LGUYHAUTEVILLE01

13 décembre 2018

L'amicale boule d'Hauteville-Lompnes a 90 ans

img185

Les reconnaissez-vous ?

K les fondateurs Henri Buisson et les docteurs Rougy et Baque peints par Suzanne Philip

Au centre le président Buisson, entouré du Docteur Rougy et du Docteur Baque, ces deux derniers ont été peints par Suzanne Philip

K amicale boules (1)

K amicale boules (2)

K amicale boules (3)

K amicale boules (5)

K amicale boules (8)

 

Posté par Louis Henri GUY à 15:59 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


08 décembre 2018

Les barbares en Valromey !

G mais qu'est-ce qu'il nous veulent ceux-là

Mais qu'est ce qui nous veulent ces cons!

Les barbares en Valromey !

Après les Helvètes qui voulaient agrandir leur territoire en brûlant tout même les blés, plusieurs vagues de Vandales, de Hongres et de Sarrasins déferlèrent sur le Valromey vers les années 950 à 954. On ne comptait plus à cette époque les exactions mortifères de ces engeances tueuses et incendiaires. Il est vrai que nous étions en l’an 1000 et que la vie des bêtes et des gens ne valaient pas grand-chose.

Et bien en 2018, de nouveaux Vandales ont fait leur apparition. Par une de ces nuits paisibles que connait le Valromey, un groupe de quelques individus masqués  a envahi  Hotonnes et incendié un des fleurons de l’économie du pays, les abattoirs Gesler….

IMG_3478

Ces groupes identitaires qui se nomment antispécistes, animalistes ou véganes  et malheureusement il y en a d’autres, prétendent défendre la cause animale….mais se «foutent » comme de leurs premières chemises de la cause humaine…..

On incendie pour soutenir cornes, cuirs et sabots, mais qu’importe si les ouvriers perdent leur emploi. Quant aux personnes qui ont crées ces industries ou ces fonds de commerce en campagne ou aux centres des villes, on n’en a rien à faire.

De quel côté se trouve la sauvagerie ?

G les abattoirs Gesler après l'incendie (1)

On revendique dans les réseaux sociaux ce haut fait, mais on se garde bien d’enlever les masques, symboles de la lâcheté…. Et parlez moi des réseaux sociaux dont certains pratiquants  relèvent plus des égouts de Paris et des cloaques de Rome…..que de la franchise affichée et de la tolérance..

Après les invasions nous avons eu  les bandes noires au Moyen Age, décidément nous retombons bien bas….

« Ma liberté s'arrête ou commence celle d'autrui. » figure dans la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, date de la révolution.

« Liberté, Egalité, Fraternité », que de crimes on commet en ton nom disait le révolutionnaire Danton.

On en est encore là !....

Posté par Louis Henri GUY à 15:48 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

La foire d’Hotonnes, une des dernières foires à l’ancienne…

A La foire d'Hotonnes

La foire d’Hotonnes, une des dernières foires à l’ancienne…

Le réseau de foires se met en place au cours du Moyen Âge, au moins dès le XIIIe siècle, et s’étoffe au XVIe siècle . Les créations semblent plus rares par la suite, pour reprendre à partir des années 1760 et durant la période révolutionnaire. Au XVIIIe siècle, le maillage est assez dense, toute paroisse se trouvant au moins à une quinzaine de kilomètres d’un lieu de foire, qui correspond souvent à une localité de 1000 à 2000 habitants. La vente des bestiaux constitue sa raison d’être : bœufs de harnais au printemps, bœufs gras en fin d’automne et hiver (novembre-décembre-janvier surtout), veaux, génisses et les autres animaux (chevaux, mulets, porcs, moutons) tout au long de l’année selon un administrateur du début du XIXe siècle. A ce moment, les foires sont aussi l’occasion de commercialiser des produits textiles et de la quincaillerie. Elles ont lieu tout au long de l’année, mais un peu moins pendant les mois de février-mars du fait du carême, ainsi qu’en juillet et octobre du fait des travaux agricoles. Leur date précise correspond soit à la fête d’un saint, soit à un jour de la semaine déterminé.

F et G Eleveurs et bétail à la foire d'Hotonnes (1)

Les foires du Valromey :

Il y avait bien depuis fort longtemps les foires de Vieu, de Luthézieu, de Chemillieu, de Châteauneuf instituées par les Ducs de Savoie pour des transactions locales concernant les denrées de première nécessité. Nous n’avons pas trouvé de traces très anciennes pour la foire d’Hotonnes. Cependant nous avons découvert  que les habitants jouissaient depuis fort longtemps  de droits de pâturage et d’affouage confirmés en 1388 par Amédée de Savoie.

Il parait que la première foire d’Hotonnes remonte à plus de 30 ans –à confirmer- donc ce rassemblement devient une institution.

F et G Eleveurs et bétail à la foire d'Hotonnes (2)

La foire d'Hotonnes :

 Quel plaisir d’aller flâner à Hotonnes en Automne….Il y a là une ambiance rurale aujourd'hui disparue dans bien des pays de l'Ain.

La foire d'Hotonnes a rassemblé plus de 50 exposants. Les associations sont présentes et offre, aux visiteurs  des animations variées. Elle est avant tout un lieu de rencontres très agréable.

P1100061 (2)

Des repas seront servis sur place.

 Le comice agricole a présenté plus de 60 vaches de race Montbéliarde drivées par les jeunes gens et jeunes filles du secteur.

F et G Eleveurs et bétail à la foire d'Hotonnes (5)


Depuis plus de 30 ans la foire et le comice agricole de la montagne animent le cœur du village d'Hotonnes . Les exposants ont été cette année encore très nombreux et variés : charcuterie, fromage,miel, pain et patisserie, friandises, fruits, vins, pour le plaisir gustatif, mais aussi voiture, jardinage, vêtements pour le travail, lingerie fine, etc....

F et G Eleveurs et bétail à la foire d'Hotonnes (3)

.Les éleveurs du Valromey se sont opposés à ceux du reste du Département dans un concours où la vache de race Montbéliarde a été particulièrement à l'honneur. Les enfants étaient particulièrement fiers de présenter les veaux de l'année dans un défilé , la gent paysanne a ici encore de l'avenir.

F et G Eleveurs et bétail à la foire d'Hotonnes (6)

Il y avait ce jour-là une ambiance amicale et festive sous un beau soleil d'Automne après dissipation rapide des brumes et brouillards matinaux.

Si vous ne connaissez pas la foire d'Hotonnes, prenez rendez-vous pour l'an prochain, vous ne serez pas déçu.

Posté par Louis Henri GUY à 15:40 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

04 décembre 2018

La peste à Lompnes en 1587

hiver 2008 007

La peste de 1587 à Lompnes

 

Lompnes ne fut pas épargné dès 1587

 

L’épidémie atteint Evosges et Corlier en 1588.

Les rares pesteux guéris ne rentraient dans leur maison qu’après le passage des nettoyeurs de peste. Le prix pour nettoyer une habitation était d’environ la location annuelle d’une maison, soit en 1588 30 florins Savoye à Evosges.

 

 

Pour se préparer au grand passage, on faisait des dons aux bâtiments de culte, c’est ainsi que pour la Chapelle de Lompnes on a pu relever les donations qui suivent.

 

 

 

Inventaire des pièces et titres concernant la chapelle saint Pierre de Lompnes remis à Joseph Faure Prêtre de Bons, recteur d’icelle, par Jean Micard notaire royal et châtelain dudit lieu.

 

Procès entre M. Clair d’épinaz prêtre curé de Cerières(sic) et entre Claude Cerdon prêtre curé d’Hauteville et Jean Raynaud syndic de lompnes avec diverses procédures et actes de mise en possession cotee a.

 iItem, une clause de testament contenant la somme de soixante florins monaye de Savoie légués en faveur de ladite chapelle de st pierre de lompnes et du recteur d’icelle, par

claude fils de Benoit Corbet

par son testament du 8/9/1587 reçu par Maître Thollomand, notaire ducal et par lui signé cotté B

 

Autre clause du testament passé en faveur de laditte chapelle par

Claude Jolivet dit fariné de Lompnes, par lequel il donne à la chapelle la somme de vingt florins monnaie de savoye et pareille somme pour ses enfants qui décèderont du mal contagieux, étant ensepulturé en ladite chapelle st pierre par acte du 24/8/1587 reçu par Maître Hugon, notaire ducal  cote c.

 

Item le testament dudit

Claude Corbet dit Bergenas de Lompnes contenant le legat en faveur de ladite chapelle de soixante florins du 8/9/1587 reçu par Me Thollomon coté d

 

Item, une copie de testament de

Jean Sublet dit Morel de Lompnes du 9/6/1587, non signé par lequel il donne à ladite chapelle 10 florins valant 4 livres  cotté E

 

 

Traité fait entre Claude Meygret, prêtre curé et Grand Pierre Corbet tuteur de Louise Bertin contenant une messe fondée en ladite chapelle saint pierre par fut honnête Pierre Bertin tous les samedis de chaque semaine à raison de cinq florins par année. Fait le 20/2/1564

 

Transaction entre Louis Cerdon prêtre curé de Bons recteur de la chapelle entre Pierre et Claude enfant de fut honnête Jean Meygret concernant les droits de ladite chapelle le 15/6/1588

 

Testament d’André Corcelles dit Tivoz du 3/6/1587 par lequel il donne à la chapelle la somme de cent florins qu’il ordonne être payés par chacun de ses enfants mâles et femelles qui décéderont du mal contagieux et qui seront ensépulturés.

 

Au nom de Dieu soit loué et à tous, le 22 juin 1587 Claude Sublet, cuturier de Lompnes lequel étant malade du mal contagieux a fait son testament et donne et legue à la chapelle st Pierre de Lompnes en cas qu’il vienne à décéder du mal contagieux, tant pour lui, sa femme, jean et Pernette ses enfants pour chaque corps 15 Florins.

 

Louise Veuve de Claude La Darmisière dit Sorlin donne cinq florins pour la chapelle.

Le grand passage effectué, tous ces donateurs ont dû gagner le paradis.....

 

Posté par Louis Henri GUY à 16:49 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

02 décembre 2018

L’extravagant baptême de Jean François de Montillet.

portrait J

L’extravagant baptême de Jean François de Montillet.

Il est né  au château de Champdor le treizième jour du mois de Mars 1702 à cinq heures trois quart du soir, il était le quatrième fils de Messire Guy de Montillet et de Dame Hyppolite de Revol.

Selon plusieurs témoins, il fut ondoyé en l’église de Champdor le  16 mars 1702. L’ondoiement était un rite qui consistait à l’ablution baptismale sans les rites et prières requises pour un vrai baptême.

Comme les cérémonies d’un vrai baptême avaient été différées par permission de Joseph Galéaz, vicaire général de l’illustrissime et révérendissime évêque de Genève. Il fallait donc mettre sur pied la vraie cérémonie.

Or le 21 mai 1710 soit 8 ans après sa naissance, on voulut  faire le vrai baptême. La Dame de Revol était décédée.

Alors la ce fut une vraie enquête avec témoins  locaux :

Sous la présidence de Thomas de Montillet, 33 ans, frère de Guy, et en présence du curé Béatrix officiant à Champdor on convoqua les témoins.

Ont comparu alors :

 Benoîte Michaud Maillet femme de Jacques Hugonnet qui certifia par ses foys et serments que ledit Jean François de Montillet était né le lundi de la même semaine que sa fille Claudine.

Jeanne, femme de Catherin Monnet, âgée de 35 ans, qui a assuré que la Dame de Revol a accouché la même semaine que naquit son fils Antoine.

Honorable Marie Potier, femme de François Montillet, sergent royal, âgée de 57 ans, qui a assuré être bien souvenante qu’elle assista à l’accouchement de la Dame de Revol et qu’elle reçu ledit Jean François dans sa naissance un lundi soir de May avant-veille de la naissance d’un autre enfant appartenant à Benoît Gomaz appelé André.

Donc, tout ce petit monde ayant justifié l’ondoiement de Jean François de Montillet, on put procéder au vrai baptême, le 21 mai 1710. Etait parrain Messire Jean François de Baptandier, Chanoine de la cathédrale Saint Pierre de Genève, curé et archiprêtre de Merlan, et marraine Dame Thérèse de Revol épouse de Messire Joseph de Bourgeois, écuyer Seigneur de Bilias, villes et autres places.

C’est ainsi que cet illustre "Cambot" devenu par la suite archevêque d’Auch fut enfin baptisé selon les rites de l’église catholique.

DSC03984

Ouf ! L’honneur était sauf !

Posté par Louis Henri GUY à 10:20 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


25 novembre 2018

Sur les pas des moines bugistes, avis aux randonneurs!

 

 

 

 

 

 

 

 

Un circuit des abbayes et Chartreuses en pays Bugiste.

Gilbert Lemoine propose que Pierre et Mélanie , deux bons randonneurs, marchent  cette année sur les pas du frère Martin de Saint Sulpice se rendant autrefois dans les différents monastères du plateau.

Les dernières étapes :

De Pierre Châtel à Hautecombe :

LE BUGEY EN SANDALES

 

____________________

 

LE CHEMIN DES MONASTERES – DE Pierre Chatel à Hautecombe

 

_____________________________________________________

 

Le hameau de Nant semble être, au petit matin, le village le plus petit et le plus calme de tout le Bugey, retiré et blotti qu’il est, au centre d’une combe verdoyante à 400 m d’altitude, avec sa poignée de maisons éparpillées autour d’un carrefour à 5 branches : la piste de la combe du Goulet montant de Pierre Chatel, le sentier supérieur de Fort les Bancs, la montée vers Parves, la route de Nattages et une allée de desserte.

 

 C’est le groupe de filles, Marthe et Mélissa, sous la conduite de Mélanie, qui donne le départ. Pierre, Honoré et Quentin suivent sans rechigner. Ils partent sur la D107b en direction de Chemillieu qui est aussi un des 15 hameaux de la commune de Parves et Nattages. Au centre du village, l’antique chapelle restaurée au porche de bois monumental. Ils tournent sur leur gauche vers Charmont. Sur la petite route en balcon, les points de vue sur la vallée du Rhône et la Dent du Chat masquant le soleil alimente leur romantisme.

 

 Aux Luisettes, après le cimetière, une demi-douzaine de jeunes ânes bariolés saluent avec curiosité. A Bel Air, en pleine campagne, ils cheminent entre l’imposante mairie-école et le monument aux morts. Un lapin effarouché les guide dans la descente rapide du bourg de Charmont avant de tourner à gauche sur la D37. A Migieu, ils prennent à droite le chemin qui conduit à Château Bochard.

 

Nos amis, pilotés par Honoré, tournent à nouveau à gauche sur la voie communale tracée plein Nord en direction de Massignieu qu’ils admirent, étalé sur sa colline sous les rayons du soleil matinal. Loin derrière, le Grand Colombier. A la station de pompage, descente à droite sur une piste qui longe la plantation des Brotteaux. Entre deux rangées d’immenses peupliers, un splendide brocard figé les observe. C’est par ses aboiements, en cette période de rut, qu’il les salue pendant plus d’une minute en disparaissant. La piste serpente sur 2 Km entre prairie et forêt dans une boucle du fleuve. Ils parviennent sur la berge de la rive droite renforcée par une large digue de verdure qui protège le village de Rives. La grande façade ensoleillée du château, au bout de l’allée, derrière l’immense grille de fer forgée, rappelle à nos amis la propriété du capitaine Haddock à Moulinsart.

 

 

 La voie débouche sur la D37a et nos six randonneurs traversent le Rhône en file indienne sur le trottoir étroit du pont de Lucey. Ils changent de département mais savent, comme l’abbé Jacques et ses moines en 1362, qu’ils sont toujours dans le Grand Bugey.

 

Lucey est joliment fleuri, dominé par le clocher à bulbe de son église et son château, aujourd’hui cellier de domaine viticole. Pierre, qui marche en tête, guide la petite troupe dans l’ascension de la D210 en coupant les grands virages par le sentier du Biez Blanc, parsemé des vestiges des 11 antiques moulins, répartis de chute en chute sur 25 km pour 100 mètres de dénivelé. La dernière chute produisait encore de l’électricité pour le château il y a 50 ans.

N et O D'Ain en Savoie le pont de Lucey

 

 Devant un calvaire à niche, avant l’ultime boucle de la départementale, nos amis partent à droite sur un sentier qui grimpe à Vraisin en surplombant les vignes des coteaux de Lucey et Massignieu. Jusqu’à Jongieux, le vin blanc est principalement issu du cépage Altesse ainsi nommé parce que rapporté de Chypre par la princesse Anne de Lusignan à l’occasion de son mariage avec Louis 1er de Savoie en 1430.

 

 Vraisin, typique hameau viticole est rapidement traversé. Le chemin continue plein Est de l’autre côté de la voie communale. Il traverse une petite barre rocheuse et s’enfonce dans le « bois frais » planté de charmes sur les coteaux entre Le Plat et Les Vallières. Sur 2 km, nos 3 couples suivent la trace des moines montant d’environ 300 m. Puis, nouvelle barre de roche franchie au Saut de l’Ane. Dans une épingle à cheveux, ils rejoignent la D210b, jonction routière entre Saint Pierre de Curtille et la Chapelle du Mont du Chat.

 

 En se dirigeant vers Ontex, un sentier boisé les invite à raccourcir la plus grande boucle. C’est ainsi qu’ils atteignent les hauts d’Ontex, coiffés d’un majestueux  calvaire de pierre. La visite de l’église élancée du village leur échappe pour cause de célébration de funérailles.

N et O sUR LES HAUTS D'Ontex

Au sommet d’Ontex,  ils s’engagent sur la route du Plat, dominant de 500 m le lac du Bourget, offrant un point de vue époustouflant sur Aix et tout le bassin barré à l’Est par les murailles de la Chambotte. Il y a 650 ans, les 7 religieux, heureux de rentrer chez eux, prient délicatement à la mémoire de leurs fondateurs, Guérin et ses ermites, déposant dans un premier temps leur havresac dans la Combe Haute de Cessens, derrière la crête de la Chambotte, 250 ans plus tôt.

 

 Nos amis marcheurs avancent en direction du Mont et peu avant, dévalent un sentier pentu en direction du lac, rejoignant Gremeau sur la D914. En suivant la départementale sur 500 m au Sud, ils retrouvent le chemin qui laisse le hameau de Communal à leur droite pour plonger plein Nord entre la forêt des Chenaviers et le marais de la Sauge. Un kilomètre plus bas, c’est au chant des grenouilles que nos randonneurs arrivent au bord de l’étang qui longe la D18 à l’entrée d’Hautecombe.

 

 Heureux d’être parvenus jusqu’à ce site exceptionnel avec ses 5 compagnons, Quentin, passionné d’histoire médiévale leur explique qu’en 1151, le Comte Humbert III, sur les conseils de Bernard de Clairvaux, confie aux moines d’Hautecombe une délicate mission diplomatique d’aide à l’Abbaye de Saint-Claude, alors en grande désolation, en devenant pour lui le poste avancé de la frontière Nord des Etats de Savoie….

 

L’ABBAYE CISTERCIENNE D’HAUTECOMBE : 900 ans d'histoire.

N et O Hautecombe (4)

 

 

Hautecombe, quel drôle de nom pour une prairie au bord du lac du Bourget à 250 m d’altitude. Le mystère n’en est pas un. Il était une fois… en 1101, un groupuscule de moines de Notre Dame d’Aulps en chablais qui choisirent la terre du « Fornet », lieu « d’horreur et de solitude » pour y vivre pleinement une vie érémitique.

Cette combe haute, sur la commune de Cessens en Albanais entre « les Granges » et « Topy », bordée d’un ru, petit affluent de la Néphaz qui descend vers Rumilly, devient leur lieu de vie jusqu’à leur exceptionnelle rencontre avec le grand Bernard de Fontaine, fondateur et abbé de Clairvaux, l’une des quatre premières « filles » de Citeaux.

 Bernard est à l’origine du prolifique rayonnement de l’ordre cistercien qui couvrira en quelques siècles toute l’Europe de plus de 700 monastères. En route pour Rome, il s’arrête à Haute Combe et convainc Saint Guérin et ses ermites de fonder une abbaye rattachée à l’ordre, revenu aux pures valeurs évangéliques de l’austère règle bénédictine dont Cluny s’est éloigné.

 Saint Bernard, inspiré, les invites à construire aux hameaux de « Charaïa » et « Exendilles », au bord du « lac de châtillon » leur nouvelle demeure. Le site donné par Amédée III, Comte de Savoie, en 1139, n’est pas plus accueillant que celui de leur première implantation sur le massif de la Chambotte.

 Cité lacustre 4000 ans auparavant, puis temple romain dédié à Auguste au 1er siècle, il n’est accessible que par le lac. Le nom de Hautecombe deviendra celui de l’abbaye.

N et O Hautecombe (3)

 A la mort de Bernard de Clairvaux, en 1153, l’église abbatiale est achevée et la plupart des bâtiments construits. Sans ressource à l’origine, l’établissement fut richement et constamment doté de biens et revenus par les princes de Savoie, notamment par Humbert III, qui, particulièrement pieux, initia la vocation de nécropole de la Maison de Savoie à Hautecombe en obtenant d’y être enterré avec sa 3ème épouse.

 La prospérité et le rayonnement du monastère furent rapides et importants. Plusieurs « filles » d’Hautecombe furent fondées sur les terres savoyardes et au Moyen-Orient à l’occasion des croisades.

 Au gré des privilèges et dotations octroyés par  chartes des princes de Savoie et vassaux, l’abbaye devient une véritable puissance féodale qui étend son autorité sur une grande partie du massif des Bauges et de la vallée du Rhône, de Genève à Pierrelatte.

 A Lyon, l’Hôtel Dieu, l’Institution de l’aumône générale et le Pont de la Guillotière sont administrés et contrôlés pendant plusieurs siècles par les abbés d’Hautecombe.

 Plusieurs d’entre eux eurent des relations privilégiées avec le Saint Siège et conduisirent des missions diplomatiques. Goffredo Castiglioni, moine d’Hautecombe fut élu pape en 1244 sous le nom de Célestin IV. Nicolas III, pape de 1277 à 1280 aurait été éduqué à Hautecombe sans être moine.

 C’est au milieu du XVème siècle que s’amorce le lent déclin de l’abbaye, concomitant avec celui de l’ensemble des ordres monastiques. L’instabilité politique des Etats de Savoie, la perte pour eux de la Bresse et du Bugey, les guerres de religions et autres conflits finissent par aboutir à la ruine progressive de l’abbaye.

 En 1640, 11 moines y survivent difficilement et l’état du monastère est déplorable. Plusieurs chantiers successifs de réhabilitation transforment et modifient l’architecture du couvent et de l’abbatiale.

 La nécropole des ducs de Savoie est en piteux état à la veille de la révolution. En 1793, les six derniers moines sont expulsés et l’abbaye transformée en faïencerie privée qui occupe jusqu’à 30 ouvriers.

 En 1804, M. Landoz en fait une exploitation agricole et viticole.

 En 1824, Charles-Félix de Savoie, roi d’Italie, rachète le domaine par piété filiale. Il fait relever l’église en ruine et finance une restauration complète de l’édifice en style baroque-troubadour à la mode.

 Les tombeaux sont remis dans leur état d’origine, les bâtiments conventuels réparés, un appartement du couple royal aménagé et l’abbaye réouverte avec 10 moines cisterciens.

 Le roi meurt en 1831 et la reine Marie-Christine continue l’œuvre de restauration et d’embellissement jusqu’à sa mort en 1849. Son tombeau est rehaussé de la plus belle des statues de l’abbatiale, en marbre blanc sculpté par Giovanni Albertoni.

 En 1860, lors du rattachement de la Savoie à la France, la fondation d’Hautecombe devient propriétaire. Le changement de nationalité incite les moines italiens à laisser la place à ceux de Sénanque. Avec l’apaisement qui suit les lois anticléricales de 1880 à 1905, des bénédictins dépendants de l’ordre restauré de Solesmes par Dom Guéranger donnent un nouvel essor à Hautecombe à partir de 1922.

N et O Hautecombe (5)

 Le 3 Février 1944, un hôte clandestin de marque, le cardinal Hlond, primat de Pologne est arrêté par la Gestapo. Il survivra à sa captivité allemande. En 1992, les derniers moines âgés, épuisés par le service lié au déferlement touristique, ne pouvant plus vivre en paix leur vocation religieuse, cèdent la place à la communauté du Chemin Neuf qui assure désormais la célébration des offices, l’entretien et la gestion du patrimoine millénaire, l’accueil des visiteurs et l’organisation de sessions de formation chrétienne.

N et o La grange batelière

La grange batelière.

 Les 900 ans d’histoire et de tribulations des hommes avec ou sans foi qui sont gravés dans les pierres d’Hautecombe ne demandent qu’à nous être comtés.

MARCHONS ET ALLONS ECOUTER….

DE HAUTECOMBE A SAINT-SULPICE

_____________________________

(1ère partie : jusqu’à VONGNES)

 

L En quittant Hautecombe

 

 

Donc, le Comte Humbert III de Savoie organise une rencontre entre des émissaires de l’abbaye d’Hautecombe et des Frères de Saint Oyend de Joux (Saint-Claude) au prieuré de Brou, dépendance de l’abbaye d’Ambronay. Le lieu, contrôlé par la Maison de Savoie, est à mi-chemin entre les deux grands monastères.

L’affaire n’est pas simple car le prince savoyard espère mettre la main sur l’établissement jurassien par l’éviction d’Adon II, abbé corrompu, dispendieux et largement contesté, mais protégé par Conrad III, empereur germanique. C’est le pape Léon IX, sollicité par Bernard de Clairvaux, qui finira par déposer l’abbé Adon. Le Comte intrigue pour tenter de posséder un poste avancé à la frontière Nord de ses terres du Grand Bugey par l’élection d’un nouvel abbé ami.

Rodolphe d’Hautecombe, accompagné des Frères Fulbert et Etienne, se met en route pour Saint Sulpice en Bugey, première étape, par un doux matin du printemps de l’an de grâce 1151. En même temps, de Condat (Saint-Claude), le père Félix et trois moines, tous quatre en grande discorde avec leur abbé, quitte le monastère au petit jour, avec le bel espoir d’œuvrer pour une réforme salutaire de leur institution.

Première étape, l’abbaye de Chezery. Nos marcheurs de 2018 décident d’emprunter les chemins de leurs précurseurs en sandales. Pour mieux coller à l’aventure diplomatico-historique, ils forment deux groupes, un au départ d’Hautecombe, l’autre démarrant de Saint-Claude, avec l’objectif de se retrouver à Brou dans six ou sept jours

 

Comme les moines du XIIème siècle. Marthe et Honoré s’engagent très tôt le matin entre l’étang et la forêt de Communal en quittant la D18 à l’entrée d’Hautecombe. La montée vers le Hameau de Communal et les prés de la Sauge est relativement rapide. Ils atteignent la D914 au belvédère de Gremeau. Avant le lever du soleil, ils admirent l’étendu du lac, l’abbaye qu’ils surplombent de 350 m et en face, la muraille de la Chambotte masquant le plateau de Cessens ou les fondateurs d’Hautecombe, Saint Guérin et ses compagnons s’installèrent primitivement en 1101. La D210b qui s’embranche à cet endroit leur permet de cheminer Nord-Ouest vers Ontex. Après un demi-kilomètre, un sentier desservant Le Puiset et Le Plat les amène sur le haut du village en passant devant une maisonnette colorée de « Hobbit ». Le panorama par-dessus Les Grands Champs est admirable sur l’ensemble du lac.

La situation d’Ontex, légèrement éparpillé sur son promontoire rocheux à 730 m d’altitude, est exceptionnelle. Rapidement nos deux randonneurs redescendent versant Ouest par la D210b. Une grande boucle est vite tronquée par l’usage d’un court sentier de maquis. Après un kilomètre, ils quittent la route dans le premier grand virage et descendent le Saut de l’Ane, puis traversent Le Bois Frais pour arriver à Vraisin, hameau viticole fleuri à l’extrémité nord des vignobles de Jongieux. Traversant une première voie communale, et longeant une vigne, ils franchissent une deuxième voie pour cheminer au-dessus des vignobles et descendre par un sentier de pierres jusqu’à un petit oratoire de la D210. Là, ils suivent le Biez Blanc, torrent qui descend en cascades, dont une, remarquable, aux portes du château de Lucey.

M Lucey le château

 Les deux marcheurs achèvent leur descente vers le village et le traversent en direction du pont enjambant le Rhône. A peine en aval, ils observent un couple de cygnes majestueux veillant sur sa progéniture de cinq jeunes encore au nid sur une petite île pelée de gros graviers, au milieu du fleuve. Marthe et Honoré parviennent ainsi dans l’Ain et reconnaissent, à leur gauche, la berge desservant Rives, empruntée par eux il y a quelques jours lorsqu’ils pérégrinaient depuis Pierre Châtel. Après 500 m  sur la D37a, ils sortent à droite au premier carrefour, sur la route de la Tuillère qu’ils atteignent après deux nouveaux kilomètres, malgré une petite pose devant le curieux oratoire marial de la Planche.

Marthe et Honoré escaladent le grand talus qui leur permet de dominer l’immense plan d’eau du Lit au Roi au bord duquel ils avancent direction Nord sur 1.5 km jusqu’au pont de l’Ile Béard qui franchit le canal du Rhône en face de Parissieu. Levant les yeux, ils apprécient le spectacle d’un splendide circaète Jean le Blanc jouant avec le soleil et les courants ascendants en d’immenses circonvolutions. Ils continuent plein Nord sur une large piste de service entre canal et contre-canal écologique, spécialement aménagé pour la protection et le développement des poissons de rivière dont la reproduction est favorisée par de multiples enrochements, un courant régulé et une végétation aquatique diversifiée, permettant une saine vie sous-marine adaptée à toutes les espèces locales.

 A leur droite, sur le canal de dérivation du Rhône, barques et cygnes cohabitent sur ce grand fleuve artificiel de 150 m de large.

M scène de famille près du Rhône

En 1151, l’abbé Rodolphe et ses deux moines longeaient le Rhône sur l’autre rive et le traversaient sur un bac à Chanaz. L’espacement des ponts et le double fleuve actuel obligent nos amis à modifier l’antique cheminement monastique. Après 3 km, ils atteignent la passerelle qui enjambe le contre-canal et retrouvent la trace des frères d’Hautecombe en entrant dans Lavours. La traversée de la D992 Culoz-Belley les amène à la D83 qui dessert le village. Le bourg y a conservé une typique et harmonieuse architecture bugiste.

 Le château, fief du seigneur vassal des comtes savoyards, n’a rien perdu de sa superbe. Il domine toujours de ses tours l’immense grange construite par les moines d’Hautecombe pour le service et la mise en valeur des terres arides locales et où ils pouvaient faire halte lors de leurs courses entre monastères. Marthe et Honoré se recueillent devant le poilu du monument aux morts. Arme aux pieds et baïonnette au canon, il semble attendre un ordre. Ils pensent à cet armistice tant espéré en 1918, dont nous célébrons le centenaire et qui a mis fin à quatre années d’une épouvantable hécatombe. Après la traversée de la commune, la D83 longe le Pré Mariot et traverse la partie Sud du marais de Lavours. Aujourd’hui sauvegardé en réserve naturelle comme l’un des derniers grands marais continentaux de l’Europe occidentale.

Après 1.5 km entre Les Rosières et La Planche, un vieux pont de pierre permet aux deux pèlerins de franchir le Séran. La végétation bordant la route est exceptionnelle de luxuriance et de variétés par ses arbustes et sa flore semi-aquatique multicolore.

M Lavours luxuriance du Marais

Un nouveau kilomètre conduit leurs pas au carrefour de la D37h conduisant plein ouest jusqu’à Vongnes, laissant Flaxieu au sud et Samissieu au nord. Vongnes est partagé par une rue montante sur un coteau Nord-Est au pied du Mont Follieux et du Grand Corneil. Les vignes sont étalées de part et d’autre de cet axe, de Flaxieu à Barbillieu. Village de tradition viticole, ses habitants ont su conserver et mettre en valeur le typisme paysan-vigneron bugiste des maisons avec pignons à lauzes, « étras » et  « dreffias ».

M Vongnes vin et culture

Sculptures de qualités agrémentées de décors floraux riches et variés ont permis à Vongnes et aux viticulteurs locaux d’accompagner une renommée non usurpée.

En 1151, les moines d’Hautecombe sont hébergés pour une nuit dans la résidence locale du Comte de Savoie pour lequel ils sont en mission, actuel caveau du Domaine Monin. Nos amis Marthe et Honoré, sur leurs traces, choisissent une chambre d’hôte au gîte du Vieux Cep. La route pour Brou, en passant par Saint-Sulpice et Epierres est moins dangereuse qu’au Moyen-Age, mais toujours aussi longue…..

 

A suivre…..                                                                                           

 

2ème Etape : VONGNES – SAINT-SULPICE

Vraiment, après leur belle nuit au « vieux Cep », Marthe et Honoré sont enchantés de la découverte de Vongnes et réellement époustouflés de la riche mise en valeur de cette petite commune de 80 âmes. Visite obligée des différents caveaux avec dégustation des productions de grande qualité en appellation AOC Vins du Bugey, musée de la tradition vigneronne, chapelle sous le vocable de Saint Oyend qui les renvoie au XIIème siècle avec leur objectif final de Brou, prieuré de la rencontre historique avec les religieux de Condat (Saint-Claude), bénédictins de Saint Oyend de Joux. Maisons et rues sont soigneusement embellies de décorations viticoles, florales et paysannes traditionnelles, ponctuées d’une demi-douzaine d’élégantes sculptures de pierre, de factures locales.

 Comme l’abbé Rodolphe, Fulbert et Etienne quittant le village par le haut et vers le Nord en direction de Barbillieu, nos marcheurs empruntent l’étroite route entre le bois de La Pale et les vignes de La Batarde. Après un kilomètre, ils s’engagent à gauche sur le sentier de La Jaye au Sud de La Pierre ; ils rejoignent l’ancienne voie romaine contournant par l’Ouest l’immense zone marécageuse de Lavours. Partant au Sud sur 200 m puis tournant à droite dans le chemin creux des Echaux, ils gagnent de l’autre côté de la D83 la route de Chavoley. Le lac et ses dix hectares d’eau claire en pleine campagne constituent l’immense richesse de ce petit hameau de Ceyzérieu.

 Les deux pèlerins s’octroient une courte halte sous l’immense lavoir-fontaine couvert au bord du lac, avant de bifurquer sur l’embranchement d’accès au hameau de Morgnieu partant de la D69. De là ils montent au village, hameau de saint Martin de Bavel, dominant du haut de ses 400 m les deux lacs de Chavoley et de Morgnieu. Entre le Mont Germont au nord et le lac au sud, un chemin de desserte viticole permet à Marthe et Honoré de rallier la D310 entre les Prés de l’Etang et Le Tremble. Sur un kilomètre, ils suivent la départementale,  direction Nord, avant de s’engager à leur gauche sur la D31 descendant vers Mussignin et Le Murat. Au lieu-dit Le Greffin, 20 m en contrebas de l’accotement gauche de la route, l’excavation profonde de l’ancienne carrière a laissé place à un lac d’un hectare d’un brillant vert émeraude.

 L’entrée de Virieu le Grand se fait par une sérieuse descente avec vue sur le spectaculaire anticlinal de Sérémond, ce gigantesque pli convexe de roches en strates apparu il y a 100 millions d’années. Leur arrivée sur la D904 à 250 m d’altitude leur donne accès au grand rond-point. De là, ils franchissent la voie ferrée Lyon-Genève par le passage sous-terrain ressortant sur la grand place de la Commune où un panneau de découverte du patrimoine local retient leur attention. Virieu, de via et rivus (le chemin près de la rivière), ainsi nommé car bâtit à l’origine le long de l’Arène, capricieux torrent prenant sa source au Sud de Thézillieu, sur le plateau d’Hauteville 600 m plus haut.

Nos amis font une nouvelle pause devant la fontaine de pierre ornée du buste en bronze d’Honoré d’Urfé, la plus célèbre des figures locales, romancier, poète lyrique et diplomate, crée premier marquis du Valromey par Louis XIII en 1620. Lorsqu’en 1151, Dom Rodolphe d’Hautecombe entre dans la ville avec les frères Fulbert et Etienne, Virieu le Grand est une place forte secondaire au croisement de grandes voies de circulation entre Lyon, Genève et Rome, soumises à contrôles et péages. Sa rivière et ses sources ont permis l’implantation d’une activité florissante de tannerie et pelleterie. Avant la domination romaine, les Allobroges en avaient déjà fait une terre de vignoble perdurant jusqu’à nos jours avec quelques fameux crus AOC du Bugey. L’abbé Rodolphe est invité par le curé desservant Virieu à célébrer la messe dans l’église Saint Romain qui vient d’être dédicacée.

 Le gouverneur de Virieu salue les envoyés du Comte de Savoie et les convie au château. Ils ne souhaitent pas faire une nouvelle halte, pressés qu’ils sont de parvenir à Saint Sulpice avant la nuit. Les trois paires de sandales et les pieds associés s’engagent rapidement sur le chemin pierreux qui longe et franchit le torrent en plusieurs passages. Nos marcheurs du XXIème siècle découvrent avec admiration la vieille ville en suivant la rue du Montet qui a conservé nombre de maisons nobles bâties entre le XIIème et le XVIIIème siècle, avec leurs riches façades de pierres ouvragées rappelant la qualité et le rang du propriétaire.

 Les randonneurs rejoignent la route d’Hauteville qu’ils quittent après 200 m pour emprunter à droite l’étroite voie sinueuse de Claire Fontaine. Après la traversée d’un groupe d’immeubles modernes, une demi-douzaine de virages serrés et 150 m de dénivelé, ils atteignent la cascade « du Niaz » sur l’Arène. Une longue et saine pause fraicheur s’impose à eux sur ce site tellement bucolique. Sous les épaisses frondaisons, l’eau du torrent chute dans un chaos de rochers sur une grande largeur avant de s’écouler de plusieurs bassins creusés au fil des siècles pour reprendre un cours joyeux ou furieux selon la saison et rejoindre un lit plus serein vers Virieu.

O Cascade du Niaz sur l'Arène

cascade de la Niaz

 L’ascension pour le plateau reprend et la traversée du Pont de Chanille franchissant l’Arène une ultime fois ouvre à Marthe et Honoré l’entrée d’une nouvelle piste de  jonction à la D53 dans son avant dernière épingle à cheveux. A côté, un autre sentier leur permet d’éviter la dernière boucle de la départementale qu’ils retrouvent plus haut sur un court tronçon avant de s’engager à leur gauche sur la rampe d’accès à la stèle de la Croix du Pin.

 Emouvant endroit ou une plaque commémorative rappelle le sacrifice d’une poignée de résistants attaqués par une compagnie allemande en Juin 44. La piste continue sur un kilomètre dominant l’Arène et la route. Ils découvrent sur le bas-côté l’immense borne de l’ancienne limite des terres de Saint-Sulpice. Une crosse sculptée en creux sur la face nord rappelle le point extrême de l’autorité de l’abbé mitré de l’abbaye et une croix de Savoie à l’opposé indique la frontière du comté.

O ici commence la terre de Saint Sulpice

Les trois moines du XIIème siècle rendent grâce pour ce signe confirmant leur bonne direction et le prochain terme de leur étape.

 Pour éviter marécages et barbelés, Marthe et Honoré gravissent  à partir du carrefour suivant deux grands lacets direction Sud-Ouest qui rejoignent la piste supérieure repartant au nord en traversant le « Canton de Ravière », immense section de forêt domaniale richement cerclée de murets de pierres empilées il y a 9 siècles au temps de l’exploitation monastique. Après 2 Km, ils amorcent sur leur droite la descente d’un nouveau sentier qui les emmène aux captages de Pré Dotton, les fameuses sources de Thézillieu qu’ils longent pour remonter ensuite la voie d’accès rejoignant la départementale. 100 m plus loin, la D53a les guide vers Le Genevray et le sentier qui ondule entre le hameau et Combe à Joux leur permet en dix minutes de retrouver la route communale de l’ancienne clôture abbatiale.

A leur gauche devant les ruines de Saint-Sulpice, la chapelle Saint Vital qu’ils ont plaisir à revoir. Il y a 867 ans Fulbert, Etienne et l’abbé Rodolphe marchent encore 100 m vers l’ouest sur la digue du 4ème étang pour prendre au nord l’allée d’accès à l’entrée monumentale avant d’être chaleureusement salué par le frère portier les accueillant pour la nuit. C’est dans un « pod » réservé du camping communal au bord du «Lintillin », le grand étang du Genevray que Marthe et Honoré décident de déposer sac à dos et fatigue pour une saine nuit de repos dans le souvenir des marcheurs du Moyen-Age.

 

A suivre …                                                                                      

 

 

Au départ le 3 Décembre 2016 le circuit envisagé se présentait ainsi :

Abbaye de Saint Sulpice, Chartreuse d'Arvières, Chartreuse de Meyriat,Abbaye de Nantua, Retour à Meyriat et Chartreuse de Meyriat à l'abbaye de Saint Sulpire. Voici une boucle étudiée et détaillée pourles amateurs de randonnées.

 

 

De Saint Sulpice à Arvières en deux étapes :

Première étape : de Saint Sulpice à Passin : 12,5 kilomètres - 4 heures

 

img783

Saint Sulpice se trouve sur le territoire de Thézillieu sur le Plateau d'Hauteville - Brénod.

"Et si nous emboitions le pas au Frère Martin de Saint-Sulpice, portant un message de son abbé au prieur de la chartreuse d’Arvières, en franchissant le golet de Lèbe en forêt de Gervais, en traversant à grands risques le fond du Val Roman et en gravissant l’inextricable forêt des pentes d’Hergues ?"

P1 ruines3

les ruines de l'Abbaye de Saint Sulpice

 

Une visite à la belle église de Thézillieu s’impose.

L Le monastère de saint sulpice est en ruine, mais arrêtez vous à l'église de Thézillieu

Après une nuit calme et reposante au Relais de Thézillieu, suivi d’un copieux petit déjeuner, Pierre et Mélanie garent leur véhicule au carrefour de la maison forestière de Jailloux entre le Genevray et les Catagnolles à 820 m d’altitude. Au bord de la route, ils ont repéré facilement la chapelle Saint Vital, actuellement en travaux de restauration.

Mc les travaux de la chapelle st Vital en 2011

 

Elle doit son nom à un frère convert du 15ème siècle originaire de Malix, berger particulièrement pieux qui choisit la vie monastique. La chapelle et les ruines de l’Abbaye fondée en 1130, situées sur des propriétés privées, ne sont accessibles qu’en période estivale et pour la journée du patrimoine. On les visite sur rendez-vous sous la conduite de Christine et Yves BRU, guides érudits, passionnés et passionnants. L’église abbatiale, qui trônait au centre des bâtiments conventuels, était particulièrement imposante et l’on a du mal, aujourd’hui, à imaginer une sorte de cathédrale au milieu des pâturages. La porterie principale était située à l’ouest, au pied de la forêt de Jailloux, la chapelle Saint Vital aussi appelée « des étrangers » était le lieu de culte, où les habitants, laboureurs et leurs familles, ainsi que les visiteurs occasionnels, pouvaient assister aux offices célébrés pour eux, indépendamment de ceux réservés et bien réglés de la communauté religieuse.

 

Sacs au dos, solidement chaussés et équipés des cartes IGN 3231 0T et 3331 0T, nos randonneurs prennent la route en direction des Catagnolles avant de s’engager à 100 m dans le premier chemin à droite. Ils savent qu’ils sont partis pour un périple sportif d’environ 8 heures. En face de la station de lagunage, ils remontent sur leur gauche en direction du cimetière de Thézillieu.

 

Au sommet de cette grimpette de mise en jambes, après une petite portion goudronnée, ils traversent l’immense pâturage de la Claita,  direction Est-Nord ’Est. De l’autre côté de la route les Catagnolles-Thézillieu, dans le virage, ils s’engagent sur un sentier et longent par l’ouest les pâturages des Biolay, jusqu’à l’entrée du chemin qui remonte le grand bois en direction de Sainte Blaizine. Ils traversent la Départementale 53 et rejoignent la ferme de Marc Berliet qu’ils laissent sur leur droite en continuant au Nord sur le chemin du Machurat. Après cent mètres sur la route forestière goudronnée en direction de La Lèbe, ils obliquent à nouveau à droite reprenant le chemin de Machurat toujours plein Est, jusqu’à la lande ouverte qui leur permet de découvrir le lumineux panorama sur le Valromey et le mythique Grand Colombier, toit du Bugey.

Ils sont au col de La Lèbe à 920 m d’altitude.

P1040048

A ce carrefour champêtre de 5 embranchements, ils partent sur la voie principale qui les conduit au Sud-Est à la maison forestière de La Lèbe, gîte d’étape prisé des circuits Retrouvance de l’ONF et ouvert à tous sur réservation. Après son contournement par une grande boucle à 180°, c’est une nouvelle direction au Nord pour rejoindre la Départementale 8 qui relie le Plateau d’Hauteville au Valromey. Dans l’épingle de la route et devant l’ancienne auberge, un sentier s’amorce à droite en pleine descente. Après une nouvelle rencontre de la D8 qu’il faut traverser, ils s’engagent sur une sente qui descend sous la route jusqu’à Saint-Maurice. A l’entrée Nord du village, Pierre et Mélanie se recueillent devant la stèle qui rappelle la destruction par les flammes de toutes les maisons le 15 Juin 1944. Ils marchent depuis 1h30. Ils empruntent la D8c en direction de Charancin sur 100 m pour obliquer à droite vers Fossieu. Cette route campagnarde, bordée de haies vives, qui sinue au Nord-Est entre champs et pâturages, sur ce versant du Valromey inondé de soleil matinal, les conduit à Fitignieu, en passant par Fossieu, petit hameau aux immenses bâtisses aujourd’hui bien vides.

 

A deux pas l’incontournable puits des Tines, il vaut le détour !

Le puits des tines

 

 

 

 De l’autre côté de la D31, au centre de Fitignieu,

 

 ils longent la petite église romane cerclée de son antique cimetière. Ils passent devant l’entrée du château et tournent à nouveau à droite, direction plein Est devant l’immense stabulation. Ils suivent la route qui devient chemin, puis sentier et obliquent plein Nord à l’orée du bois en longeant le champ des Crottets avant de descendre une desserte de tracteur et rejoindre la passerelle qui enjambe le Seran à 500 m d’altitude. Après 400 m de dénivelé depuis le col de La Lèbe et 3 heures de bonne rando, ils décident d’apprécier l’agréable petite plage en déjeunant les pieds dans l’eau vive.

 

Régénérés, ils reprennent le chemin montant vers Passin, toujours à l’Est.

Deuxième étape :De Passin à Arvières

P1000624

 Eglise de Passin

 Le parcours total de saint sulpice à arvières

L chemin des monastères

 

 

 

Régénérés, ils reprennent le chemin montant vers Passin, toujours à l’Est. Dans le village, nos amis obliquent au Nord sur la D54 qu’ils quittent pour la D54a au Nord-Est en direction de Poisieu. 300 m plus loin, ils n’oublient pas de s’engager à droite sur un sentier qui part en biais avant de traverser le ruisseau La Faverge et d’arriver au Sud de Poisieu, sur le site magnifique d’une fontaine romaine superbement conservée et restaurée, avec son déversoir en lumineux petit étang fleuri.

A côté, un four banal historique, lui aussi bien entretenu et un calvaire ancien érigé sur un socle monumental romain de réemploi. Ils rejoignent la Départementale 30 qui traverse Poisieu et continue au Nord-Est vers Brénaz. Ils découvrent 2 sites naturels exceptionnels, avec le Banc des Dames, gouffre impressionnant à l’entrée du chemin du Moulin de Bergon, puis le Pain de sucre, spectaculaire concrétion pyramidale au pied d’une cascade de la Béze, profonde petite rivière parallèle au Séran et affluent de l’Arvières.

Au pont suivant, ils tournent de 180° sur leur droite et s’engage au Sud-Est, ayant contournés le gouffre, sur une voie rurale, puis un sentier derrière le Moulin de Bergon, ancien établissement local de minoterie, privé et restauré avec goût et passion par M. Jean Chatelan. Pierre et Mélanie remontent à travers bois et pâturages jusqu’à Lochieu par son entrée Nord-Ouest. Le village abrite le musée rural départemental du Bugey-Valromey. Nos amis traversent Lochieu, passent devant l’église et au croisement des Départementales 69 et 120d, ils s’engagent à gauche sur un chemin creux très pentu qui passe au centre de la ferme Granjinge, gîte rural, avec son immense stabulation à gauche.

Arrivés à l’entrée  Des Bordèzes, devant une bâtisse ancienne restaurée, ils rentrent sur une voie forestière serpentant plein sud sur leur droite. Sur environ 1 km, de cette route en corniche à 700 m d’altitude, ils peuvent admirer tous les villages du Bas Valromey, la lointaine crête de Gervais avec le col de la Lèbe, d’où ils arrivent, et l’arête de Planachat avec sa tour blanche de télécommunication. Ils décident d’une grande pose devant l’antique bâtisse de la Rivoire, ancienne correrie de la Chartreuse d’Arvières. La maison est privée, mais la route traverse la propriété et nos randonneurs profitent de cet endroit superbe en balcon en se restaurant, après le bel effort accompli, et celui important qu’il reste à faire. Il y a 5h30  qu’ils ont quitté Saint Sulpice.

Saint Arthaud fuit les mondanités de l'épiscopat genevois :

Plein d’entrain, ils repartent au Sud sur le chemin qui passe derrière la maison et qui descend jusqu’au pont du Faon, très vieil ouvrage de l’histoire du Valromey, qui enjambe l’Arvière. C’est juste avant le pont que nos amis aperçoivent le sentier qui grimpe à leur gauche en contournant le promontoire Des Devins, traverse un gué et sinue pleine pente au Nord-Est en longeant le torrent.

Ce chemin de Saint Arthaud les fait passer en une petite heure de 650 à 1000 m d’altitude. Il serpente au pied d’une haute cascade et en partie supérieure devant la grotte de Saint Arthaud qui aurait abrité pendant 2 ans le renommé prieur de la chartreuse, en fuite de son siège épiscopal de Genève où le pape l’avait nommé.

L A illustrations pour le chemin des monastères (2)

Sa vocation monastique l’ayant ramené à vivre dans cet abri secret, tout près de ses frères, jusqu’à ce que le pape le libère enfin de ce ministère diocésain qu’il détestait. Après cette difficile mais spectaculaire ascension, ils débouchent sur la Départementale 120 qui monte au Grand Colombier et peuvent apercevoir, tout là-haut, le monumental mur de soutènement qui retient l’immense plateforme artificielle sur laquelle était bâti le monastère. Ce mur d’un mètre d’épaisseur et de quinze mètres de haut en pierres taillées vient d’être entièrement reconstruit car il menaçait tout le site d’effondrement après 9 siècles de résistance.

Arvières le but à atteindre.

Cent mètres plus au Nord, Pierre et Mélanie s’engagent sur la desserte empierrée qui conduit à la Chartreuse. Il leur reste une nouvelle heure de marche. C’est une voie carrossable qui surplombe le torrent d’Arvières, et enjambe la Malaraja, un affluent qui descend des Granges du Colombier. Arrivés à l’entrée du Vallon d’Arvières, d’où jaillit le torrent, ils obliquent à 180° à gauche et après encore un-demi kilomètre, ils parviennent sur le site. Ils ne peuvent s’empêcher de grimper sur leur droite jusqu’à la source de Saint Arthaud que les moines avaient captée pour pouvoir vivre ici. Elle fut récemment redécouverte, après que la maison forestière, construite avec une partie des pierres monastiques au 18ème siècle, ait été restaurée dernièrement par l’ONF comme gîte d’étape du circuit Retrouvance du Valromey. Le dernier garde forestier a vécu ici jusqu’à sa mobilisation en 1914 et sa famille fut relogée au village par la commune de Lochieu après un terrible hiver d’isolement sous plusieurs mètres de neige. Ce sont les Amis du Jardin d’Arvières, association de botanistes, amis de la terre et des plantes anciennes, rares et rustiques, qui ont œuvré pendant 20 ans pour redonner vie à ce patrimoine historique remarquable.

L A illustrations pour le chemin des monastères (3)

Les jardins d'Arvières.

Quelle n’est pas la surprise de Pierre et Mélanie d’être accueillis à la porte du chalet par Pascal Gazonnet, Gérant du Relais de Thézillieu, quitté le matin même. En effet, c’est lui qui est maintenant, en plus, le maître d’Arvières et qui les reçoit chaleureusement en leur proposant la visite des lieux où ils pourront se restaurer copieusement après cette rude journée et surtout profiter d’une belle soirée et douce nuit sur ce promontoire cartusien flottant à 1200 m au-dessus du Val Roman et chargé de 7 siècles de riche histoire monastique.

L A illustrations pour le chemin des monastères

 

L A illustrations pour le chemin des monastères (4)

 L'auberge d'Arvières le repos bien mérité

C’est en 1135 que les disciples de Saint Bruno s’installent ici après avoir fait une tentative en 1122 à la Grange d’en Bas, au-dessous du Golet de la Biche, bien trop fréquentée pour eux. Il est difficile d’imaginer aujourd’hui que, sur cette esplanade artificielle, une majestueuse église tutoyait le ciel, au centre des multiples petits ermitages de dizaine de chartreux.

Pierre et Mélanie s’endorment en pensant au Frère Martin, qui, il y a 5 siècles, risquait sa vie pendant 3 jours sur le parcours qu’ils viennent de réaliser. Comme il a dû regretter la douce et chaude ambiance de Saint Sulpice sous la protection du Seigneur de Longecombe, loin, très loin de ce promontoire infesté de loups. Ils pensent aussi avec angoisse au Frère Thomas, qu’Arthaud, réfugié dans sa grotte voisine, chargea d’un pli pour son ami prieur de Meyriat, lui demandant d’écrire au pape pour qu’il lui permette de retrouver sa charge d’Arvières, loin des mondanités genevoises. Que de pièges et d’embûches, de la noire combe au golet de la biche, puis en haute forêt pour passer d’un abergeage à l’autre sans les manquer, puis en longeant le Val Seran pour atteindre au Nord les dangereuses Moussières en limite lointaine de Meyriat… Qui aujourd’hui oserait un pareil périple ?

 

 d'Arvières à Meyriat. -  Première étape : Les Bergonnes :

img840

 

 

Il y a 9 siècles, lorsque les moines-pionniers s’installent en pays bugiste, notre territoire ressemble plus aux terrifiantes frondaisons amazoniennes qu’à une douce terre d’accueil. Les forêts y sont denses, noires et fermées et les seuls espaces libres sont les marécages reliés entre eux par biefs, torrents, ruisseaux et cascades. Les rares voies de communication qui relient châteaux ou fortins n’ont été tracées que pour d’impératives raisons d’intendance ou de raids guerriers. Tout déplacement est à haut risque et c’est bien à cela que pensent Pierre et Mélanie en emboîtant le pas au Frère Thomas. Ils savent que pendant le dernier millénaire, après les moines-colons, les frères convers et les laboureurs, des générations d’agriculteurs ont transformé le Bugey pour en faire cet écrin ouvert sur une nature riche, généreuse et d’une incroyable diversité. Comme des milliers d’amateurs de randonnée, ils vont pouvoir cheminer par monts et par vaux pour relier tranquillement et sans danger les restes de ces deux antiques chartreuses.

Valromey : un site d'une majestueuse beauté :

A

Ici se trouvait la chartreuse d'Arvières

Réarnachés de leur équipement sportif et munis de leurs cartes IGN 3331 OT, 3330 OT et 3230 OT, ils saluent chaleureusement Pascal, qui leur a permis avec ses bons menus du terroir et son copieux petit déjeuner de repartir ragaillardis après une nuit de délicieux repos dans une chambre douillette du gîte. Le soleil, masqué par le Grand Colombier, diffuse sur Arvières une engageante lumière tiède et fraîche à la fois. Etalé tout en bas, le Valromey est déjà inondé de ses rayons. C’est avec regrets qu’ils abandonnent ce site d’une majestueuse beauté. Notre couple s’engage direction Ouest sur la voie montante surplombant le chemin des Rochers Blancs.

Ils passent devant la Grange Fallavier puis continuent direction plein Nord entre les crêtes d’Hergues et le noir vallon d’Arvières. Ils rentrent puis sortent de la forêt et cheminent à flanc de combe pour déboucher sur la D123 reliant Brénaz à Corbonod au lieudit « la Grange d’en Bas », servant de départ de rando et qui n’est autre que la première esquisse de Chartreuse, datant de 1122, abandonnée par les moines 13 ans plus tard pour le promontoire d’Arvières et utilisée comme grange pendant des siècles. De l’autre côté de la route, la combe plate dite du cimetière, car utilisée comme telle par les Chartreux.

Pierre et Mélanie remontent la route sur 100 m à l’ouest avant d’entrer à droite sur l’allée de « la Grange d’en Haut », autre dépendance monastique, qu’ils rejoignent en quelques minutes.

La grange d'en haut

La grange d'en haut!

Cet imposant bâtiment était aussi un point d’appui à l’activité agricole du monastère. Il est maintenant un refuge loué par la commune de Brénaz aux groupes amateurs d’aventure ou d’isolement. Pendant la 2ème guerre mondiale, la Grange a servi de P.C. à un groupe de résistants pour la réception de parachutages. Une plaque à la mémoire de leur Chef, Marcel Gache, nous rappelle ces douloureux évènements.

La piste continue plein Nord et après une courte descente en passage forestier, nos amis découvrent la magnifique Combe Merlin, très ouverte, lumineuse, large prairie fleurie longue de 1.5 km. Dans son prolongement, toujours direction Nord, ils suivent la voie forestière de la Combe Billon qui ondule, puis descend de 1200 à 1000 m entre le massif de Tumelay et la Crête de Sur Chalamont. Ils sont en pleine forêt pendant 2 km avant de continuer sur une route de débardage qui longe le bief de la Frache, affluent de la Dorche qui à l’Est rejoint le Rhône à Orbagnoux.

La piste de la Frache

la piste de la Frache

 

C’est là qu’ils décident de faire une pause bienvenue, assis sur des grumes de gros hêtres, en plein soleil et au milieu des fleurs. Ils ont marché deux heures et demi. Peu après,  à l’extrémité de cette longue combe plate et verdoyante, ils se recueillent devant la stèle dédiée à Charles Pinchon, dominant la maisonnette qu’il occupait en 1944. Ils sont maintenant au croisement avec la D30, liaison du Valromey avec Bellegarde par le Col de Richemond. Notre couple descend la route sur 50 m  et s’engage dans le virage sur le chemin de Crêt Dauphin, toujours plein Nord. Après 1 km en zone boisée et un dénivelé positif de 100 m, ils débouchent dans d’anciens pâturages et se dirigent au Nord-Ouest vers les plantations d’épicéas de Golet Danoi puis Golet Truffet avant de sortir à nouveau en zone ouverte et finir de cheminer au Nord sur une trace de pâture grimpant jusqu’à 1200 m sous la ligne EDF reliant Génissiat à Hauteville. En suivant à l’Ouest la voie remontant sous la ligne, ils finissent par reprendre leur périple au Nord à flanc de combe pour rejoindre la Croix des Terments, borne historique aux confins des cantons de Brénod, Champagne, Seyssel et Bellegarde, superbe calvaire de pierre au socle gravé : JEAN BERNE CDNFAVRE SA FEMME.

DSC01253

La belle croix des Terments

De là, Pierre et Mélanie descendent en 15 mn jusqu’au village des Bergonnes où ils font connaissance de Christine et Bernard DALIN, dans leur gîte d’étape, magnifiquement aménagé dans leur immense maison bugiste, en face de la bergerie, dans le bas du hameau. Sans se concerter, ils sont d’accord pour passer le reste de la journée aux Bergonnes, d’apprécier l’accueil du Gîte DALIN pour se reposer de ces 5 heures de marche et de repartir le lendemain sur les traces du Frère Thomas qui cheminait il y a 6 siècles en direction de Meyriat.

P1000694

 Ces vieux troncs aux Bergonnes ont vu passer les moines en sandales.

Des Bergonnes à Meyriat

 

L A le chemin d'Arvières à Meyriat

 C’est avec un entrain renouvelé par cette belle et délicieuse halte que Pierre et Mélanie repartent le coeur léger en remontant une centaine de
mètres au-dessus des Bergonnes pour s’engager au nord-ouest sur une piste qui ondule de combe en combe en direction de Grange Charpy et Gros
Frêne.
Après environ 2 km, au croisement de Gros Frêne, ils longent une large haie en suivant un pâturage qui rejoint la route de Très Mas Curty au nord de
la ferme de la Tour.

L crocus au Tres Mas Curty

Eclosion de crocus au Très Mas Curty
Ils remontent la petite route goudronnée jusqu’au portail de la plus immense des propriétés du Retord et s’engagent au sud-ouest sur un cheminforestier qui descend jusqu’à un  embranchement qu’ils prennent à l’ouest en remontant vers Golet Belon qu’ils laissent sur leur droite en continuant
sur la petite route sans issue qu dessert aussi Sur Lavalla,

L Ferme sur Lavalla

grosse ferme du Plateau qu’ils peuvent admirer au sommet de ses pâturages à leur droite.
Nos randonneurs cheminent en plein soleil sur cette allée qui serpente à l’ouest entre forêts et combes.
Ils passent sous Grange Charpy et Lochon, puis devant La Sauge à leur droite et une vieille croix de fer forgé, à leur gauche, qui porte en son coeur
un petit boîtier à serrure, ancien coffret- reliquaire.

L Les Vuires Croix reliquaire

Ils débouchent au carrefour des Vuires sur la D55 qui relie Champagne-en-Valromey au Poizat. En
face, à quelques dizaines de pas, devant une remise, ils entrent sur un sentier qui leur fait traverser au nord-ouest le domaine de ski de fond de Lachat
magnifiquement parsemé de fleurs des champs colorées.

En longeant la plantation d’épicéas sur leur gauche, ils rejoignent la D39 au carrefour du Dombier. Sur le haut talus trône un monumental calvaire dédié à Marie en vierge couronnée.

L La viergre de Lachat

Ils traversent et restent sur la D39 qui conduit aux Neyrolles par le col de Belle Roche. Après 500 mètres,
nos amis s’engagent à gauche sur la piste de la Vie Blanche direction ouest. À nouveau 500 mètres et ils parviennent à un immense parc à grumes.
Ils continuent sur une voie forestière et en dix minutes débouchent encore sur un port à bois, immense carrefour à cinq pistes. Ils prennent celle d’en
face, au nord-ouest débutant par une bonne montée. Surpris par un couple de chevreuils, eux-mêmes effrayés,
Pierre et Mélanie progressent en pleine forêt, gardant un oeil sur leur boussole pour conserver le cap nord-ouest du sentier, au croisement des nombreuses pistes de débardage. Ils sont rassurés par une magnifique et antique pierre de parcelle, gravée et peinte de repères forestiers, puis par une très vieille borne taillée et gravée Maconod.

L ancienne borne forêt de Maconod

Après leur passage entre le Grand et le Petit Ouillon, ils obliquent sur leur gauche au sud sur 100 mètres avant de dévaler un chemin de débardage à nouveau nord-ouest et déboucher sur une petite clairière complètement ceinte de sapins et épicéas.

Sur leur droite, une sortie, piste d’exploitation, leur fait traverser en demi-cercle une parcelle de ces immenses résineux, puis longer, sur une sente, le haut des pâturages de la ferme du Cernay, qu’ils contournent par le nord sur une piste descendant rapidement jusqu’à la D57, jonction de Brénod aux Neyrolles par la Combe de Léchaud. Notre couple remonte la route au nord sur 300 mètres et en face de l’entrée de la Grange Berthet rentrent à gauche sur un pâturage qu’ils traversent pour rejoindre, en lisière de bois, entre deux magnifiques bouleaux, l’entrée d’un ancien chemin qui conduit à la forêt de Pré Goyet en traversant à Gué l’Albarine naissante.
Quelle n’est pas la surprise de nos randonneurs en découvrant, au milieu des arbres, qui ont repris leurs droits, les lourdes pierres de taille de l’ancienne
digue éventrée, que les chartreux bâtisseurs avaient construit là pour créer, dans les marécages de la Combe, le premier étang ingénieusement situé et
dont le déversoir engendrait la rivière.

L ancienne digue cartusienne -source de l'albarine


En grimpant légèrement au sud-ouest un sentier pleine pente, ils trouvent facilement le passage entre les rochers de la crête de Pré Goyet. La piste de
débardage ainsi rejointe les conduit à l’ouest sur la desserte forestière de la Combe de Ferirand qu’ils redescendentsur 100 mètres avant de dévaler sur
leur droite un sentier qui longe une maisonnette de campagne et sépare les deux premiers étangs marrons du nord.

Pierre et Mélanie bifurquent à droite pour remonter plein nord la petite route de Pré de Joux. Cinq minutes après, ils s’engagent à leur gauche sur le chemin de débardage de Pré Benoît qui les conduit jusqu’à la D31 reliant Brénod à Saint-Martin du Frêne. Quelques dizaines de mètres

plus bas, ils se recueillent devant la stèle à la mémoire de Léon Feltin, garde des eaux et forêts mort en combattant aux carrières d’Hauteville le 12 juillet 1944 et de trois de ses collègues morts en déportation.

L Route de Meyriat

Le monument marque l’entrée de la route d’accès qui, en cinq minutes de descente, amène notrecouple sur le site de la chartreuse où ledernier bâtiment solide a servi, depuis la Révolution, de maison forestière, de centre aéré et aujourd’hui de relais dechasse et de centre d’expositions. Les derniers vestiges de l’immense égliseont été déconstruits il y a vingt ans pour le danger qu’ils représentaient.

P1070437


Le site, avec les nombreuses traces architecturales de son passé cartusien,est depuis longtemps entretenu et mis en valeur par l’ONF, gestionnaire de
la forêt domaniale, avec d’attrayants panneaux pédagogiques, des sentiers forestiers parcourant l’ancien domaine du monastère et des expositions historiques.
L’année 2016 est l’occasion d’un certain nombre de manifestations célébrant le 9e centenaire de la fondation
de la chartreuse. L’office de tourismede l’intercommunalité du haut-Bugey associe à cette occasion la ville de Nantua, développée autour de son
imposante abbaye cistercienne qui pendant des siècles a prospéré en relation avec la chartreuse de Meyriat dont les domaines étaient mitoyens.

Pierre et Mélanie, maintenant connaisseurs de la vie médiévale, savent que quelques siècles avant eux, les moines de Nantua se rendant chez leurs frères bénédictins de Saint-Sulpice à Thézillieu, s’arrêtaient à Meyriat, étape obligatoire.
Bien que n’obéissant pas à la même règle et que les différends de propriétés ou de revenus les opposassent souvent, la charité chrétienne prévalait
toujours pour offrir l’hospitalité à des frères en mission ou à des pèlerins de passage. Aujourd’hui, il ne reste plus à nos amis qu’à rejoindre Brénod, car
on ne trouve plus le gîte et le couvert à Meyriat.

Après cinq heures de bonne rando, la boucle-découverte de la chartreuse, une grande pause bien méritée,ils repartent pour une petite heure de
marche rejoindre leur chambre d’hôte réservée au village.
Ainsi s’achève leur périple Arvières- Meyriat, en communion de coeur et d’âme, par-delà les siècles, avec frère Thomas, antique moine-marcheur.
Pierre et Mélanie, à l’imagination fertile, sont déjà dans la peau du frère Sylvestre, représentant son père-abbé de Nantua aux célébrations du bicentenaire
de la chartreuse et grimpant, harassés, le ravin du Teppet entre Queue Longuin et le Golet au Loup, un
certain matin de l’an de grâce 1316…❚

De la Chartreuse de Meyriat à l'Abbatiale Saint Michel de Nantua :

img879

Après une bonne nuit de repos, ils avaient planifié de rejoindre l’Abbaye de Saint-Sulpice à Thézillieu d’où ils sont partis il y a trois jours en laissant leur voiture.

La tentation d’attribuer deux journées de randonnées supplémentaires à la dure mais splendide boucle Meyriat-Nantua-Meyriat est si forte qu’ils décident de se faire redéposer sur le site de la Chartreuse. Ils se sont laissés compter qu’en 1316, Frère Odilon était descendu à Nantua porter un message pour convier l’Abbé au Jubilé de la Chartreuse et comment, après moult fourvoiements et tribulations en pleine nature, il était resté pour se reposer à l’accueillante Abbaye alors que Frère Sylvestre montait en émissaire pour répondre à cette fraternelle invitation.

Toujours bien équipés en bon randonneurs, le plein d’eau et de victuailles fait pour la journée, la carte IGN 3230 OT Nantua-Hauteville à portée de main, ils s’engagent en descendant sur la route du vieux valey qui relie Meyriat à Condamine.   « Ils arpentent » 1,5 km, traversant une immense plantation d’épicéas âgés d’environ 60 ans, puis longent le pré de Rivoire jusqu’au petit embranchement routier du Pont de la Planche.

Sur leur droite, ils s’engagent sur un sentier-jonction qui rejoint en 5 minutes la D 31. Ils la redescendent  sur 300 mètres pour trouver l’entrée de la D 12 g qui s’amorce au Nord-Ouest en direction de Chevillard. Une « croix à rouleaux » plantée sur un rocher surplombe le carrefour routier. En remontant vers le Nord, la petite route ombragée les conduit directement au village. Ils traversent Chevillard en visitant son église ouverte et suivent la D12g toujours au Nord-Ouest.

P1070380

Ils saluent la Croix du Molard sur leur gauche et dans le virage suivant quittent la départementale en continuant tout droit en direction de la Béquinière puis de la Grange du Terment qu’ils laissent sur leur gauche en initiant la descente à l’entrée Ouest de la Combe de Vau.

Un grand virage à droite les conduit à l’Est, après 500 m, au pont qui enjambe le Vau, magnifique petit ruisseau sauvage, en cours de réhabilitation, qui rejoint la Doye et le Borey à Saint Martin du Frêne pour former l’Oignin qui se jette dans l’Ain à Coiselet. De là, ils s’engagent sur la piste qui remonte à l’Est la Combe de Vau. Sur 2 Km, ils cheminent le long du ruisseau, qu’ils croisent deux fois, jusqu’au hameau de la Tuilière et continuent jusqu’à la Source des Meules qui est celle du Vau.

C’est à ce croisement que prennent naissance les deux voies directes mais « très physiques » qui rejoignent plein Sud la Chartreuse de Meyriat dans des pentes à 25 %. La 1ère : le chemin de la Golette, par les Batardières et la Vie Grasse, anciens pâturages devenus épaisse forêt et la 2ème : le chemin du ravin du Teppet, par le Marais Rambert et la Combe du Murger.

Pierre ne peut s’empêcher de raconter la plaisanterie sur Frère Sylvestre, exténué dans la montée du ravin, il y a 700 ans et se trouvant nez à nez avec un loup : Seigneur, prie-t-il avec ferveur, donnez à cet animal de chrétiennes pensées   et le loup ravi, regardant le moinillon terrorisé, de répondre : Seigneur, bénissez la nourriture que je vais prendre.

 

Après cet intermède de noir humour, Pierre et Mélanie dépassent le captage et montent sur le sentier, qui, dans une boucle à 180°, pénètre à l’Ouest dans la forêt de la Combe Noire. Sur environ 2 km, ils vont passer de 700 m à 1000 m d’altitude en rejoignant la piste forestière Brénod-Nantua. De l’autre côté de la piste, ils empruntent l’étroit couloir, qui les conduit à 50 m, au pied de la Vierge des Monts d’Ain, qui au sommet de son piédestal, présente des fleurs.

L la Vierge des Mont d'Ain

Ils décident une pause sur ce promontoire exceptionnel au sommet de la falaise de Charveyron. Le spectacle grandiose dans un angle ouvert entre les lacs de Nantua et de Sylans, avec en perspective, l’autoroute des Titans, jaillissant de sous leurs pieds comme une source de la montagne et sinuant sur ses viaducs successifs pour disparaître au loin dans le virage de Charix. La Vierge offrant son bouquet semble planer dans ce décor hors échelle.

 

 

 

Nos marcheurs retrouvent la piste et s’y engage au Nord direction Nantua. La descente en lacets sur 5 km est assez régulière et sinue sous la Roche d’Au-delà, immense falaise qui culmine aux Monts d’Ain, et au-dessus des Rochers de Chaveyron, longue muraille verticale plantée entre le couloir de Mallebronde et Nantua, percée en son centre par le double tunnel de l’autoroute, dont les 3 km courent sous les Monts d’Ain et le Plateau de Chamoise, pour ressortir à l’Ouest de la Combe de Vau, au-dessus de Saint Martin du Frêne.

L l'autoroute des titans

l'autoroute des titans

La piste est très fréquentée par les entreprises forestières et nos amis ont le plaisir d’échanger sur les techniques de débardage pleine pente avec un exploitant à l’œuvre qui manipule un gigantesque tracteur télécommandé. Dans un virage, ils passent juste au-dessus de l’entrée Est du tunnel,  au droit d’une cheminée d’aération. La dernière ligne droite les conduit au carrefour de la Vierge protectrice de Nantua et à nouveau, ils tournent devant elle à 180° pour repartir à l’Est en direction du centre-ville.

Le chemin des Monts d’Ain contourne le quartier de l’Hôpital et de la fontaine Saint Amand appelé « sous la vierge », enjambe le Merloz, qui se jette dans le lac, et débouchent rue Paul Painlevé que Pierre et Mélanie remontent sur 400 m avant de découvrir la place d’armes sur laquelle s’ouvre la rue de l’Abbaye.

L Abbatiale de Nantua

Avant de rejoindre leur gîte d’étape, ils décident de faire connaissance avec la gigantesque Abbatiale Saint Michel, immense vestige de l’histoire médiévale.

Une douce pensée les ramène en 1316 vers Frère Odilon, qui doit dormir en pleine forêt de Combe Noire, avant une seconde journée de périlleuse descente sur Nantua, alors qu’eux venaient d’effectuer le même périple en 7 heures, assez facilement et avec beaucoup de plaisir. Après une nuit réparatrice et le chaleureux accueil de leurs hôtes, nos marcheurs veulent s’offrir une journée de repos en approfondissant leur visite de l’antique Abbatiale et par la découverte du quartier historique de la défunte puissante Abbaye.

 

La vieille ville, l’histoire de la résistance dans l’Ain avec son riche musée et les promenades autour du lac vont leur permettre de faire plus ample connaissance avec la belle sous-préfecture du Haut-Bugey.

De nantua à Meyriat

img887

…….Après une studieuse journée de détente et une nouvelle nuit dans leur gîte douillet, Pierre et Mélanie décident de remonter à Meyriat sur les traces de Frère Sylvestre, qui il y a 7 siècles, avait mission de braver les dangers de l’escalade dans l’épaisse forêt de Combe Noire, infestée de loups et d’ours, pour entretenir entre les deux puissants Monastères, les relations de fraternel voisinage.

Bien inspirés, ils préfèrent conclure leur retour sur le plateau de Brénod en constituant une belle boucle, plutôt que de suivre l’itinéraire d’arrivée. Ils sortent de Nantua par où ils sont entrés, rue Paul Painlevé, Chemin des Monts d’Ain et repassent au pied de la grande Vierge couronnée, qui, au sommet d’un socle monumental, bras ouverts accueillants, veille sur la ville.

Ils sont à 500 m  d’altitude et vont devoir gravir 600 m.

 

Ils s’engagent donc au Nord-Ouest sur le chemin de Chamoise qui monte régulièrement sous la partie Nord de la roche d’Au-delà. Le sentier glisse tout droit et régulièrement à travers une végétation d’arbustes variés. Après 2 km de bonne et sérieuse ascension, ils parviennent aux « Doigts du Diable ».

 

L La vue des doigts du diable

Vue des doigts du diable

 

Ce belvédère rocheux, sur lequel on peut s’avancer jusqu’au bord, domine le lac de 200 m et offre une vision très large entre la plaine de Nurieux et le Bourg des Neyrolles… C’est d’une mémorable vision panoramique du lac et de son décor que nos amis peuvent se délecter, tranquillement assis sur les rochers de ce nid d’aigle. Ils repartent et continuent le sentier jusqu’au carrefour de la Grange de l’Ours, qui donne le choix de rejoindre Port, Chamoise ou au Sud-Est, le sentier des Monts d’Ain, qu’empruntent nos randonneurs et qui coure au sommet de la Roche d’Au-delà.

 

Pendant 1 km, ils traversent une plantation très fermée de grands épicéas, ancien riche pâturage du Plateau de Chamoise, puis ils se rapprochent du précipice et peuvent, de place en place, apprécier le grandiose spectacle sur Nantua,  toute petite vu d’ici, le clocher de l’Abbatiale, qui, depuis mille ans a vu enfler la ville et jaillir les édifices ;

A gauche, l’extrémité Est du lac avec son petit port et son embarcadère et à droite, l’autoroute, fuyant le vide sur ses échasses géantes. Pierre et Mélanie laissent plusieurs fois, sur leur gauche, les jonctions avec Chamoise et ses nombreux hameaux. Ils montent sportivement au milieu d’un boisement assez varié, offrant de belles trouées. Notre couple sursaute à « l’aboiement » rauque d’un chevreuil amoureux. Son cri fait penser à celui d’un chien enroué.

Après 4 km depuis la Grange de l’Ours et 400 m de dénivelé, ils accèdent au sommet des Monts d’Ain à 1127 m.

L le sommet des monts d'Ain

les sommets des monts d'Ain

Un panneau indique le Mont Blanc à 100 km et effectivement, nos baroudeurs sont heureux de contempler le monumental toit de l’Europe trônant à l’horizon. L’endroit, très boisé jusqu’au bord du vide, n’offre qu’une fenêtre restreinte et une vision limitée plein Est. Ils initient leur descente au Sud-Ouest en longeant le bord de la Roche du Bois Don et à 400 m, bifurquent à l’Est pour traverser un coteau herbeux d’où ils apprécient une vue dégagée sur la Plaine de l’Ain et le Sud-Bugey. Ils parviennent au croisement de la Vierge des Monts d’Ain, découverte par eux il y a deux jours, en remontant de la source des Meules pour rejoindre Nantua. L Vierge au dessus de Nantua

 

Ils rendent de nouveau une petite visite à la blanche statue sur son piton rocheux pour se remplir une dernière fois les yeux de l’exceptionnel panorama offert par l’immense viaduc et la perspective de la vallée des Neyrolles et de Sylan. Ils reprennent la piste et s’engagent dans les longs virages qui contournent la Combe Noire en direction de Mallebronde.  2 Km plus avant, ils peuvent encore, en se retournant, voir avec nostalgie le sommet des Monts d’Ain entre les fûts d’immenses sapins.

Ils arrivent au Nord de la Combe Férirand que longe en son centre la voie forestière Brénod-Nantua. Nos amis cheminent tranquillement en cette fin de rando. Ils passent le Golet du Brêt, L Le golet du Bret

puis, sur leur gauche, aperçoivent le petit chalet d’agrément, tout au fond du Pré Guy entre la Crête Pelée et le Golet à la Chèvre.

L Le chalet de Pré Guy

Le petit chalet du Pré Guy

Les noms de ces sites rappellent une époque ou chaque parcelle cultivable était défrichée, travaillée ou pâturée, pour permettre aux nombreuses grandes familles rurales de vivre en autarcie toute l’année. Aujourd’hui, les plantations forestières ont remplacé presque toutes ces surfaces agricoles et la forêt moderne, planifiée, organisée et exploitée s’est substituée à l’inextricable forêt primitive.

Nos marcheurs passent devant Grange Neuve et toujours sur leur droite, au milieu des dernières prairies de la Combe, l’antique hameau de Pré de Joux, à l’extrémité de son allée d’accès avec son typique four à pain.

L Pré de Joux

Pré de Joux

 

Pierre et Mélanie s’arrêtent au spectacle d’une jeune buse en équilibre instable sur une branche fragile et qui hurle pour appeler sa mère volant de loin en loin en criant encore plus fort pour obliger sa progéniture à se lancer dans les airs. Leurs cris stridents sont audibles à des centaines de mètres.

100 m après une maisonnette de villégiature, ils s’engagent à droite sur la piste d’exploitation traversant vers l’Ouest la forêt de Pré Benoît et rejoignent la départementale 31 dans le virage ou s’amorce la voie d’accès à la Chartreuse de Meyriat, devant la stèle à la mémoire de Léon Feltin et ses compagnons.

A Meyriat au XVIIème siècle

La chartreuse de Meyriat -collection Grande Chartreuse-

 

Leur périple entre ces deux anciens monastères étant bouclé, ils prennent la direction de Brénod pour une bonne nuit de repos dans leur gîte d’étape après ces 7 heures de bonne randonnée. Sur la route du village, Pierre et Mélanie se remémorent l’aventure de Frère Barnabé qui après les belles célébrations du Jubilé du bicentenaire de la fondation de la Chartreuse, doit rejoindre sa communauté de Saint-Sulpice.

Entre ces deux monastères, de part et d’autre du Plateau de Lompnès, les difficultés et dangers sont bien moindre que dans le Haut Val Roman et loin des pièges multiples des Roches de Nantua. A part la distance assez longue, Frère Barnabé ne s’inquiète donc que pour ses sandales passablement fatiguées. Nos deux amis son prêts, dès le lendemain à lui emboîter le pas en traversant la haute lande Bugiste du Nord au Sud pour reprendre leur voiture et continuer leurs aventures sur le chemin des monastères.

De Meyriat à Saint Sulpice :

1ère étape : Meyriat – Hauteville

 

 

N A la chartreuse de Meyriat

 

img916

Un petit matin de 1316, frère Barnabé, bénédictin de Saint-Sulpice, se prépare à quitter ses hôtes de la Chartreuse de Meyriat où il a goûté l’hospitalité et le recueillement pour le jubilé du bicentenaire de la Fondation du Monastère. Après moult congratulations, échanges de prières et de messages, il franchit la colossale porterie, chaussé de ses sandales neuves, charitablement offertes par ses frères chartreux.

 

C’est en revisitant ces lointains évènements, que Pierre et Mélanie, de retour sur le site, dans la brume percée du soleil matinal, s’engagent sur la piste qui s’amorce au sud du grand bâtiment de l’ONF, ultime vestige de vie cartusienne. Ils suivent la direction du sapin président, témoin géant mais muet de la mort de la Chartreuse, sur cette sombre voie forestière qui les conduit jusqu’au hameau de La Perouse qu’ils laissent sur leur gauche.

La Pérouse et les étangs Maron 2 0703

 

La Perouse vue des étangs marron.

En face de la seconde voie d’accès aux maisons, deux cents mètres avant la jonction avec la départementale, ils empruntent une nouvelle piste qui longe à l’Est le bois de Pré Bardon pour déboucher dans la zone humide de captage des Tessonnières. Ils arrivent au hameau agricole de la Gouille, qu’ils traversent en tournant à l’ouest avant de reprendre au sud une voie qui les conduit à Champ de Joux, immense grange antique qu’ils photographient sur leur gauche.

Peu après,  un sentier grimpant s’amorce sur leur droite à la suite d’un grand bâtiment Centre Aéré surplombant légèrement les pâturages du Nord-Ouest de Brénod. Ils montent le chemin pierreux jusqu’à rejoindre une piste d’accès à Grange Ballet, jolie ferme fleurie dominant Brénod au-dessus Des Lots.

DSC01799

Cette desserte forestière plein Sud, conduit nos marcheurs, après un nouveau kilomètre, au sommet du hameau de Ferrières, avec sa demi-douzaine de grosses bâtisses montagnardes bellement restaurées.

DSC01798

Nos deux randonneurs quittent la route d’accès qu’ils trouvent au Sud du village après avoir admiré la chapelle récemment reconstruite à l’ancienne sur les ruines d’un ancien four et cheminent, toujours plein Sud, au sommet d’un pâturage offrant un magnifique panorama sur le marais Des Loups, le village de Brénod, le rude promontoire de La Roche Samuel à l’Est et la forêt des Quatre Sauts.

Devant une douzaine de génisses figées mais curieuses, Pierre et Mélanie rejoignent tranquillement, par une sente à flanc de coteau, la maison de la Côte, petite ferme accrochée sous le Crêt Popet.

DSC01800

L’allée d’entrée, au Sud, les emmène à la D57 jusqu’au carrefour de Champ Mellon. De là, ils descendent le chemin pour arriver derrière le hameau de Chenalette. Après l’avoir traversé, ils s’avancent jusqu’à la grille qui ferme l’entrée du tunnel de un kilomètre, qui permettait il y a un siècle, jusqu’en 1960, au train de montagne, d’accéder à la Combe du Val en roulant à 80 m sous le Col de Pisseloup.

 

En suivant la route qui les guide jusqu’à Corcelles, ils observent le bel ouvrage de captage d’eau potable de la commune daté de 1932. Ils arrivent à la D57 a, sous la Vierge et descendent en dominant le village,  l’église et son cimetière pour parvenir à l’entrée Sud de Corcelles.

 

DSC01809

Corcelles

Nos amis suivent la D34 sur 100 mètres, se recueillent devant le monument aux morts et s’engagent à leur gauche sur la route de desserte qui démarre plein Sud. Ils cheminent ainsi entre la forêt Du Cruchon et les pâturages de Prés Buraille dans une jolie lande ouverte et dégagée. Après un kilomètre, ils perdent le goudron pour entrer sur une longue desserte de plantations d’épicéas, qu’ils côtoient sur un nouveau kilomètre. Les résineux plantés avec régularité et soigneusement élagués sur le bas, donnent l’impression d’une gestion rigoureuse. Plusieurs générations cohabitent : 20 ans, 30 ans, 40 ans, assez facile à chiffrer en fonction des diamètres et hauteurs. Ils sont les témoins vivants de la déprise agricole en zone de moyenne montagne.

img917

 

Pierre et Mélanie retrouvent une partie goudronnée qu’ils longent sur 400 mètres avant de s’engager à gauche, plein Est sur une jonction forestière avec la route de la Grange du Pommier venant de Champdor. Ils reprennent au Sud et découvrent l’immense ferme sur leur gauche et à droite du chemin, un chêne de plus de trois siècles, majestueux, jamais taillé. C’est sous cet arbre remarquable qu’ils choisissent de faire une vraie grande pause après trois heures de bonne marche. Ce repos gourmand dans le cadre bucolique de cette campagne particulièrement silencieuse et calme, ramène en pensée, nos deux randonneurs, vers l’aventure du frère Barnabé couvrant seul les 30 kilomètres entre les deux monastères, à une époque où les bêtes féroces étaient plus nombreuses que les vaches et la forêt, bien que méthodiquement repoussée, était encore luxuriante et fermée. Ils reprennent le chemin et trouvent un curieux captage rustique dans une zone humide qu’ils laissent sur leur droite en empruntant un sentier plein Sud où alternent zones dégagées, boisées ou de hautes herbes.

Après un bon kilomètre, ils trouvent une petite route sur laquelle ils marchent direction Est jusqu’au carrefour de la Fontaine de Givarais, équipé en aire de repos avec son mobilier de pique-nique. Ils repartent au Sud sur un nouveau chemin qui traverse la forêt de l’Eculaz pour aboutir après 1.5 km sur la D8 entre la Croix du Puiset et le Col de la Berche.

Après avoir traversé pour le hameau du Puiset qu’ils laissent sur leur droite, ils longent le pâturage pour trouver à l’orée du bois un sentier forestier qu’ils suivent toujours plein Sud. Ils traversent la D53 et continuent jusqu’à une jonction forestière qui redescend à l’Est sur la Ragiaz. Le hameau est typique par ses clôtures en pierres dressées ou cadettes, issues des carrières locales à une époque où le transport de blocs de plusieurs centaines de kilos avec des bœufs était un travail de titan.  Un kilomètre plus loin, au Sud-Est du village, dans le dernier grand virage avant les Granges Ballet, un chemin les conduit Sous la Roche, où, avant d’arriver aux premières habitations ils empruntent à l’Est un sentier qui rejoint les hauts de Nantuy.

En traversant le hameau, ils gagnent la D21 Tenay-Hauteville, qu’ils franchissent, non sans avoir admiré, dans la niche du rocher, une toute nouvelle Vierge dorée qui veille sur le carrefour. 

P1000449

 

De l’autre côté de la départementale, Pierre et Mélanie montent, à leur gauche, sous la forêt des Dergis, avant de s’engager, encore à gauche, sur la petite route qui dessert Les Lésines.

P1020342

Ils laissent le hameau sur leur gauche et longent à l’Est, La Mélogne, petit torrent qui descend du Col de La Rochette. Le sentier les conduit sur la desserte de Cormaranche qu’ils remontent au Nord sur 200 mètres pour frapper à la porte de leur gîte, au Camping d’Hauteville.

 

Cette nuit d’étape va leur permettre de reprendre des forces après cette journée bien remplie, beaucoup plus facilement que le Frère Barnabé, il y a 7 siècles

 

De Hauteville à Saint Sulpice

 

 

En 1316, Frère Barnabé, plutôt épuisé par sa marche rapide depuis la Chartreuse de Meyriat, longe le marais de Vaux en se protégeant difficilement des moustiques et en évitant de s’enfoncer dans la vase. A sa droite, la sombre et lugubre forêt des Dergis qu’il préfère éviter à cause de la présence d’une grande famille d’ours. Il est heureux de pouvoir accéder bientôt aux terres de Saint Sulpice.

 

En 2016, Pierre et Mélanie, enchantés qu’ils sont de leur nuit délicieusement reposante au camping 3 étoiles d’Hauteville, savent que ce marécage de 200 hectares, vieux de 20 000 ans qui effrayait les populations du Moyen-âge par sa réputation de terre de malédiction et de mort est aujourd’hui devenu un des sites naturels les plus attrayants du Plateau.

N Le marais des Lésines

 

Il s’agit de la seconde zone humide du département. Après la sècheresse dramatique de 1946, le plan d’eau de 14 hectares des lésines fut artificiellement crée à l’extrémité nord comme réserve d’eau potable. Alimenté par le bief des Vuires, ce lac est devenu le paradis des pêcheurs. Toute la zone est un merveilleux terroir pour l’épanouissement d’une flore rare et multicolore et une douce terre d’accueil pour une faune riche ou migrante. Des chevaux tarpans, en semi-liberté, participent à l’entretien du marais et un vaste plan de sauvegarde, d’aménagement et de mise en valeur vient de voir le jour. Avec le marais de Jarine à Aranc, les zones humides de Thézillieu et le marais de la Praille, toutes ces antiques tourbières sont valorisées et gérées pour l’avenir par le Syndicat d’Aménagement du bassin versant de l’Albarine.

 

Nos deux amis repartent par la petite route en direction de Cormaranche, franchissant le pont sur la Mélogne et 200 mètres après avoir tourné à droite, sur la piste qui rejoint la grande ferme des Lésines, ils saluent deux magnifiques chevaux franc-comtois dans leur enclos, et juste avant un nouveau pont enjambant la Mélogne, ils s’engagent sur le sentier qui les conduit à la pointe du lac, après avoir dépassé sur leur gauche la station de captage d’Hauteville.

N le casse-croûte des Francs Comtois

L’aire de détente qu’ils découvrent est un bel endroit qui prolonge le plan d’eau. Mobilier de pique-nique et de jeux divers y sont à l’abri sur une grande surface ombragée. Le soleil qui joue avec l’eau les inonde d’une chaleureuse clarté matinale. Après s’être enrichi de la lecture des panneaux sur l’histoire géologique du lieu, ils empruntent la piste qui longe la pièce d’eau direction plein sud. Ils côtoient grèbes, sarcelles et foulques qui s’ébattent entre rivage et végétation périphérique.

 

 Quinze minutes plus tard,  le sentier remonte à l’ouest dans un pâturage pour reprendre ensuite la lisière de la forêt des Dergis. Ce parcours sous les grands sapins les emmène au croisement de la Grange de Lood, antique ferme au riche passé, tombée en ruines dans les années 1950 et qui dominait, depuis l’ouest, tout le marais de Vaux avec, en perspective, à l’est, le bourg de Cormaranche-en-Bugey, au pied du massif de Planachat, dominé par sa tour de télécommunication et barré de ses anciennes pistes de ski aujourd’hui reconverties en descente VTT.

 

 Pierre et Mélanie s’engagent au sud-est sur la piste longeant la forêt de Rouge, en direction de Vaux Saint Sulpice. Ils savent, comme le frère Barnabé longtemps avant eux, qu’ils sont dorénavant sur les anciennes propriétés de l’Abbaye, d’où ils ont commencé leur périple il y a neuf jours. Ces deux nouveaux kilomètres, bien agréables dans cet environnement varié entre forêt et tourbière, les conduisent, parallèlement au bief des Vuires, jusqu’à la route communale qui relie Cormaranche à Vaux. Il y a 7 siècles, lorsque les sandales de Frère Barnabé foulaient ce sol, le village de Vaux, aujourd’hui hameau de Cormaranche, n’existait pas ; c’est seulement un siècle plus tard que furent bâties des Granges pour la gestion de ces prairies abbatiales, avant de devenir un abergeage, ancêtre du fermage moderne.

N l'ange de l'abbaye à Vaux saint sulpice

 

L'ange de Saint Sulpice dans le village de Vaux

 A la sortie sud du village, devant un calvaire de fonte sur son piédestal en pierre gravée, côtoyant un ensemble de bac, fontaine et captage, nos randonneurs tournent à droite pour remonter, au nord-ouest, une desserte forestière des forêts de rouge et des Dergis. Après 100 mètres ils reprennent plein sud la route goudronnée appelée la Vie Margot, qu’ils suivent pour arriver à 900 mètres d’altitude à un croisement où ils s’engagent sur une nouvelle voie à leur gauche, pour un nouveau kilomètre, cette fois en pleine forêt de rouge. Nos marcheurs savent que le nouveau croisement est délicat et c’est avec beaucoup d’attention qu’ils empruntent le sentier qui monte à leur droite, direction sud-ouest.

 

Comme avant eux, des centaines de moines, pèlerins, laboureurs, ont marché sur ces traces qui conduisent, plein sud, directement à Saint Sulpice en dépassant les Catagnolles, le plus proche abergeage de l’Abbaye avec le Genevray, aujourd’hui deux hameaux de Thézillieu. Ils cheminent entre une parcelle de forêt domaniale à leur droite et Les Queues, à leur gauche, puis le Golet aux ânes. A mesure de leur descente sur cette voie appelée chemin des Teillères, ils découvrent à l’est, au-delà des immenses pâturages de Grand Perron, le hameau de Sainte Blaizine, autre très ancien abergeage monastique à l’abri du molard du même nom et du molard d’Ecola, au pied de la forêt domaniale du massif de Gervais qui culmine à 1100 mètres.

 

Cent mètres avant les premières maisons des Catagnolles, nos randonneurs bifurquent à droite sur un sentier direction ouest qui, 200 mètres après, croise le chemin des Montaines, belle piste d’exploitation forestière. Ils choisissent de pénétrer dans les taillis d’en face pour rejoindre légèrement au nord-ouest, en sortant de la partie boisée, l’extrémité d’un sentier qui descend au sud vers les trois grosses bâtisses du hameau de Gros-Jean. Sur ce chemin, ils prennent le temps d’admirer le magnifique puits classé couvert en pierres taillées, restauré par l’association patrimoniale Le Dreffia. 300 mètres de marche plus loin la route de Gros-Jean débouche sur la départementale 53 qu’ils traversent, heureux de voir leur point d’arriver se profiler.

 

La traversée des pâturages au sud des Catagnolles les conduit au bout d’une allée qui n’est autre que l’antique voie d’accès pour l’entrée de l’Abbaye.

N La chapelle saint Vital

La chapelle Saint Vital à l'entrée du domaine

Passant devant les ruines de l’ancienne majestueuse porterie, leur parcours s’achève sur la voie communale, antique digue de retenue du dernier des cinq étangs en cascade, créés par les moines au Moyen-âge. Cette route conduit à la maison forestière de la forêt du massif de Jailloux, la plus renommée des grandes forêts monastiques locales. Un sapin géant âgé de 3 siècles reste le seul témoin des dernières décennies de la vie de l’abbaye.

 

 Pierre et Mélanie ne sont pas mécontents de retrouver leur voiture après ces longues journées de randonnée dans les pas des moines défricheurs-bâtisseurs qui tracèrent, avec leurs modestes sandales, la carte des voies de communication actuelles. C’est avec la ferme intention de repartir bientôt sur les parcours aventureux du Frère Jérôme, inlassable « courrier » de l’abbaye de Saint Sulpice, qu’ils décident, à regret, de quitter cet écrin de nature bugiste chargé d’histoire….

img949

NANTUA-EPIERRE

 

N Le Bugey en sandales

 

 

1ère ETAPE : NANTUA-ETABLES

 Marthe et Honoré décident i de partir marcher sur les sentiers des monastères.

Epierre, antique cellier devenu établissement monastique, devint propriété de la Chartreuse de Meyriat par donation du Seigneur de Coligny.

Blottie au fond de la combe creusée par le ruisseau de la Morenaz, entre les collines de Montratier et Fayardan, elle fut un des joyaux du pays de Cerdon. En 1266, un groupe de moines du prieuré clunisien de Nantua est invité à participer aux vendanges par les chartreux de Meyriat qui gèrent quelques vignes splendides des coteaux cerdonnais.

Sous la conduite du frère Aymar, le meilleur guide du prieuré, ils quittent Nantua au petit matin. A leur exemple, nos amis Marthe et Honoré, sortent de l’Abbatiale Saint Michel, à l’époque sous le vocable de Saint Pierre, pour contourner la place d’armes et remonter en direction de l’Esplanade, la rue du docteur Mercier, jusqu’au rond-point du monument aux morts. Ils suivent l’avenue du lac vers l’embarcadère et découvrent cette immense surface bleue sombre qui s’étend à l’Est sur 2.5 km jusqu’à La Cluse.

Après un respectueux recueillement devant l’impressionnant monument à la mémoire des déportés de la cité catholarde, ils empruntent la voie piétonne récemment restaurée qui longe le bord du lac en suivant la petite D74, sous les Doigts du Diable et les Grands Rochers. Foulques, Sarcelles, Grèbes, Canards et Cygnes observent sans peur les marcheurs qui font partie de leur quotidien. Après le club de voile, la petite route serpente tranquillement, une dizaine de mètres au-dessus de l’onde paisible du lac.

N Le Lac -Ecrin bleu de Nantua

Le lac de Nantua est l’un des fleurons touristiques du Bugey. Il est le résultat du retrait des glaciers jurassiens qui ont obturés la cluse par leurs moraines du côté de Port et Montréal, en bloquant l’écoulement du Merloz et de la Doye, remplissant ainsi cette cuvette profonde de 40 m. C’était il y a 20 000 ans, bien avant l’implantation au 10ème siècle des moines de Cluny à Nantua et du départ de nos frères bénédictins pour Epierre.

Quelle n’est pas la surprise de notre couple de marcheurs de voir surgir d’un tunnel sur leur gauche, un peu au-dessus de la chaussée, un TGV, plutôt lent pour cette famille de trains. En fait, nos randonneurs côtoient, le long du lac, la fameuse ligne des Carpartes qui relie Bourg en Bresse à Bellegarde sur Valserine, enjambant la vallée du Suran, les Gorges de l’Ain, franchissant le Mont Berthiand, puis longeant à l’Est de Nantua le lac de Sylans et les profondes cluses du Combet, du Tacon et de la Semine. Son curieux nom aurait été donné à cette ligne par des ouvriers, anciens soldats de la guerre de Crimée, pour la similitude du relief traversé avec celui de la chaîne montagneuse d’Europe Centrale.

Quelle n’eut pas été la peur du Frère Aymar et de ses compagnons s’ils avaient découvert cette longue « chariote » de fer sortant d’un trou dans la montagne comme un diable de sa boîte et fuyant comme un serpent au bord du lac. La petite route départementale contourne le village de Port par le Sud-est et rejoint la nationale 84. En la traversant, ils empruntent la D18c qui après 200 m coupe une voie communale, qui, après le cimetière de Port, les conduit à l’entrée de Saint Martin du Frêne par la plaine de La Layette et du Bettay. Juste avant le hameau du Monthoux, ils passent devant l’immense stabulation du Gaec des Frênes, producteur de lait à Comté AOC. Ils s’engagent sur un tronçon de sentier qui monte au Sud en direction du village. Nos amis tournent à leur droite sur une petite voie communale qui contourne le cimetière par le Nord et bifurque à nouveau à droite, direction Est, perpendiculairement à l’Oignin qui draine les eaux de la Combe du Val et du Plateau de Chamoise vers la plaine d’Izernore et la rivière d’Ain.

 

Marthe et Honoré admirent à leur gauche, la grande bâtisse d’un ancien moulin, jadis alimenté par un profond canal de dérivation de l’Oignin. Ils franchissent le premier pont qui enjambe la rivière, puis un second qui leur permet de traverser l’impressionnante autoroute des Titans Lyon-Chamonix. Ils gravissent une piste qui les éloigne de l’autoroute en contournant par le Sud la montagne de Colléjard jusqu’à la pointe de la Maladière qu’ils contournent à son tour avant de s’engager à leur droite sur une courte jonction qui leur permet de rejoindre la petite route communale Maillat-Giriat.

Dans la grande boucle qui évite un immense bassin de rétention d’eau, ils s’engagent sur l’immense prairie-Nord de la vallée de Mionne surplombée par l’antique ferme du Puthier.

N Le Puthier -Vallée de Mionne

Nos deux randonneurs qui progressent Nord-Ouest retrouvent la route de Giriat qu’ils suivent sur moins d’un kilomètre avant de virer à gauche sur un sentier qui conduit plein Sud jusqu’aux pâturages du Crêt du Rasolat en traversant une zone boisée où de grands pins sylvestres dominent. Le sentier ondule ensuite entre forêts d’épicéas quarantenaires et les riches prés de la Neille.

Le carrefour suivant les guide sur une piste qui surplombe l’autoroute côté Nord. Marthe est curieuse de s’engager sur une passerelle dédiée aux animaux, entièrement végétalisée et qui permet à la faune sauvage le franchissement de la large tranchée autoroutière en toute quiétude.

N ballade en sandales

Visiblement, le flux animalier semble intense, car la trace centrale bien creusée porte une multitude d’empreintes de lièvres, sangliers, blaireaux, chevreuils. Nos amis ont une pensée particulière pour les moines qui remontaient cette combe, 7 siècles et demi avant eux.

Comment auraient-ils pu imaginer un futur trafic automobile dense et bruyant à la place de ce vallon marécageux, fleuri et silencieux. Les deux marcheurs reprennent leur piste à l’Est sur environ 500 m, traversent la D11 et après un nouveau demi-kilomètre, bifurquent à droite sur une voie qui enveloppe par le Nord le Mont de Ceignes vers le col du même nom. Ils atteignent une grande prairie peuplée récemment de noyers, déjà très hauts, devant une plantation d’immenses épicéas, peut-être cinquantenaires.

Le chemin tourne au Sud-est et sinue tranquillement dans une zone semi-boisée jusqu’à une épingle à cheveux de la D11g, qui toujours dans la même direction leur permet de monter jusqu’à Etables. Ce petit village montagnard a conservé un cachet de vieille ruralité et les anciennes fermes ont été restaurées avec goût, conservant au hameau une agréable harmonie architecturale. Au carrefour central du village, trône une monumentale fontaine à puits, alimentant un bac de pierre demi-oblong à margelle. L’ouvrage porte la plaque gravée en 1847 rappelant le nom du généreux donateur. Marthe et Honoré suivent la ruelle qui monte au Sud jusqu’à la chapelle médiévale dominant le village à 720 m d’altitude.

N Chapelle d'Etables -merveille rurale millénaire

Cet édifice fortifié, trapu, massif et néanmoins élégant dans sa silhouette romane, rustique et dépouillée date du 12ème siècle. Etables était déjà une paroisse dont dépendait le hameau de Ceignes. Avec les siècles, Etables est devenu un hameau de la commune de Ceignes. Nos randonneurs pénètrent avec plaisir et curiosité dans la chapelle classée. Elle est placée sous le vocable de Saint Laurent. La nef en ogive voutée aboutit au Chœur demi-circulaire.

N Etables -Lumière médiévale

A droite, une chapelle où trône une Vierge de Lourdes devant une grande ouverture à meneaux obturée par deux vitraux couronnés d’un cœur de lumière. Devant le petit autel secondaire, une dalle ferme le caveau des Seigneurs de Poncin dont dépendait Etables.

L’édifice, hérissé d’un élégant clocheton, est entouré d’un antique cimetière, toujours utilisé et joliment fleuri, ceinturé d’un colossal mur d’enceinte et de soutènement qui fait penser à une ligne de retranchement et de défense au sommet de cette petite colline. Marthe et Honoré décident de faire une grande pause en ce lieu de paix, persuadés que les moines de Nantua ont eu le même réflexe en 1266….

NANTUA-EPIERRE                              2ème Etape : ETABLES – EPIERRE

N carte pour le chemin des monastères

 

A l’ombre du « Sully », tilleul quadri-centenaire, Marthe, après un temps de silence, lâche abruptement : « J’imagine facilement les druides célébrant ici leur ancien culte au milieu de la tribu réunie. ».

N l'église d'Etables et le Sully

Cet enclos paroissial d’Etables, bien ordonné, coiffant la colline du village, avec sa vieille chapelle tutoyant le ciel, incite à penser à nos ancêtres les gaulois, cherchant à parler aux Dieux, bien avant la christianisation de ces contrées. Le panorama est spectaculaire. A l’est, à 7 km à vol d’aigle, le hameau de Chamoise, éparpillé sur son plateau, devant la muraille des Monts d’Ain qui masque la cluse de Nantua, point de départ de nos amis. Au nord, le Mont Berthiand. Au sud, caché dans sa cuvette, Cerdon, entre la plaine de l’Ain et les massifs d’Oisselaz et de l’Avocat. Marthe et Honoré resteraient volontiers à savourer cette ambiance aérienne du pays bugiste. 750 ans avant eux, frère Aymar et sa petite troupe de moines-vendangeurs, avaient longtemps prié avant leur départ, pour la protection de leur cheminement. Pour nos deux amis, la carte IGN est un outil précieux qui leur permet une remise en route beaucoup plus sereine que pour nos frères chartreux en 1266.

A la sortie ouest du village, ils trouvent la D11g qui conduit à Chapiat. Ils admirent un antique puits équipé d’une pompe à volant, au milieu de sa large réserve en cadettes maçonnées, prolongée par le long déversoir-abreuvoir en pierre monobloc. Après un-demi kilomètre, alors que la route tourne au nord, ils amorcent au sud un beau chemin creux, aux rochers affleurant, qui les fait descendre d’environ 100 m pendant 2 km, en longeant tantôt des pâturages comme un tapis déroulé  à leur droite, tantôt des buis majestueux et vigoureux parsemés de grands pins sylvestres. Le bruit du vent, dans les grands arbres des forêts voisines, masque à peine le ronronnement lancinant du trafic de l’autoroute des titans, de laquelle ils se rapprochent. Au dernier grand virage à droite, ils surplombent d’environ 20 m l’axe autoroutier, qu’ils accompagnent sur 500 m avant de prendre à gauche, pour s’engager sur une petite route qui conduit plein sud au hameau de Coiron.

Leur traversée sous l’autoroute se fait par un tunnel tubulaire métallique de 40 m de long et 6 de diamètre. Honoré laisse échapper : « Imagines-tu nos moines-pèlerins devant cet ouvrage ? » Il est certain que leur stupéfaction devant ce gigantesque boyau de fer eut été immense. A leur droite, le marais de Coiron, zone humide d’un hectare, couverte de hautes fleurs sèches de roseaux jaune d’or, sert de réserve à la station de pompage des communes périphériques. Le chemin vicinal les conduit entre deux haies de buis taillées au cordeau, jusqu’aux rares bâtisses du village, anciennes fermes d’architecture typiquement bugiste. La plus grande, à la façade ouest démesurée bordant la chaussée, porte l’enseigne : « La Combe du Lynx », groupement d’artistes-artisans, qui gèrent 300 m² d’exposition rurale et vente directe. A partir de là, Marthe et Honoré quittent la route, passent devant le four banal ancestral et continuent leur marche sur un sentier qui ondule plein sud entre la forêt de Malamillière et le bourg de Chamagnat. A 2 km, leurs pas les amènent dans une zone ouverte de prairies et taillis où ils prennent à droite en direction du rocher de Saint-Alban. Sur ce promontoire, qu’elle n’est pas leur surprise de découvrir un immense chantier de restauration,  d’où émerge un haut mur en construction, percé d’une grande ouverture en ogive, qui fait immédiatement penser à la construction d’une église. Des monceaux de pierres taillées et dalles de toutes formes et épaisseurs ont été triées et empilées, à la suite de fouilles qui paraissent de grande ampleur. C’est l’association « Les amis de Saint Alban » qui travaille activement à la restauration de l’église du même nom. En 1266, Frère Aymar et ses moines qui arrivent de Nantua ont mission de célébrer la messe en ce lieu, qui fait partie du patrimoine de leur Abbaye. Les laboureurs de Coiron, Chamagnat, le Mortaray et Bôches ne sont pas mécontents d’assister à l’office et de se rencontrer à l’appel des cloches. En effet, les célébrations n’ont lieu qu’aux passages épisodiques des moines. Marthe et Honoré, stupéfaits de trouver cet édifice en ce lieu désert et insolite, satisfont leur curiosité en parcourant les panneaux explicatifs.

 

Il y a plus de mille ans, sur ce python, lieu de cultes païens, l’église fut érigée sous le vocable de Saint Alban, premier martyre de Grande Bretagne au 3ème siècle. Les miracles accompagnants sa mort contribuèrent à répandre son culte dans toutes les campagnes de l’Occident chrétien. L’église fut transformée et agrandie aux cours des siècles, passant de l’art roman à l’art gothique. La chapelle sud, dite de Sainte Catherine,  tombeau des seigneurs de La Balme, servit longtemps aux rites funéraires, avant de devenir ermitage.

N ruines de l'église de saint Alban

Un vaste parvis, un cimetière, un prieuré et un colossal mur d’enceinte, enrichirent l’ensemble au fil du temps. A partir de 1479, un chanoine de Cerdon desservit le lieu, jusqu’à la révolution, qui initia la dégradation pendant la terreur. Le 19ème siècle vit l’abandon et la ruine totale de ce patrimoine millénaire. C’est en 1975, qu’une campagne de fouilles fit renaître l’intérêt historique, culturel et touristique, qui aboutit à l’actuel travail de mise en valeur. Après s’être instruits du récapitulatif pédagogique, nos amis repartent complètement à l’ouest, à l’entrée du site, sur un sentier qui contourne le promontoire rocheux. Au bout de 3oo m, une bifurcation les entraine au sud, sur une sente qui descend vers Cerdon, plongeant de 250 m sur à peine un km. Le passage est une sorte de tunnel de verdure taillé dans un fouillis de buis, particulièrement prospères et qui indique que la fameuse pyrale ravageuse n’est pas parvenue jusqu’à ces fraîches combes bugistes. Au sortir des buis luxuriants, parfois retenus par de grands murs en pierres sèches, verts d’une épaisse mousse, ils découvrent les vignobles du nord cerdonnais, au travers desquels continue de dégringoler le chemin. Le panorama sur le  village, 50 m plus bas, est spectaculaire. Nos deux randonneurs traversent une petite route de desserte, puis une seconde et après la dernière vigne, parviennent au faubourg qui borde le Veyron, ruisseau rapide qui descend de la cascade de la Cula, jaillissant de la grotte de la Canbourne. Marthe et Honoré entrent dans Cerdon, typique village viticole, aux admirables arcades et façades de plusieurs caveaux anciens.

N Cerdon et son vignoble

C’est la traversée sud-est du bourg qui leur permet d’arriver à la D11, dite du « Vieux Cerdon », vieille route nationale jusqu’aux années 50, qui virent l’ouverture de la N84 Lyon-Genève, contournant Cerdon par le monument du Val d’Enfer, à la gloire des maquis de l’Ain et par le village de  La Balme. Ils s’engagent ensuite sur la D11b, jonction par l’est de Cerdon à la N84. 700 m de montée plus loin, dans une grande épingle à cheveux, ils rentrent sur un chemin qui coupe la route nationale et grimpe au nord dans les vignes. Un virage à 180° les ramène direction sud. Le chemin s’ouvre alternativement sur des vignobles, des pâturages et des taillis, pour s’élever, après un kilomètre, jusqu’au Crêt du Jour où après avoir dépassé un grangeon, ils plongent sur un sentier qui sinue au sud-est. Cette vue aérienne leur découvre avec surprise les hauts bâtiments de l’Abbaye d’Epierre qui émerge du vallon de la Morena, cent mètres plus bas.

La descente est rapide dans des pâturages rustiques et torturés, où la végétation forestière prospère rapidement. Au bout d’un-demi kilomètre, ils s’engagent à gauche, au croisement de deux sentiers, pour dévaler sous le rocher de la Rozière, qui culmine 200 m au-dessus de leurs têtes. Ils passent devant un vieux calvaire pouvant rappeler une chute mortelle depuis le vertigineux rocher. Cinq minutes plus tard, ils sont à Epierre au milieu des bâtiments ancestraux, en mauvais état suite à l’outrage des ans et à celui des vandales et pillards qui depuis 60 ans ont profité de l’absence des propriétaires successifs pour ruiner ce monument historique qui avait échappé au démantèlement révolutionnaire.

N les chevaux à Epierres

Les nouveaux propriétaires résidants, se sont attelés à la lourde tâche de redonner à l’établissement monastique son cachet de 1947, quand Philippe De Gaulle et Henriette de Montalembert reçurent le sacrement de mariage dans la petite chapelle. De nombreux siècles avant eux, les moines de Nantua n’eurent que peu de temps pour se reposer de leur long périple, car leurs frères chartreux avaient commencé les vendanges et les invitèrent à se rendre au plus vite dans les vignes, pour cueillir les grappes qui ne devaient plus attendre. Marthe et Honoré passent de longues heures à s’imprégner de l’atmosphère unique de ce lieu chargé d’histoire, où ciel et terre se sont parlé pendant 600 ans.

N La fouge à Epierres

Ils imaginent très facilement les religieux encapuchonnés, se rendant silencieusement aux offices dans la minuscule église adaptée à cet établissement secondaire.

P1050078

C’est alors que germe, dans l’esprit de nos marcheurs, l’attrayante idée de poursuivre leur chemin des monastères, à la suite d’ Aymar et ses frères, qui ne s’approchaient jamais aussi près de la riche Abbaye d’Ambronay sans aller saluer leurs frères bénédictins ; bien qu’en cette année 1266, c’est aussi la curiosité qui les pousse vers Ambronay, car ils souhaitent admirer l’avancement du chantier de la gigantesque abbatiale, débuté il y a bientôt 40 ans. Nos deux randonneurs repartent alors par la belle allée d’accès principal, pour sortir 300 m après, entre les deux majestueux piliers d’entrée du domaine. Ce n’est pas sans un pincement au cœur qu’ils se tournent avec l’envie de saluer de la main les moines d’antan, chaleureux hôtes pour les nombreux pèlerins de l’époque…..

LE BUGEY EN SANDALES

Le sentier des Monastères

EPIERRE-AMBRONAY

N carte

 

A 7 heures, au pied de la cascade de la Fouge, c’est la fraîcheur matinale qui finit de réveiller notre couple de marcheurs. Ils ne pouvaient pas revenir dans la Combe d’Epierre sans une visite à cette chute remarquable de 200 m, alimentée par le ruisseau de Pérolles, arrivant des sources de Bassan, dans la chaîne de l’Avocat au Nord et le bief de Malpassé, coulant du sud depuis les sources du Pertuis, « sous les Roches » de Corlier.

Le soleil pénètre difficilement à l’extrémité de ce vallon très fermé mais une belle luminosité descend verticalement en suivant les multiples filets d’eau qui semblent glisser du ciel. Marthe et Honoré reviennent sur leur pas le long du bief de la Fouge sur 2 km et au sud-est de l’Abbaye s’engage sur un sentier qui remonte une combe très pentue dans la même direction.

Une bonne montée les amènent sur un chemin plus large qui continue à les faire grimper jusqu’au col de Montratier sur la D11, au croisement avec la D11j qu’ils empruntent. Elle serpente au milieu des vignes, entre combes fleuries et collines boisées. Ce sinueux balcon du pays bugiste, à 500 m d’altitude, les conduit, après 3 km, jusqu’à Poncieux, typique village viticole, perché au sud du vignoble cerdonnais.

N illustrations le Bugey en Sandales (2)

Au cœur du bourg, à gauche, une ruelle rejoint le « chemin de la dame blanche » qui leur permet de descendre rapidement plein sud de 200 m sur 1 km. Là, dominant parallèlement de 15 m la D12, ils trouvent une courte jonction. Ils tournent à gauche pour rejoindre et traverser la départementale et se recueillir devant l’émouvant calvaire érigé par les habitants de Poncieux pour honorer la mémoire de Jean-Baptiste Demiaz, mort noyé à 33 ans en portant secours à des voyageurs en détresse, emportés par le ruisseau de Marlieux devenu torrent furieux lors du terrible orage du 31 Juillet 1851.

Nos amis reprennent le sentier qui surplombe et longe la route au trafic intense et dangereux pour parvenir 300 m plus loin en face d’une passerelle de bois qui permet de franchir la rivière et gravir le bois de Pattaraut. Ils arrivent ainsi au pied du Chatelard, splendide maison forte coiffant la colline du hameau de Lhuire. Sans monter jusqu’ à la bâtisse habitée,

Marthe et Honoré tournent à leur gauche, au sud, en direction du village qu’ils traversent pour atteindre la D12b. De l’autre côté, ils descendent l’allée sans issue. Dans la grande courbe, à gauche, ils franchissent, sur un petit pont, le Riez, qui prend sa source à Nivollet pour se jeter dans l’Ain, aux Brotteaux d’Oussiat, au Nord de Saint Jean le Vieux. Le sentier, initié au Sud-Est, monte dans une combe verdoyante et après une épingle à cheveux, gravit la colline de Chaly, avant de virer au sud sur 1 km jusqu’à un croisement culminant à 533 m, carrefour de 4 chemins. Nos deux randonneurs continuent plein sud et descendent par une desserte pastorale séparant les immenses pâturages de Dévissiat, salués par les bêlements de plusieurs centaines de brebis effarouchées. Après ces 2 km bucoliques, ils atteignent le hameau « chez Chabois », puis le bourg de l’Abergement de Varey.

N illustrations le Bugey en Sandales (3)

Avec son château, daté de 1746 par une pierre gravée, son église monumentale au centre, ses ruelles très pentues et ses bâtisses au cachet de vieux bourg bugiste, l’Abergement fait penser à une cité médiévale bien conservée. Marthe et Honoré le traverse vers le nord et s’engagent sur une route communale qui les conduit en remontant, après une immense courbe à gauche, au hameau de Côte Savin. 500 m plus loin, ils entrent dans Salaport, nouveau hameau typique des anciens abergeages de l’Abbaye d’Ambronay. Une nouvelle courbe à droite leur permet de repartir à l’Ouest par le même chemin vicinal en direction de Merland, le dernier et le plus proche vestige des villages de laboureurs qui gravitaient en périphérie d’Ambronay. Le dernier tronçon de 2 km les emmène jusqu’à la ville. Ils tournent dans la première rue à droite pour parvenir facilement à l’enceinte sud de l’antique Abbaye.

En se retrouvant devant la façade monumentale, leur imagination les ramène en 1266. Aymar et ses compagnons, arrivant d’Epierre, bien plus difficilement qu’aujourd’hui, sont abasourdis par le chantier titanesque ou sur des centaines de mètres-carrés, le parvis grouille de tailleurs de pierres, de charpentiers et de forgerons. Sur les platelages de l’échafaudage en rondin, qui est lui-même un puissant monument, s’agite à tous les étages, une foule encore plus dense, au milieu des cordages et de la poussière. Derrière eux, en filagramme, on devine la fabuleuse façade blanche, toute de dentelle de pierres, découpées, sculptées, et maçonnées pour se rapprocher du Ciel et traverser les siècles. Marthe et Honoré, comme les moines il y a 750 ans, brûlent d’envie de pénétrer dans l’édifice…

N illustrations le Bugey en Sandales

.

 

 

 

AMBRONAY – SAINT-RAMBERT

N et O carte

 

__________________________

N Ambronay dans sa splendeur

 

 

 

Au Moyen-âge, lorsque Aymard et sa petite troupe de chartreux-pèlerins franchissent le porche de l’abbatiale d’Ambronay en bravant les affres du chantier, ils restent cois devant l’immensité de la surface interne de l’édifice où l’agitation laborieuse est plus importante encore qu’à l’extérieur.

 

La hauteur de la voûte encore ouverte les incite à lever les yeux vers l’étendu du rectangle bleu du ciel qui semble être, flottant tout là-haut, le grand mouchoir de Dieu. En 2017, la lumière diffuse est complètement différente pour Marthe et Honoré qui apprécient d’une manière bien plus reposante, les rayons du soleil jouant entre les piliers colossaux avec les couleurs fines et éclatantes des vitraux.

 

Après une saine nuit de repos dans un gîte local, ils prennent grand plaisir à découvrir cette œuvre exceptionnelle des bâtisseurs médiévaux, l’église, le cloître, l’esplanade, la tour carrée, les longues façades récemment restaurées. Ils ne manquent pas de s’instruire de l’histoire de ce site qui débute avec un temple romain christianisé pour devenir, à partir du 9ème siècle, la plus puissante abbaye du Bugey, complètement indépendante, avant de passer sous la protection des Comtes puis des Ducs de Savoie pour être finalement rattaché en 1601 au royaume de France.

 

Après la Révolution et pendant un siècle, tout l’ensemble architectural, en partie démantelé, perd de sa superbe. Depuis, les successifs plans de sauvegarde ont permis de remettre en valeur l’essentiel et en particulier l’église abbatiale et le cloître.

P1080287

 

Depuis 1989, la renommée du festival international de musique baroque ne cessant de grandir, une immense impulsion de développement patrimonial, historique, culturel et touristique, engagée par les instances départementale, tendent à faire d’Ambronay un pôle d’attraction pour notre Bugey. Nos deux randonneurs, complètement séduits par l’idée de marcher sur les traces des pèlerins d’antan, d’un monastère à l’autre, décident de parcourir pendant quelques jours, le territoire bugiste, comme jadis les moines en sandales dessinaient, avec leurs pieds, l’Europe chrétienne. Bien sûr, Marthe et Honoré n’ayant pas le solide pied médiéval, ils sont lourdement chaussés, bien équipés et surtout munis de leur carte et boussole, car les chemins actuels sont beaucoup mieux tracés et moins dangereux, mais aussi très nombreux, multipliant les risques de se fourvoyer.

 

 Ils démarrent leur périple derrière l’abbaye en quittant le parc périphérique par une ruelle, direction sud, avant de tourner à gauche sur la rue qui conduit à Merland et Salaport. Ils marchent plein Est pendant 700 m, jusqu’au carrefour de la Croix Barvet. Ils continuent en direction de Malafan en laissant, à leur droite, la route du Molard. Ils longent, à leur gauche, un lotissement et parviennent à l’extrémité de la chaussée goudronnée en continuant, direction Sud-Est, sur le chemin qui passe devant la Ferme Biscot, qu’ils dépassent, pour gravir, toujours au Sud-est, la Côte du Molard et pénétrer dans le Bois de la Réserve au Sud de la forêt de Pierrefeu. Le chemin creux entre dans cette immense forêt privée de résineux où dominent de gigantesques épicéas cinquantenaires et de grands pins sylvestres. La piste d’exploitation, tout d’abord très large, devient étroit sentier, direction Sud, en contournant Douvres par Les Combes et la source de la Cozance à l’Est du village.

 

Un nouveau sentier fait passer nos amis de 400 m à 600 m d’altitude en cheminant pendant 2 km au Sud-est. A mi-parcours, ils découvrent à leur droite une sorte d’immense clairière où s’étalent deux très anciens hameaux : « Chez Perraudet » et « Chez Viri ». A leur gauche, le bois de Morimont qui culmine à 643 m, sommet communal d’Ambronay. Avant de remonter au Sud-est la combe forestière qui sépare la colline de Morimont de celle des Allymes, ils ont un aperçu émouvant sur le sommet des deux hautes tours de la forteresse médiévale  qui domine, à 660 m d’altitude, toute la région ambarroise.

 

Sur leur passage, un énorme sanglier solitaire ? mécontent d’avoir été dérangé, grogne avant de s’égayer. La piste les conduit au village de « Brey de Vent » où les laboureurs d’antan vivaient paisiblement entre deux guerres féodales. Avant de continuer par la route Sud, ils montent jusqu’au pied des murailles du château, qui par sa masse imposante, donne au passant une réelle impression d’écrasement. Aucune visite n’est possible, car l’édifice fait l’objet d’un vaste plan de restauration. Les échafaudages masquent une bonne part des remparts et la puissante tour carrée est coiffée d’une immense casquette blanche de protection des travaux de charpente.

P1000638

 

 Il y a 7 siècles, en 1321, le château des Allymes avait atteint sa taille et sa puissance maximum, après 40 années de guerres fratricides, pendant lesquelles il évolua de simple poste de gué, au rang d’imprenable bastion. A Ambérieu, le Château de Saint Germain était la position avancée du Dauphin du Viennois au nord de l’Albarine. En effet, les dauphinois étaient coupés de leurs alliés genevois, installés à Varey, par l’étroit couloir qui permettait aux Comtes de Savoie de joindre, via les terres de l’abbaye d’Ambronay placée sous leur protection, leurs possessions de Saint Rambert par le pont de franchissement de la rivière d’Ain (Pont d’Ain) aux territoires de Bresse et Revermont acquises au 13ème siècle. Pour défendre ce fragile passage, une forteresse fut bâtie par les savoyards au point culminant du Mont Luisandre à 810 m d’altitude.

 

 Les dauphinois répliquèrent par une progression vers le Nord, de Saint Germain jusqu’au Mollard des Allymes, qu’ils coiffèrent du château fort que nous connaissons, à moins d’un kilomètre de celui de Luisandre, qui lui, a complètement disparu. Après une multitude de guerres et de sanglantes échauffourées entre les deux fortifications, le traité de Paris, signé en 1335 sous l’égide du Roi de France, mit un terme, dans cette partie du Bugey, aux querelles Delphino-Savoyardes. Curieusement, c’est la forteresse du Mont Luisandre, perchée 150 m plus haut et plus puissante qui disparue, la famille de Savoie ayant acquis et conservé le château des Allymes.

 

Marthe et Honoré, documentés sur ces sites chargés d’histoire, à la fois tragique et héroïque, foulent ce sol avec émotion en imaginant les familles de laboureurs, terrorisées dans les chaumières environnantes, régulièrement soumises à la destruction et à la violence des hommes d’armes des seigneurs locaux. Sur ces chemins, déjà, peinaient face aux mêmes périls, ajoutés à la peur des bêtes sauvages, les « courriers », moines chargés de la correspondance entre les abbayes d’Ambronay et de Saint Rambert, chaussés de sandales et armés de bâtons. Il y a 700 ans, le franchissement de ces 12 kms de forêts, ruisseaux et collines était une périlleuse aventure. La petite route qui permet de sortir plein Sud du hameau de « Brey de Vent » en direction d’Angrières, donne à nos marcheurs l’occasion de saluer une dernière fois les tours des Allymes qu’ils laissent sur leur droite. Après environ un kilomètre, ils atteignent une sorte de col, à 650 m d’altitude, au pied du Bois de la Goutte et s’engage, à leur gauche, sur un sentier qui sinue en montant dans le Bois de la Gatelière, puis de la Barme, direction Sud-est, au sud du Mont Clézieu, culminant à 800 m. Une longue et rapide descente les amène ensuite à une belle piste de jonction entre les hameaux de Gratoux et Morgelas par les Granges de la Chapoux. Ils repartent au Nord sur cette voie, avant de redescendre tranquillement par d’immenses lacets débouchant sur les hauts de Morgelas.

 

N Des Allymes à Brey de Vent

 

Tous ces hameaux de montagne étaient, il y a mille ans, des granges, puis des abergeages de mise en valeur des terres de l’Abbaye de Saint Rambert. Marthe et Honoré longent le sommet du village pour partir au Sud devant un immense calvaire de pierre, lui-même décoré des fleurs, d’un grand lilas violet foncé. Le sentier chute de 150 m sur environ 1.5 km en direction de Buges, traversant plusieurs combes, le ruisseau de la Chandellas et les pâturages dominants le hameau. Ils traversent Buges en admirant quelques antiques maisons de pierres et rejoignent la petite route communale qui monte de Saint Rambert. Elle domine le Brévon, impétueux torrent, affluent de l’Alabarine, prenant sa source sur les hauts de Chevrotannes au-dessus de Lupieu.

 

 Ce dernier kilomètre les amène jusqu’à une petite chapelle bordant l’enceinte de l’abbaye. La crypte romane Saint Domitien et le chauffoir des moines sont les seuls vestiges de l’antique monastère. Il y a 1600 ans, en 432 exactement, Domitien et Modeste installèrent une petite communauté, entre le Mont Jud et l’Albarine. C’est Ragnebert, futur Saint Rambert, qui donne son nom à l’établissement et au village au VIIème siècle. Noble Franc, fils du Duc de Neustrie, à l’intelligence lumineuse, particulièrement pieux, il fut exilé dans le Bugey par Ebroin, Maire du palais, jaloux de son aura. Il fut assassiné et enterré dans le cloître par les religieux.N chemin des monastères

 

Les prodiges et miracles qui se multiplièrent sur son tombeau en firent un haut lieu spirituel. Les reliques partagées (Saint Rambert l’Ile Barbe, Saint Rambert en Forez, Saint Rambert d’Albon) élargirent et répandirent son culte. But de pèlerinage important, l’abbaye qui suivait la règle de Saint Benoît, acquit une puissance économique considérable par son indépendance de tout pouvoir temporel et relevant canoniquement directement du Saint Siège. En 1196, les temps médiévaux, constamment marqués par les querelles de frontières, incitèrent l’Abbé Régnier à se placer sous la protection des Comtes de Savoie, qui sécurisèrent, depuis de Château de Cornillon sur l’éperon rocheux voisin, l’immense domaine, étendu de l’entrée de la Maurienne aux portes de Lyon.

 

 La ville de Saint Rambert et tous les hameaux des montagnes voisines naquirent et prospérèrent dans le sillage du développement de l’abbaye. L’église abbatiale fut détruite en 1793 et tous les bâtiments monastiques ont connu le même destin après la Révolution. Aujourd’hui, la communauté des religieuses de Notre Dame des Missions, partage, depuis 1949, une vie monastique différente, dans de grands bâtiments récents et accueille des groupes, pour des retraites, récollections, séminaires, temps de désert. Le site, dominant la vallée de l’Albarine, est exceptionnellement situé dans un cadre lumineux de verdure, au cœur des rondes collines bugistes.

 

Au pied de la chapelle du parc, le sentier du Brévon plonge sur quelques centaines de mètres jusqu’à l’église de la commune. Nos deux randonneurs se laissent glisser en côtoyant le torrent et découvrent à mi- pente, avant le pont qui l’enjambe, le reposoir, l’oratoire marial et le calvaire commémorant le martyr de Saint Rambert, tué d’un coup de lance sur le sentier de l’abbaye. Le site, propice au recueillement, incite Marthe et Honoré à s’imprégner de l’histoire de ce jeune homme, assassiné le 13 juin 680, laissant sur le Bugey une rayonnante empreinte spirituelle.

 

 En 1217, Jean, Hugues et Sébastien, trois moines d’Ambronay qui suivaient, comme nos deux marcheurs, le couloir des savoyards pour rejoindre Saint Rambert, descendaient vers le bourg après une nuit de repos à l’abbaye. Ils partaient vers la Chartreuse de Portes. Les deux monastères, bien que ne suivant pas la même règle, gardaient des liens très forts dans le souvenir de Bernard et Ponce, fondateurs de Portes, anciens religieux d’Ambronay. Les trois voyageurs étaient porteurs d’un chaleureux message d’amitié de leur abbé et souhaitaient lui rapporter les meilleures nouvelles des hautes combes bugistes.

 

Saint rambert -Chartreuse de Portes.

O la chartreuse de Portes

 

 

Après une bonne nuit de repos, Marthe et Honoré ont plaisir à flâner dans SAINT RAMBERT en visitant l’église et le musée du patrimoine bugiste. C’est avec surprise qu’ils découvrent qu’entre 1800 et 1950, la Schappe, importante société de filature, a transformé cette vallée pauvre de Tenay à St Rambert en un immense couloir industriel de production textile employant des milliers de salariés, urbanisant et métamorphosant complètement cette cluse profonde, autour des usines de fabrication.

 

C’est l’eau de l’Albarine, indispensable à l’élaboration des fibres et des tissus qui motiva l’implantation de la Schappe et les investissements colossaux de l’époque pour dompter et canaliser la rivière. L’eau claire descendant du Plateau d’Hauteville, utilisée dans les procédés de tissage, fournissait aussi la force motrice, sous forme de vapeur puis d’électricité. Impatients de poursuivre leur périple, nos amis marcheurs s’engagent sur la passerelle au centre du bourg ; elle enjambe l’Albarine en face du petit passage à niveau qui traverse la voie ferrée Ambérieu-Culoz .

N Le Bugey en sandales

Prenant la direction de la gare, c’est à 50 m que s’amorce sur leur droite un sentier qui grimpe au Sud. Les 200 m de dénivelé se déroulent en lacets dans le bois dense et permettent d’atteindre en 30 mn le hameau de Javornoz surplombant la vallée. Le village lui-même est posé à flanc de pente et c’est au sommet, sur la route étroite qui conduit à Blanaz qu’ils s’engagent à gauche sur une belle piste contournant le Pain de sucre culminant à 740 m. Les zones boisées et semi-ouvertes se succèdent.

Nos randonneurs passent un petit col à 600 m d’altitude à l’est du Bois des Peines et redescendent plein sud sur 2 km entre deux versants de prairies dominant Blanaz.

N Le beau village de Blanaz

Ils parviennent au hameau Grange de l’Eblouaz. La traversée en est rapide et le sentier qui continue au Sud leur permet d’atteindre une piste pratiquement plate qui dessine un long virage au Nord-Est pour enjamber, sur un petit pont, un affluent de la Caline avant de repartir au Sud sur deux nouveaux kilomètres. Marthe et Honoré parviennent ainsi à la D104 reliant Arandas à la D1504 à Saint Rambert. L’entrée se fait dans l’épingle à cheveux très fermée à l’Est du Plateau du Devant. La départementale fraichement gravillonnée déroule son tapis gris anthracite sur environ 2.5 km en montant régulièrement de 440 à 600 m, jusqu’à la Croix de la Rivoire au pied de laquelle nos deux amis apprécient une pause salutaire à l’ombre d’un gros érable. Ils viennent d’entrevoir le hameau d’Espierres blotti au fond de sa combe 200 m plus bas.

DSC03489[1]

A ce croisement de quatre routes, notre couple repart sur le chemin vicinal direction Chantigneux, village de quelques âmes et siège d’une immense stabulation. C’est vers le Sud, entre les dernières maisons, qu’ils descendent un sentier rapide rejoignant une piste agricole de liaison entre Chantigneux et Conand, en limite de la Côte, foret pentue surplombant Conand d’en Bas. Ils parviennent au centre du bourg de Conand à l’Ouest de l’église.

N Conand sur la Caline

Le rocher de La Cra,  spectaculaire pyramide de verdure domine le village de ses 650 m. Marthe et Honoré traversent la D73 à droite d’un grand calvaire et s’engagent en face sur la voie d’accès au moulin sur la Caline. Ce petit cours d’eau est un magnifique ruisseau du Pays Bugiste qui descent la vallée portant son nom, depuis le Ravin de la Boissière à l’Est du massif de Portes, de Charvieux jusqu’à Serrières où il rejoint l’Albarine. Un vieux pont de pierres permet à nos marcheurs de changer de rive et de s’engager sur un sentier bien marqué coupant toutes les grandes boucles de la petite route communale d’accès au village de Chariot. 3 km plus loin et 350 m plus haut, ils atteignent ce minuscule hameau de Conand à l’extrémité de la route en cul de sac, unique accès automobile.

 

Une dizaine de maisons, anciennes fermes ou granges reconverties en résidences secondaires et apparemment vides d’habitants à l’heure du passage de nos amis, donnent l’impression d’un village fantôme, quoi qu’accueillant et délicieusement bugiste, inondé du soleil couchant au centre de son faux plateau orienté Nord-Est. Les immenses prairies et pâturages qui l’entourent sont la preuve d’une activité agricole perpétuée malgré leur situation éloignée de la vallée et un accès compliqué à 750 m d’altitude. Marthe et Honoré s’engagent entre les deux premières bâtisses, sur le sentier des Frasses qui s’oriente au Nord-Ouest avant de repartir en plusieurs boucles direction Sud. Ils gagnent encore 150 m d’altitude après 20 mn de bonne montée à travers bois. Quelle n’est pas leur surprise de se retrouver, au sortir de la forêt, sous un gigantesque pylône d’une ligne de 400 000 Volts, jonction électrique entre Creys-Malville et Génissiat.

 

 

 

Presqu’ensemble, ils ont la même pensée sur le chamboulement de décor entre l’an 1217 et aujourd’hui. Comment les Frères Jean, Hugues et Sébastien, nos trois moines bugistes, peinant d’Ambronay à Portes, auraient pu imaginer que 8 siècles plus tard, cette immense cathédrale de fer dominerait le massif à 2 km de la Chartreuse, en plein désert monastique. Nos deux randonneurs coupent la large piste de service empierrée reliant la D73 à la D99 en traversant montagne et forêt. Sur leur droite un étroit sentier partant au Sud-Est les conduit directement sur le versant Sud-Ouest de la grande combe, siège de la Chartreuse entre le Mont Frioland et le Col de Portes. Les trois religieux, sur les chemins obscurs et dangereux du Moyen-Age, guidés par le soleil et les étoiles ont mis beaucoup plus de temps que nos deux marcheurs modernes pour rallier Notre Dame de Portes depuis Saint Rambert. Par contre, ils trouvaient facilement refuge dans les granges d’exploitation des immenses domaines monastiques, réparties dans toute la contrée et qui ont donné naissance aux villages bugistes. Ils avaient aussi facilement accès au monastère pour s’y reposer comme tous les hôtes demandant l’hospitalité.

Aujourd’hui, la Chartreuse n’est plus accessible, les rares pèlerins du 13ème siècle s’étant mués en cohortes de touristes du 21ème. Notre Dame de Portes, fondée en 1115 par Bernard et Ponce, Bénédictins de Sainte Marie d’Ambronay, est sous l’autorité, en 1217, de Bernard de la tour, successeur de Saint Etienne de Chatillon depuis 1207. En 1206, était rappelé à Dieu après 105 ans d’une vie longue et édifiante, Saint Arhaud de Sothonod, l’un des pionniers de Portes, fondateur et prieur de la Chartreuse d’Arvières pendant 56 ans. Seconde en France dans l’ordre de Saint Bruno après la Grande Chartreuse, Notre Dame de Portes est appelée la Chartreuse des Saints en raison du nombre de Saints-moines objet d’un culte officiel ou ayant eu un grand rayonnement de sainteté : le bienheureux Ayrald, Saint Anthelme de Chignin, Bernard de Portis, Hugues II, Bernard de la Tour, tous d’immense réputation, se sont succédés comme Prieur ou moine au cours du 12ème et 13ème siècle. Marthe et Honoré sont heureux d’avoir pu lire et apprécier, au cours de leur périple, l’histoire passionnante de ce monastère à travers les siècles.

Plus de 800 moines reposent dans son cimetière au centre du cloître.

P1040685

Randonnant en autonomie complète, ils décident de passer la nuit dans une clairière voisine, les loups n’étant pas encore réapparus dans le Bugey.

 

DE SAINTE MARIE DE PORTES à SAINT SULPICE EN BUGEY

 

________________________________________________

 

N illustrations pour le chemin des monastères (4)

Signe évident de l’absence de loup dans le Bugey contemporain, le couple de chevreuils flânant dans la combe depuis le lever du jour. Le jeune mâle au bois neufs est affairé à brouter goulûment l’herbe fraîche et c’est la chevrette inquiète, surveillant la  tente bruissante du réveil, qui croise le regard de Marthe sortant la tête de la toile. La surprise est immense des deux côtés et les deux cervidés n’attendent pas l’apparition d’Honoré précipitamment réveillé par sa compagne, pour détaler et disparaître dans le bien-nommé « Bois des Chèvres ».

Petit déjeuner bucolique et rangement rapide amènent nos randonneurs à reprendre la trace des moines de l’an 1217 : Jean, Hugues et Sébastien, qui après un court séjour à Portes, repartent en « courriers » consciencieux jusqu’à Saint Sulpice avant de retourner à Ambronay. En effet, les deux abbés Bernard et Guillaume sont fraternellement liés et échangent une riche correspondance de commentaires de la règle de Saint Benoît. La large combe est bordée d’une piste d’accès au Calvaire de Portes.

N Le calvaire de Portes

Un crucifix grandeur nature se dresse au centre d’un carré protégé et fleuri. Cette croix, moins ancienne que le monastère, couronne à 1030 m le sommet du point culminant du secteur. Le panorama à 360° est exceptionnel, joliment détaillé sur la table d’orientation voisine. A l’est, domine le massif du Mont Blanc, loin derrière le Grand Colombier, toit du Bugey. C’est dans cette direction que Marthe et Honoré descendent rapidement la grande prairie jusqu’à l’entrée d’un étroit sentier, à l’orée du bois, qui leur permet la jonction avec le GR 59.

Son cheminement sur 1.5 km à travers bois et clairières les amène à 870 m  d’altitude au débouché sur la D 73, au droit d’un ancien grangeon. Ils suivent la départementale en direction de Charvieux en contournant la Combe du Maitant. A la Petite Poya, nos amis s’engagent à leur droite sur une piste forestière qui s’amorce direction Nord. Un kilomètre après, une épingle à cheveux les renvoie à l’Est pour les conduire en dix minutes devant l’énorme grange-étable de La Poyat qui marque le centre d’une belle clairière cerclée d’épicéas cinquantenaires. A cette altitude de 800 m, la bâtisse est abandonnée bien que récemment recouverte.

En continuant à l’Est, sur un chemin de débardage, ils aboutissent sur la D 104 reliant Ordonnaz à Arandas. Ils l’emprutent sur 300 m au Sud avant de repartir à leur gauche sur une piste de service des pâturages qui contourne par le Nord le bois Sur la Fiche. En progressant en direction des Daraises, ils débouchent sur la D 94, accès au Plateau d’Ordonnaz depuis la N 504 sinuant au fond de la Cluse. Après 300 m, à l’Est, à l’embranchement de la route du Fays, un sentier peu pratiqué s’amorce pour descendre de 150 m dans les Charbonnières sur environ 1.5 km, direction Nord. Cette immense pente boisée entre le Buisson aux Loups et les Daraises, glissant entre le Plateau d’Arandas à 800 m d’altitude et le fond de la Cluse des Hopitaux à 350 m, était le champ d’action des charbonniers, immigrés italiens, qui, résidants dans des cabanes de la forêt, ont fabriqué pendant un siècle jusqu’à la 2ème guerre mondiale, le charbon de bois dans de grandes cuves enterrées dont il reste quelques vestiges.

Marthe et Honoré, rejoignant la route dans une épingle à cheveux, décident alors de se séparer. Elle préfère descendre la D 94 sur environ un kilomètre pour tourner ensuite à droite sur un chemin de desserte des Hopitaux, alors qu’Honoré, sur la trace des charbonniers, descend tout droit dans le bois pour passer de 600 à 350 m. Nos amis se retrouvent sur le haut du hameau qu’ils traversent jusqu’à la N 504.

Les Hopitaux, aujourd’hui rattachés à la commune de La Burbanche fut une seigneurerie vassale du Comte de Rossillon. Le Fief, vendu en 1772, changea à nouveau de statut à la révolution.  Son nom indique un passé d’hospitalité pour les voyageurs chevauchant longuement sur cette voie de communication essentielle entre Bresse et Savoie.

L’origine géologique de la cluse est une érosion profonde par une diffluence de l’immense glacier du Rhône glissant des Alpes en s’avançant profondément dans le Valromey, contournant les montagnes de Virieu et du Tantanet pour s’étaler largement dans la plaine entre Malville et Lyon. C’était il y a plus de 18 000 ans. Aujourd’hui, nous avons du mal à imaginer le travail de ces monstres de glace de plus de 1 000 m d’épaisseur et plusieurs centaines de kilomètres de long. La cluse est devenue un couloir de liaison rapide automobile et ferrée.

 

La gare des Hopitaux, petite mais bien réelle, est le témoin de l’époque où cette voie ferrée accueillait un intense trafic entre Ambérieu et Culoz, deux des plus importantes gares de triage de France.

N il y avait une gare aux Hôpitaux

 

 

L’autre partie du hameau s’étale entre la nationale et la voie ferrée. Curieusement, le cachet des hameaux bugistes est préservé et les vergers entre passage à niveau et montagne respirent le calme et la fraîcheur. C’est après cette partie verdoyante que nos randonneurs retrouvent le sentier qui tourne au Sud en grimpant dans les pierriers couverts de bois et de taillis. Ils dominent maintenant le lac des Hopitaux qui s’étale sur 1.5 km du nord au sud entre train et roche. Les 250 m de dénivelé dans les éboulis sont fatiguant sur un sentier néanmoins bien tracé et par endroit équipé de main-courante contre le rocher. Après une boucle franchissant et contournant la paroi, Marthe et Honoré découvrent les toits des maisons de Grand Tare.

N illustrations pour le chemin des monastères (6)

Sous un surplomb formant caverne, le trou d’accès dans une boule de mousse suspendue laisse deviner l’habitation d’un troglodyte mignon. Grand Tare est associée dans son histoire à la seigneurerie des Hopitaux. Aujourd’hui, paisible hameau en terrasses surplombant la cluse, il est un lieu de villégiature d’été. Fontaine et four banal agrémente le village fleuri où persiste une bonne activité agricole. Nos marcheurs montent d’Ouest en Est par la rue centrale et continuent sur un étroit sentier jusqu’à la route communale desservant le Plateau de la Grange des Prés. Après une épingle à cheveux au Nord, puis une seconde au Sud et une dernière grande boucle, ils passent, au bout d’une demi-heure, sous la belle alignée d’épicéas bordant l’allée d’entrée du hameau de La Grange des Prés, la plus haute dépendance communale de La Burbanche. Ils sont de nouveau à 800 m d’altitude.

N illustrations pour le chemin des monastères (7)

La route serpente entre la ferme du dernier cultivateur du lieu, les dépendances à l’abandon,  les maisons anciennes restaurées et quelques résidences de belle facture. L’antique four bugiste est soigneusement entretenu au centre de ce village éclaté sur un Plateau de larges prairies et pâturages. A la sortie Est du hameau, un chemin creux ombragé bordé de très anciens murgers de pierres sèches permet à Marthe et Honoré d’échapper à 600 m de route sinueuse. Ils l’a retrouve sur un kilomètre pour l’abandonner au niveau de Champ Carron au profit d’une piste de service qui rejoint vers le nord la D 103 en direction de Prémillieu.

En dix minutes, ils parviennent à l’entrée du village et en empruntant la première rue à gauche, ils se retrouvent devant l’église qui côtoie l’ancienne cure aujourd’hui transformée en gîte communal. La restauration interne de l’église dans le style roman dépouillé est particulièrement réussie et le vitrail circulaire au-dessus du porche, belle représentation de Marie-Madeleine, Sainte Patronne de la paroisse, complète lumineusement la mise en valeur de l’ensemble. D’ailleurs, la fête patronale permet chaque année un bel élan festif d’échanges et de partages pour toute la communauté.

N l'église de Prémillieu

La rue sort du village derrière l’église et nos amis remontent au Nord sur un kilomètre en direction de Saint Sulpice le Vieux avant de bifurquer à l’Est sur leur droite en remontant la piste forestière du Bois du Chevron. Ils passent à gauche du château d’eau-relais culminant Sur la Loye à 980 m et continuent direction nord par la piste qui plonge à l’Est de la forêt domaniale de Saint Sulpice sur environ 2 km. La jonction avec la route d’accès à la maison forestière de Jailloux les amènent à la contourner et après un cordial échange avec le jeune technicien résident du lieu, ils parviennent à la chapelle Saint Vital en périphérie de l’ancienne clôture monastique. Marthe et Honoré ne sont pas mécontents de retrouver leur contact, qui va leur permettre un retour rapide chez eux, après ces longues et riches journées sur les traces des moines d’antan.

 

 Huit siècles plus tôt, les religieux d’Ambronay font halte pour une bonne nuit de repos dans une grange monastique du Grand Tare. Ils s’octroient une journée supplémentaire pour rejoindre Saint Sulpice en cheminant péniblement par monts et par vaux. Ils savent que l’accueil haut-bugiste leur permettra de reprendre forces et que le Seigneur de Longecombe leur accordera guide et protection pour rejoindre la plaine de l’Ain….

LE CHEMIN DES MONASTERES

LE BUGEY EN SANDALES

DE L’ABBAYE DE SAINT SULPICE A LA CATHEDRALE DE BELLEY

O

première étape : Saint sulpice - Pugieu

 

Le signe de ralliement des trois couples de marcheurs de 2018 était la présence dans leurs mains de l’Echo du Plateau. C’est par son intermédiaire que ces six amateurs de randonnée monastique ont souhaité se grouper. Quentin et Mélissa n’ont jamais marché dans le pas des moines, ou alors, en l’ignorant. La rencontre est chaleureuse à Thézillieu devant la chapelle des étrangers, sous le vocable de Saint Vital et ces nouveaux compagnons pèlerins sont trop heureux de partager leurs précédentes aventures bugistes. Ensemble ils déplorent l’état de délabrement de la chapelle, ultime vestige branlant mais encore debout de la flamboyante abbaye.

Mc les travaux de la chapelle st Vital en 2011

Inéluctablement, sans une rapide restauration, elle deviendra le tas de pierres le plus neuf de ce site millénaire. En 1168, Guérin, abbé de la toute jeune abbaye, dépêche deux « courriers », les frères Amand et Chryseuil, ses moines les plus solides, pour se rendre à Belley auprès de l’évêque Anthelme, en vue d’apaiser les tensions entre eux et leur maître commun, le puissant Comte Humbert III de Savoie. C’est à leur suite que nos marcheurs contemporains s’engagent sur la D53a, direction Les Catagnolles. Après 100 m, ils suivent le chemin creux qui contourne par l’Est le hameau du Genevray sur 1 km. A la sortie Sud du hameau et 100 nouveaux mètres de départementale, ils continuent au niveau des dernières maisons sur un sentier qui sinue plein Sud entre Léchères et Teppes et le captage des sources de Pré Dotton.

N le moulin de Ponthieu

Le moulin de Ponthieu

Les dernières pluies abondantes ne leur facilitent pas la traversée de cette zone humide, pour finalement pénétrer en zone boisée, avant de descendre rejoindre la piste forestière qui ondule entre la lisière de la forêt de Ravière et l’Arène naissante et plongeant vers le Furans à Pugieu.

N Aux sources de l'Arène

Les sources de l'Arène

Cette longue descente les amène au sommet de la rampe d’accès à la stèle de la Croix du Pin, commémorant la sanglante échauffourée de Juin 1944 entre l’armée allemande en retraite et un solide groupe de résistants du Plateau d’Hauteville. Nos six marcheurs, apparemment heureux de cette mise en jambe buissonnière et un peu aquatique, s’engagent sur la D53 et en quelques minutes, découvrent le sentier forestier qui rejoint Virieu le Grand en tronquant les immenses lacets de la « route des vignes ». Chaque tronçon de sentier d’environ 1 km recoupe la D53 en joignant presque en face le tronçon suivant pour finalement emprunter la route sur environ 600 m avant de tourner à droite, Route de Brens,  qui serpente au travers des dernières vignes du joli hameau viticole de « Plan de Mai ». En effet, les coteaux orientés plein Sud sur le plateau du fond de la combe de Virieu ont produit pendant des siècles des vins de qualité.

Un certain nombre de parcelles plantées en Roussette, Chardonnay, Mondeuse ou Gamay font toujours partie des productions renommées de l’AOC Vins du Bugey.

Les grangeons, plus ou moins abandonnés, sont les témoins de cette viticulture ancestrale initiée par les romains il y a 2000 ans.

le grangeon abandonné

Le vieux Virieu témoigne aussi d’un riche passé avec ses nombreuses architectures médiévales et les ruines de son château, siège du seigneur du lieu, vassal de la maison de Savoie. En 1601, au traité de Lyon, Virieu le Grand intègre le royaume de France et Honoré d’Urfé est créé Marquis du Valromey en récompense des services rendus au pays et de son immense talent d’écrivain. Il est l’auteur de l’Astrée, premier roman français et de nombreux poèmes lyriques. A cette époque, la ville, bien située au carrefour de grandes voies de circulation, est prospère par les péages qu’elle prélève et par son industrie de cuirs et tanneries. Au fil du temps, les entreprises de mécanique, casserolerie, perlerie, prirent le relais avec la cimenterie de Clairefontaine. Presque toutes ces activités ont disparues mais le village y a gagné en calme et qualité de vie.

Pierre et Mélanie, Marthe et Honoré, Quentin et Mélissa avancent courageusement sur les traces d’Amand et Chryseuil sur le sentier qui prolonge la Route de Brens après la dernière résidence et cheminent plein Sud entre la muraille de la montagne de Virieu et la vallée. La randonnée dans cette forêt est très lumineuse, entre blocs de roche éboulés depuis des milliers d’années. Après 3 km, ils redescendent légèrement dans l’éboulis de Pierre Fort sous lequel est creusé l’immense tunnel de la voie ferrée Ambérieu-Culoz. Le sifflement d’un TGV jaillissant de son embouchure fait quelque peu sursauter nos amis. Ils remontent dans le pierrier pour contourner le Rocher de Manicle et redescendent au-dessus de l’entrée Sud du tunnel sur la piste d’accès au plus célèbre vignoble du Bugey.

N le rocher de manicle et les vignes

Ils parviennent ainsi à la départementale 904 qu’ils traversent pour emprunter la courte bretelle qui longe le Furans et l’enjambe sur le pont d’accès à Pugieu. La petite cohorte remonte la rampe du cimetière qu’elle laisse sur sa gauche et continue jusqu’à l’entrée du village. La traversée de la Nationale 504  conduit les six vers l’allée d’entrée de l’ancien moulin Descote. Ils retraversent le Furans et le canal d’alimentation de l’ancienne roue à aubes. C’est au bord de l’eau, au son du bruissement de la rivière, qu’ils décident de s’accorder une pose bucolique. Le pique-nique réparateur, agréablement partagé entre ces nouveaux amis, découvreurs des vieux chemins monastiques les aide à se mieux connaître.

 

 

De Pugieu à Belley :

 

N

 

 

.  Après 200 m sur la D32b, ils tournent à gauche, direction Sud-Est sur une route communale conduisant à Chavillieu. Ces 2 km qui serpentent au milieu des vignes de Côte du Maître leur permet l’accès au Nord du hameau joliment fleuri ; La D32a empruntée à la sortie de Chavillieu  les dirige plein Sud en traversant encore des vignes, celle de la Chaumette, jusqu’à Gevrin.

A gauche, à l’entrée du village, nos amis tournent sur un chemin creux qui dans une longue boucle de 1,5 km contourne la colline du Tillut. C’est au milieu de ce parcours qu’il y a 850 ans, les deux frères de Saint Sulpice, Amand et Chryseuil, bifurquent à l’Est sur une sente traversant le bois des Ebuclas pour se rendre sur le chantier bien avancé de l’Abbaye de Bons que Marguerite de Savoie fait construire pour une communauté de religieuses cisterciennes. L’abbesse les guide dans les parties en construction, dont l’église abbatiale, avec la mission de rendre compte au père abbé Guérin de Saint-Sulpice, frère dans l’ordre de Cîteaux mais aussi par la tutelle savoyarde commune. Notre dame de Bons, initiée 13 ans plus tôt se trouve un peu sous la protection spirituelle bienveillante de l’abbaye du Plateau, fondée 25 ans avant. Les moines, sandales au pieds et havresac en bandoulière reprennent leur périple après le repas partagé avec les moniales. C’est bien derrière eux que nos six pèlerins du temps présent descendent gaillardement la combe entre le Bois de l’Abbaye et la forêt d’Andert, aujourd’hui départementale 83, jusqu’au croisement avec la D83a qu’ils quittent pour prendre au Sud le chemin vicinal qui enjambe le Furans, au lieu-dit Le Moulin, sur un antique pont de pierres. Ils traversent le long village de Rothonod qui aligne quelques magnifiques bâtisses médiévales et un séquoia bicentenaire d’une quarantaine de mètres bien que décapité par une récente tempête. La sortie du village débouche sur la D32 qu’ils empruntent à leur droite sur 100 m. De là, un court instant, s’offre à eux une vue spectaculaire sur le château d’Andert posé au sommet du village.

O le château d'Andert

Ils partent maintenant au Sud sur une allée de jonction conduisant à Billignin et ils arrivent Sur Braille, le plateau dominant le Sud de Belley. A nouveau, leur attention est attirée par un séquoia multi centenaire, tutoyant le ciel et couvrant de sa masse verte une imposante maison bourgeoise.

O Sur Braille, séquoia muti séculaire

En obliquant 2 fois à gauche, la petite troupe se retrouve bientôt en zone urbaine, rue de la Louvatière qui descend place des Terreaux. Une fois traversée ils trouvent facilement la rue des Cordeliers conduisant à la cathédrale. En 1168, l’entrée d’Amand et Chryseuil dans Belley est bien différente. La campagne laisse brutalement place à la cité, non fortifiée, mais bien délimitée. Elle est la capitale historique du Grand Bugey, petite mais fortement militarisée parce qu’enviée de par son emplacement au carrefour d’axes importants de communication entre Lyon et Genève, aux confins du royaume de France, de celui de Bourgogne, du Comté de Savoie et du Saint Empire Romain Germanique. Comme religieux, les deux moines traversent facilement les péages et sont chaleureusement accueillis par les chanoines de la cathédrale qui les introduisent auprès de l’évêque.

o la cathédrale façade gothique du XIX ème

Lorsque nos six randonneurs contemporains admirent la façade de la cathédrale, ils ne savent pas encore qu’elle date du 19ème siècle. Audax, 1er évêque de Belley en 412, fit construire une église sur les ruines romaines du temple dédié à Cybèle. En 722, Ansemonde, 13ème évêque, consacra la première cathédrale. Ruinée, elle fut reconstruite et agrandie au 12ème siècle sous l’autorité de plusieurs évêques-chartreux : Bernard de Portes, Anthelme puis Arthaud. Remaniée au 15ème siècle, délabrée par la période révolutionnaire et écroulée par le tremblement de terre de 1822, elle fut ultimement reconstruite en style néogothique, conservant le chevet et le portail nord, par Alexandre Devie, évêque de 1823 à 1852. Elle se trouve depuis l’origine sous le vocable de Saint Jean-Baptiste dont elle possédait, sous châsse précieuse, une relique pillée à la révolution. Classée monument historique depuis 1906, elle est l’église régionale la plus représentative de l’art religieux du 19ème. Les trois couples de marcheurs-pèlerins sont heureux d’avoir contacté un guide érudit qui leur fait partager avec engouement la découverte des richesses innombrables de l’édifice. La visite de nombreux bâtiments, témoins de l’architecture du Moyen-Age, intéresse beaucoup nos amis qui finissent de découvrir la grande richesse historique et patrimoniale de Belley. Avant de continuer ensemble, en amateurs éclairés, la découverte des chemins des monastères, ils s’accordent une bonne nuit de repos dans le gîte judicieusement proposé par l’office de tourisme. Leur projet est de tout simplement traverser le Rhône et la montagne de Parves pour s’engager derrière Jean de Varax, 75ème évêque de Belley, qui en 1468, chaussait des sandales de moines et partait loin de l’administration pesante de la ville et du diocèse, avec Hugues et François, chanoines de la cathédrale, pour quelques jours de retraite à la chartreuse-forteresse de Pierre Châtel….

 

Gilbert Lemoine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Posté par Louis Henri GUY à 01:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

24 novembre 2018

De Saint-Rambert à Champdor : les souvenirs du petit berger de La Palud, la chasse et la rentrée des classes

P Ecole de Champdor hier et aujourd'hui

La guerre finie, le droit de chasser fut rétabli. Les fusils sortirent de leur cachette et, même si à l'époque il n'y avait pas beaucoup de chasseurs, il fallait quand même se méfier des imprudents.

Comme je vous l'ai dit, je connaissais tous les endroits où se cachaient les lièvres. Particulièrement sur les pierres plates où la nuit tombante ils venaient se réchauffer et s'endormir sur ces pierres chauffées à blanc sous le soleil. C'était simple, il n'y avait qu'à voir le matin les dizaines de crottes jonchant le sol autour de ces pierres, on savait bien que le lièvre avait dormi là. On pouvait même en regardant bien les crottes savoir si c'était un mâle ou une femelle. Cette dernière avait une crotte plus allongée sur la fin tandis que celle des mâles était plus ronde et bien nette. J'aimais bien, ces animaux que les troupeaux ne dérangeaient pas beaucoup. J'ai vu souvent au milieu du troupeau en bordure des haies un lièvre brouter avec mes vaches.

André était un chasseur, disons de détente, pour le plaisir. Je me vantais auprès de lui de connaître les endroits où se cachaient ces mammifères aux oreilles toujours droites et attentives et au petit bout de queue blanche.

 Pressé de questions je dénonçais mes amis et j'en eu honte, car un matin, André s'en alla sous Sallembert, près du château d'eau de la commune et là en deux coups de fusil et en quelques minutes il tua deux gros lièvres de 8 livres chacun.

J'avais bien honte de moi. J'avais trahi ces petites bêtes qui faisaient parties de mon bonheur de berger. Les écureuils faisaient aussi parti des victimes des chasseurs. C'est vrai qu'il y en avait tellement. La aussi je ne pouvais supporter de voir tirer ces petits animaux, si joueurs avec les bergers, à vous jeter des pignes pour vous faire savoir qu'ils étaient là. A vous de les trouver, cachés derrière une branche d'arbre ou d'un tronc.

C'est ainsi, qu’inexorablement la fin du mois de septembre arrivait.  Sans oublier que je devais quitter la ferme, j'essayais d'y penser le moins possible, mais je savais que le moment fatidique était tout proche.

 

P retour de chasse

 Suzanne  était   encore là, mais  n'allait pas  tarder  de rejoindre  Lyon et  l'école et Aline  et moi  l'école communale  de  Champdor. Bien sur nos  conversations  étaient centrées  sur cette rentrée, et nous allions retrouver nos trajets communs de La Palud au village et retour. C'était ma deuxième  année  à l'école  mais   j'avais  mis  à profit mes journées  de  gardiennage à lire des livres de la bibliothèque.  J'étais  passionné  pour Jules Verne, Pierre Loti et Daniel Defoé.

Combien de fois ai-je lu Robinson Crusoé, dix, vingt fois je ne sais pas. Combien de  fois  ai-je vécu L'Ile Mystérieuse, dix fois  peut  être.  J'ai  avalé les trois volumes  jusqu'à la nuit  tombée, et  combien d'autres, Michel Strogoff, Les Exilés dans la forêt, Croc Blanc. Chers bouquins grâce à vous les jours étaient trop courts et mes rêves bien lointains. Puis il y eut la rentrée. Monsieur Pommateau nous accueillit comme toutes les années. Mais cette année était l'année de la liberté, et en vue de Noël, M. Pommateau nous faisait préparer des petites scènes théâtrales que nous jouerions dans la salle des fêtes, tout près de la fruitière.

La rentrée scolaire vint donc bouleverser ma petite vie tranquille de montagnard. Ce nétait pas l’obligation de me lever de meilleure heure, non, mais c'était l’obligation du respect de l’horaire. Et puis, je devais faire attention à mon laisser aller vestimentaire. Ma toilette était de rigueur, alors qu'en d'autres temps...

Tous les enfants du village se présentaient à l'école, propres, habillés de neuf tandis que moi je portais toujours des vêtements un peu usagés bien que propres. Etpuis il y avait Aline, toujours bien mise, presque coquette et auprès d'elle je faisais un peu triste mine.

Tous les deux nous avions repris nos voyages vers le village. Il n'y avait pas d'entente entre nous. C'est le hasard qui nous nous faisait rencontrer, sur le chemin de l'école, pour le retour c'était différent, je faisais toujours exprès de trouver un motif, ou de modifier mon allure pour qu'ensemble nous remontions vers La Palud

De temps en temps des petites brouilles venaient perturber notre entente et pendant quelques jours nous nous boudions, si Aline semblait être indifférente à ces disputes, moi j'en souffrais beaucoup. Le cœur bien gros je la regardais trottiner quelques mètres devant moi, sans qu'elle me jette un regard ou ne m'attende. Puis la vie nous ramenait l’un vers l'autre mélangeant peines et joies, déjà !

En classe, c'était toujours le même adjectif : Moyen. Je reconnais que je manquais de concentration sur les cours et leçons. Mon esprit était toujours ailleurs sans que je puisse réagir contre ses évasions. Enfin j'allais à l'école et ce n'était pas le cas de tous les bergers. Aussi, je dois reconnaître que mes patrons avaient toujours tenu ce que j'aille à l'école comme si j'avais été un enfant de la maison. De ma part, je n'ai jamais ressenti être un étranger parmi eux.

Un autre exemple du respect qu'ils avaient pour moi. Et bien on m'obligeât à aller au catéchisme, ce qui encore augmentait mes absences à la ferme, puisque je devais honorer aussi les messes le dimanche matin.

Mais cela est une autre histoire, à suivre… A l'école ça n'allait pas trop mal, sans plus. Hormis l'histoire, la géographie et le français, le reste ne m'emballait pas trop. Visiblement je ne serai pas un intellectuel..

 

Le temps des moissons !

P le temps des moissons

Les moissons sont l'apothéose de la saison.

Quel bonheur de voir mûrir les blés, les voir devenir dorés et se balancer sous le vent comme des vagues d'une mer d'or.

On voyait souvent le père s'approcher d'un champ, casser un épi, l'écraser au creux de sa main et si les grains se détachaient bien de l'épi cela voulait dire que la moisson n'était pas loin.

On coupait le blé, un peu comme le foin, sauf que l'on prenait des précautions. Pas question de traverser un champ de blé.

Alors, à la faux, on fait le tour du champ afin que puisse rentrer la faucheuse sans rien abîmer.

Avec la faucheuse, on agissait de même façon que pour le foin, à la différence près qu'un système était placé sur la barre, système de basculement qui permettait de récupérer le blé, l'avoine ou l'orge et à l'aide d'un petit râteau le faucheur faisait basculer la matière coupée au moment où il le voulait, on appelait cette quantité d’épis des javelles.

Ces javelles tombaient sur le sol, séchaient et quand on jugeait quelles étaient suffisamment sèches, on entassait 4 ou 5 javelles les unes sur les autres ce qui formait une gerbe.

A l'aide d'un lien, en général une branche de tatole*, la tatole est un arbuste, à la tige très souple quand il est jeune. Donc à l'aide d'un lien naturel on liait la gerbe qui resterait ainsi liée jusqu'aux battages, soit un mois ou deux...

On chargeait ces gerbes, souvent très lourdes, sur le char. J'arrangeais s'il le fallait ces gerbes, sans trop me déplacer sur le chargement pour ne pas abîmer les épis. D'ailleurs André, seul capable d'envoyer les gerbes sur le char, avec une fourche en fer, les plaçait d'une façon que je n'avais quasiment pas à intervenir.

 

Toutes les manipulations nécessaires à la moisson devaient être empreintes presque de douceur, de respect, que ce soit sur le champ, sur le char ou en grange. La priorité, ne pas piétiner les épis.

Pour le blé en gerbe, ça allait, mais pour l'orge, c’était différent, car l'orge et l'avoine étaient en vrac. Alors bonjour les dégâts au chargement...

Les moissons se passèrent bien cette année et le père  avait un grand sourire de satisfaction, c'est vrai qu'une fois la récolte rentrée elle génère comme un grand soulagement pour tous.

Tout devient plus calme. Sentir la grange bien pleine, comme un ventre repu, c'est une satisfaction, comme une angoisse en moins.

Puis vint le temps des battages que je vécus avec plus d'expérience. J'aidais à charger les chars et surtout quand la paille rentrait, il fallait la transférer sur le grenier.

Mais je rêvais un jour de participer au village, « au battage », près de la machine, dans le brouhaha, au milieu de la poussière, des cris des hommes, des bruits de chars  et des sabots des bœufs, on vivait alors le chant de la batteuse. L'entendre vibrer, gémir, quand la charge était trop forte. La voir vomir d'un côté la paille, de l'autre le grain qui se déversait dans les sacs. Il y avait aussi, les déchets, les poussières, le crapier je crois, que l’on récupérait aussi et qui servait également de litières.

Bien sur les postes principaux étaient tenus par des hommes, c'est à dire, alimenter la batteuse, vérifier les sacs de blé et la paille, mais au crapier on y mettait un « vieux » ou un tout jeune et je rêvais de tenir un jour cette place où on était au milieu de l'enfer, poussières, saletés. On ne respirait que cela, mais on rêvait de tenir cette place. André connaissait cette ambition et un an ou deux plus tard il me fit l'honneur de me confier ce poste. Il me sembla ce jour là être un homme.

Quand on parle des battages àChampdor on sait que l’automne est déjà bien avancé. Il ne reste plus grand chose à rentrer si ce n'est les pommes de terre.

 

*Tatole : nom local utilisé pour la viorne lantana.

P la viorne en fruits

P la viorne lantane ou tatole

P1090793

Un sport maintenant interdit, la chasse aux grenouilles !

Ecolos et sensibles, s’abstenir

 Cette année là, je ne sais si cela venait d'un printemps pluvieux, mais il y avait beaucoup de grenouilles, mais vraiment beaucoup.

Nous allions faucher le grand pré de La Fin, juste devant la maison, André me dit de prendre un sac, de suivre la faucheuse et de ramasser tout ce qui sautait. J'avais laissé mon troupeau un peu en dessus de la prairie à tondre et au petit matin la chasse commença.

Les grenouilles dérangées sautaient et j'étais là pour les capturer dès leur premier saut. Elles étaient belles, fraîches de rosée. C'était des reinettes grasses comme des petits cochons. Le sac se remplissait, mais les coquines avaient compris et s'enfuyaient vers le centre du pré, mais comme la faucheuse tournait autour du pré en partant des bords, elle allait arriver fatalement vers le centre et là les grenouilles furent à découvert.

 Elles avaient beau sauter de tous les côtés, peu en réchappèrent. Le sac de sel fut vite plein et là mon récit devient plus triste car ces grenouilles allaient nous servir de repas. Excellent soit dit en passant, mais avant, il fallait les préparer.

C'est là que je vais faire bondir les âmes sensibles. A l'aide d'une goyette, petite serpe, on tranchait d'un coup sec la grenouille vivante en deux. 0n ne récupérait que les cuisses qui, elles seules étaient comestibles. La pauvre bestiole, posée sur un plot de bois n'avait aucune chance d'échapper à l'échafaud. Pardon !  Ensuite les femmes "déculottaient" les cuisses. Bien sûr que pour faire un repas à six « morts de faim » il en fallait des grenouilles.  Mais à midi, ces cuisses passées à la poêle, lardonnées et ensuite servies en omelette, je peux vous dire que c'est super bon. Même mieux que cela.

Par contre, il faut être calme à la dégustation, et ne pas malencontreusement oublier les petits os.

Mais les cuisses bien charnues se laissent bien décortiquées. Lily toujours aussi glouton avait bien failli s'étrangler deux ou trois fois mais n'avait pas ralenti le rythme de la dégustation.

C'est un repas très goûteux que ces cuisses de grenouilles, mais ne cherchez plus, si autrefois on pouvait se permettre ce genre de repas, depuis belle lurette, la pollution aidant, l'abondance de grenouilles et d'escargots s'est transformée en rareté.

Dommage car si je vous parlais des escargots, les gros de Bourgogne, qui sortaient au premier orage et qui couraient le long des haies,  et que l'on ne ramassait même pas, vous seriez surpris par la quantité. On ne les a pas ramassés, et ils ne sont plus là, il y a bien une raison.

 

Mon métier de berger accaparait bien sûr le plus long de mon temps. J’assurais aussi les deux voyages quotidiens à la fruitière, participais aux fenaisons, aux moissons et à toutes les petites taches de nettoyage des étables, par petites brouettées je sortais maintenant le fumier surtout que le tas, dehors, était à cette époque moins haut.

 

 

DSC05876

 

Je soignais, nettoyais les bêtes, c'est à dire leur passer l'étrille, la brosse et laver éventuellement les endroits qui auraient touché la bouse au cours de la nuit. Le père avait horreur de voir une vache maculée ou crottée comme on arrive à en voir dans certains troupeaux.

-', • -i:          Dans ma troisième année d'expérience, plus personne n'avait besoin, où rarement, de me didire fait cela ou ceci. Non pas par obligation mais par amour, j'évoluais dans cette ferme avec le meilleur de moi-même

Printemps 1944 : un vent de liberté.

 ce printemps si calme qui nous faisait oublier le triste mois de février allait malheureusement s’enflammer. On sentait bien que la tension se faisait de plus en plus forte. On voyait de plus en plus de personnages le long des haies, discrètement en direction du col de Cuvillat. J’ai même aperçu des groupes d’une dizaine d’hommes se déplacer le long de la lisière de la forêt. Quand j’en parlais à la ferme, les fronts se plissaient. Nous n’avions plus la neige pour nous défendre, et puis nous voyions toujours cet avion allemand survolant le plateau, le mouchard comme nous l’appelions.

                Depuis l’incursion allemande de février, incursion, Ô combien meurtrière pour nos villages du plateau et du Valromey, plus aucun allemand n’était entré sur le plateau, il y avait une odeur de France libre. Tout doucement les maquisards s’installaient dans les villages et même un petit journal circulait. Il relatait la vie du plateau et de ses libérateurs, alors que toute la France souffrait sous le joug de ses envahisseurs. Les maquisards avaient pour chef le Lieutenant-colonel Romand qui avait fait des maquis de l’Ain, une armée redoutée des Allemands.

                Le plateau de Hauteville, comme le Vercors, était difficile d’accès. A mille mètres d’altitude, on ne pouvait accéder qu’en empruntant des cols. Ces cols suivaient des itinéraires dans des gorges rocheuses ou à travers des forêts épaisses, donc bien défendables par des francs tireurs. Tout autour du plateau on compte une dizaine de cols tels que Charabotte, Le Ballon, La Lèbe, La Rochette, Cuvillat, La Cheminée, Belleroche, Le Montoux, Pisselou, La Brèche. Tous ces cols du Bugey étaient des passages obligés qu’évitaient les Allemands. Il y eut deux passages en force, en février 1944 comme je vous l’ai dit, et un qui se préparait. Mais les Allemands avaient bien d’autres soucis. C’est ainsi que, le 6 juin 1944, les alliés débarquèrent en Normandie.

                Je gardais ce matin là mes bêtes non loin du troupeau des Favre lorsque je vis arriver Suzanne en courant et en criant. Toute essoufflée, elle eut bien du mal à dire que ce matin les Américains avaient débarqué en Normandie. Vous dire notre joie. On criait, on sautait, je crois même avoir embrassé Suzanne. Vous dire que le temps ne passa pas vite avant de rentrer les bêtes et de courir dans la salle de séjour ou tout le monde écoutait radio Londres.

                C’était vrai, l’heure de la libération avait sonné. On sentait que quelque chose d’important était en train de se produire. On vivait tous dans une excitation, attendant les nouvelles plus ou moins optimistes selon les radios que l’on écoutait. Une autre arriva presque en même temps, le fameux train blindé qui protégeait les convois allemands sur la ligne d’Ambérieu à Culoz, objet de nombreux attentats par les maquisards, venait de sauter, et était tombé dans l’Albarine toute proche. C’était un énorme coup dur pour les Allemands. Cette ligne coupée, il ne restait plus que la vallée du Rhône, elle-même très surveillée, pour que les Allemands puissent rejoindre leur pays. Déjà très bousculés en Italie, attaqués dans le sud de la France par un débarquement en Provence quelques temps plus tard, ils n’avaient plus de chemins de repli et il fallait qu’ils en trouvent. Toutes les troupes allemandes, qui occupaient les Savoie, le Dauphiné et autres régions, devaient se replier via l’Ain, le Jura et l’Alsace vers leurs frontières pour éventuellement stopper les alliés avant qu’ils n’entrent en Allemagne.

                 Alors toutes ces divisions stationnées vers Chambéry, Aix les Bains, Culoz choisirent l’itinéraire Ain / Jura. C’est ainsi que le 15 juin 1944, alors que je gardais comme d’habitude dans mes pâturages, des bruits de canonnades, de mitrailles résonnèrent du côté du col de La Lèbe, entre le Valromey et le plateau. L’intensité des combats était impressionnante, c’était un roulement ininterrompu de tirs, d’explosions. A La Palud nous étions inquiets bien que le col de la Lèbe soit loin. Pendant deux jours les bruits continuels de lutte résonnaient mais les maquisards ne lâchaient pas les hauteurs boisées, l’accès au col restait impossible pour les troupes allemandes qui laissaient beaucoup de morts.

« Ruban », la vache qui fait de la Résistance.

K Qu'est ce qu'il me veulent ceux-là

Mais qu'est ce qui me veulent ceux-là?

Très vite le printemps devint réalité. Les prés verdissaient bien vite avec le soleil. Oublié ce terrible hiver, il fallait reprendre le chemin des pâturages et mes journées au grand air avec le troupeau. Malheureusement mon troupeau allait perdre sa reine. Un ordre écrit arriva à La Palud émanant du gouvernement de Vichy. Nous devions donner une bête à la réquisition. C’était un impôt dû aux allemands, nous n’avions pas d’argent et on nous prenait une bête pour nourrir ces « salopards »

En plus il fallait leur emmener à Hauteville. Vous dire le drame que provoqua cet ordre à La Palud. Nous étions démoralisés. Au repas de midi nous étions catastrophés, baissant la tête de résignation devant un tel ordre et l’impossibilité de nous y soustraire. Longtemps les Grobon discutèrent au sujet de quelle bête devait être sacrifiée. J’écoutais le cœur serré ce que disais les uns et les autres. Il fut décidé que ce serait Ruban qui serait donné à la réquisition. J’ai eu beau pousser un cri de révolte, je devais m’incliner. On m’expliqua que Ruban était la plus vieille vache, quelle commençait à donner moins de lait, et qu’il en fallait bien une ! En plus André voulu que ce soit moi qui l’accompagne pour cette sale besogne.

            Quelle mauvaise journée, en plus grise et brouillardeuse, presque froide. André se rendit à l’étable et détacha Ruban qui trouva bizarre d’être détachée seule. Il me semble qu’elle avait dans les yeux comme un pressentiment, de la peine. On lui passa un « licou », André devant moi derrière, le triste cortège pris, par les pâturages, la direction de Hauteville. On longeait le grand pré de Lafin puis l’Arbeissier on rejoignit Combe Noire, Lompnès et enfin Hauteville. Le trajet dura bien deux bonnes heures. Sur la place de Hauteville déjà une vingtaine de bêtes étaient rassemblées, attachées aux arbres. André remis Ruban à une espèce de fonctionnaire quelconque qui lui remis une attestation certifiant qu’on lui avait bien livré une bête à la réquisition. Il attacha Ruban à un arbre et il nous restait plus qu’à rentrer à La Palud.

            André fut obligé de m’arracher de Ruban que j’embrassais, caressais, les larmes aux yeux. Je n’oublierais jamais le regard qu’elle m’a lancé avant que nous partions. La place de Hauteville était en contrebas du chemin du retour et longtemps Ruban nous suivi des yeux. Le retour à La Palud fut bien triste, ni André ni moi ne disions mot. C’est vers midi que nous sommes arrivés à la ferme. Tous bien triste nous nous sommes mis à table, le repas se passait sans bruit lorsqu’un meuglement et des bruits de sabots retentirent devant la porte d’entrée. Cette porte était équipée d’une petite vitre et quelle ne fut pas notre surprise de voir Ruban à travers cette vitre. Je sautais de joie et ouvrant la porte je vis Ruban suant de toutes ses forces et totalement essoufflée. Un morceau de corde pendait à son cou. La brave bête s’était échappée.

Surpris, on la remit à l’étable à sa place vide et on lui donna à manger. La fin du repas fut un drôle de dilemme, comme un vote. Fallait-il remmener Ruban à la réquisition ? Les sentiments se heurtèrent à la raison et finalement il fut décidé de ramener Ruban à Hauteville.

            Presque violemment je m’opposais à cette idée. Nous avions remis Ruban à un fonctionnaire, un reçu était en notre possession, à eux de se débrouiller. Ruban avait été donnée, nous n’avions rien à nous reprocher. Mais ce jour là les Grobon  décidèrent de rendre Ruban à l’administration. Je ne voulais pas en savoir plus et je quittais la table en signe de rébellion. Je refusais l’après midi d’accompagner une nouvelle fois André à Hauteville, c’est le père qui se chargea de la corvée.

            J’en ai beaucoup voulu à mes patrons de cette décision. Car qui serait venu voir à La Palud si Ruban était rentrée chez nous. Ma blessure à été longue à cicatriser, je n’avais pas admis ce renoncement trop facile des Grobon, mais peut être ne savais-je pas tout. Quoiqu’il en soit lorsque je sortais le troupeau il manquait quelqu’un. On donna la cloche à Fleurine et c’est elle qui devint le « Chef » du troupeau. Mais, malgré tout je n’oublierais jamais ma bonne Ruban. Et dire que l’on pense que les vaches sont bêtes. Je me pose toujours la question : comment Ruban a-t-elle pu retrouver sa route dans Hauteville, refaire tout ce chemin à l’envers ? Pas si bête la « Reine ».

 

La guerre dans les yeux d’un enfant.

En ce mois de février 1944 nous allions de surprises en surprises, de toute façon de plus en plus dramatiques. On savait la résistance de plus en plus active mais un fait allait conforter cette impression. Une nuit, le 4 février je crois, une forteresse anglaise, perdue vraisemblablement, vint passer devant les fenêtres de la ferme. André, réveillé par le bruit des moteurs de l’avion, a vu cet appareil qui volait très bas, juste dit-il, sur la haie de frênes longeant le pré à Favre, en dessous de notre ferme. Il a bien aperçu deux ou trois hommes dans le poste de pilotage. Ces derniers semblaient chercher un contact radio pour parachuter sans doute des armes. Il faisait cette nuit là une tempête de neige et l’avion semblait perdu. André nous dit que cet appareil était très gros. Il a disparu en se dirigeant vers la ferme des Favre puis de L’Arbeissier. André s’est recouché et quelques minutes après il a entendu un bruit d’explosion, sourd mais violent. Il a compris que l’avion venait de heurter la montagne.

Le lendemain matin, à ski, il a essayé de localiser l’emplacement de cette chute, mais sans succès. C’est vrai que la couche de neige était impressionnante et qu’il neigeait toujours. Il ne trouva pas trace de l’avion. Bien plus tard on apprit que l’appareil anglais avait heurté la montagne à la verticale de Combe Noire, presque en crête et qu’il y avait six aviateurs anglais et canadiens tués. Personnellement je n’ai ni vu ni entendu passer la forteresse à La Palud, c’est vrai quand je dormais, il pouvait bien y avoir n’importe quel cataclysme, je ne me réveillais pas !

            L’accident de l’avion anglais qui venait ravitailler les maquisards nous faisait comprendre que les événements allaient se précipiter, car les Allemands n’allaient pas supporter longtemps ce qui se passait dans les montagnes du Bugey et d’ailleurs. C’est vrai que les maquisards ne faisaient rien pour se faire oublier. C’est ainsi qu’ils avaient défilé, pour le 11 novembre 1943, à Oyonnax et à Belley, fleurissant les monuments aux morts. Sûr que le gouvernement de Vichy n’avait pas apprécié. Et ce que nous redoutions allait arriver un matin du 5 février. Au col de la Lèbe, côté Valromey, on entendit des bruits de canonnade et de mitraille. Un ou deux avions allemands survolaient le plateau sans arrêt. Il était clair que les Allemands n’avaient pas tardés à réagir. Les bruits des batailles durèrent un jour ou deux et les maquisards bien moins armés cédèrent au col et les laissèrent envahir le plateau. Les nouvelles allaient vite et mes patrons ne me laissèrent plus aller au village et à l’école. L’atmosphère devint lourde à la ferme. André et le Père étaient toujours en train de surveiller les alentours de la ferme au cas où les Allemands surviendraient. Nous nous étions mis d’accord, à la moindre alerte nous lâchions le bétail hors des étables et nous nous sauvions vers la forêt. Les jours qui suivirent furent terribles, surtout le soir ou, tous réunis, nous voyions les fermes qui brûlaient sur le plateau et surtout vers Brénod. Une tension énorme régnait parmi nous. Il fut décidé que je quitterais ma chambre et que je reviendrais coucher dans la chambre du Père et de la Mère, et ce pour qu’au cas où nous devions quitter la ferme rapidement, nous soyons tous réunis.

            Pendant toutes ces journées terribles de février1944, il y avait toujours quelqu’un de garde à la ferme. A tour de rôle André et le père se relayaient afin de prévenir une éventuelle arrivée des Allemands. Pendant les quelques jours qu’ils restèrent sur le plateau d’Hauteville et dans le Valromey, les Allemands brûlèrent des fermes, tuèrent des habitants, emmenèrent les jeunes en déportation, les prenant pour des terroristes. Brénod, Les Abergements, Retord, Cerdon, Dortan et bien d’autres villages ont été détruits, incendiés. Que ce Bugey et Valromey ont été blessés, humiliés, torturés à jamais. La Palud échappa miraculeusement à cette tragédie, grâce à l’éloignement et à la neige. Lisez plutôt, et vous verrez qu’on a eu de la chance. Car nous aussi nous étions sur la liste des fermes à détruire. On apprit ainsi que le 6 février 1944, deux automitrailleuses garnies de soldats, avaient pris le soir la route de La Palud, sûrement pour venir brûler les trois fermes. Selon les dires, les Allemands n’arrivaient pas à passer les congères qui traversaient la route et avaient fait demi-tour, battus par la neige. Cette neige qui nous avait sauvés, merci à cette congère qui m’avait laissé passer, moi un petit bonhomme et avait arrêté des soldats entraînés.

Photo0022

70 ans après on s'en souvient encore !

          

 

De l’automne à l’hiver.

Pillustrations pour La palud (2)

 Un peu avant Noël, c'était la traditionnelle Saint Cochon.  Ce cochon que nous avions engraissé patiemment pendant des mois, lui apportant petit lait, le gavant de petites pommes de terre et autres, son où légumes de toutes sortes, sans oublier les soupes d'orties que j'allais cueillir autour de la ferme des Bobillon. Ce cochon bien gras, pesant 120 kilos,  allait nous aider à passer l'hiver, en lard, côtelettes, jambon et autres cochonnailles.

Là aussi, un peu comme le jour du pain, le jour de la Saint cochon, c'est quelque chose à la ferme. Depuis des jours déjà, les femmes préparent, plats, soucoupes, ails, oignons, herbes, pour assaisonner et recevoir ensuite gelées de tête, boudins et j'en passe.

Le jour J tout était prêt pour accueillir « le tueur ». C’était un charcutier qui allait de ferme en ferme « faire » le cochon. Dès le matin, il arrivait avec force couteaux, tous plus grands et impressionnants les uns que les autres. Il préparait son affaire comme un chirurgien. Il s'inquiétait s'il y avait assez d'eau bouillante, de plats, de seaux enfin tout... Mais Cécile était une maîtresse femme, et rien ne manquait pour que nous passions à l’acte.

Le pauvre cochon était « abadé », bien tenu au licou et en force, car il était costaud le bougre. Les pieds attachés il ne restait qu'à lui planter le couteau dans la gorge ce que je ne voulais pas voir. Seuls ses cris me suffisaient. Sa douleur et ses cris terrifiants au début diminuaient au fur et à mesure que son sang s'écoulait dans un seau. Ce sang sans arrêt remué et qui allait faire un si bon boudin.

L'animal mort, était ensuite, lavé, raclé, relavé à l'eau bouillante et, pendu par les pattes arrières et ouvert. Les boyaux vidés, lavés, allaient servir pour le boudin. Rien n'est perdu dans un cochon.

Ensuite c'était la découpe. Les jambons seront salés puis pendus et attendront l'été pour être mangés pendant les fenaisons. Le reste allait au saloir qui se trouvait au fond de la grange dans un petit local aux murs épais, noir et frais.

Je ne peux vous raconter les odeurs de la cuisson de la charcuterie, des plats cuisinés. C'était une journée enivrante d'odeurs, de goûts et de bonheur. Le repas pris avec le boucher était une merveille de régal. Nous partagions la Saint cochon avec les voisins, c'est ainsi que nous apportions un panier de bonnes choses aux Favre, qui à leur tour, pour leur saint cochon nous renvoyait l'ascenseur. Belles journées, bons souvenirs !

Pillustrations pour La palud

C'est ainsi que Noël 1945 arrivait, le premier Noël de paix et cette année comme le calme était revenu j'allais le passer à St Rambert, chez ma mère.

 Par un matin froid  jai pris la direction d'Hauteville en pas­sant par l'Arbessier et Combe Noire. Je connaissais bien la route. Sous un ciel gris, mes petites jambes avalaient les kilomètres. J'arrivais à Hauteville, à la gare des cars, on me dit que le premier car pour Tenay était dans une heure et plus. Impatient, je décidais derejoindre Tenay et St Rambert à pied. En suivant la route et en passant par  Charabotte je m'engageais sans souci de fatigue ou autre en direction de Tenay. A hauteur de la maison de secours un gros camion trans­portant de gros sapins et qui descendait lentement sarrêta à ma hauteur, le conducteur m'invita à faire la route en camion au lieu de marcher. Mais à voir ces grosses billes de bois, la pente de la route et le précipice au bord, j'eus peur et je refusais. Le chauffeur repartit en riant de ma frousse.

Tantôt en marchant, tantôt en courant, j’arrivais à Tenay avant le car. Je traversais cette ville grise et triste, puis Argis et j'atteins  St Rambert à peine fatigué aux cris horrifiés de ma mère, qui venait d'apprendre que j'avais fait 21kilomètres à mon âge.

Ces vacances d'une semaine en ville se passèrent, en même temps vite et lentement à la fois. Je ne pouvais ne pas penser àLa Palud, à mon chien, à mes bêtes. Que faisaient-ils sans moi ? Et moi déboussolé sans eux !

Mon parrain , ne trouva rien de mieux que de m’offrir pour Noël un paquet de cigarettes et une boîte d'allumettes. Pour faire grand, j'en fumais ou tentais de fumer une cigarette et fut malade comme un chien pendant deux jours. Blanc, les lèvres bleues je crus mourir.

 vite je quittais ma mère et cette ville en prenant le train jusqu’à Ambérieu puis le tacot d’Ambérieu à Champdor en passant par Cerdon, Maillat, St Martin du Frêne, Outriaz, le fameux tunnel dePisseloup, Brénod et Champdor. 

En courant, je remontais à la ferme comme si je rejoignais ma vraie famille. Je retrouvais avec joie mon loulou et mes vaches et j'oubliais bien vite St Rambert.

J'avais ramené de ce Noël un joli couteau Opinel, qui n'allait plus quitter ma poche. Mon rêve se réalisait enfin, avoir un couteau !

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous vous proposons l’histoire d’un petit garçon de 10 ans très chétif, natif de Saint Rambert, obligé de quitter son pays pour être placé comme berger à Champdor au hameau de La Palud. Aimé Pelletier a écrit un cahier sur ses souvenirs d’enfance.

A la lecture, nous avons été séduits par la manière dont il aborde sa nouvelle vie : le texte est particulièrement touchant. Son travail de berger, les travaux de la ferme durant toutes les saisons, l’approche de la nature, son regard d’enfants sur les évènements de l’époque en font une chronique très intéressante du pays Bugiste.

De Saint Rambert à Champdor :

 

DSC03622

 

        Champdor vu des hauts de La Palud

Une Citroën, traction  avant noire, traversait la petite ville de Tenay en empruntant l’unique rue de la cité qui était aussi la route nationale. La voiture longeait les murs gris de l’usine « La Shappe ». Comme tout était triste dans ce décor austère de la vallée !

cartes-postales-Quai-des-Cites-01230-ST-RAMBERT-EN-BUGEY-Ain-01-01384017-maxi

          Nous arrivions au centre de la ville et juste avant le pont qui enjambe L’Albarine, notre chauffeur Lily Damour, taxi à Saint Rambert, tournait à gauche. Déjà la route se dressait devant nous, nous sortions de Tenay, la voiture s’engageait dans les gorges profondes, creusées par l’Albarine, que la route était obligée de suivre. Nous nous faufilions au gré de la nature, un peu impressionnante avec ses murailles à pic. Enfin, au bout de quelques kilomètres, la route profitait d’un pont pour traverser la rivière et quitter la vallée.

         La pente de la route s’accentua encore, ce qui fit dire au monsieur assis à côté de moi « ça y est, on attaque la côte d’Hauteville »

           Cette côte est bien longue et j’ai le temps de vous dire que je suis assis à l’avant du véhicule, un peu sur les genoux  d’un monsieur d’une cinquantaine d’années, aux allures de patriarche et portant un magnifique chapeau sur la tête.

           Ce gamin de 10 ans, qu’il avait sur les genoux paraissait bien timide. Fera-t-il un bon berger se demanda-t-il ?  

           La route, elle, continue de monter.

P les falaises de Charabotte

 

A la place des falaises verticales, ce sont maintenant des taillis ou des forêts dénudés qui bordent les talus. Rapidement nous arrivons à la maison de secours, halte auberge, seule présence sur cette longue montée. Cette bâtisse aujourd’hui abandonnée était alors un arrêt presque obligé pour voitures essoufflées ou gosiers secs.

P la maison de secours

           Je jette un regard furtif sur les occupants du siège arrière au moment même ou André, solide gaillard d’une trentaine d’années montre, à sa jeune épouse Fernande, la cascade de Charabotte vomissant son liquide d’une hauteur de 150 mètres. Mais Fernande, jolie brunette préfère se blottir contre celui qu’elle vient d’épouser ce samedi 21 mars 1943 à Saint Rambert. Elle dit au revoir à son petit village de Jarvonoz et à sa vie de jeune fille, pour rejoindre la ferme de son époux « la ferme des Grobon à La Palud » et ce pour la vie !

           A leur côté, très sérieusement, presque sévère, se tient Cécile Grobon, maîtresse femme. Elle forme avec Eugène un couple traditionnel des montagnards du Bugey.

P illustrations (2)

           C’est ainsi que l’auto, tranquillement arrivait à la passe du col de Charabotte et qu’enfin la route finissait de monter. Dès le petit col franchi entre deux parois rocheuses, c’est la belle nature du plateau de Hauteville qui nous accueille.

           Hauteville est une petite ville qui, grâce à son air pur a pour vocation de soigner les maladies  pulmonaires. Ces sanatoriums, aux noms chantant « Angeville, l’Albarine ; La Savoie » sont là pour soigner une terrible maladie : la tuberculose. Cette maladie qui me court après depuis déjà de longues années, et pour l’instant, sans me rattraper. Mais à voir ces belles forêts, c’est sûr que l’air doit  être bon dans ces belles montagnes.

           La voiture traverse la ville de  Hauteville presque déserte à cette heure ci ; on voit juste quelques magasins éclairés. Lily a déjà allumé les phares de la voiture. Nous dépassons le dernier sana « La Savoie » et déjà au détour d’un virage apparaît un village. « C’est Champdor » me dit Eugène. Je n’ai pas le temps de le découvrir qu’encore la route monte, mais une route qui n’est plus la même. Le bruit des pneus est différent, ce chemin est caillouteux. Lily n’a pas le temps de s’inquiéter car quelques minutes après apparaît une ferme. « Ce n’est pas ici » précise le père Grobon, « cette ferme est celle des Favre ». Une dernière montée, raide celle-là, et la voiture stoppe devant une grande bâtisse. Nous étions à La Palud.

Je quitte les genoux un peu durs d’Eugène pour faire mes premiers pas. Une odeur forte me prend à la gorge, pour cause, près de moi un énorme tas de fumier fumant fait face à la ferme.

           Avertis par le bruit du moteur de la voiture deux hommes en bottes crottées sortent d’une étable. On me présente « C’est monsieur Emin ». Il est accompagné de son fils Marcel, pratiquement du même âge que moi, mais bien plus grand et costaud. Sa poignée de main m’arrache le bras. Tous deux ont soigné les bêtes en l’absence de la famille Grobon partie à la noce.

           Je jette un regard autour de moi, et malgré la nuit tombante, je vois la forêt toute proche, silencieuse, noire, presque inquiétante.

P1020597

Mais ce qui me frappe c’est l’impression d’immensité. Des prés, des forêts, encore des prés et un silence impressionnant. Je lève les yeux et déjà les étoiles scintillent. Y a-t-il la mienne là-haut ? Je reviens sur terre car une grosse boule de poils vient se frotter à moi. « C’est Tayaut » me dit-on ! Il a de grands yeux marron qui semblent me souhaiter la bienvenue. J’en ai besoin, je vous l’assure. Moi aussi je lui dis bonjour en lui assénant une tape sur le dos. Il n’a qu’un moignon en guise de queue mais j’ai vu qu’il l’avait bougé de ravissement. Etais-ce mon premier ami ?

 

           Le premier jour à La Palud

On me fit entrer dans une grande pièce au milieu de laquelle j’ai remarqué une grande table en bois et cinq ou six chaises rangées contre le mur. Il y a aussi une grande cheminée qui n’est pas allumée. Par contre, une grosse cuisinière en fonte grise propage dans toute cette grande pièce une chaleur douce et appréciée. Cette grande pièce, en fait la salle de séjour, est éclairée par une ampoule toute simple auréolée d’un chapeau en fer émaillé blanc.

           On me fit asseoir près de la cuisinière, un peu en retrait, car tout le monde racontait cette noce ou prenait des nouvelles des bêtes. Je crus comprendre qu’il y avait des petits veaux.

           Les femmes s’affairaient à préparer le souper, déjà une bonne odeur de soupe se répandait, attirant deux chats vite repoussés dehors par un énergique mouvement du pied, gratifié  par la mère Grobon.

           Les hommes partis aux étables sont de retour, visiblement affamés et nous nous mettons à table ; soupe aux légumes, lard, fromage. Je n’ai guère faim, et comme d’habitude je m’endors devant mon assiette. Aussi, Cécile me conduit par un petit escalier en bois dans deux chambres situées sur la grande salle. La première avec un grand lit sera celle des jeunes mariés. Dans la seconde avec un grand lit haut et un petit dans un angle, la « Mère » me dit « Voilà ton lit ». Sans discours elle me souhaite bonne nuit, éteint et redescend.

           Je me trouve seul, mais j’entends en dessous les bruits des conversations que j’essaie de comprendre sans succès. Je pense à ma mère restée à Saint Rambert et qui m’a quitté à la porte du taxi les yeux embués de larmes. Pauvre maman nous n’avons pas été beaucoup ensemble pendant ces dix années. Je t’ai tellement posé de problèmes avec ma santé, mon manque d’appétit. Moi aussi j’ai fréquenté ces grandes maisons type « sana », qu’on appelait « préventoriums ». On a essayé la mer, la montagne, mais au grand dam des docteurs et en particulier du docteur Rigaud de st Rambert, je survivais c’est tout.

           Je n’arrive pas à trouver le sommeil. Trop de choses se sont passées aujourd’hui. Cette attente en début d’après midi dans mon appartement du 3ème  àSt Rambert, ma petite valise prête et moi toujours derrière les vitres à regarder les gens de la noce crier, aller d’un bistrot « Gentil » à un autre « Chanut », boire, rire. Je remarque mon parrain Joseph Brun, bout en train et bon vivant, chanter un verre de vin rouge à la main.

           Je revois arriver cette voiture noire, se ranger le long du trottoir, mes adieux à Melle Bornarel amie de ma mère, la descente des escaliers en bois pour traverser la route, ma main accrochée à celle de ma mère. Je me revois être présenté au père Grobon, un peu étonné qu’on lui assure que ce gamin maigrelet va être son berger. Je revois les adieux de la famille Gudet à Fernande, toute belle dans son tailleur bleu et ma mère penchée vers la fenêtre au moment ou la voiture démarre. Et puis s’en est trop, je m’endors pour ma première nuit à La Palud.

Virginie, Cécile, Eugène et AndréGrobon  devant la ferme.

 

 

Je découvre le paysage :

P premier décor' pour le petit berger

 

           Le lendemain matin lorsque je me réveille, je ne vois personne dans les chambres. J’ai un peu honte je n’entends aucun bruit. Je descends et personne non plus dans la grande salle. Seule une odeur de café embaume la pièce.

           Je me hasarde dehors, mon premier bonjour vient de Tayaut, toujours à la recherche de caresses. Je m’avance sous l’auvent et devant un spectacle merveilleux je m’arrête ébloui. Devant la ferme la nature est d’une beauté saisissante. D’immenses prés à l’herbe rase et déjà verdissante s’étalent tout autour. Des haies encore dénudées bordent les prés. A perte de vue une forêt de sapins s’élève jusqu’au sommet de la montagne. Devant moi en léger contrebas une ferme blottie contre une haie de sapin se réveille. Une épaisse fumée qui s’échappe de la cheminée m’apprend que les habitants sont réveillés. Une autre bâtisse se trouve à deux ou trois cents mètres de moi, un peu au-dessus, elle a l’air inhabité.

           Par contre cette ferme inoccupée est pratiquement au ras de la forêt. Les prés qui nous séparent de cette ferme sont en légère déclivité, ensuite la forêt attenante est beaucoup plus en pente. Mes yeux suivent la crête dentelée et derrière le soleil se lève, réchauffant ce milieu de printemps. Je me suis donc orienté.

           Un « bonjour » me ramène à la réalité. C’est André qui sort d’une étable avec un grand seau de lait fumant à la main et je comprends qu’une journée à la ferme, fusse un dimanche commence de bonne heure le matin.

           Lorsque les bêtes sont soignées, c’est le terme employé, c'est-à-dire nettoyées, nourries et traites ; et bien c’est au tour des fermiers d’aller boire le café.

           Ce premier jour à La Palud passa très vite. Je n’eus que le temps de jeter un œil à l’entrée des étables, apercevoir les bêtes toutes bien alignées et tranquillement occupées à ruminer. Je fus impressionné par la grosseur des vaches et surtout des deux bœufs que je trouvais énormes.

l’objet au départ d’un nouvel ordonnancement autour de la grande table. Le Père garderait sa place en bout de table dos tourné à la cuisinière, à côté de lui Cécile sa femme et ensuite Fernande, en face au bout André et à ses côtés Aimé. Pendant les cinq ans que j’ai passé à La Palud, cet emplacement a été respecté quoiqu’il arrive même en l’absence de l’un de nous.

           Les jours qui suivirent mon arrivée à La Palud furent assez difficiles à vivre. Il me semblait que le contact ne passait pas bien entre nous. J’avais tout simplement du mal à m’habituer. Je ne me languissais pas, ma mère ne me manquait pas, mais je n’étais pas à mon aise. Seule Fernande semblait comprendre mon malaise car elle-même, et je le compris plus tard, souffrit de ce changement de vie. Quelle différence pour elle, qui avait été ouvrière d’usine, avec plein de jeunesse autour d’elle, de se retrouver dans une ferme isolée. Même si tous étaient gentils, il m’a été difficile au début de supporter la mentalité du Haut Bugey. Peu de paroles inutiles, simplement le nécessaire. Il a donc fallu s’adapter, s’habituer, se joindre au cercle. Fernande et moi, alliés par la force des choses, devions nous faire admettre dans l’habituel.

           Les premiers jours furent lancinants, d’autant que la météo n’était pas très souriante. Il se remit même à neiger, ce qui n’empêchait pas les fermiers de s’activer aux soins du bétail, du matin au soir. Du nettoyage des étables en passant par la traite des vaches, leur nourriture, emporter le lait à la fruitière au village, faire téter les veaux (il y en avait 4 ou 5), aller à l’eau. Car voilà bien le problème de La Palud, il n’y a pas d’eau dans les fermes. Il fallait aller la chercher au « bac », la fontaine qui déverse son précieux liquide dans deux bassins profonds d’un mètre environ ce qui permet aux troupeaux de venir s’abreuver tous ensembles.

P1080142

 

Ce bac était à 150 mètres des maisons. C’est par deux seaux à la fois que les habitants de la ferme transportaient l’eau hiver comme été. Les premiers temps j’étais exempté de cette corvée, mais le temps passant et d’abord par demi-seaux et ensuite seaux complets, c’était devenu ma corvée. Et bien heureux qu’une vache ne vêle pas, car si c’était le cas, ce sont de nombreux voyages qu’il fallait faire, pour remplir la chaudière en fonte et faire chauffer cette eau pour les soins de cette maman et de son petit.

Première responsabilité :

           Tout doucement je m’habituais à la ferme et le père Grobon m’avait donné ma première responsabilité : à l’heure de la traite, j’allais tenir la queue de la vache qu’il traisait. De temps en temps la bête manifestait son humeur par un mouvement brusque de la queue que je lâchai, et qui venait frapper la casquette du père Grobon, jusqu’à la faire tomber. Confus je rattrapais la maudite queue, mais j’avais droit à un regard noir du Patriarche. Pas un mot, mais que ce regard en disait !

P la Palud 12 fevrier 2017

           La ferme de La Palud aujourd'hui

Je commençais à me plaire au contact de ces animaux calmes qui me regardaient avec des gros yeux ronds. J’entrais maintenant dans les étables, enlevais les bouses qui risquaient de salir les bêtes, au passage je les caressais. Elles avaient des noms simples et charmants : Fleurine, Fleurinette, Ruban, Gentille ; mais toutes connaissaient leur nom et respectaient une certaine hiérarchie. La plus âgée et la chef était Ruban. D’ailleurs, elle avait la première place en entrant dans l’étable, ensuite les vaches étaient placées par ordre d’ancienneté et les jeunes génisses au fond de l’étable.

           L’étable des vaches était placée contre le mur Est de la ferme, tandis que l’étable des boeufs et des veaux était côté Ouest, contre le logement. Entre ces deux étables il y avait la grange et au-dessus des étables les greniers à foin. Lorsqu’on voulait donner du foin aux bêtes, on grimpait avec une échelle sur un grenier et on jetait le foin sur le sol de la grange, on ouvrait un genre de volet placé devant chaque bête et on plaçait la ration voulue dans la crèche. C’était aussi simple que ça. Je trouvais les greniers à foin immenses, en ce mois de mars ils commençaient à se vider, mais pensez à la quantité de foin qu’il fallait pour tenir un hiver à la montagne avec une vingtaine de bêtes. En fin de fenaison le tas montait jusqu’au toit, et ça fait haut ! Un coin de grenier était réservé à la paille pour la litière des bêtes.

          Les rigueurs de l’hiver :

P Champdor et Corcelles en hiver

 L’hiver, les bêtes descendaient deux fois par jour à l’abreuvoir que l’on va définitivement appeler « bac », comme tous les habitants de La Palud ; on allait au bac, voilà qui est dit ! Je disais donc que deux fois par jour les bêtes sortaient des étables l’hiver, pour aller boire, après qu’elles aient été soignées, le matin vers 9 heures et le soir vers 17 heures quasiment à la nuit tombante.

           Certains matins d’hiver, j’ai vu les bêtes descendre boire avec 40 cm de neige, elles nous faisaient la trace. Cette sortie à l’abreuvoir était tout un cérémonial, on détachait les vaches dans l’ordre qu’elles sont à l’étable suivies des bœufs, des génisses et des moutons. Tout ce petit monde descendait tranquillement boire et en profitait, quand il n’y avait pas de neige à traîner de ci de là en essayant de brouter. Au bac tout ce petit monde se rangeait côte à côte, et par large rasade étanchait sa soif, d’une eau très fraîche. Ensuite on remontait tranquillement et sans aucun incident les bêtes reprenaient leur place dans les étables. Bien sûr au début je ne faisais qu’accompagner le père Grobon ou André, mais très vite on allait me confier cette responsabilité de mener les bêtes au bac.

           En cette saison, l’hiver n’ayant pas tiré sa révérence, les troupeaux restaient aux étables. On attendait les beaux jours pour aller en pâture, en gros il fallait attendre Pâques. Là- haut dans ces montagnes pour les bestiaux l’hiver commençait à la Toussaint et finissait comme je vous l’ai dit à Pâques, même si certaines bonnes années il y avait un battement d’une quinzaine de jours.

           Il y avait maintenant quelques jours que j’étais à La Palud, et bientôt la ferme n’avait plus de secret pour moi. Les Grobon s’en aperçurent vite et comme je semblais n’avoir peur de rien, surtout pas de la solitude il fût décidé que j’aurais ma chambre. Je m’en réjouis, surtout de ne plus entendre le père ronfler durant la nuit.

Un début d’indépendance :

Un matin Cécile me demanda de l’accompagner. Avec des draps, des couvertures elle sortit de la maison, je la suivis un peu inquiet. Elle entra dans la grange, la traversa et emprunta un petit couloir noir, sans éclairage. Arrivée dans une petite pièce qui ressemblait à un atelier, nous nous sommes trouvés devant un escalier, plutôt une échelle avec des marches en bois (une échelle de meunier).

Au sommet de cet escalier, une petite pièce. Dans un coin un grand lit ancien, tout en hauteur, rien d’autre en mobilier. Mais sur tout un coté des genres de cages, trois au total contenant l’une du blé, l’autre de l’orge et la dernière de l’avoine. Une petite fenêtre pouvant juste laisser passer un enfant éclairait cette pièce. Mais quelle vue ! On couvrait d’un seul regard tout le plateau. Une ampoule pendait au plafond, mais il n’y avait pas d’interrupteur.

           Sans rien dire Cécile fît le lit, un matelas qui semblait douillet, les draps, une couverture en grosse laine et un édredon de couleur bordeaux assez épais.

« Gamineau » me dit-elle, voilà ta chambre, tu seras plus tranquille ici qu’avec nous. J ‘acquiesçais de la tête après avoir sauté sur le lit que j’avais trouvé bien doux. En regardant bien je trouvais quelques petites crottes noires sur le plancher. Je compris tout de suite que je n’étais pas le seul occupant de cette chambre. Mais je vous l’ai dit, je n’avais peur de rien et pas même des souris. Et puis on verrait bien ce soir.

Heureux d’avoir ma chambre, la journée se passa donc bien. Dès Cécile partie, j’en profitais pour explorer ce coin de ferme que je ne connaissais pas. Ma chambre, je pense vous avoir tout dit, mais au rez-de-chaussée la petite pièce était pleine d’objets de toutes sortes : outils, skis, râteaux, fourches. Il y avait un banc de menuisier, des planches et mille autres choses. En plus, ça sentait bon le bois, le grain et les pommes, car il y avait des étagères de belles pommes bien rangées. Vous me croiriez si je vous disais que j’en ai mangé deux ou trois ?

Le petit berger de La Palud.

  Je vous parle de « ma » ferme depuis un moment mais je ne l’ai pas encore située. La Palud est un lieu-dit de la petite commune de Champdor, canton de Brénod du département de l’Ain. La Palud est composée de trois fermes qui se partagent l’occupation et l’exploitation des prés, terres et forêts. Ce lieu-dit est situé à environ 900 mètres d’altitude. On y accède du village de Champdor en empruntant la route du col de Cuvillat reliant le plateau d’Hauteville au Valromey. Les fermes appartiennent à la famille Favre pour la plus près du village ensuite l’autre à la famille Grobon et la dernière, la plus haute à la famille Bobillon. Seule cette dernière est inoccupée.

           La ferme des Grobon est une solide bâtisse de forme carrée et je pense d’une superficie d’environ 1000 mètres carrés. Elle est bâtie sur un promontoire et domine le versant Est du plateau et bénéficie d’une vue imprenable sur une grande partie du plateau et notamment sur le village de Corcelles et tout le versant de l’adret du plateau (forêt d’Outriaz, col de Pisseloup entre autres)

 Les soirs sont merveilleux au moment où le soleil se couche derrière la forêt d’Outriaz. Toute la façade habitée de la ferme reçoit comme un hommage, le dernier clin d’œil de cet astre lui aussi sûrement amoureux de La Palud.

 

Mes premières semaines s’écoulent assez rapidement. Je ne languis pas, je me sens bien. Je participe aux petites corvées et comme je suis assez gringalet les Grobon ont la patience de me laisser me refaire une santé, sans me charger de gros travaux. Je n’allais pas au bac chercher l’eau et je ne poussais pas les brouettes de fumier. Par contre, je charriais le bois destiné à la cuisinière et je regardais toujours qu’il n’en manque point, c’était devenu un réflexe. Dans les étables et à l’aide d’une raclette, je retirais les bouses des vaches que j’entassais contre le mur et qu’André sortait avec une brouette. Bien sûr je tenais la queue des vaches au moment de la traite, je regardais, j’écoutais et bien sûr j’apprenais.

 J’apprenais à connaître les personnes, leur caractère, leurs manies, ce qu’ils aimaient ou n’aimaient pas. Le Père n’aimait pas répéter deux fois la même chose, il disait « ça ne sert à rien de dire deux fois la messe pour un sourd »

André répétait volontiers et expliquait même avec plaisir si on n’avait pas compris. D’ailleurs, la journée je suivais André dans le petit atelier qui se trouve sous ma chambre. Il y passait des heures à réparer les fourches, les râteaux ; ces outils qui allaient servir l’été pour les fenaisons. Tout se faisait en bois de noisetier ou de frêne bois souples et résistants. Je regardais avec intérêt la dextérité avec laquelle ce paysan, sans formation de menuisier confectionnait ou réparait les outils. Il était très gentil et répondait à toutes les questions les plus saugrenues que je pouvais lui poser. Je pense même, qu’il cherchait ma compagnie en m’appelant et m’invitant à le suivre. Je l’aimais bien André ! Avec lui je montais au fenil pour descendre le foin destiné aux bêtes, j’ouvrais les crèches au moment des repas, j’apprenais le nom des bêtes ; enfin je m’initiais à mon futur rôle de berger.

           On sentait venir le printemps et Pâques n’était pas loin. Le soleil faisait des apparitions plus longues de jour en jour. Les bourgeons apparaissaient au bout des branches. L’herbe verdissait et des fleurs s’épanouissaient aux endroits chauds. Les gelées matinales disparaissaient peu à peu et les troupeaux que l’on menait à l’abreuvoir ne voulaient plus rentrer à l’étable. Mais le père avait décidé qu’il fallait attendre encore quelques jours avant « d’abader », c’est à dire de lâcher le troupeau à la pâture. D’ailleurs, on avait qu’à jeter un coup d’œil sur le plateau étendu à nos pieds, on ne voyait aucun troupeau dans les pâturages.

Alors, hormis les travaux de la ferme et dès que le déjeuner avait été pris nous partions tous ensemble à la recherche des morilles. La morille est le premier champignon de l’année. Elle pousse le long des bois et des haies. Elle est de couleur grise ou blanche. La grise plus précoce est plus parfumée. Le problème c’est qu’il faut connaître les coins. Avec les gens de la ferme j’étais à bonne école ! Quand on est plusieurs à chercher ce champignon il faut marcher lentement sur une même ligne. J’avais toujours tendance à aller trop vite, mais j’étais vite rappelé à l’ordre.

La cueillette cette année fut bonne.

P illustrations pour le petit berger (5)

           La morille se consomme dès la cueillette, soit en omelette, soit dans les plats de viande. Elles se conservent en les faisant sécher enfilées en chapelets.

P illustrations pour le petit berger (4)

         Un beau matin de ce début du mois d’avril, André mis au cou de Ruban une cloche. Les bêtes comprirent que le grand jour était arrivé. Une à une les vaches furent détachées et d’un pas lent sortirent de l’étable. Accompagné de Cécile je les descendais au bac. Elles se désaltérèrent rapidement, puis doucement le troupeau passa devant la ferme mais n’y entra pas. Nous nous dirigeâmes vers la forêt entre deux haies qui semblaient nous faire une haie d’honneur.

 

 

 

Quelques minutes après nous étions dans le pré, juste à 200 ou 300 mètres de la maison. Inutile de vous dire la joie des animaux. Sans perdre une seconde, les naseaux dans l’herbe, les bestiaux se régalaient. Cécile me dit que les vaches ne devaient pas courir partout sur ce pré très grand. Nous devions leur donner un espace à manger et garder intact pour le lendemain d’autres espaces. Il y avait donc une ligne imaginaire à ne pas dépasser. C’est vrai que les vaches sont avides d’aller voir ailleurs si l’herbe est meilleure. Cécile et moi étions donc toujours en mouvement le long de cette ligne. Il fallait être attentif à tout, humeur des bêtes et surtout Pilon, jeune taureau très excité avec les génisses. Enfin tout se passa bien, le bâton de berger que je gardais fort serré ne me servit qu’à faire retourner les bêtes trop vagabondes.

 

           Rapidement le morceau de pré autorisé aux bêtes se trouva rapidement brouté, presque râpé. Aucune herbe ne dépassait du sol sauf des petits îlots marquant l’emplacement des bouses. Le pré était net comme une pelouse de football passée à la tondeuse. Une fois repues, les bestioles levaient le nez et humaient cet air si vivifiant des forêts. Bien heureux, je regardais ce beau troupeau dont j’allais être bientôt le berger. L’après midi fut super. Un bon soleil réchauffait la nature et je n’oublierais jamais cette première journée. Vers 5 heures du soir, Cécile donna l’ordre de rentrer. Les vaches le ventre bien rond ne firent aucune difficulté pour refaire le chemin inverse, c’est à dire le bac pour se désaltérer et la rentrée à l’étable. Tranquillement et comme téléguidées, elles reprirent leur place. Je passais alors de bête en bête pour les attacher. C’était simple, deux bouts de chaîne fixés à la crèche, dont l’un avait un axe mobile que l’on introduisait dans l’autre bout doté d’une boucle ronde. C’était rapide mais quelquefois un peu dangereux en raison de l’humeur des bestiaux qui n’aiment pas être attachés, les cornes passant alors très près de la personne qui effectuait ce travail. Pour moi, petit bonhomme, j’étais obligé de me pendre au cou des bêtes pour arriver à passer les chaînes. Je ne vous fais pas un dessin quand j’arrivais aux boeufs...

 

            Dès que les vaches étaient rentrées à l’étable, il fallait passer à la traite. Les deux hommes s’y mettaient et quelquefois Cécile. Fernande essayait bien de s’y mettre, ce n’est pas si facile de traire, mais avec de la pugnacité elle y arriva un jour. Elle fut très fière, elle était une paysanne maintenant !

P plaisir de printemps pour les vaches

 

           

 

 

 

            Une fois les vaches traites et le lait recueilli dans un brinde (récipient d’une contenance de 20 litres environ que l’on portait sur le dos) il fallait le descendre au village, à la fruitière. Cette brinde était lourde et en principe c’est André qui se chargeait de cette corvée. Mon tour viendra plus tard, vous verrez !

 

            Le rythme de ma vie devint plus régulier. Le matin en champ, ça veut dire garder les bêtes, retour pour le dîner et l’après midi en champ. Cà c’était les horaires de printemps, car l’été les horaires changeaient avec la chaleur. En principe c’était toujours Cécile qui m’accompagnait. Je dois dire qu’elle n’était pas avare de conseils et avec elle j’apprenais tous les pièges que l’on peut rencontrer. Elle m’apprenait également le nom des prés. Ceux qui étaient aux Grobon et ceux qui n’étaient pas à laisser manger, seulement réservés au foin.

 

            Je commençais à emmagasiner pas mal de connaissances et pour faire un bon berger, il faut observer le comportement des bêtes, le temps, l’environnement tout a une importance pour le troupeau, même l’humeur du berger.

 

 Un berger qui chante, qui siffle, rend son troupeau calme et heureux, c’est vrai ! Les bergers qui savent jouer d’un instrument rendent encore plus heureux leurs troupeaux.

Un nouveau compagnon :

On n’imagine pas un berger sans chien. Tayaut venait bien avec moi au pâturage, mais il était âgé et ne s’occupait pas trop des bestiaux. Il ne se fichait pas mal de mes ordres et rentrait seul à la ferme quand il en avait assez.

            André s’était aperçu de cela et un matin de mai, en revenant de la fruitière, il apporta une petite boule de poils, rousse aux yeux tellement expressifs que l’on fondait en le regardant. Il était bien jeune ce toutou que tout de suite j’appelais Loulou. Inutile de vous dire que ce chien allait devenir mon compagnon pendant tout mon séjour à La Palud.

            Nous étions devenus inséparables. Trop, car un bon chien de berger ne doit pas être caressé ni être un jouet pour son maître. Je l’ignorais et j’avais tellement besoin d’amour que je dressais mal Loulou. Oh, il obéissait à mes ordres, faisait bien son travail de chien de berger mais m’obligeait à crier beaucoup. Disons qu’il était teigneux et ne lâchait pas facilement la bête qu’il avait ordre de retourner. Indiscipliné mais tellement gentil ce Loulou. Toujours à mes côtés, qu’il pleuve, qu’il fasse chaud il ne me quittait pas. Je l’emmenais dans ma chambre le soir, laissant la garde de la maison à Tayaut.

            Vous savez ce printemps 1943 passa bien vite. Le troupeau s’amaigrît de 5 veaux qu’un maquignon était venu chercher un matin. J’étais très mécontent de cette vente, mais on m’expliqua que c’était le seul moyen de gagner de l’argent pour pouvoir vivre. Les ventes des veaux, du lait des vaches et des œufs étaient les seuls revenus de la ferme, ce qui permettait d’acheter les semences, le matériel et faire tourner la ferme.

            J’allais maintenant seul aux champs. On me disait simplement ou je devais emmener les bêtes. Lorsque je ne connaissais pas un pré nouveau Cécile m’accompagnait, restait un moment avec moi et rentrait à la ferme. Pour rentrer, à midi surtout, et comme je n’avais pas de montre je regardais les autres troupeaux du plateau et je savais qu’il était midi. Si j’étais près de la ferme, on m’appelait.

 

La saison des foins

 

P les foins autrefois

 

            L’été approchait, une certaine fébrilité gagnait la ferme. On avait sorti la faucheuse, préparé les fourches en bois et les râteaux. On avait équipé le char d’un plateau et de deux grandes cordes. Eugène « enchaplait » les « dailles ». Quel drôle de chose allez-vous me dire. Non c’est simple une « daille » en patois c’est une faux. Pour que cette faux coupe bien l’herbe il faut que la lame soit tranchante comme un rasoir. Alors en premier lieu on la bat. Pour se faire, on s’assoit par terre, on plante une petite enclume en acier, on pose le tranchant de la faux sur celle-ci et à l’aide d’un marteau plat on affine le tranchant de la faux. C’est une opération qui dure selon les cas une vingtaine de minutes et qui est indispensable pour affiner la lame. Il ne reste ensuite, à l’aide d’une meule à main et par larges mouvements le long de la lame à faire le rasoir du tranchant.

            La période des foins approchait. Selon les saisons on attaquait vers le 10 ou 15 juin. Couper et rentrer le foin n’est pas si simple que cela ne parait. Il faut que le foin soit « mûre » et pas plus. Normalement, à la fenaison il doit être en fleur, ensuite il faut faire vite. Il faut donc suivre la floraison du foin et commencer par le plus précoce.

            A ce moment là j’ai perdu dans mon troupeau les deux bœufs qui allaient être occupés matin et soir aux travaux.

Les Grobon avaient fait l’acquisition d’une faucheuse Mac Cor Mick tractée par les bœufs. Avec cet engin la largeur de la coupe se faisait sur un mètre et à chaque rotation la surface diminuait d’autant. Plus les bœufs marchaient vite plus les mouvements de la lame étaient saccadés et rapides.

            André qui était le responsable de l’attelage était assis sur un siège très large, près de la lame et surveillait la coupe. Attention aux pierres, rochers ou autres obstacles. Si les bœufs étaient bien dressés, c’était le cas des nôtre, ils suivaient d’instinct le bord de la parcelle à couper, sinon il fallait un guide devant les bœufs, ce qui faisait deux personnes au lieu d’une occupées à cette manœuvre.

            Donc les fenaisons commencèrent vers le 10 juin et pendant presque deux mois allaient accaparer le personnel de la ferme. Pré par pré, les hommes coupaient les foins dès le lever du jour. En principe le pré était rasé dans la matinée, on ne coupait pas l’après midi. On dînait tous ensembles vers13 heures, et l’après midi, munis de fourches et de râteaux on rassemblait le foin en « andins », sortes d’étalement d’une largeur de 8 à 10 mètres et d’une longueur variable de 15 à 20 mètres. Le foin séchait sur le sol, on l’aérait bien à la fourche.

            Le soir venu, avant le coucher du soleil, on mettait le foin en « cuchons » sortes de tas d’environ deux mètres, qui préservaient le foin de l’humidité de la nuit voir de la pluie. Le lendemain, après la rosée, on étendait le foin sur le sol, pour qu’il sèche bien. Vers midi, on le retournait et plusieurs fois s’il fallait, jusqu’à ce qu’il soit bien sec.

Ce n’est seulement, qu’après avoir totalement et définitivement rangé le char à foin, que les hommes pensaient un peu à eux. Presque tous ensemble la famille Grobon entrait  dans la grande salle commune.

Derrière la porte d’entrée se trouvait une « pigne », sorte d’évier en pierre ou il y avait toujours deux seaux en aluminium pleins d’eau. Près de ces seaux il y avait une louche en fer émaillé blanc. A tour de rôle en commençant par le Père ils s’abreuvaient. Eugène buvait doucement en trempant sa moustache dans le breuvage et en finissant par un grognement de bien être. C’était ensuite au tour de Cécile, de Fernande et d’André. Quant à moi, au dételage du câble, j’avais emmené les bœufs boire au bac et avec eux je m’étais aspergé et repu de cette bonne eau de La Palud. Je remontais vite les bœufs à la ferme et après les avoir attelés au char nous repartions tous pour un autre voyage. Quand tout se passait normalement et que les prés fauchés ne se trouvaient pas trop loin nous faisions trois voyages par après-midi.

            En ce qui me concerne j’étais très vite entré dans le bain et mon travail de « cogneur » sur le char avait vite été apprécié par la petite communauté de La Palud. Pourtant quel gringalet cet Aimé ! Et dire qu’il n’y a pas si longtemps je fréquentais les préventoriums, les cabinets des docteurs, et là en quelques mois, par quelle magie Lapaludéenne ? Tout allait bien.

            La période des foins dure une cinquantaine de jours, c’est vrai on trouve cela bien long et ça fait des chars de foin à rentrer, mais quand on pense que l’hiver est aussi bien long dans ces montagnes, on comprend qu’il faut des réserves de nourriture pour une vingtaine de bêtes à l’étable. Un mois et demi c’est important aussi pour les organismes. Car se lever tous les jours vers 4 heures du matin et se coucher vers 22 ou 23 heures ça use les plus costauds. C’était mes horaires, pour qu’à la première traite, l’étable soit propre, j’étais le premier auprès des bêtes et quand le Père et André arrivaient avec leur seau pour la traite, l’étable était propre.

            Au début Fernande ou la Mère m’appelait, mais bien vite je n’eus plus besoin de personne pour me réveiller, pourtant je n’avais ni montre ni réveil. Dès le saut du lit j’enfilais ma culotte, un pull et je retrouvais mes vaches, souvent encore endormies. Je ne rejoignais la cuisine que beaucoup plus tard pour déjeuner.

            Vous dire aussi que ces nuits étaient courtes, c’est qu’il m’est arrivé plusieurs fois de m’endormir « en champ » ! L’été, je gardais le plus possible dans les landes qui sont de grands prés entourés sur au moins trois côtés par de la forêt  qui assurait de la fraîcheur aux bêtes.

P le troupeau en errance

Quand elles étaient calmes et bien groupées je m’allongeais sur l’herbe fraîche et je vous assure que c’était un repos bien apprécié. Un jour je me suis réveillé après un court endormissement et ... plus de vaches ! Elles s’étaient dispersées dans la forêt recherchant l’herbe plus douce des sous bois. Grâce à la cloche de Ruban j’ai vite retrouvé les fugueuses et Loulou a ramené les plus éloignées. Mais le troupeau restait toujours uni et quand on avait retrouvé Ruban, on les avait presque toutes retrouvées.

            C’est que l’été, les horaires de pâturage changeaient. En raison de la chaleur, l’après midi, les troupeaux ne sortaient qu’à 17 heures environ, après la traite, ce qui nous faisait renter à l’étable tard, nous quittions les pâturages à la grande nuit, vers les 22 heures. C’est vrai qu’en juin les jours sont longs. Après les prés, les bêtes passaient au bac se désaltérer et rentraient pour la nuit. Quant à moi, j’avalais mon souper souvent seul le soir, et j’allais vite au lit, sans me faire bercer.

            Ma vie s’écoulait bien calmement. J’avais oublié St Rambert et ma mère ne me manquait pas. C’est vrai que lorsque vous connaîtrez mon histoire, vous verrez que j’étais habitué à être élevé « seulet » et que la solitude ne me faisait pas peur.

            Et à La Palud être seul était une réalité ; je passais des journées entières dans les landes solitaires et en bordure de la forêt. Des journées entières sans voir personne, ça vous forge une carapace contre la solitude, cette vie.

Hormis les gens de la ferme, La Palud était habitée par les Favre dont la ferme, je vous l’ai dit était à environ 500 mètres des Grobon. Cette famille était composée de Monsieur Favre et de son épouse, couple ressemblant un peu à Eugène et Cécile, et de leur fille Aline. Je crois que de temps en temps venait à La Palud une sœur de Mme Favre. Il y avait aussi, une bergère. Ah ! Me direz-vous... Elle s’appelait Suzanne ; Suzanne était un peu comme moi. Placée à Champdor pour fuir Lyon, d’où elle était originaire, elle profitait du bon air et de la bonne nourriture, car bien sûr ces années de guerre avaient une bien mauvaise incidence sur la santé des adolescents dans les villes.

P La poésie du cogneur de char remplacée par la mécanique des roundballers

la poésie des cogneurs de char remplacée par les roundballers

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       
   
 
 
 
 
 
 


 

 

Posté par Louis Henri GUY à 15:41 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

20 novembre 2018

Le syndicat d'initiative, ancêtre de l'office du tourisme

img173

Créer en 1925.
Il fut inauguré en grandes pompes par Edouard Herriot maire de Lyon le 28 septembre 1927.

img173 - Copie

A remarque le branchement du téléphone par ligne aérienne...


A cette époque la population d'Hauteville était passée de 1258 à 2577 habitants et le nombre de commerçants de 15 à 90.
De 8 automobiles en 1900, on passe à 103


C'est l'âge d'or de la station qui débute.

 

img174 - Copie

img174

Posté par Louis Henri GUY à 16:52 - Commentaires [0] - Permalien [#]

16 novembre 2018

Les quatre temps 2019

Duc de berry fenaison

A la demande de plusieurs internautes, voici les quatre temps liturgiques pour 2019

Les quatre temps de l'avent 2018
9, 21 et 22 décembre 2018
Les quatre temps de carême ou du printemps
13, 15 et 16 mars 2019
Les quatre temps de pentecôte ou d'été
12, 14 et 15 juin 2019
Enfin les quatre temps d'automne
18, 20 et 21 septembre.
A suivre

Posté par Louis Henri GUY à 11:20 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

15 novembre 2018

Mort le 11 novembre 1918,

P1100097

Louis Guy est mort le 11 novembre 1918
Né le 29 mars 1877, il était fils de Jean Marie Guy et de Cédonie Guy
Recruté à Belley au 133ème RI, en 1897. Il est rappelé le 3 Août 1914 à 37 ans.
IL passe au Régiment d'infanterie le 1 Août 1917 puis au 141ème en Janvier 1918.
Il décède en service commandé à l'hôpital de Martigny les Bains dans les Vosges, où il est rentré pour une bronchite capillaire grippale...
Nous étions le 11 novembre 1918.
Cet homme avait fait toute la guerre, et il décède le jour de l'armistice, cela s'appelle ne pas avoir de chance.

Posté par Louis Henri GUY à 15:31 - - Commentaires [0] - Permalien [#]