comme un hommage, le dernier clin d’œil de cet astre lui aussi sûrement amoureux de La Palud.

 

Mes premières semaines s’écoulent assez rapidement. Je ne languis pas, je me sens bien. Je participe aux petites corvées et comme je suis assez gringalet les Grobon ont la patience de me laisser me refaire une santé, sans me charger de gros travaux. Je n’allais pas au bac chercher l’eau et je ne poussais pas les brouettes de fumier. Par contre, je charriais le bois destiné à la cuisinière et je regardais toujours qu’il n’en manque point, c’était devenu un réflexe. Dans les étables et à l’aide d’une raclette, je retirais les bouses des vaches que j’entassais contre le mur et qu’André sortait avec une brouette. Bien sûr je tenais la queue des vaches au moment de la traite, je regardais, j’écoutais et bien sûr j’apprenais.

 J’apprenais à connaître les personnes, leur caractère, leurs manies, ce qu’ils aimaient ou n’aimaient pas. Le Père n’aimait pas répéter deux fois la même chose, il disait « ça ne sert à rien de dire deux fois la messe pour un sourd »

André répétait volontiers et expliquait même avec plaisir si on n’avait pas compris. D’ailleurs, la journée je suivais André dans le petit atelier qui se trouve sous ma chambre. Il y passait des heures à réparer les fourches, les râteaux ; ces outils qui allaient servir l’été pour les fenaisons. Tout se faisait en bois de noisetier ou de frêne bois souples et résistants. Je regardais avec intérêt la dextérité avec laquelle ce paysan, sans formation de menuisier confectionnait ou réparait les outils. Il était très gentil et répondait à toutes les questions les plus saugrenues que je pouvais lui poser. Je pense même, qu’il cherchait ma compagnie en m’appelant et m’invitant à le suivre. Je l’aimais bien André ! Avec lui je montais au fenil pour descendre le foin destiné aux bêtes, j’ouvrais les crèches au moment des repas, j’apprenais le nom des bêtes ; enfin je m’initiais à mon futur rôle de berger.

           On sentait venir le printemps et Pâques n’était pas loin. Le soleil faisait des apparitions plus longues de jour en jour. Les bourgeons apparaissaient au bout des branches. L’herbe verdissait et des fleurs s’épanouissaient aux endroits chauds. Les gelées matinales disparaissaient peu à peu et les troupeaux que l’on menait à l’abreuvoir ne voulaient plus rentrer à l’étable. Mais le père avait décidé qu’il fallait attendre encore quelques jours avant « d’abader », c’est à dire de lâcher le troupeau à la pâture. D’ailleurs, on avait qu’à jeter un coup d’œil sur le plateau étendu à nos pieds, on ne voyait aucun troupeau dans les pâturages.

Alors, hormis les travaux de la ferme et dès que le déjeuner avait été pris nous partions tous ensemble à la recherche des morilles. La morille est le premier champignon de l’année. Elle pousse le long des bois et des haies. Elle est de couleur grise ou blanche. La grise plus précoce est plus parfumée. Le problème c’est qu’il faut connaître les coins. Avec les gens de la ferme j’étais à bonne école ! Quand on est plusieurs à chercher ce champignon il faut marcher lentement sur une même ligne. J’avais toujours tendance à aller trop vite, mais j’étais vite rappelé à l’ordre.

La cueillette cette année fut bonne.

P illustrations pour le petit berger (5)

           La morille se consomme dès la cueillette, soit en omelette, soit dans les plats de viande. Elles se conservent en les faisant sécher enfilées en chapelets.

P illustrations pour le petit berger (4)

         Un beau matin de ce début du mois d’avril, André mis au cou de Ruban une cloche. Les bêtes comprirent que le grand jour était arrivé. Une à une les vaches furent détachées et d’un pas lent sortirent de l’étable. Accompagné de Cécile je les descendais au bac. Elles se désaltérèrent rapidement, puis doucement le troupeau passa devant la ferme mais n’y entra pas. Nous nous dirigeâmes vers la forêt entre deux haies qui semblaient nous faire une haie d’honneur.

 

 

 

Quelques minutes après nous étions dans le pré, juste à 200 ou 300 mètres de la maison. Inutile de vous dire la joie des animaux. Sans perdre une seconde, les naseaux dans l’herbe, les bestiaux se régalaient. Cécile me dit que les vaches ne devaient pas courir partout sur ce pré très grand. Nous devions leur donner un espace à manger et garder intact pour le lendemain d’autres espaces. Il y avait donc une ligne imaginaire à ne pas dépasser. C’est vrai que les vaches sont avides d’aller voir ailleurs si l’herbe est meilleure. Cécile et moi étions donc toujours en mouvement le long de cette ligne. Il fallait être attentif à tout, humeur des bêtes et surtout Pilon, jeune taureau très excité avec les génisses. Enfin tout se passa bien, le bâton de berger que je gardais fort serré ne me servit qu’à faire retourner les bêtes trop vagabondes.

 

           Rapidement le morceau de pré autorisé aux bêtes se trouva rapidement brouté, presque râpé. Aucune herbe ne dépassait du sol sauf des petits îlots marquant l’emplacement des bouses. Le pré était net comme une pelouse de football passée à la tondeuse. Une fois repues, les bestioles levaient le nez et humaient cet air si vivifiant des forêts. Bien heureux, je regardais ce beau troupeau dont j’allais être bientôt le berger. L’après midi fut super. Un bon soleil réchauffait la nature et je n’oublierais jamais cette première journée. Vers 5 heures du soir, Cécile donna l’ordre de rentrer. Les vaches le ventre bien rond ne firent aucune difficulté pour refaire le chemin inverse, c’est à dire le bac pour se désaltérer et la rentrée à l’étable. Tranquillement et comme téléguidées, elles reprirent leur place. Je passais alors de bête en bête pour les attacher. C’était simple, deux bouts de chaîne fixés à la crèche, dont l’un avait un axe mobile que l’on introduisait dans l’autre bout doté d’une boucle ronde. C’était rapide mais quelquefois un peu dangereux en raison de l’humeur des bestiaux qui n’aiment pas être attachés, les cornes passant alors très près de la personne qui effectuait ce travail. Pour moi, petit bonhomme, j’étais obligé de me pendre au cou des bêtes pour arriver à passer les chaînes. Je ne vous fais pas un dessin quand j’arrivais aux boeufs...

 

            Dès que les vaches étaient rentrées à l’étable, il fallait passer à la traite. Les deux hommes s’y mettaient et quelquefois Cécile. Fernande essayait bien de s’y mettre, ce n’est pas si facile de traire, mais avec de la pugnacité elle y arriva un jour. Elle fut très fière, elle était une paysanne maintenant !

P plaisir de printemps pour les vaches

 

           

 

 

 

            Une fois les vaches traites et le lait recueilli dans un brinde (récipient d’une contenance de 20 litres environ que l’on portait sur le dos) il fallait le descendre au village, à la fruitière. Cette brinde était lourde et en principe c’est André qui se chargeait de cette corvée. Mon tour viendra plus tard, vous verrez !

 

            Le rythme de ma vie devint plus régulier. Le matin en champ, ça veut dire garder les bêtes, retour pour le dîner et l’après midi en champ. Cà c’était les horaires de printemps, car l’été les horaires changeaient avec la chaleur. En principe c’était toujours Cécile qui m’accompagnait. Je dois dire qu’elle n’était pas avare de conseils et avec elle j’apprenais tous les pièges que l’on peut rencontrer. Elle m’apprenait également le nom des prés. Ceux qui étaient aux Grobon et ceux qui n’étaient pas à laisser manger, seulement réservés au foin.

 

            Je commençais à emmagasiner pas mal de connaissances et pour faire un bon berger, il faut observer le comportement des bêtes, le temps, l’environnement tout a une importance pour le troupeau, même l’humeur du berger.

 

 Un berger qui chante, qui siffle, rend son troupeau calme et heureux, c’est vrai ! Les bergers qui savent jouer d’un instrument rendent encore plus heureux leurs troupeaux.

Un nouveau compagnon :

On n’imagine pas un berger sans chien. Tayaut venait bien avec moi au pâturage, mais il était âgé et ne s’occupait pas trop des bestiaux. Il ne se fichait pas mal de mes ordres et rentrait seul à la ferme quand il en avait assez.

            André s’était aperçu de cela et un matin de mai, en revenant de la fruitière, il apporta une petite boule de poils, rousse aux yeux tellement expressifs que l’on fondait en le regardant. Il était bien jeune ce toutou que tout de suite j’appelais Loulou. Inutile de vous dire que ce chien allait devenir mon compagnon pendant tout mon séjour à La Palud.

            Nous étions devenus inséparables. Trop, car un bon chien de berger ne doit pas être caressé ni être un jouet pour son maître. Je l’ignorais et j’avais tellement besoin d’amour que je dressais mal Loulou. Oh, il obéissait à mes ordres, faisait bien son travail de chien de berger mais m’obligeait à crier beaucoup. Disons qu’il était teigneux et ne lâchait pas facilement la bête qu’il avait ordre de retourner. Indiscipliné mais tellement gentil ce Loulou. Toujours à mes côtés, qu’il pleuve, qu’il fasse chaud il ne me quittait pas. Je l’emmenais dans ma chambre le soir, laissant la garde de la maison à Tayaut.

            Vous savez ce printemps 1943 passa bien vite. Le troupeau s’amaigrît de 5 veaux qu’un maquignon était venu chercher un matin. J’étais très mécontent de cette vente, mais on m’expliqua que c’était le seul moyen de gagner de l’argent pour pouvoir vivre. Les ventes des veaux, du lait des vaches et des œufs étaient les seuls revenus de la ferme, ce qui permettait d’acheter les semences, le matériel et faire tourner la ferme.

            J’allais maintenant seul aux champs. On me disait simplement ou je devais emmener les bêtes. Lorsque je ne connaissais pas un pré nouveau Cécile m’accompagnait, restait un moment avec moi et rentrait à la ferme. Pour rentrer, à midi surtout, et comme je n’avais pas de montre je regardais les autres troupeaux du plateau et je savais qu’il était midi. Si j’étais près de la ferme, on m’appelait.

 

La saison des foins

 

P les foins autrefois

 

            L’été approchait, une certaine fébrilité gagnait la ferme. On avait sorti la faucheuse, préparé les fourches en bois et les râteaux. On avait équipé le char d’un plateau et de deux grandes cordes. Eugène « enchaplait » les « dailles ». Quel drôle de chose allez-vous me dire. Non c’est simple une « daille » en patois c’est une faux. Pour que cette faux coupe bien l’herbe il faut que la lame soit tranchante comme un rasoir. Alors en premier lieu on la bat. Pour se faire, on s’assoit par terre, on plante une petite enclume en acier, on pose le tranchant de la faux sur celle-ci et à l’aide d’un marteau plat on affine le tranchant de la faux. C’est une opération qui dure selon les cas une vingtaine de minutes et qui est indispensable pour affiner la lame. Il ne reste ensuite, à l’aide d’une meule à main et par larges mouvements le long de la lame à faire le rasoir du tranchant.

            La période des foins approchait. Selon les saisons on attaquait vers le 10 ou 15 juin. Couper et rentrer le foin n’est pas si simple que cela ne parait. Il faut que le foin soit « mûre » et pas plus. Normalement, à la fenaison il doit être en fleur, ensuite il faut faire vite. Il faut donc suivre la floraison du foin et commencer par le plus précoce.

            A ce moment là j’ai perdu dans mon troupeau les deux bœufs qui allaient être occupés matin et soir aux travaux.

Les Grobon avaient fait l’acquisition d’une faucheuse Mac Cor Mick tractée par les bœufs. Avec cet engin la largeur de la coupe se faisait sur un mètre et à chaque rotation la surface diminuait d’autant. Plus les bœufs marchaient vite plus les mouvements de la lame étaient saccadés et rapides.

            André qui était le responsable de l’attelage était assis sur un siège très large, près de la lame et surveillait la coupe. Attention aux pierres, rochers ou autres obstacles. Si les bœufs étaient bien dressés, c’était le cas des nôtre, ils suivaient d’instinct le bord de la parcelle à couper, sinon il fallait un guide devant les bœufs, ce qui faisait deux personnes au lieu d’une occupées à cette manœuvre.

            Donc les fenaisons commencèrent vers le 10 juin et pendant presque deux mois allaient accaparer le personnel de la ferme. Pré par pré, les hommes coupaient les foins dès le lever du jour. En principe le pré était rasé dans la matinée, on ne coupait pas l’après midi. On dînait tous ensembles vers13 heures, et l’après midi, munis de fourches et de râteaux on rassemblait le foin en « andins », sortes d’étalement d’une largeur de 8 à 10 mètres et d’une longueur variable de 15 à 20 mètres. Le foin séchait sur le sol, on l’aérait bien à la fourche.

            Le soir venu, avant le coucher du soleil, on mettait le foin en « cuchons » sortes de tas d’environ deux mètres, qui préservaient le foin de l’humidité de la nuit voir de la pluie. Le lendemain, après la rosée, on étendait le foin sur le sol, pour qu’il sèche bien. Vers midi, on le retournait et plusieurs fois s’il fallait, jusqu’à ce qu’il soit bien sec.

Ce n’est seulement, qu’après avoir totalement et définitivement rangé le char à foin, que les hommes pensaient un peu à eux. Presque tous ensemble la famille Grobon entrait  dans la grande salle commune.

Derrière la porte d’entrée se trouvait une « pigne », sorte d’évier en pierre ou il y avait toujours deux seaux en aluminium pleins d’eau. Près de ces seaux il y avait une louche en fer émaillé blanc. A tour de rôle en commençant par le Père ils s’abreuvaient. Eugène buvait doucement en trempant sa moustache dans le breuvage et en finissant par un grognement de bien être. C’était ensuite au tour de Cécile, de Fernande et d’André. Quant à moi, au dételage du câble, j’avais emmené les bœufs boire au bac et avec eux je m’étais aspergé et repu de cette bonne eau de La Palud. Je remontais vite les bœufs à la ferme et après les avoir attelés au char nous repartions tous pour un autre voyage. Quand tout se passait normalement et que les prés fauchés ne se trouvaient pas trop loin nous faisions trois voyages par après-midi.

            En ce qui me concerne j’étais très vite entré dans le bain et mon travail de « cogneur » sur le char avait vite été apprécié par la petite communauté de La Palud. Pourtant quel gringalet cet Aimé ! Et dire qu’il n’y a pas si longtemps je fréquentais les préventoriums, les cabinets des docteurs, et là en quelques mois, par quelle magie Lapaludéenne ? Tout allait bien.

            La période des foins dure une cinquantaine de jours, c’est vrai on trouve cela bien long et ça fait des chars de foin à rentrer, mais quand on pense que l’hiver est aussi bien long dans ces montagnes, on comprend qu’il faut des réserves de nourriture pour une vingtaine de bêtes à l’étable. Un mois et demi c’est important aussi pour les organismes. Car se lever tous les jours vers 4 heures du matin et se coucher vers 22 ou 23 heures ça use les plus costauds. C’était mes horaires, pour qu’à la première traite, l’étable soit propre, j’étais le premier auprès des bêtes et quand le Père et André arrivaient avec leur seau pour la traite, l’étable était propre.

            Au début Fernande ou la Mère m’appelait, mais bien vite je n’eus plus besoin de personne pour me réveiller, pourtant je n’avais ni montre ni réveil. Dès le saut du lit j’enfilais ma culotte, un pull et je retrouvais mes vaches, souvent encore endormies. Je ne rejoignais la cuisine que beaucoup plus tard pour déjeuner.

            Vous dire aussi que ces nuits étaient courtes, c’est qu’il m’est arrivé plusieurs fois de m’endormir « en champ » ! L’été, je gardais le plus possible dans les landes qui sont de grands prés entourés sur au moins trois côtés par de la forêt  qui assurait de la fraîcheur aux bêtes.

P le troupeau en errance

Quand elles étaient calmes et bien groupées je m’allongeais sur l’herbe fraîche et je vous assure que c’était un repos bien apprécié. Un jour je me suis réveillé après un court endormissement et ... plus de vaches ! Elles s’étaient dispersées dans la forêt recherchant l’herbe plus douce des sous bois. Grâce à la cloche de Ruban j’ai vite retrouvé les fugueuses et Loulou a ramené les plus éloignées. Mais le troupeau restait toujours uni et quand on avait retrouvé Ruban, on les avait presque toutes retrouvées.

            C’est que l’été, les horaires de pâturage changeaient. En raison de la chaleur, l’après midi, les troupeaux ne sortaient qu’à 17 heures environ, après la traite, ce qui nous faisait renter à l’étable tard, nous quittions les pâturages à la grande nuit, vers les 22 heures. C’est vrai qu’en juin les jours sont longs. Après les prés, les bêtes passaient au bac se désaltérer et rentraient pour la nuit. Quant à moi, j’avalais mon souper souvent seul le soir, et j’allais vite au lit, sans me faire bercer.

            Ma vie s’écoulait bien calmement. J’avais oublié St Rambert et ma mère ne me manquait pas. C’est vrai que lorsque vous connaîtrez mon histoire, vous verrez que j’étais habitué à être élevé « seulet » et que la solitude ne me faisait pas peur.

            Et à La Palud être seul était une réalité ; je passais des journées entières dans les landes solitaires et en bordure de la forêt. Des journées entières sans voir personne, ça vous forge une carapace contre la solitude, cette vie.

Hormis les gens de la ferme, La Palud était habitée par les Favre dont la ferme, je vous l’ai dit était à environ 500 mètres des Grobon. Cette famille était composée de Monsieur Favre et de son épouse, couple ressemblant un peu à Eugène et Cécile, et de leur fille Aline. Je crois que de temps en temps venait à La Palud une sœur de Mme Favre. Il y avait aussi, une bergère. Ah ! Me direz-vous... Elle s’appelait Suzanne ; Suzanne était un peu comme moi. Placée à Champdor pour fuir Lyon, d’où elle était originaire, elle profitait du bon air et de la bonne nourriture, car bien sûr ces années de guerre avaient une bien mauvaise incidence sur la santé des adolescents dans les villes.

P La poésie du cogneur de char remplacée par la mécanique des roundballers

la poésie des cogneurs de char remplacée par les roundballers

A suivre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       
   
 
 
 
 
 
 


 

 

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Le périple de la Vierge de Boulogne

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LE GRAND RETOUR

 

En 1938 le 13ème centenaire du débarquement mystérieux fut commémoré à Boulogne/Mer par un congrès marital national. En effet en 638 « une barque sans rames, ni voiles, ni matelots » et qui portait seulement une statue en bois de Marie tenant sur son sein son Divin Enfant, vint s 'échouer sur cette plage du Nord.

Notre Dame de Boulogne réapparaît pendant la seconde guerre mondiale. Portée de paroisses en paroisses, 4 reproductions de la Vierge sillonnent la France de 1943 à 1948 de Lourdes à Boulogne/Mer. Elles parcourent 120 000 kilomètres et visitent 16 000 paroisses ! Ce voyage spectaculaire est orchestré par l’Église Catholique à l'initiative de sa Sainteté le Pape PIE XII. Elle veut provoquer ainsi un élan de retour à la foi et de conversions. En jouant sur les différents sens du terme ce pèlerinage du « grand retour » désigne le retour de la statue à Boulogne.

Mais dans une France meurtrie par le conflit les habitants y voient le grand retour des prisonniers retenus en Allemagne et des travailleurs du STO et le retour de la paix. L’Église , elle, souhaite aussi réinstaurer une certaine morale chrétienne car de nombreux couples se sont quelque peu défaits et refaits pendant ce temps-là...

Comment ce « grand retour » a-t-il été vécu dans notre Diocèse de Belley ?

N'y a-t-il pas de bien nombreux sanctuaires dédiés à la Vierge Marie ? Notre Dame du Mas Rillier à Miribel, Notre Dame de Bourg, Notre Dame de Préau à Cerdon, Notre Dame de Mazières à Hauteville, Notre Dame de l'Adoue à Champagne, Notre Dame d'Accout à Arlod, Notre Dame de la Paix à Martignat... A l'initiative deMonseigneur Amédée Maisonobe, l'organisation de cette randonnée mariale fut confiée à nos missionnaires d'Ars. Les chanoines Levrat et Rey, les abbés Curbillon, De Varax et Perret la prirent à bras le corps . Notre Dame de Boulogne sillonne alors solennellement la Dombes, la Bresse, le Bugey et le Haut Bugey du 19 mars au 10 mai 1946. 51 haltes de midi et du soir !

Que s'est il passé sur notre plateau d'Hauteville-Brénod ?

Partie de Tenay le 21 avril, notre Vierge *nautonière séjourne le dimanche de Pâques à Hauteville

La la procession à Hauteville

puis s'arrête à midi à Champdor, accueillie par l'abbé Antoine Mallaval . Cette paroisse avait, le 8 juin 1941, inauguré cette majestueuse vierge, haute de 13 mètres. A l'initiative de l'abbé Joseph Guillot, enfant du village, elle fut sculptée en belle pierre du pays par monsieur Alphonse Monnet.

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La paroisse Notre Dame de Brénod l'accueille le 23 au soir. Elle regagne ensuite Vieu d'Izenave par le col de Pisseloup. Lhuis sera sa dernière étape dans l'Ain .

C'est dans cette ambiance que la paroisse de Corcelles et son curé, l'abbé Loisy, décident bientôt d'élever la statue « Notre Dame des Sommets » en signe de reconnaissance.

Lb Notre Dame des sommets

En effet, lors de la venue des allemands le 14 juillet 1944, une quinzaine d' otages sont mis en joue. Le maire de l'époque, monsieur Jean Savarin, réussit, après d' âpres discussions, à les faire relâcher. Cette statue, œuvre du sculpteur Quintric, fut bénie le 8 septembre 1946.

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L'après « Grand Retour »

Dans la pratique cela donne une assistance plus nombreuse à la messe du dimanche et aux fêtes carillonnées et une participation plus active aux pèlerinages les plus réputés comme Notre Dame de la Salette, Lisieux, Lourdes.... Les plus humbles aussi dans les multiples sanctuaires du diocèse de Belley! Chez nous le soir du 15 août, une procession aux flambeaux part de l'église de Corcelles, emprunte la route de Pisseloup et se rend à Notre Dame des Sommets. Elle cessera peu après le départ de l'abbé Carra. La chapelle de Mazières accueille encore aujourd'hui les fidèles du plateau.

En 1958 le pape Jean XXIII succède à Pie XII. 4 ans plus tard la réunion de Vatican II, ce grand Concile, apporte modernité et bouleversements des habitudes.

Maguy Havez-Massonnet

 

*nautonier, ère : personne qui conduit une embarcation.

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20 octobre 2017

Les amis de Mazières

A les amis de MazièresMazieres 2017

Les Amis de Mazières

Comment est née l’association :

Suite au décès soudain de Mme PESENTI, son époux a voulu lui rendre hommage, entouré d’une équipe d'amis proche afin de faire quelque chose sur le site de Mazières où il se rendait souvent lors de l'hospitalisation de celle-ci. J’ai trouvé l'idée extraordinaire puisque  j'avais aussi un fort attachement personnel et familial dans ce lieu de recueillement qui me ressource lorsque je vais me recueillir sur ce site.

Nous avons donc décidé de nommer notre nouvelle  association "Marie et les Amis de Mazières". Créé dans l'été 2012, nous avons monté un bureau qui est le suivant: Président : Patrick PESENTI, Secrétaire : Karine LIEVIN, Trésorier : Jean BARTHELET, vice président Marc BRET SERVANT, secrétaire adjointe Jacqueline BRET SERVANT, Trésorière adjointe Brigitte EMIN.

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Ses objectifs :

 Nous essayons de porter au mieux les valeurs de notre association entourée de bénévoles, Nous désirons mettre en valeur le site de Mazières. Pour cela nous organisons depuis 2012  la fête du 15 aout qui par le biais du repas "Paella», la collaboration étroite du traiteur local Mr FALLAVIER (Bugey restauration) et la paroisse nous permet de récolter de l'argent pour nos travaux à venir.

 

Cette manifestation du 15 aout est difficile à organiser, nous devons penser à tout (ou presque) car ni électricité, ni eau sur le site. Depuis cette année nous avons investi dans un groupe électrogène pour faciliter notre journée et nos travaux futurs.

C messe à Mazières le 15 Août

Tous ces travaux ont un coût. Nous remercions vivement les donateurs qui par leur générosité alimente le compte de l’association.

Ses réalisations et ses projets :

 Nous avons refait entièrement l'escalier en bois qui mène à la chapelle avec une rampe pour faciliter la montée. Des bancs et tables en pierre d'Hauteville, un barbecue, ont été installés sur l’esplanade et près de la chapelle.

 

c LES AMENAGEMENTS sur l'esplanade

C les anénagements de mazières

Les aménagements de l'esplanade

 En ce qui concerne la décoration nous avons repeint la petite vierge au-dessus de la porte du sanctuaire, installer  des statues en bois, et réussi à faire détourner les débardages de grumes qui détérioraient le site. Les chemins d’accès ont été remis en état , et nous avons installé des panneaux d'information.

Un  projet futur serait de faire un oratoire sur l’esplanade afin que les personnes puissent déposer des bougies et ex-voto à l’abri des intempéries. Pour ce faire,  nous devons déposer  demande et  projet à la Mairie d'Hauteville. Nous espérons de tout cœur que ce projet soit accepté par la municipalité.

Nous avons d’autres idées  pour embellir cet endroit.  Refaire à la sortie de la chapelle l'autel comme dans il était autrefois, et créer un chemin d'accès pour les personnes à mobilité réduite...

Le travail ne manque pas vous pouvez soutenir l’association en devenant adhérent des « Amis de Mazières »

Karine LIEVIN

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Posté par Louis Henri GUY à 16:13 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

Aimer son pays natal

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Aimer son pays natal !

Ce n’est pas d’aujourd’hui que cela date, les exilés même dans les plus belles villes du monde, ont eu  le « blues » pour la contrée où ils étaient nés.

« Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage ? » Joachim du Bellay à Rome au XVIème siècle.

Qui aime son pays natal devrait se transformer en ambassadeur pour en vanter les mérites et savoir le vendre !

Vendre quel vilain mot me direz-vous ! Et pourtant ! Les arguments ne manquent pas pour séduire les amateurs  qu’ils soient sportifs, écologistes, de santé déficiente ou alors simplement atteints du ras le bol des concentrations urbaines. L’Ain est le 40 ème département français pour l’ensoleillement. Quelle place aurions-nous si nous n’étions plombés par la Bresse, la Dombes et même le Pays de Gex, souvent sous les brouillards et début d’année et en fin de saison.

800.000 Franciliens sont prêts à rejoindre la campagne, nous avons cela ! Il suffit de le faire savoir.

Classée station climatique dès 1920, Notre pays avait tendance à collectionner les sexagénaires, septuagénaires, octogénaires, nonagénaires et même centenaires…habitants qu’autrefois on appelait les vieux et que l’on baptise maintenant troisième et quatrième âge ! Par peur de quoi, je vous le demande.

Cependant, on commence à retrouver un retournement de situation. Les jeunes prennent le pouvoir et c’est tant mieux ! Non seulement dans le monde étudiant, le collège bien sûr mais aussi 230 élèves à l’Institut de formation des infirmiers, infirmières, 200 personnes à la MFR et l’école du bois de Cormaranche.

Les commerces retrouvent du sang neuf : La Ferme Guichard, le Restaurant de la Praille, le nouvel hôtel du Centre à Cormaranche.  Pour les sportifs, le centre de remise en forme près d’Hauteville 3 S, Mac Sport. On soigne encore les habitants et leurs animaux facilement pour l’instant : Médecins, kinésithérapeutes, opticiens,  vétérinaires, ostéopathe, magnétiseur… On trouve même une cave dans les sapins et bientôt un vignoble…Le commerce de l’immobilier va mieux, et il n’est plus rare de voir du monde s’établir sur notre plateau quitte à garder leur travail sur Lyon, Oyonnax, Bourg et même la Suisse.

Certains jeunes retraités tels des Du Bellay rejoignent leur pays natal et restaurent les maisons.

Et quand on parle de notre village dans un blog de particulier, on atteint plus de 78.000 contacts faits par 93 nations….Comme quoi nous ne sommes pas si isolés que cela.

Donc, la  bête n’est pas morte et retrouve de la vigueur.

Alors arrêtons notre sinistrose, et surfons sur la bonne vague comme avaient su le faire nos anciens lors de la création de la Station climatique.

Allez ! Bon courage à tous !

Posté par Louis Henri GUY à 15:58 - - Commentaires [0] - Permalien [#]