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20 janvier 2018

Spéléologie au Val d'Hauteville-Lompnes

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La spéléologie à Hauteville-Lompnes.

Les gens du plateau ont toujours eu envie d’explorer grottes et gouffres. Il existe dans la grotte de Charabotte des graffitis remontant au 19ème siècle et la grotte de Kotarakia n’avait pas de secrets pour les petits bergers que nous étions.

Dans les années 1950, Roger Excoffier Buisson, André Soleilhac, Marcel Goyet ont commencé à faire des fouilles un peu plus scientifiques, entrainant dans leur sillage des jeunes à qui ils ont transmis leur passion.

Sous l’impulsion et la passion de Bruno Hugon, inscrit dans le club d’HL depuis l’âge de 10 ans, ce club a pris une dimension nationale voire internationale.L’histoire de cette passion a commencé vers 1964 :

« Je suis tombé dans la spéléo quand j’étais petit. J’ai toujours eu dès ma plus tendre enfance eu envie d’explorer les « trous ». Alors que je n’avais que 5 ou 6 ans, je creusais des trous dans le jardin, ou dans la cave de la maison pour aller chez les Chinois. On verra, ironie du sort que ce rêve c’est en quelque sorte réalisé beaucoup plus tard ! »

Bruno Hugon est devenu moniteur fédéral en 1977, puis Breveté d’état en spéléo et canyon en 1995. Enfin accompagnateur en montagne en 2010. Il a encadré dans sa fonction à Hauteville Stage Sport Santé plusieurs milliers de personnes.

Il a découvert de nouvelles cavités dont une porte son nom au niveau national.

 Il assume la présidence du club spéléo D’Hauteville Lompnes  depuis de nombreuses années,  auquel il a su impulser une dynamique qui fait du GSHL un « grand club spéléo ».

Les activités du Club :

Au moins 30 km de première dans l’Ain (personne ne peux rivaliser !)

                                      -  plus de 10 km dans les autres départements français.

                                          - plus de 60 km à l’étranger, ce qui fait un total approximatif de 100km de nouvelles galeries  découvertes.

                                           - découverte de la première grotte de l’Ain qui atteint aujourd’hui 24 km. (Grotte de la Falconette à la Burbanche)

                                         - Une première en Crête, la cote -1000 m dépassée.

                                             -participation à l’exploration qui permit à la plus grande grotte de Chine de dépasser 100 km.

 

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                                             -Nombreuse premières aussi à l’avènement du canyoning : Dont les gorges de la Diosaz considérées comme l’une des plus belles descentes des alpes françaises, ou la Tine des fonds, l’une des plus dures et des plus engagées.

                                            -Auteur de 2 topoguides de canyon et de nombreux articles dans les revues spécialisées. (Spéléo 01, spéléAlpes, Spélunca (revue fédérale) le règne minéral (revue nationale de minéralogie) Un pavé sur 5 ans d’exploration en chine etc…

                                            -Les expéditions : 6 expéditions en Chine dont les cavités sont immenses à l’échelle du pays et souvent très longues, 2 expéditions en Crête où les gouffres peuvent atteindre une très grande profondeur, et  2  en Papouasie nouvelle Guinée où l’on trouve des cavités immenses avec les plus grosses rivières souterraines du monde.

Aa Bruno Hugon en papouasie

 

 

En outre, il y a cet attrait pour la géologie en général, dont la spéléo est une des applications directes, mais il y a aussi la récoltes des fossiles Bugistes et des minéraux alpins, qui a permis de constituer une collection assez remarquable.

La spéléo c’est aussi :

                       -L’immersion au cœur d’un pays et de sa population, en étant complètement déconnecté des circuits touristiques.  Cela permet des rencontres insolites et très enrichissantes.

                     -Chaque expédition, c’est aussi à chaque fois une nouvelle équipe de personnes qui partage la même passion, Il y a toujours un côté humain très fort avec de nouvelles rencontres et de véritables amis chinois !

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                    -une expédition, c’est aussi souvent l’aventure, avec les moyens de transport, la nourriture, les lieux d’hébergement. En Papouasie par exemple, nous avons dû embaucher des porteurs papous pour transporter nos 2 tonnes de matériel jusqu’au lieu désigné pour le camp. 3 d’entre eux sont ensuite resté avec nous durant toute la durée de l’expédition, pour nous aider à construire nos abris, tailler les sentiers à la machette, chasser, ou ramener quelques rares plantes ou légumes pour améliorer notre ordinaire.

Cb l'équipe de l'expédition

« Nous dormions dans des hamacs suspendus entre les arbres, au milieu de la jungle, et dans l’une des dernières forêts primaires encore vierge de toute exploitation humaine, et tout cela à des heures voir des jours d’accès de la civilisation. Ça a été une révélation, c’était extraordinaire d’être immergé au milieu de cette forêt avec une vie exubérante. Sur l’ile de nouvelle Bretagne où nous étions, 200 nouvelles espèces ont été découvertes par les scientifiques ces 2 dernières années !

Chacun a du construire son petit abri perso, ainsi qu’une tente collective pour le matériel et la nourriture. Tous les jours, il pleuvait en fin de journée, nous étions en saison sèche ! Il tombe 6 à 8 m d’eau par an dans ces contrées ! (1,60m chez nous) La chaleur (prêt de 30°) combinée à l’humidité, obligent à traiter les moindres « bobos » rapidement pour éviter les infections qui peuvent évoluées rapidement en ulcères tropicaux. Tous les jours, nous nous enduisions les pieds de graisse servant normalement à ferrer les chevaux, et utilisions des chaussettes spéciales onéreuses, mais efficaces pour éviter les terribles mycoses qui peuvent vous rendre la marche impossible pendant plusieurs jours. Nous n’avions pas de médecin, aussi nous avions une grosse pharmacie et avions pris un abonnement vers un organisme spécialisé pour les expéditions, où un médecin pouvait être joignable avec notre téléphone satellite 24 h sur 24, et pouvait guider nos gestes en cas d’urgence.  . Nous aurions pu être amenés à recoudre un camarade, ou à le plâtrer, voire plus si besoin ! »

Nous sommes monté sur un volcan actif, avons subi une tempête phénoménale en pleine nuit et comme si ce n’était pas suffisant,  le bateau est tombé plusieurs fois en panne ! Cette même nuit un ferry coulera au large de la Nouvelle Bretagne causant la mort de 150 victimes. Nous avons vécu 3 tremblements de terre dont un particulièrement  impressionnant, mais cela est presque normal dans ce pays situé sur la ceinture de feu du Pacifique. Le retour c’est effectué pour partie en barque. Nous sommes partis de nuit pour 10h00 de mer, en étant 4 entassés dans une barque, sans feux, sans gilets de sauvetage ou autre moyen de sécu.

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Toutes ces péripéties, pourraient être traumatisantes pour le commun des mortel, pour ma part je m’en suis régalé, elles ont largement contribuées à rendre ce voyage extraordinaire. »

Je me plais à dire que pour moi le plus merveilleux des hôtels, n’a pas 5 étoiles, mais mille étoiles. Comprenez par la que je préfère dormir dehors dans des conditions spartiates en regardant le ciel, plutôt que dans un luxueux hôtel ! »

 « On part parce qu’on a besoin de distraction, et l’on revient parce qu’on a besoin de bonheur »

Victor Hugo

 

 

 

 

 

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14 janvier 2018

Un conteur s'en est allé!

Marius Guy

Marius Guy était un conteur né.

Il excellait à raconter des histoires, de  « belles histoires ».

 

Dès ses vingt ans, il fit ses débuts de chroniqueur dans le journal « La Marseillaise » alors qu’il effectuait son régiment, puis il continua pour les journaux régionaux et départementaux, « Le Progrès », « Le Dauphiné Libéré », « Le Coq Bugiste ». Il participa aussi au journal local « La Traverse » crée par l’équipe de l’Orsac. Cependant tous ses articles, chroniques, billets d’humeur n’étaient pour lui qu’un amusement car son métier était  celui d’agriculteur.

Une profession qu’il assumait avec talent, ayant été un des premiers à sélectionner ses vaches « pie rouge de l’Est ». Il vendit même au Japon une souche reproductrice. Il fut même président de la coopérative laitière d’Argis.

 La terre était sa passion !

 

Durant de nombreuses années, il a  apporté sa collaboration au magazine chrétien « L’Echo du Plateau », dont il occupait solidement la dernière page de couverture. Ses contes et nouvelles étaient  très appréciées, pour la plus grande joie de ses fidèles lecteurs. Combien de fois n’avons-nous pas entendu : « Quand l’Echo arrive, je regarde aussitôt la dernière page pour y découvrir le conte de Quinet et je me régale ! »

 

Ce rendez-vous avec les lecteurs, Quinet l’assumait à chaque parution, se creusant parfois la tête pour trouver le sujet à développer. Mais une fois le sujet adopté et mûri dans son esprit, il se saisissait d’une feuille de papier et d’un crayon et se mettait à écrire. Les mots lui venaient rapidement, car comme le disait Boileau « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément ! »

 

Son style était direct, plein d’humour, avec souvent des brins de nostalgie pour les temps anciens si rudes qu’ils aient été. Sa manière de penser se retrouve même dans la devise qu’il avait  choisie pour son cadran solaire –il avait soixante dix ans à l’époque- : « Dommage qu’il soit déjà si tard ! »

 

 

Après avoir écrit un premier livre de contes et chroniques sous le titre « Au fil des Jours » Marius Guy a proposé à ses fidèles lecteurs un second volume « L’automne de mes jours »

 

Il était normal que la suite des contes, chroniques et nouvelles de Marius Guy, alias Quinet, fusse publiée.

 Très souvent il se plaignait de sa mémoire qui flanchait disait-il, mais jusqu’à Quatre vingt douze ans, bien des personnes aimeraient avoir encore les belles capacités intellectuelles qu’il déployait.

 

Est-ce dû aux « hectares de mots croisés » selon son expression favorite, qu’il effectuait d’années en années qui lui donnaient encore cette vivacité d’esprit, nul ne le sait.

« La nostalge » comme dit Robert Hossein est nécessaire aux gens qui prennent de l’âge : elle leur maintient des sentiments de jeunesse qui ont tendance à s’émousser avec le temps.

La vie des anciens n’était pas très facile, mais dans la mémoire de l’auteur, elle était pleine

     « De jolis souvenirs, qui sont autant de petits bonheurs, pourquoi vouloir les oublier ! »

 

                                                                                     

Marius Guy était un  paysan malicieux et charmeur, à la répartie vive et au grand sourire plein d’amitié et d’humanité.

Un conteur qui meurt est une bibliothèque qui brûle ! Il est heureux qu’il nous ait laissé des écrits.

 

 

Il restera dans la mémoire des gens du Plateau, de la Combe du Val, du Valromey comme un conteur né !

 

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04 janvier 2018

Origine de la vierge de Champdor

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ORIGINE DE LA VIERGE DE CHAMPDOR :

 

 

C’est en 1855 que Joseph GUILLOT naquit à Champdor de Jean Baptiste GUILLOT et de Marie Rosalie LEVRAT. Il était l’avant dernier d’une famille qui comptait déjà 6 filles et 2 garçons. Son arrière grand mère Sébastienne HUGONNET épouse GUILLOT était célèbre dans la région. C’est grâce à elle que l’église de Champdor à pu conserver son magnifique autel.

A la révolution, elle le fit démonter morceau par morceau puis distribuer ceux-ci dans différentes familles dont- la liste fut faite par un des rares capables d’écrire à cette époque : son fils Victor âgé de 12 ans. Grâce à cette liste soigneusement conservée, l’autel fur reconstruit pièce par pièce sous Napoléon..

Saint François de Sales et saint Victor (qui perdit quelques doigts dans ce déménagement) ont retrouvé leur place qu’ils occupent depuis.

Après de brillantes études au séminaire de Meximieux, puis à celui de Brou, il fut nommé à sa demande à Waverlé ville cosmopolite où se côtoyaient Irlandais, Allemands, Polonais et Français. Il y fit construire une école où tous purent y apprendre l’anglais. Après plusieurs postes, il termina sa carrière à saint Paul du Minnesota aux Etats Unis après avoir fait preuve d’une grande générosité envers son diocèse et son village natal.

 

A sa dernière visite en France en voyant travailler un artiste du pays Monsieur Alphonse MONNET, autodidacte bourré de talent, il eut l’heureuse idée de laisser à ses compatriotes un souvenir durable. Admirant le travail de monsieur Monnet et son goût de la perfection, ils se mirent d’accord sur l’œuvre à accomplir.

 

Plusieurs maquettes en terre puis en plâtre (modèle réduit bien sûr) traversèrent l’Atlantique et sont certainement conservées dans le Minnesota.

 

Le travail gigantesque n’effrayait pas le sculpteur, seul sans architecte sans ordinateur, il eut à calculer la solidité du terrain, la taille et la mise en place de cette statue haute de 13 mètres dont l’élégance et l’harmonie des proportions étonnent encore les artistes contemporains.

 

L’INAUGURATION DE LA VIERGE.

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Le 8 juin 1941, il y a juste 60 ans, aurait pu être une grande fête religieuse pour tout le plateau, un beau dimanche comme les dimanches d’avant la guerre.

Mais la défaite était trop récente, toute la France portait encore le deuil de ses soldats morts au combat et ils étaient encore nombreux retenus bien loin là-bas dans les stalags. L’avenir s’annonçait sombre et incertain.

 

Le long cortège des paroissiens de Champdor, augmenté par ceux des paroisses environnantes qui s’avançait en procession depuis le village jusqu’à la colline reflétait tout le recueillement. Il y avait énormément de monde, c’est étonnant ce que la peur de la guerre peut parfois réveiller la foi des baptisés.

 

Devant le massif montagneux qui la domine, la vierge apparaissait encore plus blanche.

Les belles carrières du pays avaient fourni cette noble matière plus dure à travailler que le marbre et aussi belle aujourd’hui qu’au premier jour.

 

Monseigneur Gauthier, missionnaire de la montagne, le chanoine Monnet vicaire général et le curé Loisy accueillaient cette foule et prêchaient la confiance qu’il fallait garder.

Une centaine de gamins avait déposé auprès du socle des milliers de narcisses cueillis le matin même au pied du monument le long de l’Albarine…La colline parée d’oriflammes et de longues guirlandes de branches de sapins prenait un véritable air de fête.

 

Monseigneur Guillot venait d’avoir 86 ans, il ne vit jamais la statue achevée mais ce jour-là au-dessus de l’Atlantique, ses pensées ont dû croiser  les pensées des Cambots.

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                                                                                              Marius Guy

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27 décembre 2017

Histoire de cloches

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BAPTEME DES CLOCHES.

 

 

L’an 1823 et le 4 février ont été bénites dans l’église paroissiale d’Hauteville  par nous curé soussigné, assisté de messieurs les curés de Longecombe, Aranc, Hostiaz, Argis, Tenay, Evosges et Champdor deux cloches pour le service du culte de laditte paroisse d’Hauteville, l’une du poids de six cent septante neuf kilogrammes sous le vocable de Marie Antoinette, le parrain et la marraine sont Monsieur Claude Antoine Collet, juge de paix du canton d’Hauteville  et dame Marie Anne Troccon, femme de monsieur Jean -Louis Dumarest propriétaire domicilié à Lompnes paroisse susditte, représentée par demoiselle Césarée Dumarest leur fille pour cause de maladie de Marie Anne Troccon femme Dumarest sa mère.

La deuxième du poids de cinq cent dix kilogrammes sous le vocable de Marie, le parrain et la marraine sont Monsieur Guillaume Benot, maire de la commune de Lompnes de dame Marie Thérèse Françoise Mary épouse de monsieur Anthelme Cyvoct notaire et maire d’Hauteville  qui ont signé de tout selon les règles du rituel et les cérémonies prescrites par l’église.

A Hauteville  les jours et an que dessus.

 

Suivent les signatures de Bontemps curé d’Hostiaz Benot, Collet, Goux curé de Champdor et Grillot curé d’Hauteville .

 

 

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24 décembre 2017

Jours des quatre temps pour 2018

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Les quatre temps pour 2018

Les quatre temps de l'Avent ou de l'hiver

20 décembre 2017, premier jour :

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temps maussade, nous sommes sous un anticyclone qui bloque au sol l'humidité donc, nuages, brouillards tenaces; temps doux cependant, devrait correspondre au temps du mois de janvier s.g.d.a.

22 décembre 2017 : deuxième jour des quatre temps : prévision pour février.

 

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troisième jour 23 décembre : temps doux, toujours des brumes quelques rayons de soleil rares en altitude; ce devrait être le temps de mars

s.g.d.a.

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Les quatre temps de printemps ou de carême

sont les21, 23 et 24 février 2018

Les quatre temps de pentecôte ou de l'été

les 23, 25 et 26 mai 2018

les quatre temps d'automne

les 19,21 et 22 septembre 2018

 

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18 décembre 2017

Le Valromey pays de toutes les cultures

Le Valromey, pays de toutes les Cultures….

Depuis toujours le beau Valromey a eu une culture paysanne d’élevage : bovins, ovins, caprins sans compter toutes les volailles, poules, oies, canards. Le relief se prête l’agriculture. C’est même un des rares lieux de l’Ain qui possède un abattoir de proximité. Cette production paysanne existe toujours et c’est tant mieux !

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Mais il existe depuis toujours un aspect culturel, et cela ne date pas d’aujourd’hui, sans remonter au monde romain qui a laissé dans ce pays de très belles traces, aux moines qui ont développé le temporel et le spirituel, il y a eu aussi des auteurs prestigieux.

 D’Honoré d’Urfé, marquis du Valromey, en passant par Claudel, Daniel-Rops qui vint en voisin, Gertrude Stein qui vécut à Bilignin qui fut peinte par Picasso, Picabia et Valloton et qui reçu dans le Valromey artistes, écrivains prestigieux.

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Gertrude Stein peinte par Valloton

 

La sculpture et la peinture n’étaient pas ignorées des Valromeysans, l’école lyonnaise au 19ème a peint de nombreux tableaux vers Artemare, et il reste encore des œuvres de Quentric, à Vieu, Ruffieu, La Lèbe et Saint Maurice.

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La vierge de l'Adoue, de Quentric

 

 

 

Aujourd’hui, La culture est toujours vivante !

. La Culture dans le Valromey s’épanouit et se diffuse à travers des initiatives de nombreuses associations, voir de particuliers, et cela marche bien ! On recense plus de 130 associations dont une bonne partie a une vocation culturelle : musique, danse, lecture, théâtre, mise en valeur d’éléments du patrimoine…

Au Grand Abergement, nous avons pu assister à une conférence sur la Yakoutie, menée par André Bailly et Jean Troccon. (association Bugey sans frontières)

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N et o En attendant de parler Yakoutie

La conférence sur la Yakoutie au Grand Abergement

 Et un village comme Lompnieu, avec son ARLO  nous gratifie aux longs des années d’un programme culturel particulièrement éclectique.

Qu’est-ce qu’ARLO :

 Il y a 20 ans, des habitants, résidents permanents et résidents secondaires, ont créé l’association rurale de Lompnieu (ARLO) dont le but est la promotion du cadre de vie des habitants du village en facilitant les échanges, les rencontres, l'entraide. Contribuer à la vie de cette association est un facteur essentiel d’intégration à la vie de la commune et de connaissance des habitants, chacun apportant sa contribution en fonction de ses idées, ses compétences et ses talents pour construire ensemble un programme annuel d’activités

L’association propose des animations à destination des enfants et pour le grand public, et diverses manifestations festives et culturelles. Depuis 2015, dans la mairie rénovée, la municipalité a mis à disposition de ARLO une salle dans laquelle a pu être créée une bibliothèque alimentée par des dons de particuliers. Des bénévoles de l’association se mobilisent chaque semaine pour organiser les temps de rencontre autour de tables de jeux et convoyer si besoin les personnes âgées du village ; les échanges pleins d’humour sont la saveur de ces moments de convivialité.

Les conférences et expositions d’Arlo :

Plus largement, sur les année 2016-2017 ont ainsi été proposés des temps de rencontres hebdomadaires autour de jeux, de lectures, de prêts de livres ;  des journées festives –fête du four, journées galettes, vide-greniers, journées de printemps ; un concert de champ choral donné dans l’église de Lompnieu par un groupe lyonnais ; des conférences qui ont pour but de partager des éléments culturels de préférence en rapport avec le Valromey, mais aussi de faire découvrir une région ou un pays à  travers des œuvres littéraires, des peintures ou des œuvres musicales. Ont ainsi été données des conférences sur les chartreuses du Bugey, sur la famille d’Urfé dans le Valromey, un voyage littéraire en Russie et une matinée pour les adultes et enfant autour de contes traditionnels de Noël.

N conférence à Lompnieu, les auteurs russes et la Russie

 

Le théâtre est aussi représenté :

A la salle de la Mairie, une pièce de théâtre, « on venait pour voter », a été proposée par des amateurs résidents du village et membres de ARLO.

De même, un jour d’été, chez un particulier, nous avons eu le plaisir d’assister à un Phèdre de Racine, totalement déjanté, mais cependant très respectueux du texte littéraire : Ce fut un après-midi, très culturel, convivial et particulièrement réussi.

N Phèdre à demeure

 

 

Nous en redemandons, et le Valromey est si près du Val d’Hauteville-Brénod, en moins de 20 minutes, vous pouvez passer en compagnie des Valromeysans d’excellents moments.

S’il existait un Trip Advisor de la culture, Le Valromey aurait la note d’excellence.

 

 

 

 

 

 

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16 décembre 2017

Les enfants du paradis

B d'Ormesson c'est là-haut que ça se passe "Bien sûr c'est là-haut que ça se passe!

B Johnny soyez heureux

A bientôt les amis! Soyez heureux!

Les enfants du Paradis !

Le meilleur film de tout les temps selon les critiques de cinéma.

 Deux Jean  en deux jours sont aux portes du Paradis.

L’un était bien né Jean Bruno Wladimir François de Paule Lefèvre d’Ormesson et l’autre ne l’était pas, Jean Philippe Smet,  sans famille ou presque !

Deux destins différents !

L’un était écrivain et l’autre baladin.

L’un est sorti de son écrin familial pour rencontrer le monde à qui il a fait du bien, se posant des questions fondamentales : « Au Plaisir de Dieu » « Et toi mon cœur pourquoi bas-tu » « Presque rien sur presque tout »  « La création du monde » « Qu’ai-je donc fait » « La vie ne suffit pas » « C’est une chose étrange à la fin que ce monde » « La vie ne suffit pas » « Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit » « c’est l’amour que nous aimons » « C’était bien ! »

Autant de questions essentielles pour notre méditation.

L’autre Jean dit « Johnny » était d’abord un copain, puis un ami, puis un lien entre beaucoup d’humains. Le titre de ses œuvres est tout un programme « Je te promets » « Que je t’aime »  « Vivre pour le meilleur » « J’ai oublié de vivre »  « L’envie » « Marie » « mon plus beau Noël »

Ils se posaient tous deux des questions existentielles, qui trouvaient un écho sur toutes les générations. Ils étaient des miroirs dans lesquels les uns et les autres pouvaient se reconnaître.

Ils ont réjoui beaucoup de monde.

Ils aimaient l’un et l’autre leur prochain.

« Il n’y a pas de plus grande joie que de réjouir un autre être ! » Louis Aragon

L’écrivain et le baladin ont atteint leur but. Rendre heureux tout un chacun.

Des millions de sourires et de rires ont été provoqués par l’un et l’autre sur le visage de leurs contemporains. Ils étaient lumineux et ils sont regrettés.

Et si la joie des autres était la clé pour entrer dans une éternité désirée ou redoutée ?

Allez les amis, dormez en paix, vous aviez peut-être la solution. Celui en Lequel vous croyiez ou espériez, ne vous laissera pas à la porte du Paradis.

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15 décembre 2017

De Saint-Rambert à Champdor : l'histoire du petit berger de La Palud

De l’automne à l’hiver.

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 Un peu avant Noël, c'était la traditionnelle Saint Cochon.  Ce cochon que nous avions engraissé patiemment pendant des mois, lui apportant petit lait, le gavant de petites pommes de terre et autres, son où légumes de toutes sortes, sans oublier les soupes d'orties que j'allais cueillir autour de la ferme des Bobillon. Ce cochon bien gras, pesant 120 kilos,  allait nous aider à passer l'hiver, en lard, côtelettes, jambon et autres cochonnailles.

Là aussi, un peu comme le jour du pain, le jour de la Saint cochon, c'est quelque chose à la ferme. Depuis des jours déjà, les femmes préparent, plats, soucoupes, ails, oignons, herbes, pour assaisonner et recevoir ensuite gelées de tête, boudins et j'en passe.

Le jour J tout était prêt pour accueillir « le tueur ». C’était un charcutier qui allait de ferme en ferme « faire » le cochon. Dès le matin, il arrivait avec force couteaux, tous plus grands et impressionnants les uns que les autres. Il préparait son affaire comme un chirurgien. Il s'inquiétait s'il y avait assez d'eau bouillante, de plats, de seaux enfin tout... Mais Cécile était une maîtresse femme, et rien ne manquait pour que nous passions à l’acte.

Le pauvre cochon était « abadé », bien tenu au licou et en force, car il était costaud le bougre. Les pieds attachés il ne restait qu'à lui planter le couteau dans la gorge ce que je ne voulais pas voir. Seuls ses cris me suffisaient. Sa douleur et ses cris terrifiants au début diminuaient au fur et à mesure que son sang s'écoulait dans un seau. Ce sang sans arrêt remué et qui allait faire un si bon boudin.

L'animal mort, était ensuite, lavé, raclé, relavé à l'eau bouillante et, pendu par les pattes arrières et ouvert. Les boyaux vidés, lavés, allaient servir pour le boudin. Rien n'est perdu dans un cochon.

Ensuite c'était la découpe. Les jambons seront salés puis pendus et attendront l'été pour être mangés pendant les fenaisons. Le reste allait au saloir qui se trouvait au fond de la grange dans un petit local aux murs épais, noir et frais.

Je ne peux vous raconter les odeurs de la cuisson de la charcuterie, des plats cuisinés. C'était une journée enivrante d'odeurs, de goûts et de bonheur. Le repas pris avec le boucher était une merveille de régal. Nous partagions la Saint cochon avec les voisins, c'est ainsi que nous apportions un panier de bonnes choses aux Favre, qui à leur tour, pour leur saint cochon nous renvoyait l'ascenseur. Belles journées, bons souvenirs !

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C'est ainsi que Noël 1945 arrivait, le premier Noël de paix et cette année comme le calme était revenu j'allais le passer à St Rambert, chez ma mère.

 Par un matin froid  jai pris la direction d'Hauteville en pas­sant par l'Arbessier et Combe Noire. Je connaissais bien la route. Sous un ciel gris, mes petites jambes avalaient les kilomètres. J'arrivais à Hauteville, à la gare des cars, on me dit que le premier car pour Tenay était dans une heure et plus. Impatient, je décidais derejoindre Tenay et St Rambert à pied. En suivant la route et en passant par  Charabotte je m'engageais sans souci de fatigue ou autre en direction de Tenay. A hauteur de la maison de secours un gros camion trans­portant de gros sapins et qui descendait lentement sarrêta à ma hauteur, le conducteur m'invita à faire la route en camion au lieu de marcher. Mais à voir ces grosses billes de bois, la pente de la route et le précipice au bord, j'eus peur et je refusais. Le chauffeur repartit en riant de ma frousse.

Tantôt en marchant, tantôt en courant, j’arrivais à Tenay avant le car. Je traversais cette ville grise et triste, puis Argis et j'atteins  St Rambert à peine fatigué aux cris horrifiés de ma mère, qui venait d'apprendre que j'avais fait 21kilomètres à mon âge.

Ces vacances d'une semaine en ville se passèrent, en même temps vite et lentement à la fois. Je ne pouvais ne pas penser àLa Palud, à mon chien, à mes bêtes. Que faisaient-ils sans moi ? Et moi déboussolé sans eux !

Mon parrain , ne trouva rien de mieux que de m’offrir pour Noël un paquet de cigarettes et une boîte d'allumettes. Pour faire grand, j'en fumais ou tentais de fumer une cigarette et fut malade comme un chien pendant deux jours. Blanc, les lèvres bleues je crus mourir.

 vite je quittais ma mère et cette ville en prenant le train jusqu’à Ambérieu puis le tacot d’Ambérieu à Champdor en passant par Cerdon, Maillat, St Martin du Frêne, Outriaz, le fameux tunnel dePisseloup, Brénod et Champdor. 

En courant, je remontais à la ferme comme si je rejoignais ma vraie famille. Je retrouvais avec joie mon loulou et mes vaches et j'oubliais bien vite St Rambert.

J'avais ramené de ce Noël un joli couteau Opinel, qui n'allait plus quitter ma poche. Mon rêve se réalisait enfin, avoir un couteau !

 

 

 

 

 

 

 

Nous vous proposons l’histoire d’un petit garçon de 10 ans très chétif, natif de Saint Rambert, obligé de quitter son pays pour être placé comme berger à Champdor au hameau de La Palud. Aimé Pelletier a écrit un cahier sur ses souvenirs d’enfance.

A la lecture, nous avons été séduits par la manière dont il aborde sa nouvelle vie : le texte est particulièrement touchant. Son travail de berger, les travaux de la ferme durant toutes les saisons, l’approche de la nature, son regard d’enfants sur les évènements de l’époque en font une chronique très intéressante du pays Bugiste.

De Saint Rambert à Champdor :

 

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        Champdor vu des hauts de La Palud

Une Citroën, traction  avant noire, traversait la petite ville de Tenay en empruntant l’unique rue de la cité qui était aussi la route nationale. La voiture longeait les murs gris de l’usine « La Shappe ». Comme tout était triste dans ce décor austère de la vallée !

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          Nous arrivions au centre de la ville et juste avant le pont qui enjambe L’Albarine, notre chauffeur Lily Damour, taxi à Saint Rambert, tournait à gauche. Déjà la route se dressait devant nous, nous sortions de Tenay, la voiture s’engageait dans les gorges profondes, creusées par l’Albarine, que la route était obligée de suivre. Nous nous faufilions au gré de la nature, un peu impressionnante avec ses murailles à pic. Enfin, au bout de quelques kilomètres, la route profitait d’un pont pour traverser la rivière et quitter la vallée.

         La pente de la route s’accentua encore, ce qui fit dire au monsieur assis à côté de moi « ça y est, on attaque la côte d’Hauteville »

           Cette côte est bien longue et j’ai le temps de vous dire que je suis assis à l’avant du véhicule, un peu sur les genoux  d’un monsieur d’une cinquantaine d’années, aux allures de patriarche et portant un magnifique chapeau sur la tête.

           Ce gamin de 10 ans, qu’il avait sur les genoux paraissait bien timide. Fera-t-il un bon berger se demanda-t-il ?  

           La route, elle, continue de monter.

P les falaises de Charabotte

 

A la place des falaises verticales, ce sont maintenant des taillis ou des forêts dénudés qui bordent les talus. Rapidement nous arrivons à la maison de secours, halte auberge, seule présence sur cette longue montée. Cette bâtisse aujourd’hui abandonnée était alors un arrêt presque obligé pour voitures essoufflées ou gosiers secs.

P la maison de secours

           Je jette un regard furtif sur les occupants du siège arrière au moment même ou André, solide gaillard d’une trentaine d’années montre, à sa jeune épouse Fernande, la cascade de Charabotte vomissant son liquide d’une hauteur de 150 mètres. Mais Fernande, jolie brunette préfère se blottir contre celui qu’elle vient d’épouser ce samedi 21 mars 1943 à Saint Rambert. Elle dit au revoir à son petit village de Jarvonoz et à sa vie de jeune fille, pour rejoindre la ferme de son époux « la ferme des Grobon à La Palud » et ce pour la vie !

           A leur côté, très sérieusement, presque sévère, se tient Cécile Grobon, maîtresse femme. Elle forme avec Eugène un couple traditionnel des montagnards du Bugey.

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           C’est ainsi que l’auto, tranquillement arrivait à la passe du col de Charabotte et qu’enfin la route finissait de monter. Dès le petit col franchi entre deux parois rocheuses, c’est la belle nature du plateau de Hauteville qui nous accueille.

           Hauteville est une petite ville qui, grâce à son air pur a pour vocation de soigner les maladies  pulmonaires. Ces sanatoriums, aux noms chantant « Angeville, l’Albarine ; La Savoie » sont là pour soigner une terrible maladie : la tuberculose. Cette maladie qui me court après depuis déjà de longues années, et pour l’instant, sans me rattraper. Mais à voir ces belles forêts, c’est sûr que l’air doit  être bon dans ces belles montagnes.

           La voiture traverse la ville de  Hauteville presque déserte à cette heure ci ; on voit juste quelques magasins éclairés. Lily a déjà allumé les phares de la voiture. Nous dépassons le dernier sana « La Savoie » et déjà au détour d’un virage apparaît un village. « C’est Champdor » me dit Eugène. Je n’ai pas le temps de le découvrir qu’encore la route monte, mais une route qui n’est plus la même. Le bruit des pneus est différent, ce chemin est caillouteux. Lily n’a pas le temps de s’inquiéter car quelques minutes après apparaît une ferme. « Ce n’est pas ici » précise le père Grobon, « cette ferme est celle des Favre ». Une dernière montée, raide celle-là, et la voiture stoppe devant une grande bâtisse. Nous étions à La Palud.

Je quitte les genoux un peu durs d’Eugène pour faire mes premiers pas. Une odeur forte me prend à la gorge, pour cause, près de moi un énorme tas de fumier fumant fait face à la ferme.

           Avertis par le bruit du moteur de la voiture deux hommes en bottes crottées sortent d’une étable. On me présente « C’est monsieur Emin ». Il est accompagné de son fils Marcel, pratiquement du même âge que moi, mais bien plus grand et costaud. Sa poignée de main m’arrache le bras. Tous deux ont soigné les bêtes en l’absence de la famille Grobon partie à la noce.

           Je jette un regard autour de moi, et malgré la nuit tombante, je vois la forêt toute proche, silencieuse, noire, presque inquiétante.

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Mais ce qui me frappe c’est l’impression d’immensité. Des prés, des forêts, encore des prés et un silence impressionnant. Je lève les yeux et déjà les étoiles scintillent. Y a-t-il la mienne là-haut ? Je reviens sur terre car une grosse boule de poils vient se frotter à moi. « C’est Tayaut » me dit-on ! Il a de grands yeux marron qui semblent me souhaiter la bienvenue. J’en ai besoin, je vous l’assure. Moi aussi je lui dis bonjour en lui assénant une tape sur le dos. Il n’a qu’un moignon en guise de queue mais j’ai vu qu’il l’avait bougé de ravissement. Etais-ce mon premier ami ?

 

           Le premier jour à La Palud

On me fit entrer dans une grande pièce au milieu de laquelle j’ai remarqué une grande table en bois et cinq ou six chaises rangées contre le mur. Il y a aussi une grande cheminée qui n’est pas allumée. Par contre, une grosse cuisinière en fonte grise propage dans toute cette grande pièce une chaleur douce et appréciée. Cette grande pièce, en fait la salle de séjour, est éclairée par une ampoule toute simple auréolée d’un chapeau en fer émaillé blanc.

           On me fit asseoir près de la cuisinière, un peu en retrait, car tout le monde racontait cette noce ou prenait des nouvelles des bêtes. Je crus comprendre qu’il y avait des petits veaux.

           Les femmes s’affairaient à préparer le souper, déjà une bonne odeur de soupe se répandait, attirant deux chats vite repoussés dehors par un énergique mouvement du pied, gratifié  par la mère Grobon.

           Les hommes partis aux étables sont de retour, visiblement affamés et nous nous mettons à table ; soupe aux légumes, lard, fromage. Je n’ai guère faim, et comme d’habitude je m’endors devant mon assiette. Aussi, Cécile me conduit par un petit escalier en bois dans deux chambres situées sur la grande salle. La première avec un grand lit sera celle des jeunes mariés. Dans la seconde avec un grand lit haut et un petit dans un angle, la « Mère » me dit « Voilà ton lit ». Sans discours elle me souhaite bonne nuit, éteint et redescend.

           Je me trouve seul, mais j’entends en dessous les bruits des conversations que j’essaie de comprendre sans succès. Je pense à ma mère restée à Saint Rambert et qui m’a quitté à la porte du taxi les yeux embués de larmes. Pauvre maman nous n’avons pas été beaucoup ensemble pendant ces dix années. Je t’ai tellement posé de problèmes avec ma santé, mon manque d’appétit. Moi aussi j’ai fréquenté ces grandes maisons type « sana », qu’on appelait « préventoriums ». On a essayé la mer, la montagne, mais au grand dam des docteurs et en particulier du docteur Rigaud de st Rambert, je survivais c’est tout.

           Je n’arrive pas à trouver le sommeil. Trop de choses se sont passées aujourd’hui. Cette attente en début d’après midi dans mon appartement du 3ème  àSt Rambert, ma petite valise prête et moi toujours derrière les vitres à regarder les gens de la noce crier, aller d’un bistrot « Gentil » à un autre « Chanut », boire, rire. Je remarque mon parrain Joseph Brun, bout en train et bon vivant, chanter un verre de vin rouge à la main.

           Je revois arriver cette voiture noire, se ranger le long du trottoir, mes adieux à Melle Bornarel amie de ma mère, la descente des escaliers en bois pour traverser la route, ma main accrochée à celle de ma mère. Je me revois être présenté au père Grobon, un peu étonné qu’on lui assure que ce gamin maigrelet va être son berger. Je revois les adieux de la famille Gudet à Fernande, toute belle dans son tailleur bleu et ma mère penchée vers la fenêtre au moment ou la voiture démarre. Et puis s’en est trop, je m’endors pour ma première nuit à La Palud.

Virginie, Cécile, Eugène et AndréGrobon  devant la ferme.

 

 

Je découvre le paysage :

P premier décor' pour le petit berger

 

           Le lendemain matin lorsque je me réveille, je ne vois personne dans les chambres. J’ai un peu honte je n’entends aucun bruit. Je descends et personne non plus dans la grande salle. Seule une odeur de café embaume la pièce.

           Je me hasarde dehors, mon premier bonjour vient de Tayaut, toujours à la recherche de caresses. Je m’avance sous l’auvent et devant un spectacle merveilleux je m’arrête ébloui. Devant la ferme la nature est d’une beauté saisissante. D’immenses prés à l’herbe rase et déjà verdissante s’étalent tout autour. Des haies encore dénudées bordent les prés. A perte de vue une forêt de sapins s’élève jusqu’au sommet de la montagne. Devant moi en léger contrebas une ferme blottie contre une haie de sapin se réveille. Une épaisse fumée qui s’échappe de la cheminée m’apprend que les habitants sont réveillés. Une autre bâtisse se trouve à deux ou trois cents mètres de moi, un peu au-dessus, elle a l’air inhabité.

           Par contre cette ferme inoccupée est pratiquement au ras de la forêt. Les prés qui nous séparent de cette ferme sont en légère déclivité, ensuite la forêt attenante est beaucoup plus en pente. Mes yeux suivent la crête dentelée et derrière le soleil se lève, réchauffant ce milieu de printemps. Je me suis donc orienté.

           Un « bonjour » me ramène à la réalité. C’est André qui sort d’une étable avec un grand seau de lait fumant à la main et je comprends qu’une journée à la ferme, fusse un dimanche commence de bonne heure le matin.

           Lorsque les bêtes sont soignées, c’est le terme employé, c'est-à-dire nettoyées, nourries et traites ; et bien c’est au tour des fermiers d’aller boire le café.

           Ce premier jour à La Palud passa très vite. Je n’eus que le temps de jeter un œil à l’entrée des étables, apercevoir les bêtes toutes bien alignées et tranquillement occupées à ruminer. Je fus impressionné par la grosseur des vaches et surtout des deux bœufs que je trouvais énormes.

l’objet au départ d’un nouvel ordonnancement autour de la grande table. Le Père garderait sa place en bout de table dos tourné à la cuisinière, à côté de lui Cécile sa femme et ensuite Fernande, en face au bout André et à ses côtés Aimé. Pendant les cinq ans que j’ai passé à La Palud, cet emplacement a été respecté quoiqu’il arrive même en l’absence de l’un de nous.

           Les jours qui suivirent mon arrivée à La Palud furent assez difficiles à vivre. Il me semblait que le contact ne passait pas bien entre nous. J’avais tout simplement du mal à m’habituer. Je ne me languissais pas, ma mère ne me manquait pas, mais je n’étais pas à mon aise. Seule Fernande semblait comprendre mon malaise car elle-même, et je le compris plus tard, souffrit de ce changement de vie. Quelle différence pour elle, qui avait été ouvrière d’usine, avec plein de jeunesse autour d’elle, de se retrouver dans une ferme isolée. Même si tous étaient gentils, il m’a été difficile au début de supporter la mentalité du Haut Bugey. Peu de paroles inutiles, simplement le nécessaire. Il a donc fallu s’adapter, s’habituer, se joindre au cercle. Fernande et moi, alliés par la force des choses, devions nous faire admettre dans l’habituel.

           Les premiers jours furent lancinants, d’autant que la météo n’était pas très souriante. Il se remit même à neiger, ce qui n’empêchait pas les fermiers de s’activer aux soins du bétail, du matin au soir. Du nettoyage des étables en passant par la traite des vaches, leur nourriture, emporter le lait à la fruitière au village, faire téter les veaux (il y en avait 4 ou 5), aller à l’eau. Car voilà bien le problème de La Palud, il n’y a pas d’eau dans les fermes. Il fallait aller la chercher au « bac », la fontaine qui déverse son précieux liquide dans deux bassins profonds d’un mètre environ ce qui permet aux troupeaux de venir s’abreuver tous ensembles.

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Ce bac était à 150 mètres des maisons. C’est par deux seaux à la fois que les habitants de la ferme transportaient l’eau hiver comme été. Les premiers temps j’étais exempté de cette corvée, mais le temps passant et d’abord par demi-seaux et ensuite seaux complets, c’était devenu ma corvée. Et bien heureux qu’une vache ne vêle pas, car si c’était le cas, ce sont de nombreux voyages qu’il fallait faire, pour remplir la chaudière en fonte et faire chauffer cette eau pour les soins de cette maman et de son petit.

Première responsabilité :

           Tout doucement je m’habituais à la ferme et le père Grobon m’avait donné ma première responsabilité : à l’heure de la traite, j’allais tenir la queue de la vache qu’il traisait. De temps en temps la bête manifestait son humeur par un mouvement brusque de la queue que je lâchai, et qui venait frapper la casquette du père Grobon, jusqu’à la faire tomber. Confus je rattrapais la maudite queue, mais j’avais droit à un regard noir du Patriarche. Pas un mot, mais que ce regard en disait !

P la Palud 12 fevrier 2017

           La ferme de La Palud aujourd'hui

Je commençais à me plaire au contact de ces animaux calmes qui me regardaient avec des gros yeux ronds. J’entrais maintenant dans les étables, enlevais les bouses qui risquaient de salir les bêtes, au passage je les caressais. Elles avaient des noms simples et charmants : Fleurine, Fleurinette, Ruban, Gentille ; mais toutes connaissaient leur nom et respectaient une certaine hiérarchie. La plus âgée et la chef était Ruban. D’ailleurs, elle avait la première place en entrant dans l’étable, ensuite les vaches étaient placées par ordre d’ancienneté et les jeunes génisses au fond de l’étable.

           L’étable des vaches était placée contre le mur Est de la ferme, tandis que l’étable des boeufs et des veaux était côté Ouest, contre le logement. Entre ces deux étables il y avait la grange et au-dessus des étables les greniers à foin. Lorsqu’on voulait donner du foin aux bêtes, on grimpait avec une échelle sur un grenier et on jetait le foin sur le sol de la grange, on ouvrait un genre de volet placé devant chaque bête et on plaçait la ration voulue dans la crèche. C’était aussi simple que ça. Je trouvais les greniers à foin immenses, en ce mois de mars ils commençaient à se vider, mais pensez à la quantité de foin qu’il fallait pour tenir un hiver à la montagne avec une vingtaine de bêtes. En fin de fenaison le tas montait jusqu’au toit, et ça fait haut ! Un coin de grenier était réservé à la paille pour la litière des bêtes.

          Les rigueurs de l’hiver :

P Champdor et Corcelles en hiver

 L’hiver, les bêtes descendaient deux fois par jour à l’abreuvoir que l’on va définitivement appeler « bac », comme tous les habitants de La Palud ; on allait au bac, voilà qui est dit ! Je disais donc que deux fois par jour les bêtes sortaient des étables l’hiver, pour aller boire, après qu’elles aient été soignées, le matin vers 9 heures et le soir vers 17 heures quasiment à la nuit tombante.

           Certains matins d’hiver, j’ai vu les bêtes descendre boire avec 40 cm de neige, elles nous faisaient la trace. Cette sortie à l’abreuvoir était tout un cérémonial, on détachait les vaches dans l’ordre qu’elles sont à l’étable suivies des bœufs, des génisses et des moutons. Tout ce petit monde descendait tranquillement boire et en profitait, quand il n’y avait pas de neige à traîner de ci de là en essayant de brouter. Au bac tout ce petit monde se rangeait côte à côte, et par large rasade étanchait sa soif, d’une eau très fraîche. Ensuite on remontait tranquillement et sans aucun incident les bêtes reprenaient leur place dans les étables. Bien sûr au début je ne faisais qu’accompagner le père Grobon ou André, mais très vite on allait me confier cette responsabilité de mener les bêtes au bac.

           En cette saison, l’hiver n’ayant pas tiré sa révérence, les troupeaux restaient aux étables. On attendait les beaux jours pour aller en pâture, en gros il fallait attendre Pâques. Là- haut dans ces montagnes pour les bestiaux l’hiver commençait à la Toussaint et finissait comme je vous l’ai dit à Pâques, même si certaines bonnes années il y avait un battement d’une quinzaine de jours.

           Il y avait maintenant quelques jours que j’étais à La Palud, et bientôt la ferme n’avait plus de secret pour moi. Les Grobon s’en aperçurent vite et comme je semblais n’avoir peur de rien, surtout pas de la solitude il fût décidé que j’aurais ma chambre. Je m’en réjouis, surtout de ne plus entendre le père ronfler durant la nuit.

Un début d’indépendance :

Un matin Cécile me demanda de l’accompagner. Avec des draps, des couvertures elle sortit de la maison, je la suivis un peu inquiet. Elle entra dans la grange, la traversa et emprunta un petit couloir noir, sans éclairage. Arrivée dans une petite pièce qui ressemblait à un atelier, nous nous sommes trouvés devant un escalier, plutôt une échelle avec des marches en bois (une échelle de meunier).

Au sommet de cet escalier, une petite pièce. Dans un coin un grand lit ancien, tout en hauteur, rien d’autre en mobilier. Mais sur tout un coté des genres de cages, trois au total contenant l’une du blé, l’autre de l’orge et la dernière de l’avoine. Une petite fenêtre pouvant juste laisser passer un enfant éclairait cette pièce. Mais quelle vue ! On couvrait d’un seul regard tout le plateau. Une ampoule pendait au plafond, mais il n’y avait pas d’interrupteur.

           Sans rien dire Cécile fît le lit, un matelas qui semblait douillet, les draps, une couverture en grosse laine et un édredon de couleur bordeaux assez épais.

« Gamineau » me dit-elle, voilà ta chambre, tu seras plus tranquille ici qu’avec nous. J ‘acquiesçais de la tête après avoir sauté sur le lit que j’avais trouvé bien doux. En regardant bien je trouvais quelques petites crottes noires sur le plancher. Je compris tout de suite que je n’étais pas le seul occupant de cette chambre. Mais je vous l’ai dit, je n’avais peur de rien et pas même des souris. Et puis on verrait bien ce soir.

Heureux d’avoir ma chambre, la journée se passa donc bien. Dès Cécile partie, j’en profitais pour explorer ce coin de ferme que je ne connaissais pas. Ma chambre, je pense vous avoir tout dit, mais au rez-de-chaussée la petite pièce était pleine d’objets de toutes sortes : outils, skis, râteaux, fourches. Il y avait un banc de menuisier, des planches et mille autres choses. En plus, ça sentait bon le bois, le grain et les pommes, car il y avait des étagères de belles pommes bien rangées. Vous me croiriez si je vous disais que j’en ai mangé deux ou trois ?

Le petit berger de La Palud.

  Je vous parle de « ma » ferme depuis un moment mais je ne l’ai pas encore située. La Palud est un lieu-dit de la petite commune de Champdor, canton de Brénod du département de l’Ain. La Palud est composée de trois fermes qui se partagent l’occupation et l’exploitation des prés, terres et forêts. Ce lieu-dit est situé à environ 900 mètres d’altitude. On y accède du village de Champdor en empruntant la route du col de Cuvillat reliant le plateau d’Hauteville au Valromey. Les fermes appartiennent à la famille Favre pour la plus près du village ensuite l’autre à la famille Grobon et la dernière, la plus haute à la famille Bobillon. Seule cette dernière est inoccupée.

           La ferme des Grobon est une solide bâtisse de forme carrée et je pense d’une superficie d’environ 1000 mètres carrés. Elle est bâtie sur un promontoire et domine le versant Est du plateau et bénéficie d’une vue imprenable sur une grande partie du plateau et notamment sur le village de Corcelles et tout le versant de l’adret du plateau (forêt d’Outriaz, col de Pisseloup entre autres)

 Les soirs sont merveilleux au moment où le soleil se couche derrière la forêt d’Outriaz. Toute la façade habitée de la ferme reçoit comme un hommage, le dernier clin d’œil de cet astre lui aussi sûrement amoureux de La Palud.

 

Mes premières semaines s’écoulent assez rapidement. Je ne languis pas, je me sens bien. Je participe aux petites corvées et comme je suis assez gringalet les Grobon ont la patience de me laisser me refaire une santé, sans me charger de gros travaux. Je n’allais pas au bac chercher l’eau et je ne poussais pas les brouettes de fumier. Par contre, je charriais le bois destiné à la cuisinière et je regardais toujours qu’il n’en manque point, c’était devenu un réflexe. Dans les étables et à l’aide d’une raclette, je retirais les bouses des vaches que j’entassais contre le mur et qu’André sortait avec une brouette. Bien sûr je tenais la queue des vaches au moment de la traite, je regardais, j’écoutais et bien sûr j’apprenais.

 J’apprenais à connaître les personnes, leur caractère, leurs manies, ce qu’ils aimaient ou n’aimaient pas. Le Père n’aimait pas répéter deux fois la même chose, il disait « ça ne sert à rien de dire deux fois la messe pour un sourd »

André répétait volontiers et expliquait même avec plaisir si on n’avait pas compris. D’ailleurs, la journée je suivais André dans le petit atelier qui se trouve sous ma chambre. Il y passait des heures à réparer les fourches, les râteaux ; ces outils qui allaient servir l’été pour les fenaisons. Tout se faisait en bois de noisetier ou de frêne bois souples et résistants. Je regardais avec intérêt la dextérité avec laquelle ce paysan, sans formation de menuisier confectionnait ou réparait les outils. Il était très gentil et répondait à toutes les questions les plus saugrenues que je pouvais lui poser. Je pense même, qu’il cherchait ma compagnie en m’appelant et m’invitant à le suivre. Je l’aimais bien André ! Avec lui je montais au fenil pour descendre le foin destiné aux bêtes, j’ouvrais les crèches au moment des repas, j’apprenais le nom des bêtes ; enfin je m’initiais à mon futur rôle de berger.

           On sentait venir le printemps et Pâques n’était pas loin. Le soleil faisait des apparitions plus longues de jour en jour. Les bourgeons apparaissaient au bout des branches. L’herbe verdissait et des fleurs s’épanouissaient aux endroits chauds. Les gelées matinales disparaissaient peu à peu et les troupeaux que l’on menait à l’abreuvoir ne voulaient plus rentrer à l’étable. Mais le père avait décidé qu’il fallait attendre encore quelques jours avant « d’abader », c’est à dire de lâcher le troupeau à la pâture. D’ailleurs, on avait qu’à jeter un coup d’œil sur le plateau étendu à nos pieds, on ne voyait aucun troupeau dans les pâturages.

Alors, hormis les travaux de la ferme et dès que le déjeuner avait été pris nous partions tous ensemble à la recherche des morilles. La morille est le premier champignon de l’année. Elle pousse le long des bois et des haies. Elle est de couleur grise ou blanche. La grise plus précoce est plus parfumée. Le problème c’est qu’il faut connaître les coins. Avec les gens de la ferme j’étais à bonne école ! Quand on est plusieurs à chercher ce champignon il faut marcher lentement sur une même ligne. J’avais toujours tendance à aller trop vite, mais j’étais vite rappelé à l’ordre.

La cueillette cette année fut bonne.

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           La morille se consomme dès la cueillette, soit en omelette, soit dans les plats de viande. Elles se conservent en les faisant sécher enfilées en chapelets.

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         Un beau matin de ce début du mois d’avril, André mis au cou de Ruban une cloche. Les bêtes comprirent que le grand jour était arrivé. Une à une les vaches furent détachées et d’un pas lent sortirent de l’étable. Accompagné de Cécile je les descendais au bac. Elles se désaltérèrent rapidement, puis doucement le troupeau passa devant la ferme mais n’y entra pas. Nous nous dirigeâmes vers la forêt entre deux haies qui semblaient nous faire une haie d’honneur.

 

 

 

Quelques minutes après nous étions dans le pré, juste à 200 ou 300 mètres de la maison. Inutile de vous dire la joie des animaux. Sans perdre une seconde, les naseaux dans l’herbe, les bestiaux se régalaient. Cécile me dit que les vaches ne devaient pas courir partout sur ce pré très grand. Nous devions leur donner un espace à manger et garder intact pour le lendemain d’autres espaces. Il y avait donc une ligne imaginaire à ne pas dépasser. C’est vrai que les vaches sont avides d’aller voir ailleurs si l’herbe est meilleure. Cécile et moi étions donc toujours en mouvement le long de cette ligne. Il fallait être attentif à tout, humeur des bêtes et surtout Pilon, jeune taureau très excité avec les génisses. Enfin tout se passa bien, le bâton de berger que je gardais fort serré ne me servit qu’à faire retourner les bêtes trop vagabondes.

 

           Rapidement le morceau de pré autorisé aux bêtes se trouva rapidement brouté, presque râpé. Aucune herbe ne dépassait du sol sauf des petits îlots marquant l’emplacement des bouses. Le pré était net comme une pelouse de football passée à la tondeuse. Une fois repues, les bestioles levaient le nez et humaient cet air si vivifiant des forêts. Bien heureux, je regardais ce beau troupeau dont j’allais être bientôt le berger. L’après midi fut super. Un bon soleil réchauffait la nature et je n’oublierais jamais cette première journée. Vers 5 heures du soir, Cécile donna l’ordre de rentrer. Les vaches le ventre bien rond ne firent aucune difficulté pour refaire le chemin inverse, c’est à dire le bac pour se désaltérer et la rentrée à l’étable. Tranquillement et comme téléguidées, elles reprirent leur place. Je passais alors de bête en bête pour les attacher. C’était simple, deux bouts de chaîne fixés à la crèche, dont l’un avait un axe mobile que l’on introduisait dans l’autre bout doté d’une boucle ronde. C’était rapide mais quelquefois un peu dangereux en raison de l’humeur des bestiaux qui n’aiment pas être attachés, les cornes passant alors très près de la personne qui effectuait ce travail. Pour moi, petit bonhomme, j’étais obligé de me pendre au cou des bêtes pour arriver à passer les chaînes. Je ne vous fais pas un dessin quand j’arrivais aux boeufs...

 

            Dès que les vaches étaient rentrées à l’étable, il fallait passer à la traite. Les deux hommes s’y mettaient et quelquefois Cécile. Fernande essayait bien de s’y mettre, ce n’est pas si facile de traire, mais avec de la pugnacité elle y arriva un jour. Elle fut très fière, elle était une paysanne maintenant !

P plaisir de printemps pour les vaches

 

           

 

 

 

            Une fois les vaches traites et le lait recueilli dans un brinde (récipient d’une contenance de 20 litres environ que l’on portait sur le dos) il fallait le descendre au village, à la fruitière. Cette brinde était lourde et en principe c’est André qui se chargeait de cette corvée. Mon tour viendra plus tard, vous verrez !

 

            Le rythme de ma vie devint plus régulier. Le matin en champ, ça veut dire garder les bêtes, retour pour le dîner et l’après midi en champ. Cà c’était les horaires de printemps, car l’été les horaires changeaient avec la chaleur. En principe c’était toujours Cécile qui m’accompagnait. Je dois dire qu’elle n’était pas avare de conseils et avec elle j’apprenais tous les pièges que l’on peut rencontrer. Elle m’apprenait également le nom des prés. Ceux qui étaient aux Grobon et ceux qui n’étaient pas à laisser manger, seulement réservés au foin.

 

            Je commençais à emmagasiner pas mal de connaissances et pour faire un bon berger, il faut observer le comportement des bêtes, le temps, l’environnement tout a une importance pour le troupeau, même l’humeur du berger.

 

 Un berger qui chante, qui siffle, rend son troupeau calme et heureux, c’est vrai ! Les bergers qui savent jouer d’un instrument rendent encore plus heureux leurs troupeaux.

Un nouveau compagnon :

On n’imagine pas un berger sans chien. Tayaut venait bien avec moi au pâturage, mais il était âgé et ne s’occupait pas trop des bestiaux. Il ne se fichait pas mal de mes ordres et rentrait seul à la ferme quand il en avait assez.

            André s’était aperçu de cela et un matin de mai, en revenant de la fruitière, il apporta une petite boule de poils, rousse aux yeux tellement expressifs que l’on fondait en le regardant. Il était bien jeune ce toutou que tout de suite j’appelais Loulou. Inutile de vous dire que ce chien allait devenir mon compagnon pendant tout mon séjour à La Palud.

            Nous étions devenus inséparables. Trop, car un bon chien de berger ne doit pas être caressé ni être un jouet pour son maître. Je l’ignorais et j’avais tellement besoin d’amour que je dressais mal Loulou. Oh, il obéissait à mes ordres, faisait bien son travail de chien de berger mais m’obligeait à crier beaucoup. Disons qu’il était teigneux et ne lâchait pas facilement la bête qu’il avait ordre de retourner. Indiscipliné mais tellement gentil ce Loulou. Toujours à mes côtés, qu’il pleuve, qu’il fasse chaud il ne me quittait pas. Je l’emmenais dans ma chambre le soir, laissant la garde de la maison à Tayaut.

            Vous savez ce printemps 1943 passa bien vite. Le troupeau s’amaigrît de 5 veaux qu’un maquignon était venu chercher un matin. J’étais très mécontent de cette vente, mais on m’expliqua que c’était le seul moyen de gagner de l’argent pour pouvoir vivre. Les ventes des veaux, du lait des vaches et des œufs étaient les seuls revenus de la ferme, ce qui permettait d’acheter les semences, le matériel et faire tourner la ferme.

            J’allais maintenant seul aux champs. On me disait simplement ou je devais emmener les bêtes. Lorsque je ne connaissais pas un pré nouveau Cécile m’accompagnait, restait un moment avec moi et rentrait à la ferme. Pour rentrer, à midi surtout, et comme je n’avais pas de montre je regardais les autres troupeaux du plateau et je savais qu’il était midi. Si j’étais près de la ferme, on m’appelait.

 

La saison des foins

 

P les foins autrefois

 

            L’été approchait, une certaine fébrilité gagnait la ferme. On avait sorti la faucheuse, préparé les fourches en bois et les râteaux. On avait équipé le char d’un plateau et de deux grandes cordes. Eugène « enchaplait » les « dailles ». Quel drôle de chose allez-vous me dire. Non c’est simple une « daille » en patois c’est une faux. Pour que cette faux coupe bien l’herbe il faut que la lame soit tranchante comme un rasoir. Alors en premier lieu on la bat. Pour se faire, on s’assoit par terre, on plante une petite enclume en acier, on pose le tranchant de la faux sur celle-ci et à l’aide d’un marteau plat on affine le tranchant de la faux. C’est une opération qui dure selon les cas une vingtaine de minutes et qui est indispensable pour affiner la lame. Il ne reste ensuite, à l’aide d’une meule à main et par larges mouvements le long de la lame à faire le rasoir du tranchant.

            La période des foins approchait. Selon les saisons on attaquait vers le 10 ou 15 juin. Couper et rentrer le foin n’est pas si simple que cela ne parait. Il faut que le foin soit « mûre » et pas plus. Normalement, à la fenaison il doit être en fleur, ensuite il faut faire vite. Il faut donc suivre la floraison du foin et commencer par le plus précoce.

            A ce moment là j’ai perdu dans mon troupeau les deux bœufs qui allaient être occupés matin et soir aux travaux.

Les Grobon avaient fait l’acquisition d’une faucheuse Mac Cor Mick tractée par les bœufs. Avec cet engin la largeur de la coupe se faisait sur un mètre et à chaque rotation la surface diminuait d’autant. Plus les bœufs marchaient vite plus les mouvements de la lame étaient saccadés et rapides.

            André qui était le responsable de l’attelage était assis sur un siège très large, près de la lame et surveillait la coupe. Attention aux pierres, rochers ou autres obstacles. Si les bœufs étaient bien dressés, c’était le cas des nôtre, ils suivaient d’instinct le bord de la parcelle à couper, sinon il fallait un guide devant les bœufs, ce qui faisait deux personnes au lieu d’une occupées à cette manœuvre.

            Donc les fenaisons commencèrent vers le 10 juin et pendant presque deux mois allaient accaparer le personnel de la ferme. Pré par pré, les hommes coupaient les foins dès le lever du jour. En principe le pré était rasé dans la matinée, on ne coupait pas l’après midi. On dînait tous ensembles vers13 heures, et l’après midi, munis de fourches et de râteaux on rassemblait le foin en « andins », sortes d’étalement d’une largeur de 8 à 10 mètres et d’une longueur variable de 15 à 20 mètres. Le foin séchait sur le sol, on l’aérait bien à la fourche.

            Le soir venu, avant le coucher du soleil, on mettait le foin en « cuchons » sortes de tas d’environ deux mètres, qui préservaient le foin de l’humidité de la nuit voir de la pluie. Le lendemain, après la rosée, on étendait le foin sur le sol, pour qu’il sèche bien. Vers midi, on le retournait et plusieurs fois s’il fallait, jusqu’à ce qu’il soit bien sec.

Ce n’est seulement, qu’après avoir totalement et définitivement rangé le char à foin, que les hommes pensaient un peu à eux. Presque tous ensemble la famille Grobon entrait  dans la grande salle commune.

Derrière la porte d’entrée se trouvait une « pigne », sorte d’évier en pierre ou il y avait toujours deux seaux en aluminium pleins d’eau. Près de ces seaux il y avait une louche en fer émaillé blanc. A tour de rôle en commençant par le Père ils s’abreuvaient. Eugène buvait doucement en trempant sa moustache dans le breuvage et en finissant par un grognement de bien être. C’était ensuite au tour de Cécile, de Fernande et d’André. Quant à moi, au dételage du câble, j’avais emmené les bœufs boire au bac et avec eux je m’étais aspergé et repu de cette bonne eau de La Palud. Je remontais vite les bœufs à la ferme et après les avoir attelés au char nous repartions tous pour un autre voyage. Quand tout se passait normalement et que les prés fauchés ne se trouvaient pas trop loin nous faisions trois voyages par après-midi.

            En ce qui me concerne j’étais très vite entré dans le bain et mon travail de « cogneur » sur le char avait vite été apprécié par la petite communauté de La Palud. Pourtant quel gringalet cet Aimé ! Et dire qu’il n’y a pas si longtemps je fréquentais les préventoriums, les cabinets des docteurs, et là en quelques mois, par quelle magie Lapaludéenne ? Tout allait bien.

            La période des foins dure une cinquantaine de jours, c’est vrai on trouve cela bien long et ça fait des chars de foin à rentrer, mais quand on pense que l’hiver est aussi bien long dans ces montagnes, on comprend qu’il faut des réserves de nourriture pour une vingtaine de bêtes à l’étable. Un mois et demi c’est important aussi pour les organismes. Car se lever tous les jours vers 4 heures du matin et se coucher vers 22 ou 23 heures ça use les plus costauds. C’était mes horaires, pour qu’à la première traite, l’étable soit propre, j’étais le premier auprès des bêtes et quand le Père et André arrivaient avec leur seau pour la traite, l’étable était propre.

            Au début Fernande ou la Mère m’appelait, mais bien vite je n’eus plus besoin de personne pour me réveiller, pourtant je n’avais ni montre ni réveil. Dès le saut du lit j’enfilais ma culotte, un pull et je retrouvais mes vaches, souvent encore endormies. Je ne rejoignais la cuisine que beaucoup plus tard pour déjeuner.

            Vous dire aussi que ces nuits étaient courtes, c’est qu’il m’est arrivé plusieurs fois de m’endormir « en champ » ! L’été, je gardais le plus possible dans les landes qui sont de grands prés entourés sur au moins trois côtés par de la forêt  qui assurait de la fraîcheur aux bêtes.

P le troupeau en errance

Quand elles étaient calmes et bien groupées je m’allongeais sur l’herbe fraîche et je vous assure que c’était un repos bien apprécié. Un jour je me suis réveillé après un court endormissement et ... plus de vaches ! Elles s’étaient dispersées dans la forêt recherchant l’herbe plus douce des sous bois. Grâce à la cloche de Ruban j’ai vite retrouvé les fugueuses et Loulou a ramené les plus éloignées. Mais le troupeau restait toujours uni et quand on avait retrouvé Ruban, on les avait presque toutes retrouvées.

            C’est que l’été, les horaires de pâturage changeaient. En raison de la chaleur, l’après midi, les troupeaux ne sortaient qu’à 17 heures environ, après la traite, ce qui nous faisait renter à l’étable tard, nous quittions les pâturages à la grande nuit, vers les 22 heures. C’est vrai qu’en juin les jours sont longs. Après les prés, les bêtes passaient au bac se désaltérer et rentraient pour la nuit. Quant à moi, j’avalais mon souper souvent seul le soir, et j’allais vite au lit, sans me faire bercer.

            Ma vie s’écoulait bien calmement. J’avais oublié St Rambert et ma mère ne me manquait pas. C’est vrai que lorsque vous connaîtrez mon histoire, vous verrez que j’étais habitué à être élevé « seulet » et que la solitude ne me faisait pas peur.

            Et à La Palud être seul était une réalité ; je passais des journées entières dans les landes solitaires et en bordure de la forêt. Des journées entières sans voir personne, ça vous forge une carapace contre la solitude, cette vie.

Hormis les gens de la ferme, La Palud était habitée par les Favre dont la ferme, je vous l’ai dit était à environ 500 mètres des Grobon. Cette famille était composée de Monsieur Favre et de son épouse, couple ressemblant un peu à Eugène et Cécile, et de leur fille Aline. Je crois que de temps en temps venait à La Palud une sœur de Mme Favre. Il y avait aussi, une bergère. Ah ! Me direz-vous... Elle s’appelait Suzanne ; Suzanne était un peu comme moi. Placée à Champdor pour fuir Lyon, d’où elle était originaire, elle profitait du bon air et de la bonne nourriture, car bien sûr ces années de guerre avaient une bien mauvaise incidence sur la santé des adolescents dans les villes.

P La poésie du cogneur de char remplacée par la mécanique des roundballers

la poésie des cogneurs de char remplacée par les roundballers

A suivre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       
   
 
 
 
 
 
 


 

 

Posté par Louis Henri GUY à 15:41 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

10 décembre 2017

Les quatre temps, une plaisanterie de vieux?

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Le dernier jour des quatre temps d'automne nous avait prévu un mois de décembre sec, et sans neige avant Noël...Raté!

Du froid, des chutes de neige et aujourd'hui la pluie avant le retour de la neige...Au fond un mois de décembre comme nous le connaissions autrefois...


Nous continuerons cependant cette rubrique qui à l'air de plaire à beaucoup de blogueurs !
Comme disait mon grand père qui avait les pieds bien ancrés sur terre et un bon sens paysan. Quand on se fie aux quatre temps, on a cinquante chances sur cent d'avoir raison!
Cela ne manquait pas d'humour...

Posté par Louis Henri GUY à 11:07 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

05 décembre 2017

A Dieu! Monsieur d'Ormesson

Un humaniste s'en est allé!

C’est une chose étrange à la fin que ce monde !

Cette citation empruntée à Jean d’Ormesson de l’Académie Française est déjà tout un programme !

Ce monde étrange où les gaulois que nous sommes et autres peuplades  ont eu peur  que le ciel ne leur tombe sur la tête.

 Bien évidemment ce monde finira un jour.

« Les hommes vivent, ils sont là. Pas depuis très longtemps. Pour combien de temps ? Personne ne le sait. Mais enfin, ils sont là. Et ils pensent ! » J d’O.

Les savants s’accordent pour l’instant à penser  que le big-bang aurait eu lieu il y a treize milliards, sept cent millions d’années…et que l’homme –homo sapiens-sapiens-aurait fait son apparition sur terre il y a 200.000 ans.

Et Dieu dans tout çà ? Effectivement « pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » Tout est une affaire de foi : en effet « pourquoi y a-t-il rien plutôt que quelque chose ? »

On se gausse parfois des croyants. « Ceux qui ne croient pas à Dieu font preuve d’une crédulité qui n’a rien à envier à celle qu’ils reprochent aux croyants ! Ils croient à une foule de choses aussi peu vraisemblables que ce Dieu qu’ils rejettent : au hasard, à la nécessité, tantôt à l’éternité de l’univers ou à ce mythe qu’ils avalent tout cru d’un temps dont l’origine ne poserait pas de problèmes » J d’O.

 

Allez que l’année qui a commencé vous soit favorable et que vous profitiez bien du temps…car la notion de temps est un autre grand problème. Les orientaux nous disent : « Vous, vous avez l’heure, nous, nous avons le temps ! »

Soyez heureux en santé, en famille et justement profitez bien du temps qui vous reste.

A Dieu Monsieur d'Ormesson, avec votre caractère enjoué, vous nous avez permis de nous poser de bonnes questions!

Merci

ormesson

 

Posté par Louis Henri GUY à 11:20 - - Commentaires [0] - Permalien [#]