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15 octobre 2018

François de Sales répond au curé d'Hauteville

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Le curé d'Auteville Claude Cerdon demande à François de Sales, notre évêque basé alors à Genève la possibilité de célébrer des messes le dimanche et jours de Fêtes dans les paroisses d'Hauteville et de Cormaranche dépendant alors de la paroisse d'Hauteville,pour augmenter le revenu paroissial,

la réponse manuscrite de François de Genève est en bas de page.

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Saint François est à droite du tableau -Musée de Brou-

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07 octobre 2018

La pierre d'Hauteville -Notoriété internationale

 La Pierre d’Hauteville-Lompnes et de Champdor

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Il y a longtemps que nos anciens ont travaillé la pierre d’Hauteville. Il suffit de regarder le devant des vieilles fermes bugistes pour repérer de superbes piliers de grenier à bois taillé depuis toujours si près des carrières.

Nous savons que des pierres ont été taillées pour les porches d’église ou autres baptistères.

Mais c’est au début du 19 ème siècle que furent ouvertes les carrières d’Hauteville. L’exploitation de la pierre était rentrée dans l’ère industrielle.

img170 Début de l'exploitation des carrières

La plus belle pierre d’ornement architectural était appelée « le choin » ou « la perlée » les teintes en étaient claires, blanches ou rosées.

La deuxième utilisation locale était la fabrication des stèles funéraires. Mais très vite sa réputation devint mondiale.

Architecture

C’est ainsi que notre pierre fut utilisée pour les monuments du monde entier, vers les années 1920, le premier importateur était les Etats-Unis.

 La ville de New-York l’utilisa pour la construction de l’Empire State Building.

NYC Anaelle aout 2011 269

 

Nous la retrouvons alors dans les plus grands monuments du Monde : L’escalier monumental de la maison blanche, les aménagements du Capitole à Washington. Le mémorial Lincoln à San Francisco. Le socle de la statue de La Liberté.

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Pour l’Asie, les escaliers du Palais impérial du Japon. La Corée du Sud est aussi une cliente.

Pour l’Amérique du Sud on la retrouve à Buenos-Aires à l’institut Bernasconi, et les trottoirs de la ville.

L’’Espagne l’importa pour la réfection du Palais de l’Escurial.

Pour l’Afrique, la poste et la mairie d’Alger. Elle est exportée sur l’Egypte

Bien sûr, notre capitale n’était pas en reste et pour la construction des grands immeubles des Champs-Elysées, et ceux des grands boulevards parisiens,  les ensembliers  l’utilisèrent largement.

Le monument aux déportés du Struthof en Alsace, fut érigé avec la pierre d’Hauteville. La pierre de  l’autel de la basilique souterraine de Lourdes est aussi tirée de notre sol.

 

Dallage et Aménagement intérieurs.

 

Les ensembliers ont très vite vu la possibilité de créer de très beaux pavages intérieurs des grandes demeures en mariant les dalles de notre pierre rosée avec de très beaux filets de séparation en porphyre ce qui est du plus bel effet.

Les ornements de façade des grands magasins sont très souvent en pierre d’Hauteville.

 

Infrastructures routières.

Chaque jour un ballet ininterrompu de camions expédient sur tout les chantiers de France qu’ils soient routiers ou ferroviaires des tonnes de pierres concassées.

 

 

La pierre d’Hauteville dans l’art.

DSC03930 Rémi Pesenti "L'atelier de la pierre" a gravé sur la pierre d'Hauteville l'image du monde

 

Nous pouvons évoquer ici les différents monuments aux morts dont se sont inspirés les artistes pour créer de véritables œuvres d’art.

Mais nous la retrouvons aussi dans les différents symposiums de sculptures bien qu’elle soit très dure à travailler.

chapelle lompnes 045 Rencontres de sclupteurs sur pierre d'Hauteville à Brou -Bourg en Bresse

 

Sculpteurs et peintres continuent à être inspirés par la matière.

P1040265 (2) Peinture "Les carrières" collection privée

 

L’exploitation donne à nos contrées un certain charme quand on repère de très haut, ces failles blanches au milieu de nos forêts de sapins verts. Vu du ciel, nous pourrions imaginer une toile abstraite faite par un Titan pour le moins artiste.

P1030973 Carrière de Champdor, domaine de la "Champdorée"

 

 

 

 

 

 

 

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La pierre d'Hauteville dans l'art sacré

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La pierre d'Hauteville dans l'Art Sacré.


Après Vatican II, la messe devait être célébrée face au peuple.
Il a fallu alors revoir le mobilier des églises.


Et en 1958, la basilique souterraine de saint Pie X de Lourdes avait besoin d'un autel moderne, on fit appel aux carrières d'Hauteville dirigée à cette époque par monsieur Emile Chapuis.

Les dimensions de cette pierre étaient les suivantes :
2.50 m de longueur sur 2.50 mètes de largeur, l'épaisseur était de o.25 m. L'extraction de cette pierre a donné lieu à un travail considérable.
Il a fallu extrairee 4 masses de pierre de 6 mètres de long sur 3 mètres de large et 3 mètres d'épaisseur, c'est-à-dire chacune de 50 m3 avant de trouver la pierre demandée.



de prime abord, il peut paraître exagéré d'extraire de telles masses pour une table de dimension bien intérieure. La roche comporte de nombreux défauts dont certains ne sont visibles qu'au débitage des masses.

Pour le façonnage on s'est adressé à la maison Guinet de Sault Brénaz. Mais c'est à Porcieu dans l'Isère, que ce bloc a dû être travaillé car l'usine de Saut ne possédait pas le chassis nécessaire.

La grande résistance de la pierre, son homogénéité parfaite, la finesse de son grain, sa dureté l'ont portée au rang de "reine des pierres!"
A partir de cette époque, les carrières extrairent la pierre our 6 tables d'autel d'une longueur variant de 2.50 à 5.20 m.

C'est ainsi qu'au début des années 1960, l'ancien autel de l'église d'Hauteville fut remplacé par un autel en pierre d'Hauteville ainsi que le baptistère.

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La pierre d'Hautevilleexpédiée aux quatre coins du Monde.

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img149 - Copie

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29 septembre 2018

La revole des foins

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Cette photo est réservée aux anciens de Lompnes, pour le souvenir,
A la revole, on invitait les voisins à participer.
Sur cette photo
A gauche, Joséphine Hugon née Guy, un jeune berger, Louis Hugon, Henri Juillard, Marius Chapuis, Louis Vuaillat

Souvenir! Souvenir!

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24 septembre 2018

Jours des quatre temps pour 2018

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Les quatre temps pour 2018

Les quatre temps de l'Avent ou de l'hiver

20 décembre 2017, premier jour :

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temps maussade, nous sommes sous un anticyclone qui bloque au sol l'humidité donc, nuages, brouillards tenaces; temps doux cependant, devrait correspondre au temps du mois de janvier s.g.d.a.

22 décembre 2017 : deuxième jour des quatre temps : prévision pour février.

 

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troisième jour 23 décembre : temps doux, toujours des brumes quelques rayons de soleil rares en altitude; ce devrait être le temps de mars

s.g.d.a.

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Les quatre temps de printemps ou de carême

sont les21, 23 et 24 février 2018

Les 21 et 23, temps couvert, froid de moins 5 à 8 degrés extrêmement couvert, pas de pluie, vent du nord, et brumes et brouillards.

Le 24 temps dégagé, soleil cependant froid et légèrement brumeux

 

P1090692Le 24 février à Hauteville

 

Les quatre temps de pentecôte ou de l'été

les 23, 25 et 26 mai 2018

Mercredi 23 mai, dès les premières heures du jour, sous un ciel chargé, quelques ondées et des coups de tonnerre sont possibles entre le Massif central, les Alpes du nord, la Bourgogne-Franche-Comté, le Grand-Est et les Hauts-de-France, selon Météo-France.

Ailleurs, la matinée est calme souvent bien ensoleillée, excepté vers la Normandie, au sud de la Garonne et vers la basse vallée du Rhône où des plaques de grisaille sont présentes.

L'après-midi, un temps calme et ensoleillé se maintient sur la pointe de la Bretagne ainsi que de la côte landaise au midi toulousain jusqu'aux rivages du golfe du Lion.

Prévisions météo du vendredi 25 mai 2018 : Dans un flux de sud-ouest assez dynamique, une limite instable en provenance du Portugal apporte ce vendredi beaucoup d'instabilité sur la Nouvelle-Aquitaine et les Pays-de-la-Loire. Le ciel devient chaotique sur ces régions avec des averses fréquentes et parfois orageuses. Ailleurs, poursuite d'un temps estival, avec de belles périodes ensoleillées et de rares passages nuageux.

La chaleur devient lourde et pesante. Les températures minimales affichent 10 à 15°C en général, jusqu'à 15 à 18°C en bord de Méditerranée. Dans l'après-midi, les maximales s'annoncent un peu fraîches sur les côtes de la Manche avec 18 à 21°C, mais 22 à 27°C ailleurs, et jusqu'à 30°C localement dans le sud. 

météo du samedi 26 mai 2018 : La France sera coupée en deux. Alors que la moitié Ouest restera sous l'influence d'une dépression située sur le Portugal (1009 hPa) et amenant une nébulosité importante avec le déclenchement d'averses orageuses en cours d'après-midi. La moitié Est sera elle pleinement influencée par une dorsale anticyclonique sur les pays scandinaves (1030 hPa). Les températures seront lourdes et bien au-dessus des normales de saison.

 

 

les quatre temps d'automne

les 19,21 et 22 septembre 2018

19 premier jour: temps sec et chaud quelques nébulosités sur le col de la Rochette où il a fait une averse vers 16 h 30

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Vendredi 21 septembre 2018

vendredi 21 septembre

Samedi 22 septembre 2018

Samedi 22 septembre

 

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De Saint-Rambert à Champdor : les souvenirs du petit berger de La Palud

 

Le temps des moissons !

P le temps des moissons

Les moissons sont l'apothéose de la saison.

Quel bonheur de voir mûrir les blés, les voir devenir dorés et se balancer sous le vent comme des vagues d'une mer d'or.

On voyait souvent le père s'approcher d'un champ, casser un épi, l'écraser au creux de sa main et si les grains se détachaient bien de l'épi cela voulait dire que la moisson n'était pas loin.

On coupait le blé, un peu comme le foin, sauf que l'on prenait des précautions. Pas question de traverser un champ de blé.

Alors, à la faux, on fait le tour du champ afin que puisse rentrer la faucheuse sans rien abîmer.

Avec la faucheuse, on agissait de même façon que pour le foin, à la différence près qu'un système était placé sur la barre, système de basculement qui permettait de récupérer le blé, l'avoine ou l'orge et à l'aide d'un petit râteau le faucheur faisait basculer la matière coupée au moment où il le voulait, on appelait cette quantité d’épis des javelles.

Ces javelles tombaient sur le sol, séchaient et quand on jugeait quelles étaient suffisamment sèches, on entassait 4 ou 5 javelles les unes sur les autres ce qui formait une gerbe.

A l'aide d'un lien, en général une branche de tatole*, la tatole est un arbuste, à la tige très souple quand il est jeune. Donc à l'aide d'un lien naturel on liait la gerbe qui resterait ainsi liée jusqu'aux battages, soit un mois ou deux...

On chargeait ces gerbes, souvent très lourdes, sur le char. J'arrangeais s'il le fallait ces gerbes, sans trop me déplacer sur le chargement pour ne pas abîmer les épis. D'ailleurs André, seul capable d'envoyer les gerbes sur le char, avec une fourche en fer, les plaçait d'une façon que je n'avais quasiment pas à intervenir.

 

Toutes les manipulations nécessaires à la moisson devaient être empreintes presque de douceur, de respect, que ce soit sur le champ, sur le char ou en grange. La priorité, ne pas piétiner les épis.

Pour le blé en gerbe, ça allait, mais pour l'orge, c’était différent, car l'orge et l'avoine étaient en vrac. Alors bonjour les dégâts au chargement...

Les moissons se passèrent bien cette année et le père  avait un grand sourire de satisfaction, c'est vrai qu'une fois la récolte rentrée elle génère comme un grand soulagement pour tous.

Tout devient plus calme. Sentir la grange bien pleine, comme un ventre repu, c'est une satisfaction, comme une angoisse en moins.

Puis vint le temps des battages que je vécus avec plus d'expérience. J'aidais à charger les chars et surtout quand la paille rentrait, il fallait la transférer sur le grenier.

Mais je rêvais un jour de participer au village, « au battage », près de la machine, dans le brouhaha, au milieu de la poussière, des cris des hommes, des bruits de chars  et des sabots des bœufs, on vivait alors le chant de la batteuse. L'entendre vibrer, gémir, quand la charge était trop forte. La voir vomir d'un côté la paille, de l'autre le grain qui se déversait dans les sacs. Il y avait aussi, les déchets, les poussières, le crapier je crois, que l’on récupérait aussi et qui servait également de litières.

Bien sur les postes principaux étaient tenus par des hommes, c'est à dire, alimenter la batteuse, vérifier les sacs de blé et la paille, mais au crapier on y mettait un « vieux » ou un tout jeune et je rêvais de tenir un jour cette place où on était au milieu de l'enfer, poussières, saletés. On ne respirait que cela, mais on rêvait de tenir cette place. André connaissait cette ambition et un an ou deux plus tard il me fit l'honneur de me confier ce poste. Il me sembla ce jour là être un homme.

Quand on parle des battages àChampdor on sait que l’automne est déjà bien avancé. Il ne reste plus grand chose à rentrer si ce n'est les pommes de terre.

 

*Tatole : nom local utilisé pour la viorne lantana.

P la viorne en fruits

P la viorne lantane ou tatole

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Un sport maintenant interdit, la chasse aux grenouilles !

Ecolos et sensibles, s’abstenir

 Cette année là, je ne sais si cela venait d'un printemps pluvieux, mais il y avait beaucoup de grenouilles, mais vraiment beaucoup.

Nous allions faucher le grand pré de La Fin, juste devant la maison, André me dit de prendre un sac, de suivre la faucheuse et de ramasser tout ce qui sautait. J'avais laissé mon troupeau un peu en dessus de la prairie à tondre et au petit matin la chasse commença.

Les grenouilles dérangées sautaient et j'étais là pour les capturer dès leur premier saut. Elles étaient belles, fraîches de rosée. C'était des reinettes grasses comme des petits cochons. Le sac se remplissait, mais les coquines avaient compris et s'enfuyaient vers le centre du pré, mais comme la faucheuse tournait autour du pré en partant des bords, elle allait arriver fatalement vers le centre et là les grenouilles furent à découvert.

 Elles avaient beau sauter de tous les côtés, peu en réchappèrent. Le sac de sel fut vite plein et là mon récit devient plus triste car ces grenouilles allaient nous servir de repas. Excellent soit dit en passant, mais avant, il fallait les préparer.

C'est là que je vais faire bondir les âmes sensibles. A l'aide d'une goyette, petite serpe, on tranchait d'un coup sec la grenouille vivante en deux. 0n ne récupérait que les cuisses qui, elles seules étaient comestibles. La pauvre bestiole, posée sur un plot de bois n'avait aucune chance d'échapper à l'échafaud. Pardon !  Ensuite les femmes "déculottaient" les cuisses. Bien sûr que pour faire un repas à six « morts de faim » il en fallait des grenouilles.  Mais à midi, ces cuisses passées à la poêle, lardonnées et ensuite servies en omelette, je peux vous dire que c'est super bon. Même mieux que cela.

Par contre, il faut être calme à la dégustation, et ne pas malencontreusement oublier les petits os.

Mais les cuisses bien charnues se laissent bien décortiquées. Lily toujours aussi glouton avait bien failli s'étrangler deux ou trois fois mais n'avait pas ralenti le rythme de la dégustation.

C'est un repas très goûteux que ces cuisses de grenouilles, mais ne cherchez plus, si autrefois on pouvait se permettre ce genre de repas, depuis belle lurette, la pollution aidant, l'abondance de grenouilles et d'escargots s'est transformée en rareté.

Dommage car si je vous parlais des escargots, les gros de Bourgogne, qui sortaient au premier orage et qui couraient le long des haies,  et que l'on ne ramassait même pas, vous seriez surpris par la quantité. On ne les a pas ramassés, et ils ne sont plus là, il y a bien une raison.

 

Mon métier de berger accaparait bien sûr le plus long de mon temps. J’assurais aussi les deux voyages quotidiens à la fruitière, participais aux fenaisons, aux moissons et à toutes les petites taches de nettoyage des étables, par petites brouettées je sortais maintenant le fumier surtout que le tas, dehors, était à cette époque moins haut.

 

 

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Je soignais, nettoyais les bêtes, c'est à dire leur passer l'étrille, la brosse et laver éventuellement les endroits qui auraient touché la bouse au cours de la nuit. Le père avait horreur de voir une vache maculée ou crottée comme on arrive à en voir dans certains troupeaux.

-', • -i:          Dans ma troisième année d'expérience, plus personne n'avait besoin, où rarement, de me didire fait cela ou ceci. Non pas par obligation mais par amour, j'évoluais dans cette ferme avec le meilleur de moi-même

Printemps 1944 : un vent de liberté.

 ce printemps si calme qui nous faisait oublier le triste mois de février allait malheureusement s’enflammer. On sentait bien que la tension se faisait de plus en plus forte. On voyait de plus en plus de personnages le long des haies, discrètement en direction du col de Cuvillat. J’ai même aperçu des groupes d’une dizaine d’hommes se déplacer le long de la lisière de la forêt. Quand j’en parlais à la ferme, les fronts se plissaient. Nous n’avions plus la neige pour nous défendre, et puis nous voyions toujours cet avion allemand survolant le plateau, le mouchard comme nous l’appelions.

                Depuis l’incursion allemande de février, incursion, Ô combien meurtrière pour nos villages du plateau et du Valromey, plus aucun allemand n’était entré sur le plateau, il y avait une odeur de France libre. Tout doucement les maquisards s’installaient dans les villages et même un petit journal circulait. Il relatait la vie du plateau et de ses libérateurs, alors que toute la France souffrait sous le joug de ses envahisseurs. Les maquisards avaient pour chef le Lieutenant-colonel Romand qui avait fait des maquis de l’Ain, une armée redoutée des Allemands.

                Le plateau de Hauteville, comme le Vercors, était difficile d’accès. A mille mètres d’altitude, on ne pouvait accéder qu’en empruntant des cols. Ces cols suivaient des itinéraires dans des gorges rocheuses ou à travers des forêts épaisses, donc bien défendables par des francs tireurs. Tout autour du plateau on compte une dizaine de cols tels que Charabotte, Le Ballon, La Lèbe, La Rochette, Cuvillat, La Cheminée, Belleroche, Le Montoux, Pisselou, La Brèche. Tous ces cols du Bugey étaient des passages obligés qu’évitaient les Allemands. Il y eut deux passages en force, en février 1944 comme je vous l’ai dit, et un qui se préparait. Mais les Allemands avaient bien d’autres soucis. C’est ainsi que, le 6 juin 1944, les alliés débarquèrent en Normandie.

                Je gardais ce matin là mes bêtes non loin du troupeau des Favre lorsque je vis arriver Suzanne en courant et en criant. Toute essoufflée, elle eut bien du mal à dire que ce matin les Américains avaient débarqué en Normandie. Vous dire notre joie. On criait, on sautait, je crois même avoir embrassé Suzanne. Vous dire que le temps ne passa pas vite avant de rentrer les bêtes et de courir dans la salle de séjour ou tout le monde écoutait radio Londres.

                C’était vrai, l’heure de la libération avait sonné. On sentait que quelque chose d’important était en train de se produire. On vivait tous dans une excitation, attendant les nouvelles plus ou moins optimistes selon les radios que l’on écoutait. Une autre arriva presque en même temps, le fameux train blindé qui protégeait les convois allemands sur la ligne d’Ambérieu à Culoz, objet de nombreux attentats par les maquisards, venait de sauter, et était tombé dans l’Albarine toute proche. C’était un énorme coup dur pour les Allemands. Cette ligne coupée, il ne restait plus que la vallée du Rhône, elle-même très surveillée, pour que les Allemands puissent rejoindre leur pays. Déjà très bousculés en Italie, attaqués dans le sud de la France par un débarquement en Provence quelques temps plus tard, ils n’avaient plus de chemins de repli et il fallait qu’ils en trouvent. Toutes les troupes allemandes, qui occupaient les Savoie, le Dauphiné et autres régions, devaient se replier via l’Ain, le Jura et l’Alsace vers leurs frontières pour éventuellement stopper les alliés avant qu’ils n’entrent en Allemagne.

                 Alors toutes ces divisions stationnées vers Chambéry, Aix les Bains, Culoz choisirent l’itinéraire Ain / Jura. C’est ainsi que le 15 juin 1944, alors que je gardais comme d’habitude dans mes pâturages, des bruits de canonnades, de mitrailles résonnèrent du côté du col de La Lèbe, entre le Valromey et le plateau. L’intensité des combats était impressionnante, c’était un roulement ininterrompu de tirs, d’explosions. A La Palud nous étions inquiets bien que le col de la Lèbe soit loin. Pendant deux jours les bruits continuels de lutte résonnaient mais les maquisards ne lâchaient pas les hauteurs boisées, l’accès au col restait impossible pour les troupes allemandes qui laissaient beaucoup de morts.

« Ruban », la vache qui fait de la Résistance.

K Qu'est ce qu'il me veulent ceux-là

Mais qu'est ce qui me veulent ceux-là?

Très vite le printemps devint réalité. Les prés verdissaient bien vite avec le soleil. Oublié ce terrible hiver, il fallait reprendre le chemin des pâturages et mes journées au grand air avec le troupeau. Malheureusement mon troupeau allait perdre sa reine. Un ordre écrit arriva à La Palud émanant du gouvernement de Vichy. Nous devions donner une bête à la réquisition. C’était un impôt dû aux allemands, nous n’avions pas d’argent et on nous prenait une bête pour nourrir ces « salopards »

En plus il fallait leur emmener à Hauteville. Vous dire le drame que provoqua cet ordre à La Palud. Nous étions démoralisés. Au repas de midi nous étions catastrophés, baissant la tête de résignation devant un tel ordre et l’impossibilité de nous y soustraire. Longtemps les Grobon discutèrent au sujet de quelle bête devait être sacrifiée. J’écoutais le cœur serré ce que disais les uns et les autres. Il fut décidé que ce serait Ruban qui serait donné à la réquisition. J’ai eu beau pousser un cri de révolte, je devais m’incliner. On m’expliqua que Ruban était la plus vieille vache, quelle commençait à donner moins de lait, et qu’il en fallait bien une ! En plus André voulu que ce soit moi qui l’accompagne pour cette sale besogne.

            Quelle mauvaise journée, en plus grise et brouillardeuse, presque froide. André se rendit à l’étable et détacha Ruban qui trouva bizarre d’être détachée seule. Il me semble qu’elle avait dans les yeux comme un pressentiment, de la peine. On lui passa un « licou », André devant moi derrière, le triste cortège pris, par les pâturages, la direction de Hauteville. On longeait le grand pré de Lafin puis l’Arbeissier on rejoignit Combe Noire, Lompnès et enfin Hauteville. Le trajet dura bien deux bonnes heures. Sur la place de Hauteville déjà une vingtaine de bêtes étaient rassemblées, attachées aux arbres. André remis Ruban à une espèce de fonctionnaire quelconque qui lui remis une attestation certifiant qu’on lui avait bien livré une bête à la réquisition. Il attacha Ruban à un arbre et il nous restait plus qu’à rentrer à La Palud.

            André fut obligé de m’arracher de Ruban que j’embrassais, caressais, les larmes aux yeux. Je n’oublierais jamais le regard qu’elle m’a lancé avant que nous partions. La place de Hauteville était en contrebas du chemin du retour et longtemps Ruban nous suivi des yeux. Le retour à La Palud fut bien triste, ni André ni moi ne disions mot. C’est vers midi que nous sommes arrivés à la ferme. Tous bien triste nous nous sommes mis à table, le repas se passait sans bruit lorsqu’un meuglement et des bruits de sabots retentirent devant la porte d’entrée. Cette porte était équipée d’une petite vitre et quelle ne fut pas notre surprise de voir Ruban à travers cette vitre. Je sautais de joie et ouvrant la porte je vis Ruban suant de toutes ses forces et totalement essoufflée. Un morceau de corde pendait à son cou. La brave bête s’était échappée.

Surpris, on la remit à l’étable à sa place vide et on lui donna à manger. La fin du repas fut un drôle de dilemme, comme un vote. Fallait-il remmener Ruban à la réquisition ? Les sentiments se heurtèrent à la raison et finalement il fut décidé de ramener Ruban à Hauteville.

            Presque violemment je m’opposais à cette idée. Nous avions remis Ruban à un fonctionnaire, un reçu était en notre possession, à eux de se débrouiller. Ruban avait été donnée, nous n’avions rien à nous reprocher. Mais ce jour là les Grobon  décidèrent de rendre Ruban à l’administration. Je ne voulais pas en savoir plus et je quittais la table en signe de rébellion. Je refusais l’après midi d’accompagner une nouvelle fois André à Hauteville, c’est le père qui se chargea de la corvée.

            J’en ai beaucoup voulu à mes patrons de cette décision. Car qui serait venu voir à La Palud si Ruban était rentrée chez nous. Ma blessure à été longue à cicatriser, je n’avais pas admis ce renoncement trop facile des Grobon, mais peut être ne savais-je pas tout. Quoiqu’il en soit lorsque je sortais le troupeau il manquait quelqu’un. On donna la cloche à Fleurine et c’est elle qui devint le « Chef » du troupeau. Mais, malgré tout je n’oublierais jamais ma bonne Ruban. Et dire que l’on pense que les vaches sont bêtes. Je me pose toujours la question : comment Ruban a-t-elle pu retrouver sa route dans Hauteville, refaire tout ce chemin à l’envers ? Pas si bête la « Reine ».

 

La guerre dans les yeux d’un enfant.

En ce mois de février 1944 nous allions de surprises en surprises, de toute façon de plus en plus dramatiques. On savait la résistance de plus en plus active mais un fait allait conforter cette impression. Une nuit, le 4 février je crois, une forteresse anglaise, perdue vraisemblablement, vint passer devant les fenêtres de la ferme. André, réveillé par le bruit des moteurs de l’avion, a vu cet appareil qui volait très bas, juste dit-il, sur la haie de frênes longeant le pré à Favre, en dessous de notre ferme. Il a bien aperçu deux ou trois hommes dans le poste de pilotage. Ces derniers semblaient chercher un contact radio pour parachuter sans doute des armes. Il faisait cette nuit là une tempête de neige et l’avion semblait perdu. André nous dit que cet appareil était très gros. Il a disparu en se dirigeant vers la ferme des Favre puis de L’Arbeissier. André s’est recouché et quelques minutes après il a entendu un bruit d’explosion, sourd mais violent. Il a compris que l’avion venait de heurter la montagne.

Le lendemain matin, à ski, il a essayé de localiser l’emplacement de cette chute, mais sans succès. C’est vrai que la couche de neige était impressionnante et qu’il neigeait toujours. Il ne trouva pas trace de l’avion. Bien plus tard on apprit que l’appareil anglais avait heurté la montagne à la verticale de Combe Noire, presque en crête et qu’il y avait six aviateurs anglais et canadiens tués. Personnellement je n’ai ni vu ni entendu passer la forteresse à La Palud, c’est vrai quand je dormais, il pouvait bien y avoir n’importe quel cataclysme, je ne me réveillais pas !

            L’accident de l’avion anglais qui venait ravitailler les maquisards nous faisait comprendre que les événements allaient se précipiter, car les Allemands n’allaient pas supporter longtemps ce qui se passait dans les montagnes du Bugey et d’ailleurs. C’est vrai que les maquisards ne faisaient rien pour se faire oublier. C’est ainsi qu’ils avaient défilé, pour le 11 novembre 1943, à Oyonnax et à Belley, fleurissant les monuments aux morts. Sûr que le gouvernement de Vichy n’avait pas apprécié. Et ce que nous redoutions allait arriver un matin du 5 février. Au col de la Lèbe, côté Valromey, on entendit des bruits de canonnade et de mitraille. Un ou deux avions allemands survolaient le plateau sans arrêt. Il était clair que les Allemands n’avaient pas tardés à réagir. Les bruits des batailles durèrent un jour ou deux et les maquisards bien moins armés cédèrent au col et les laissèrent envahir le plateau. Les nouvelles allaient vite et mes patrons ne me laissèrent plus aller au village et à l’école. L’atmosphère devint lourde à la ferme. André et le Père étaient toujours en train de surveiller les alentours de la ferme au cas où les Allemands surviendraient. Nous nous étions mis d’accord, à la moindre alerte nous lâchions le bétail hors des étables et nous nous sauvions vers la forêt. Les jours qui suivirent furent terribles, surtout le soir ou, tous réunis, nous voyions les fermes qui brûlaient sur le plateau et surtout vers Brénod. Une tension énorme régnait parmi nous. Il fut décidé que je quitterais ma chambre et que je reviendrais coucher dans la chambre du Père et de la Mère, et ce pour qu’au cas où nous devions quitter la ferme rapidement, nous soyons tous réunis.

            Pendant toutes ces journées terribles de février1944, il y avait toujours quelqu’un de garde à la ferme. A tour de rôle André et le père se relayaient afin de prévenir une éventuelle arrivée des Allemands. Pendant les quelques jours qu’ils restèrent sur le plateau d’Hauteville et dans le Valromey, les Allemands brûlèrent des fermes, tuèrent des habitants, emmenèrent les jeunes en déportation, les prenant pour des terroristes. Brénod, Les Abergements, Retord, Cerdon, Dortan et bien d’autres villages ont été détruits, incendiés. Que ce Bugey et Valromey ont été blessés, humiliés, torturés à jamais. La Palud échappa miraculeusement à cette tragédie, grâce à l’éloignement et à la neige. Lisez plutôt, et vous verrez qu’on a eu de la chance. Car nous aussi nous étions sur la liste des fermes à détruire. On apprit ainsi que le 6 février 1944, deux automitrailleuses garnies de soldats, avaient pris le soir la route de La Palud, sûrement pour venir brûler les trois fermes. Selon les dires, les Allemands n’arrivaient pas à passer les congères qui traversaient la route et avaient fait demi-tour, battus par la neige. Cette neige qui nous avait sauvés, merci à cette congère qui m’avait laissé passer, moi un petit bonhomme et avait arrêté des soldats entraînés.

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70 ans après on s'en souvient encore !

          

 

De l’automne à l’hiver.

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 Un peu avant Noël, c'était la traditionnelle Saint Cochon.  Ce cochon que nous avions engraissé patiemment pendant des mois, lui apportant petit lait, le gavant de petites pommes de terre et autres, son où légumes de toutes sortes, sans oublier les soupes d'orties que j'allais cueillir autour de la ferme des Bobillon. Ce cochon bien gras, pesant 120 kilos,  allait nous aider à passer l'hiver, en lard, côtelettes, jambon et autres cochonnailles.

Là aussi, un peu comme le jour du pain, le jour de la Saint cochon, c'est quelque chose à la ferme. Depuis des jours déjà, les femmes préparent, plats, soucoupes, ails, oignons, herbes, pour assaisonner et recevoir ensuite gelées de tête, boudins et j'en passe.

Le jour J tout était prêt pour accueillir « le tueur ». C’était un charcutier qui allait de ferme en ferme « faire » le cochon. Dès le matin, il arrivait avec force couteaux, tous plus grands et impressionnants les uns que les autres. Il préparait son affaire comme un chirurgien. Il s'inquiétait s'il y avait assez d'eau bouillante, de plats, de seaux enfin tout... Mais Cécile était une maîtresse femme, et rien ne manquait pour que nous passions à l’acte.

Le pauvre cochon était « abadé », bien tenu au licou et en force, car il était costaud le bougre. Les pieds attachés il ne restait qu'à lui planter le couteau dans la gorge ce que je ne voulais pas voir. Seuls ses cris me suffisaient. Sa douleur et ses cris terrifiants au début diminuaient au fur et à mesure que son sang s'écoulait dans un seau. Ce sang sans arrêt remué et qui allait faire un si bon boudin.

L'animal mort, était ensuite, lavé, raclé, relavé à l'eau bouillante et, pendu par les pattes arrières et ouvert. Les boyaux vidés, lavés, allaient servir pour le boudin. Rien n'est perdu dans un cochon.

Ensuite c'était la découpe. Les jambons seront salés puis pendus et attendront l'été pour être mangés pendant les fenaisons. Le reste allait au saloir qui se trouvait au fond de la grange dans un petit local aux murs épais, noir et frais.

Je ne peux vous raconter les odeurs de la cuisson de la charcuterie, des plats cuisinés. C'était une journée enivrante d'odeurs, de goûts et de bonheur. Le repas pris avec le boucher était une merveille de régal. Nous partagions la Saint cochon avec les voisins, c'est ainsi que nous apportions un panier de bonnes choses aux Favre, qui à leur tour, pour leur saint cochon nous renvoyait l'ascenseur. Belles journées, bons souvenirs !

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C'est ainsi que Noël 1945 arrivait, le premier Noël de paix et cette année comme le calme était revenu j'allais le passer à St Rambert, chez ma mère.

 Par un matin froid  jai pris la direction d'Hauteville en pas­sant par l'Arbessier et Combe Noire. Je connaissais bien la route. Sous un ciel gris, mes petites jambes avalaient les kilomètres. J'arrivais à Hauteville, à la gare des cars, on me dit que le premier car pour Tenay était dans une heure et plus. Impatient, je décidais derejoindre Tenay et St Rambert à pied. En suivant la route et en passant par  Charabotte je m'engageais sans souci de fatigue ou autre en direction de Tenay. A hauteur de la maison de secours un gros camion trans­portant de gros sapins et qui descendait lentement sarrêta à ma hauteur, le conducteur m'invita à faire la route en camion au lieu de marcher. Mais à voir ces grosses billes de bois, la pente de la route et le précipice au bord, j'eus peur et je refusais. Le chauffeur repartit en riant de ma frousse.

Tantôt en marchant, tantôt en courant, j’arrivais à Tenay avant le car. Je traversais cette ville grise et triste, puis Argis et j'atteins  St Rambert à peine fatigué aux cris horrifiés de ma mère, qui venait d'apprendre que j'avais fait 21kilomètres à mon âge.

Ces vacances d'une semaine en ville se passèrent, en même temps vite et lentement à la fois. Je ne pouvais ne pas penser àLa Palud, à mon chien, à mes bêtes. Que faisaient-ils sans moi ? Et moi déboussolé sans eux !

Mon parrain , ne trouva rien de mieux que de m’offrir pour Noël un paquet de cigarettes et une boîte d'allumettes. Pour faire grand, j'en fumais ou tentais de fumer une cigarette et fut malade comme un chien pendant deux jours. Blanc, les lèvres bleues je crus mourir.

 vite je quittais ma mère et cette ville en prenant le train jusqu’à Ambérieu puis le tacot d’Ambérieu à Champdor en passant par Cerdon, Maillat, St Martin du Frêne, Outriaz, le fameux tunnel dePisseloup, Brénod et Champdor. 

En courant, je remontais à la ferme comme si je rejoignais ma vraie famille. Je retrouvais avec joie mon loulou et mes vaches et j'oubliais bien vite St Rambert.

J'avais ramené de ce Noël un joli couteau Opinel, qui n'allait plus quitter ma poche. Mon rêve se réalisait enfin, avoir un couteau !

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous vous proposons l’histoire d’un petit garçon de 10 ans très chétif, natif de Saint Rambert, obligé de quitter son pays pour être placé comme berger à Champdor au hameau de La Palud. Aimé Pelletier a écrit un cahier sur ses souvenirs d’enfance.

A la lecture, nous avons été séduits par la manière dont il aborde sa nouvelle vie : le texte est particulièrement touchant. Son travail de berger, les travaux de la ferme durant toutes les saisons, l’approche de la nature, son regard d’enfants sur les évènements de l’époque en font une chronique très intéressante du pays Bugiste.

De Saint Rambert à Champdor :

 

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        Champdor vu des hauts de La Palud

Une Citroën, traction  avant noire, traversait la petite ville de Tenay en empruntant l’unique rue de la cité qui était aussi la route nationale. La voiture longeait les murs gris de l’usine « La Shappe ». Comme tout était triste dans ce décor austère de la vallée !

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          Nous arrivions au centre de la ville et juste avant le pont qui enjambe L’Albarine, notre chauffeur Lily Damour, taxi à Saint Rambert, tournait à gauche. Déjà la route se dressait devant nous, nous sortions de Tenay, la voiture s’engageait dans les gorges profondes, creusées par l’Albarine, que la route était obligée de suivre. Nous nous faufilions au gré de la nature, un peu impressionnante avec ses murailles à pic. Enfin, au bout de quelques kilomètres, la route profitait d’un pont pour traverser la rivière et quitter la vallée.

         La pente de la route s’accentua encore, ce qui fit dire au monsieur assis à côté de moi « ça y est, on attaque la côte d’Hauteville »

           Cette côte est bien longue et j’ai le temps de vous dire que je suis assis à l’avant du véhicule, un peu sur les genoux  d’un monsieur d’une cinquantaine d’années, aux allures de patriarche et portant un magnifique chapeau sur la tête.

           Ce gamin de 10 ans, qu’il avait sur les genoux paraissait bien timide. Fera-t-il un bon berger se demanda-t-il ?  

           La route, elle, continue de monter.

P les falaises de Charabotte

 

A la place des falaises verticales, ce sont maintenant des taillis ou des forêts dénudés qui bordent les talus. Rapidement nous arrivons à la maison de secours, halte auberge, seule présence sur cette longue montée. Cette bâtisse aujourd’hui abandonnée était alors un arrêt presque obligé pour voitures essoufflées ou gosiers secs.

P la maison de secours

           Je jette un regard furtif sur les occupants du siège arrière au moment même ou André, solide gaillard d’une trentaine d’années montre, à sa jeune épouse Fernande, la cascade de Charabotte vomissant son liquide d’une hauteur de 150 mètres. Mais Fernande, jolie brunette préfère se blottir contre celui qu’elle vient d’épouser ce samedi 21 mars 1943 à Saint Rambert. Elle dit au revoir à son petit village de Jarvonoz et à sa vie de jeune fille, pour rejoindre la ferme de son époux « la ferme des Grobon à La Palud » et ce pour la vie !

           A leur côté, très sérieusement, presque sévère, se tient Cécile Grobon, maîtresse femme. Elle forme avec Eugène un couple traditionnel des montagnards du Bugey.

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           C’est ainsi que l’auto, tranquillement arrivait à la passe du col de Charabotte et qu’enfin la route finissait de monter. Dès le petit col franchi entre deux parois rocheuses, c’est la belle nature du plateau de Hauteville qui nous accueille.

           Hauteville est une petite ville qui, grâce à son air pur a pour vocation de soigner les maladies  pulmonaires. Ces sanatoriums, aux noms chantant « Angeville, l’Albarine ; La Savoie » sont là pour soigner une terrible maladie : la tuberculose. Cette maladie qui me court après depuis déjà de longues années, et pour l’instant, sans me rattraper. Mais à voir ces belles forêts, c’est sûr que l’air doit  être bon dans ces belles montagnes.

           La voiture traverse la ville de  Hauteville presque déserte à cette heure ci ; on voit juste quelques magasins éclairés. Lily a déjà allumé les phares de la voiture. Nous dépassons le dernier sana « La Savoie » et déjà au détour d’un virage apparaît un village. « C’est Champdor » me dit Eugène. Je n’ai pas le temps de le découvrir qu’encore la route monte, mais une route qui n’est plus la même. Le bruit des pneus est différent, ce chemin est caillouteux. Lily n’a pas le temps de s’inquiéter car quelques minutes après apparaît une ferme. « Ce n’est pas ici » précise le père Grobon, « cette ferme est celle des Favre ». Une dernière montée, raide celle-là, et la voiture stoppe devant une grande bâtisse. Nous étions à La Palud.

Je quitte les genoux un peu durs d’Eugène pour faire mes premiers pas. Une odeur forte me prend à la gorge, pour cause, près de moi un énorme tas de fumier fumant fait face à la ferme.

           Avertis par le bruit du moteur de la voiture deux hommes en bottes crottées sortent d’une étable. On me présente « C’est monsieur Emin ». Il est accompagné de son fils Marcel, pratiquement du même âge que moi, mais bien plus grand et costaud. Sa poignée de main m’arrache le bras. Tous deux ont soigné les bêtes en l’absence de la famille Grobon partie à la noce.

           Je jette un regard autour de moi, et malgré la nuit tombante, je vois la forêt toute proche, silencieuse, noire, presque inquiétante.

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Mais ce qui me frappe c’est l’impression d’immensité. Des prés, des forêts, encore des prés et un silence impressionnant. Je lève les yeux et déjà les étoiles scintillent. Y a-t-il la mienne là-haut ? Je reviens sur terre car une grosse boule de poils vient se frotter à moi. « C’est Tayaut » me dit-on ! Il a de grands yeux marron qui semblent me souhaiter la bienvenue. J’en ai besoin, je vous l’assure. Moi aussi je lui dis bonjour en lui assénant une tape sur le dos. Il n’a qu’un moignon en guise de queue mais j’ai vu qu’il l’avait bougé de ravissement. Etais-ce mon premier ami ?

 

           Le premier jour à La Palud

On me fit entrer dans une grande pièce au milieu de laquelle j’ai remarqué une grande table en bois et cinq ou six chaises rangées contre le mur. Il y a aussi une grande cheminée qui n’est pas allumée. Par contre, une grosse cuisinière en fonte grise propage dans toute cette grande pièce une chaleur douce et appréciée. Cette grande pièce, en fait la salle de séjour, est éclairée par une ampoule toute simple auréolée d’un chapeau en fer émaillé blanc.

           On me fit asseoir près de la cuisinière, un peu en retrait, car tout le monde racontait cette noce ou prenait des nouvelles des bêtes. Je crus comprendre qu’il y avait des petits veaux.

           Les femmes s’affairaient à préparer le souper, déjà une bonne odeur de soupe se répandait, attirant deux chats vite repoussés dehors par un énergique mouvement du pied, gratifié  par la mère Grobon.

           Les hommes partis aux étables sont de retour, visiblement affamés et nous nous mettons à table ; soupe aux légumes, lard, fromage. Je n’ai guère faim, et comme d’habitude je m’endors devant mon assiette. Aussi, Cécile me conduit par un petit escalier en bois dans deux chambres situées sur la grande salle. La première avec un grand lit sera celle des jeunes mariés. Dans la seconde avec un grand lit haut et un petit dans un angle, la « Mère » me dit « Voilà ton lit ». Sans discours elle me souhaite bonne nuit, éteint et redescend.

           Je me trouve seul, mais j’entends en dessous les bruits des conversations que j’essaie de comprendre sans succès. Je pense à ma mère restée à Saint Rambert et qui m’a quitté à la porte du taxi les yeux embués de larmes. Pauvre maman nous n’avons pas été beaucoup ensemble pendant ces dix années. Je t’ai tellement posé de problèmes avec ma santé, mon manque d’appétit. Moi aussi j’ai fréquenté ces grandes maisons type « sana », qu’on appelait « préventoriums ». On a essayé la mer, la montagne, mais au grand dam des docteurs et en particulier du docteur Rigaud de st Rambert, je survivais c’est tout.

           Je n’arrive pas à trouver le sommeil. Trop de choses se sont passées aujourd’hui. Cette attente en début d’après midi dans mon appartement du 3ème  àSt Rambert, ma petite valise prête et moi toujours derrière les vitres à regarder les gens de la noce crier, aller d’un bistrot « Gentil » à un autre « Chanut », boire, rire. Je remarque mon parrain Joseph Brun, bout en train et bon vivant, chanter un verre de vin rouge à la main.

           Je revois arriver cette voiture noire, se ranger le long du trottoir, mes adieux à Melle Bornarel amie de ma mère, la descente des escaliers en bois pour traverser la route, ma main accrochée à celle de ma mère. Je me revois être présenté au père Grobon, un peu étonné qu’on lui assure que ce gamin maigrelet va être son berger. Je revois les adieux de la famille Gudet à Fernande, toute belle dans son tailleur bleu et ma mère penchée vers la fenêtre au moment ou la voiture démarre. Et puis s’en est trop, je m’endors pour ma première nuit à La Palud.

Virginie, Cécile, Eugène et AndréGrobon  devant la ferme.

 

 

Je découvre le paysage :

P premier décor' pour le petit berger

 

           Le lendemain matin lorsque je me réveille, je ne vois personne dans les chambres. J’ai un peu honte je n’entends aucun bruit. Je descends et personne non plus dans la grande salle. Seule une odeur de café embaume la pièce.

           Je me hasarde dehors, mon premier bonjour vient de Tayaut, toujours à la recherche de caresses. Je m’avance sous l’auvent et devant un spectacle merveilleux je m’arrête ébloui. Devant la ferme la nature est d’une beauté saisissante. D’immenses prés à l’herbe rase et déjà verdissante s’étalent tout autour. Des haies encore dénudées bordent les prés. A perte de vue une forêt de sapins s’élève jusqu’au sommet de la montagne. Devant moi en léger contrebas une ferme blottie contre une haie de sapin se réveille. Une épaisse fumée qui s’échappe de la cheminée m’apprend que les habitants sont réveillés. Une autre bâtisse se trouve à deux ou trois cents mètres de moi, un peu au-dessus, elle a l’air inhabité.

           Par contre cette ferme inoccupée est pratiquement au ras de la forêt. Les prés qui nous séparent de cette ferme sont en légère déclivité, ensuite la forêt attenante est beaucoup plus en pente. Mes yeux suivent la crête dentelée et derrière le soleil se lève, réchauffant ce milieu de printemps. Je me suis donc orienté.

           Un « bonjour » me ramène à la réalité. C’est André qui sort d’une étable avec un grand seau de lait fumant à la main et je comprends qu’une journée à la ferme, fusse un dimanche commence de bonne heure le matin.

           Lorsque les bêtes sont soignées, c’est le terme employé, c'est-à-dire nettoyées, nourries et traites ; et bien c’est au tour des fermiers d’aller boire le café.

           Ce premier jour à La Palud passa très vite. Je n’eus que le temps de jeter un œil à l’entrée des étables, apercevoir les bêtes toutes bien alignées et tranquillement occupées à ruminer. Je fus impressionné par la grosseur des vaches et surtout des deux bœufs que je trouvais énormes.

l’objet au départ d’un nouvel ordonnancement autour de la grande table. Le Père garderait sa place en bout de table dos tourné à la cuisinière, à côté de lui Cécile sa femme et ensuite Fernande, en face au bout André et à ses côtés Aimé. Pendant les cinq ans que j’ai passé à La Palud, cet emplacement a été respecté quoiqu’il arrive même en l’absence de l’un de nous.

           Les jours qui suivirent mon arrivée à La Palud furent assez difficiles à vivre. Il me semblait que le contact ne passait pas bien entre nous. J’avais tout simplement du mal à m’habituer. Je ne me languissais pas, ma mère ne me manquait pas, mais je n’étais pas à mon aise. Seule Fernande semblait comprendre mon malaise car elle-même, et je le compris plus tard, souffrit de ce changement de vie. Quelle différence pour elle, qui avait été ouvrière d’usine, avec plein de jeunesse autour d’elle, de se retrouver dans une ferme isolée. Même si tous étaient gentils, il m’a été difficile au début de supporter la mentalité du Haut Bugey. Peu de paroles inutiles, simplement le nécessaire. Il a donc fallu s’adapter, s’habituer, se joindre au cercle. Fernande et moi, alliés par la force des choses, devions nous faire admettre dans l’habituel.

           Les premiers jours furent lancinants, d’autant que la météo n’était pas très souriante. Il se remit même à neiger, ce qui n’empêchait pas les fermiers de s’activer aux soins du bétail, du matin au soir. Du nettoyage des étables en passant par la traite des vaches, leur nourriture, emporter le lait à la fruitière au village, faire téter les veaux (il y en avait 4 ou 5), aller à l’eau. Car voilà bien le problème de La Palud, il n’y a pas d’eau dans les fermes. Il fallait aller la chercher au « bac », la fontaine qui déverse son précieux liquide dans deux bassins profonds d’un mètre environ ce qui permet aux troupeaux de venir s’abreuver tous ensembles.

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Ce bac était à 150 mètres des maisons. C’est par deux seaux à la fois que les habitants de la ferme transportaient l’eau hiver comme été. Les premiers temps j’étais exempté de cette corvée, mais le temps passant et d’abord par demi-seaux et ensuite seaux complets, c’était devenu ma corvée. Et bien heureux qu’une vache ne vêle pas, car si c’était le cas, ce sont de nombreux voyages qu’il fallait faire, pour remplir la chaudière en fonte et faire chauffer cette eau pour les soins de cette maman et de son petit.

Première responsabilité :

           Tout doucement je m’habituais à la ferme et le père Grobon m’avait donné ma première responsabilité : à l’heure de la traite, j’allais tenir la queue de la vache qu’il traisait. De temps en temps la bête manifestait son humeur par un mouvement brusque de la queue que je lâchai, et qui venait frapper la casquette du père Grobon, jusqu’à la faire tomber. Confus je rattrapais la maudite queue, mais j’avais droit à un regard noir du Patriarche. Pas un mot, mais que ce regard en disait !

P la Palud 12 fevrier 2017

           La ferme de La Palud aujourd'hui

Je commençais à me plaire au contact de ces animaux calmes qui me regardaient avec des gros yeux ronds. J’entrais maintenant dans les étables, enlevais les bouses qui risquaient de salir les bêtes, au passage je les caressais. Elles avaient des noms simples et charmants : Fleurine, Fleurinette, Ruban, Gentille ; mais toutes connaissaient leur nom et respectaient une certaine hiérarchie. La plus âgée et la chef était Ruban. D’ailleurs, elle avait la première place en entrant dans l’étable, ensuite les vaches étaient placées par ordre d’ancienneté et les jeunes génisses au fond de l’étable.

           L’étable des vaches était placée contre le mur Est de la ferme, tandis que l’étable des boeufs et des veaux était côté Ouest, contre le logement. Entre ces deux étables il y avait la grange et au-dessus des étables les greniers à foin. Lorsqu’on voulait donner du foin aux bêtes, on grimpait avec une échelle sur un grenier et on jetait le foin sur le sol de la grange, on ouvrait un genre de volet placé devant chaque bête et on plaçait la ration voulue dans la crèche. C’était aussi simple que ça. Je trouvais les greniers à foin immenses, en ce mois de mars ils commençaient à se vider, mais pensez à la quantité de foin qu’il fallait pour tenir un hiver à la montagne avec une vingtaine de bêtes. En fin de fenaison le tas montait jusqu’au toit, et ça fait haut ! Un coin de grenier était réservé à la paille pour la litière des bêtes.

          Les rigueurs de l’hiver :

P Champdor et Corcelles en hiver

 L’hiver, les bêtes descendaient deux fois par jour à l’abreuvoir que l’on va définitivement appeler « bac », comme tous les habitants de La Palud ; on allait au bac, voilà qui est dit ! Je disais donc que deux fois par jour les bêtes sortaient des étables l’hiver, pour aller boire, après qu’elles aient été soignées, le matin vers 9 heures et le soir vers 17 heures quasiment à la nuit tombante.

           Certains matins d’hiver, j’ai vu les bêtes descendre boire avec 40 cm de neige, elles nous faisaient la trace. Cette sortie à l’abreuvoir était tout un cérémonial, on détachait les vaches dans l’ordre qu’elles sont à l’étable suivies des bœufs, des génisses et des moutons. Tout ce petit monde descendait tranquillement boire et en profitait, quand il n’y avait pas de neige à traîner de ci de là en essayant de brouter. Au bac tout ce petit monde se rangeait côte à côte, et par large rasade étanchait sa soif, d’une eau très fraîche. Ensuite on remontait tranquillement et sans aucun incident les bêtes reprenaient leur place dans les étables. Bien sûr au début je ne faisais qu’accompagner le père Grobon ou André, mais très vite on allait me confier cette responsabilité de mener les bêtes au bac.

           En cette saison, l’hiver n’ayant pas tiré sa révérence, les troupeaux restaient aux étables. On attendait les beaux jours pour aller en pâture, en gros il fallait attendre Pâques. Là- haut dans ces montagnes pour les bestiaux l’hiver commençait à la Toussaint et finissait comme je vous l’ai dit à Pâques, même si certaines bonnes années il y avait un battement d’une quinzaine de jours.

           Il y avait maintenant quelques jours que j’étais à La Palud, et bientôt la ferme n’avait plus de secret pour moi. Les Grobon s’en aperçurent vite et comme je semblais n’avoir peur de rien, surtout pas de la solitude il fût décidé que j’aurais ma chambre. Je m’en réjouis, surtout de ne plus entendre le père ronfler durant la nuit.

Un début d’indépendance :

Un matin Cécile me demanda de l’accompagner. Avec des draps, des couvertures elle sortit de la maison, je la suivis un peu inquiet. Elle entra dans la grange, la traversa et emprunta un petit couloir noir, sans éclairage. Arrivée dans une petite pièce qui ressemblait à un atelier, nous nous sommes trouvés devant un escalier, plutôt une échelle avec des marches en bois (une échelle de meunier).

Au sommet de cet escalier, une petite pièce. Dans un coin un grand lit ancien, tout en hauteur, rien d’autre en mobilier. Mais sur tout un coté des genres de cages, trois au total contenant l’une du blé, l’autre de l’orge et la dernière de l’avoine. Une petite fenêtre pouvant juste laisser passer un enfant éclairait cette pièce. Mais quelle vue ! On couvrait d’un seul regard tout le plateau. Une ampoule pendait au plafond, mais il n’y avait pas d’interrupteur.

           Sans rien dire Cécile fît le lit, un matelas qui semblait douillet, les draps, une couverture en grosse laine et un édredon de couleur bordeaux assez épais.

« Gamineau » me dit-elle, voilà ta chambre, tu seras plus tranquille ici qu’avec nous. J ‘acquiesçais de la tête après avoir sauté sur le lit que j’avais trouvé bien doux. En regardant bien je trouvais quelques petites crottes noires sur le plancher. Je compris tout de suite que je n’étais pas le seul occupant de cette chambre. Mais je vous l’ai dit, je n’avais peur de rien et pas même des souris. Et puis on verrait bien ce soir.

Heureux d’avoir ma chambre, la journée se passa donc bien. Dès Cécile partie, j’en profitais pour explorer ce coin de ferme que je ne connaissais pas. Ma chambre, je pense vous avoir tout dit, mais au rez-de-chaussée la petite pièce était pleine d’objets de toutes sortes : outils, skis, râteaux, fourches. Il y avait un banc de menuisier, des planches et mille autres choses. En plus, ça sentait bon le bois, le grain et les pommes, car il y avait des étagères de belles pommes bien rangées. Vous me croiriez si je vous disais que j’en ai mangé deux ou trois ?

Le petit berger de La Palud.

  Je vous parle de « ma » ferme depuis un moment mais je ne l’ai pas encore située. La Palud est un lieu-dit de la petite commune de Champdor, canton de Brénod du département de l’Ain. La Palud est composée de trois fermes qui se partagent l’occupation et l’exploitation des prés, terres et forêts. Ce lieu-dit est situé à environ 900 mètres d’altitude. On y accède du village de Champdor en empruntant la route du col de Cuvillat reliant le plateau d’Hauteville au Valromey. Les fermes appartiennent à la famille Favre pour la plus près du village ensuite l’autre à la famille Grobon et la dernière, la plus haute à la famille Bobillon. Seule cette dernière est inoccupée.

           La ferme des Grobon est une solide bâtisse de forme carrée et je pense d’une superficie d’environ 1000 mètres carrés. Elle est bâtie sur un promontoire et domine le versant Est du plateau et bénéficie d’une vue imprenable sur une grande partie du plateau et notamment sur le village de Corcelles et tout le versant de l’adret du plateau (forêt d’Outriaz, col de Pisseloup entre autres)

 Les soirs sont merveilleux au moment où le soleil se couche derrière la forêt d’Outriaz. Toute la façade habitée de la ferme reçoit comme un hommage, le dernier clin d’œil de cet astre lui aussi sûrement amoureux de La Palud.

 

Mes premières semaines s’écoulent assez rapidement. Je ne languis pas, je me sens bien. Je participe aux petites corvées et comme je suis assez gringalet les Grobon ont la patience de me laisser me refaire une santé, sans me charger de gros travaux. Je n’allais pas au bac chercher l’eau et je ne poussais pas les brouettes de fumier. Par contre, je charriais le bois destiné à la cuisinière et je regardais toujours qu’il n’en manque point, c’était devenu un réflexe. Dans les étables et à l’aide d’une raclette, je retirais les bouses des vaches que j’entassais contre le mur et qu’André sortait avec une brouette. Bien sûr je tenais la queue des vaches au moment de la traite, je regardais, j’écoutais et bien sûr j’apprenais.

 J’apprenais à connaître les personnes, leur caractère, leurs manies, ce qu’ils aimaient ou n’aimaient pas. Le Père n’aimait pas répéter deux fois la même chose, il disait « ça ne sert à rien de dire deux fois la messe pour un sourd »

André répétait volontiers et expliquait même avec plaisir si on n’avait pas compris. D’ailleurs, la journée je suivais André dans le petit atelier qui se trouve sous ma chambre. Il y passait des heures à réparer les fourches, les râteaux ; ces outils qui allaient servir l’été pour les fenaisons. Tout se faisait en bois de noisetier ou de frêne bois souples et résistants. Je regardais avec intérêt la dextérité avec laquelle ce paysan, sans formation de menuisier confectionnait ou réparait les outils. Il était très gentil et répondait à toutes les questions les plus saugrenues que je pouvais lui poser. Je pense même, qu’il cherchait ma compagnie en m’appelant et m’invitant à le suivre. Je l’aimais bien André ! Avec lui je montais au fenil pour descendre le foin destiné aux bêtes, j’ouvrais les crèches au moment des repas, j’apprenais le nom des bêtes ; enfin je m’initiais à mon futur rôle de berger.

           On sentait venir le printemps et Pâques n’était pas loin. Le soleil faisait des apparitions plus longues de jour en jour. Les bourgeons apparaissaient au bout des branches. L’herbe verdissait et des fleurs s’épanouissaient aux endroits chauds. Les gelées matinales disparaissaient peu à peu et les troupeaux que l’on menait à l’abreuvoir ne voulaient plus rentrer à l’étable. Mais le père avait décidé qu’il fallait attendre encore quelques jours avant « d’abader », c’est à dire de lâcher le troupeau à la pâture. D’ailleurs, on avait qu’à jeter un coup d’œil sur le plateau étendu à nos pieds, on ne voyait aucun troupeau dans les pâturages.

Alors, hormis les travaux de la ferme et dès que le déjeuner avait été pris nous partions tous ensemble à la recherche des morilles. La morille est le premier champignon de l’année. Elle pousse le long des bois et des haies. Elle est de couleur grise ou blanche. La grise plus précoce est plus parfumée. Le problème c’est qu’il faut connaître les coins. Avec les gens de la ferme j’étais à bonne école ! Quand on est plusieurs à chercher ce champignon il faut marcher lentement sur une même ligne. J’avais toujours tendance à aller trop vite, mais j’étais vite rappelé à l’ordre.

La cueillette cette année fut bonne.

P illustrations pour le petit berger (5)

           La morille se consomme dès la cueillette, soit en omelette, soit dans les plats de viande. Elles se conservent en les faisant sécher enfilées en chapelets.

P illustrations pour le petit berger (4)

         Un beau matin de ce début du mois d’avril, André mis au cou de Ruban une cloche. Les bêtes comprirent que le grand jour était arrivé. Une à une les vaches furent détachées et d’un pas lent sortirent de l’étable. Accompagné de Cécile je les descendais au bac. Elles se désaltérèrent rapidement, puis doucement le troupeau passa devant la ferme mais n’y entra pas. Nous nous dirigeâmes vers la forêt entre deux haies qui semblaient nous faire une haie d’honneur.

 

 

 

Quelques minutes après nous étions dans le pré, juste à 200 ou 300 mètres de la maison. Inutile de vous dire la joie des animaux. Sans perdre une seconde, les naseaux dans l’herbe, les bestiaux se régalaient. Cécile me dit que les vaches ne devaient pas courir partout sur ce pré très grand. Nous devions leur donner un espace à manger et garder intact pour le lendemain d’autres espaces. Il y avait donc une ligne imaginaire à ne pas dépasser. C’est vrai que les vaches sont avides d’aller voir ailleurs si l’herbe est meilleure. Cécile et moi étions donc toujours en mouvement le long de cette ligne. Il fallait être attentif à tout, humeur des bêtes et surtout Pilon, jeune taureau très excité avec les génisses. Enfin tout se passa bien, le bâton de berger que je gardais fort serré ne me servit qu’à faire retourner les bêtes trop vagabondes.

 

           Rapidement le morceau de pré autorisé aux bêtes se trouva rapidement brouté, presque râpé. Aucune herbe ne dépassait du sol sauf des petits îlots marquant l’emplacement des bouses. Le pré était net comme une pelouse de football passée à la tondeuse. Une fois repues, les bestioles levaient le nez et humaient cet air si vivifiant des forêts. Bien heureux, je regardais ce beau troupeau dont j’allais être bientôt le berger. L’après midi fut super. Un bon soleil réchauffait la nature et je n’oublierais jamais cette première journée. Vers 5 heures du soir, Cécile donna l’ordre de rentrer. Les vaches le ventre bien rond ne firent aucune difficulté pour refaire le chemin inverse, c’est à dire le bac pour se désaltérer et la rentrée à l’étable. Tranquillement et comme téléguidées, elles reprirent leur place. Je passais alors de bête en bête pour les attacher. C’était simple, deux bouts de chaîne fixés à la crèche, dont l’un avait un axe mobile que l’on introduisait dans l’autre bout doté d’une boucle ronde. C’était rapide mais quelquefois un peu dangereux en raison de l’humeur des bestiaux qui n’aiment pas être attachés, les cornes passant alors très près de la personne qui effectuait ce travail. Pour moi, petit bonhomme, j’étais obligé de me pendre au cou des bêtes pour arriver à passer les chaînes. Je ne vous fais pas un dessin quand j’arrivais aux boeufs...

 

            Dès que les vaches étaient rentrées à l’étable, il fallait passer à la traite. Les deux hommes s’y mettaient et quelquefois Cécile. Fernande essayait bien de s’y mettre, ce n’est pas si facile de traire, mais avec de la pugnacité elle y arriva un jour. Elle fut très fière, elle était une paysanne maintenant !

P plaisir de printemps pour les vaches

 

           

 

 

 

            Une fois les vaches traites et le lait recueilli dans un brinde (récipient d’une contenance de 20 litres environ que l’on portait sur le dos) il fallait le descendre au village, à la fruitière. Cette brinde était lourde et en principe c’est André qui se chargeait de cette corvée. Mon tour viendra plus tard, vous verrez !

 

            Le rythme de ma vie devint plus régulier. Le matin en champ, ça veut dire garder les bêtes, retour pour le dîner et l’après midi en champ. Cà c’était les horaires de printemps, car l’été les horaires changeaient avec la chaleur. En principe c’était toujours Cécile qui m’accompagnait. Je dois dire qu’elle n’était pas avare de conseils et avec elle j’apprenais tous les pièges que l’on peut rencontrer. Elle m’apprenait également le nom des prés. Ceux qui étaient aux Grobon et ceux qui n’étaient pas à laisser manger, seulement réservés au foin.

 

            Je commençais à emmagasiner pas mal de connaissances et pour faire un bon berger, il faut observer le comportement des bêtes, le temps, l’environnement tout a une importance pour le troupeau, même l’humeur du berger.

 

 Un berger qui chante, qui siffle, rend son troupeau calme et heureux, c’est vrai ! Les bergers qui savent jouer d’un instrument rendent encore plus heureux leurs troupeaux.

Un nouveau compagnon :

On n’imagine pas un berger sans chien. Tayaut venait bien avec moi au pâturage, mais il était âgé et ne s’occupait pas trop des bestiaux. Il ne se fichait pas mal de mes ordres et rentrait seul à la ferme quand il en avait assez.

            André s’était aperçu de cela et un matin de mai, en revenant de la fruitière, il apporta une petite boule de poils, rousse aux yeux tellement expressifs que l’on fondait en le regardant. Il était bien jeune ce toutou que tout de suite j’appelais Loulou. Inutile de vous dire que ce chien allait devenir mon compagnon pendant tout mon séjour à La Palud.

            Nous étions devenus inséparables. Trop, car un bon chien de berger ne doit pas être caressé ni être un jouet pour son maître. Je l’ignorais et j’avais tellement besoin d’amour que je dressais mal Loulou. Oh, il obéissait à mes ordres, faisait bien son travail de chien de berger mais m’obligeait à crier beaucoup. Disons qu’il était teigneux et ne lâchait pas facilement la bête qu’il avait ordre de retourner. Indiscipliné mais tellement gentil ce Loulou. Toujours à mes côtés, qu’il pleuve, qu’il fasse chaud il ne me quittait pas. Je l’emmenais dans ma chambre le soir, laissant la garde de la maison à Tayaut.

            Vous savez ce printemps 1943 passa bien vite. Le troupeau s’amaigrît de 5 veaux qu’un maquignon était venu chercher un matin. J’étais très mécontent de cette vente, mais on m’expliqua que c’était le seul moyen de gagner de l’argent pour pouvoir vivre. Les ventes des veaux, du lait des vaches et des œufs étaient les seuls revenus de la ferme, ce qui permettait d’acheter les semences, le matériel et faire tourner la ferme.

            J’allais maintenant seul aux champs. On me disait simplement ou je devais emmener les bêtes. Lorsque je ne connaissais pas un pré nouveau Cécile m’accompagnait, restait un moment avec moi et rentrait à la ferme. Pour rentrer, à midi surtout, et comme je n’avais pas de montre je regardais les autres troupeaux du plateau et je savais qu’il était midi. Si j’étais près de la ferme, on m’appelait.

 

La saison des foins

 

P les foins autrefois

 

            L’été approchait, une certaine fébrilité gagnait la ferme. On avait sorti la faucheuse, préparé les fourches en bois et les râteaux. On avait équipé le char d’un plateau et de deux grandes cordes. Eugène « enchaplait » les « dailles ». Quel drôle de chose allez-vous me dire. Non c’est simple une « daille » en patois c’est une faux. Pour que cette faux coupe bien l’herbe il faut que la lame soit tranchante comme un rasoir. Alors en premier lieu on la bat. Pour se faire, on s’assoit par terre, on plante une petite enclume en acier, on pose le tranchant de la faux sur celle-ci et à l’aide d’un marteau plat on affine le tranchant de la faux. C’est une opération qui dure selon les cas une vingtaine de minutes et qui est indispensable pour affiner la lame. Il ne reste ensuite, à l’aide d’une meule à main et par larges mouvements le long de la lame à faire le rasoir du tranchant.

            La période des foins approchait. Selon les saisons on attaquait vers le 10 ou 15 juin. Couper et rentrer le foin n’est pas si simple que cela ne parait. Il faut que le foin soit « mûre » et pas plus. Normalement, à la fenaison il doit être en fleur, ensuite il faut faire vite. Il faut donc suivre la floraison du foin et commencer par le plus précoce.

            A ce moment là j’ai perdu dans mon troupeau les deux bœufs qui allaient être occupés matin et soir aux travaux.

Les Grobon avaient fait l’acquisition d’une faucheuse Mac Cor Mick tractée par les bœufs. Avec cet engin la largeur de la coupe se faisait sur un mètre et à chaque rotation la surface diminuait d’autant. Plus les bœufs marchaient vite plus les mouvements de la lame étaient saccadés et rapides.

            André qui était le responsable de l’attelage était assis sur un siège très large, près de la lame et surveillait la coupe. Attention aux pierres, rochers ou autres obstacles. Si les bœufs étaient bien dressés, c’était le cas des nôtre, ils suivaient d’instinct le bord de la parcelle à couper, sinon il fallait un guide devant les bœufs, ce qui faisait deux personnes au lieu d’une occupées à cette manœuvre.

            Donc les fenaisons commencèrent vers le 10 juin et pendant presque deux mois allaient accaparer le personnel de la ferme. Pré par pré, les hommes coupaient les foins dès le lever du jour. En principe le pré était rasé dans la matinée, on ne coupait pas l’après midi. On dînait tous ensembles vers13 heures, et l’après midi, munis de fourches et de râteaux on rassemblait le foin en « andins », sortes d’étalement d’une largeur de 8 à 10 mètres et d’une longueur variable de 15 à 20 mètres. Le foin séchait sur le sol, on l’aérait bien à la fourche.

            Le soir venu, avant le coucher du soleil, on mettait le foin en « cuchons » sortes de tas d’environ deux mètres, qui préservaient le foin de l’humidité de la nuit voir de la pluie. Le lendemain, après la rosée, on étendait le foin sur le sol, pour qu’il sèche bien. Vers midi, on le retournait et plusieurs fois s’il fallait, jusqu’à ce qu’il soit bien sec.

Ce n’est seulement, qu’après avoir totalement et définitivement rangé le char à foin, que les hommes pensaient un peu à eux. Presque tous ensemble la famille Grobon entrait  dans la grande salle commune.

Derrière la porte d’entrée se trouvait une « pigne », sorte d’évier en pierre ou il y avait toujours deux seaux en aluminium pleins d’eau. Près de ces seaux il y avait une louche en fer émaillé blanc. A tour de rôle en commençant par le Père ils s’abreuvaient. Eugène buvait doucement en trempant sa moustache dans le breuvage et en finissant par un grognement de bien être. C’était ensuite au tour de Cécile, de Fernande et d’André. Quant à moi, au dételage du câble, j’avais emmené les bœufs boire au bac et avec eux je m’étais aspergé et repu de cette bonne eau de La Palud. Je remontais vite les bœufs à la ferme et après les avoir attelés au char nous repartions tous pour un autre voyage. Quand tout se passait normalement et que les prés fauchés ne se trouvaient pas trop loin nous faisions trois voyages par après-midi.

            En ce qui me concerne j’étais très vite entré dans le bain et mon travail de « cogneur » sur le char avait vite été apprécié par la petite communauté de La Palud. Pourtant quel gringalet cet Aimé ! Et dire qu’il n’y a pas si longtemps je fréquentais les préventoriums, les cabinets des docteurs, et là en quelques mois, par quelle magie Lapaludéenne ? Tout allait bien.

            La période des foins dure une cinquantaine de jours, c’est vrai on trouve cela bien long et ça fait des chars de foin à rentrer, mais quand on pense que l’hiver est aussi bien long dans ces montagnes, on comprend qu’il faut des réserves de nourriture pour une vingtaine de bêtes à l’étable. Un mois et demi c’est important aussi pour les organismes. Car se lever tous les jours vers 4 heures du matin et se coucher vers 22 ou 23 heures ça use les plus costauds. C’était mes horaires, pour qu’à la première traite, l’étable soit propre, j’étais le premier auprès des bêtes et quand le Père et André arrivaient avec leur seau pour la traite, l’étable était propre.

            Au début Fernande ou la Mère m’appelait, mais bien vite je n’eus plus besoin de personne pour me réveiller, pourtant je n’avais ni montre ni réveil. Dès le saut du lit j’enfilais ma culotte, un pull et je retrouvais mes vaches, souvent encore endormies. Je ne rejoignais la cuisine que beaucoup plus tard pour déjeuner.

            Vous dire aussi que ces nuits étaient courtes, c’est qu’il m’est arrivé plusieurs fois de m’endormir « en champ » ! L’été, je gardais le plus possible dans les landes qui sont de grands prés entourés sur au moins trois côtés par de la forêt  qui assurait de la fraîcheur aux bêtes.

P le troupeau en errance

Quand elles étaient calmes et bien groupées je m’allongeais sur l’herbe fraîche et je vous assure que c’était un repos bien apprécié. Un jour je me suis réveillé après un court endormissement et ... plus de vaches ! Elles s’étaient dispersées dans la forêt recherchant l’herbe plus douce des sous bois. Grâce à la cloche de Ruban j’ai vite retrouvé les fugueuses et Loulou a ramené les plus éloignées. Mais le troupeau restait toujours uni et quand on avait retrouvé Ruban, on les avait presque toutes retrouvées.

            C’est que l’été, les horaires de pâturage changeaient. En raison de la chaleur, l’après midi, les troupeaux ne sortaient qu’à 17 heures environ, après la traite, ce qui nous faisait renter à l’étable tard, nous quittions les pâturages à la grande nuit, vers les 22 heures. C’est vrai qu’en juin les jours sont longs. Après les prés, les bêtes passaient au bac se désaltérer et rentraient pour la nuit. Quant à moi, j’avalais mon souper souvent seul le soir, et j’allais vite au lit, sans me faire bercer.

            Ma vie s’écoulait bien calmement. J’avais oublié St Rambert et ma mère ne me manquait pas. C’est vrai que lorsque vous connaîtrez mon histoire, vous verrez que j’étais habitué à être élevé « seulet » et que la solitude ne me faisait pas peur.

            Et à La Palud être seul était une réalité ; je passais des journées entières dans les landes solitaires et en bordure de la forêt. Des journées entières sans voir personne, ça vous forge une carapace contre la solitude, cette vie.

Hormis les gens de la ferme, La Palud était habitée par les Favre dont la ferme, je vous l’ai dit était à environ 500 mètres des Grobon. Cette famille était composée de Monsieur Favre et de son épouse, couple ressemblant un peu à Eugène et Cécile, et de leur fille Aline. Je crois que de temps en temps venait à La Palud une sœur de Mme Favre. Il y avait aussi, une bergère. Ah ! Me direz-vous... Elle s’appelait Suzanne ; Suzanne était un peu comme moi. Placée à Champdor pour fuir Lyon, d’où elle était originaire, elle profitait du bon air et de la bonne nourriture, car bien sûr ces années de guerre avaient une bien mauvaise incidence sur la santé des adolescents dans les villes.

P La poésie du cogneur de char remplacée par la mécanique des roundballers

la poésie des cogneurs de char remplacée par les roundballers

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       
   
 
 
 
 
 
 


 

 

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19 septembre 2018

Les amis de Mazières

A Les amis de Mazières photo Guy Somain

Pèlerinage de Mazières, une tradition ancestrale qui perdure.

 Il y a fort longtemps, le clergé institua deux pèlerinages annuels : le premier le 2 juillet de chaque année où l’on fêtait la visitation de Marie à sa cousine Elisabeth, le deuxième le 8 septembre, date à laquelle on célébrait la nativité de la vierge. Ces pèlerinages ont perduré jusque dans les années 1980.

Ensuite, il fut institué une messe de secteur le premier dimanche de juillet. Enfin, depuis l’an 2000, une cérémonie a lieu le 15 août pour fêter l’Assomption. Ce rassemblement entraîne encore une centaine de pèlerins chaque année.

2018, n’a pas manqué à la tradition ancestrale.

Cette année encore, le Père Didier Gaud, assisté du Père Jean Guillet, du père Hubert Maillard et du diacre Axel Albar, ont célébré une messe très suivie par de nombreux pèlerins très heureux de se retrouver dans ce lieu ancestral.

Les amis de Mazières rénovent le site.

Depuis quelques années, une équipe du Plateau sous la direction de Patrick Pesenti amène des améliorations sensibles sur le site,

Des bancs et des tables de pierre ont été installés  près de la statue de la Vierge et près de la chapelle permettant aux visiteurs venus prier de se poser et de s’installer pour leur méditation.

Les non-croyants qui aiment ce site, peuvent le dimanche venir piqueniquer en toute quiétude, un barbecue de pierre leur permet même de faire des grillades sans créer ces petits foyers de pierre qui dénaturaient le lieu.

Sanctuaire ou oratoire ?

Cette année les amis de Mazières commence la construction d’un oratoire. Le terme de sanctuaire cité plusieurs fois n’est pas approprié.

 

Dans une église ou un temple, le sanctuaireest la partie où se trouve l'autel, ici il s’agit plutôt d’un oratoire. L'oratoire a un caractère rural puisqu'il permettait aux paysans vivant dans un univers parfois décentré de venir se recueillir pieusement auprès d'un saint patron et de s'adonner à une prière sans pour autant se rendre à l'église. Néanmoins l'oratoire constitue davantage qu'un lieu de culte ; c'est aussi un lieu de remerciement et d'offrande avec l'espoir en retour de la protection du saint auquel il est dédié.

La construction en cours permettra de libérer la statue de l’esplanade des ex-votos ou autres marques de piété de plus ou moins de bon goût que déposent les visiteurs mais respectons leur choix.

En cela, les amis de Mazières entreprennent une belle œuvre.

Cette équipe est à encourager. Elle organise un repas après  la messe qui connait chaque année de plus en plus de succès et dont la recette permet de continuer leur œuvre.

Si vous ne participez pas au pèlerinage et si vous aimez le lieu, vous pouvez toujours les contacter pour contribuer à leur dévouement pour rentre cet endroit encore plus agréable.

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15 septembre 2018

oocup 2018

OOcup J2 2

OOCUP 2018

 

C’est avec une grande satisfaction que le CDCO 01 (Comité départemental de course d’orientation de l’Ain regroupant les clubs du CO Ambérieu et le club O’Bugey), avec le CAF Plateau Hauteville Retord créé à cette occasion, et leurs partenaires Slovènes, ont accueillis du 23 au 29 juillet dernier plus de 3000 coureurs de 35 nationalités et leurs familles pour 5 étapes de courses d’orientation.

Campings, gîtes et chambres d’hôtes du Plateau d’Hauteville Retord et de la région ont accueillis ces orienteurs venus découvrir notre belle région. Il valait mieux être polyglotte !

OOcup J2 3

 

La semaine a commencé en douceur par la remise des dossards à la salle des fêtes d’Hauteville lundi après-midi et le mardi. Les orienteurs avaient hâte de découvrir de nouveaux terrains et ont pu se rendre en début de semaine sur le site de La Praille pour se dégourdir les jambes sur la carte d’entraînement, pendant que d’autres visitaient la région.

Mercredi lancement de l’Etape 1 sur le très beau site de La Palud – Champdor : les prairies de l’Arena se sont couvertes des couleurs des flammes et tentes des nombreux clubs représentés. Les participants ont pris leurs départs toutes les minutes, échelonnés entre 10h et 14h, oui 3000 orienteurs, ça fait du monde ! Cette nouvelle carte leur a offert un terrain très varié avec une forêt mixte et une bonne visibilité. Les organisateurs attendaient avec impatience les premiers coureurs à passer sous l’arche de l’arrivée et ils ont eu la satisfaction de voir des mines réjouies mais éprouvées. Le temps magnifique a fait le bonheur des bénévoles de la buvettes du comité des fêtes de Champdor.

 

Ce premier soir, les organisateurs ont démonté toute l’arena et le centre de course pour la déplacer à Jalinard.

Jeudi étape 2 à Jalinard : les orienteurs ses sont confrontés à un terrain exigeant techniquement et physiquement. Cela se confirme par le écarts de temps qui se creusent entre les premiers et derniers au classement sur chaque circuit ! Mais rien pour démoraliser les coureurs, bien au contraire. Le soleil, la chaleur et le ciel bleu permettent aux coureurs d’échanger et comparer leurs itinéraires de course et leurs temps entre chaque balise autour d’une collation, d’une glace ou d’une boisson fraîche proposée ce jour là par le Ski Club de Lompnes.

Les organisateurs ont ensuite encore déplacé l’Arena pour rejoindre les Plans d’Hotonnes dans une belle et grande prairie à proximité du stade de biathlon, théâtre des trois dernières étapes.

Vendredi samedi et dimanche : étapes 3, 4 et 5 : encore un changement de terrain avec cette fois de belles forêts de feuillus parsemées de pâturages et d’importantes zones rocheuses, du dénivelé  : de quoi faire chauffer les têtes et les jambes. Les corps sont mis à rude épreuve mais la bonne humeur et la joie de réussir des courses très difficiles font vite oublier les petits bobos et la fatigue.

OOCup3

La buvette a tourné a plein régime : les deux clubs de course d ‘orientation d’Ambérieu et O’Bugey ne ménagent pas leurs efforts pour satisfaire la forte demande pour se restaurer sur place.

A l’étape 4, pluie et orage se sont invités le matin… faisant fortement chuter la température mais cela n’a pas entamé le moral des orienteurs habitués à courir par tous les temps. C’est sous une pluie battante que les orienteurs se sont rendus samedi au départ, étape la plus technique de la semaine.

Le beau temps est de retour pour la dernière étape du côté de la Croix des Terments. La fatigue est bien présente mais il faut rester concentré jusqu’au passage sous l’arche de l’arrivée.

C’est avec enthousiasme que chacun se rend chaque jour devant les écrans pour connaître son temps et son classement après chaque étape.

Dimanche vers 15h, en français et en anglais, c’est la remise des prix : les meilleurs des 5 étapes se sont vus remettre un morceau de comté local ou de la tome.

Rappelons que cette organisation ne comptait pour aucun classement national ou international, seul le plaisir de courir sur de très belles cartes, de progresser sur de beaux terrain exigeants et de qualité ont motivés tous ces orienteurs, tout en profitant de vacances sportives leur permettant de découvrir notre belle région.

OOcup16 J2

Puis la prairie s’est vidée, laissant les organisateurs un peu orphelins après plus de deux ans de préparatifs. Organisateurs et bénévoles, Slovènes, Tchèques et Français ont alors partagé un pot de l’amitié après avoir ensemble réussi une belle prestation. Et c’est avec un pincement au coeur qu’il a fallu une dernière fois démonter l’Arena.

A noter également que chaque jour, une version loisir organisée par le CAF a permis aux moins aguerris et souvent en famille de découvrir ce sport nature sans chronométrage.

La rentrée permettra de faire le bilan complet mais nous pouvons déjà dire que c’est une très grande réussite d’avoir fait connaître le Bugey à un si grand nombre d’étrangers et de Français avides de revenir en découdre sur des terrains si techniques. Une mention spéciale pour remercier Nicolas Greff, qui a fait germer cette idée depuis plus de deux ans et a réussi, entouré d’une petite équipe motivée, à tenir ce projet à bout de bras et à le mener à bien.

 Texte Alain Béguinot, photos Guy Domain

 

Participants par nation :

Hors clubs

114

Australie

16

Autriche

72

Belgique

196

Bulgarie

4

Canada

2

Croatie

3

République Tchèque

171

Danemark

117

Estonie

16

Finlande

85

France

1090

Allemagne

222

Hong Kong, Chine

2

Hongrie

5

Irlande

73

Israël

6

Italie

65

Japon

1

Lettonie

31

Lituanie

55

Luxembourg

1

Pays-Bas

10

Nouvelle-Zélande

3

Norvège

48

Pologne

9

Portugal

9

Russie

26

Slovaquie

4

Espagne

131

Suède

35

Suisse

347

Ukraine

8

Royaume-Uni

101

Etats-Unis

2

   

 

 

 

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01 septembre 2018

Le médical d'Hauteville-Lompnes en 1938

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Plus de 15 médecins dans la station

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35 sanas et maisons de cure privés, Il faut rajouter Mangini, les sanas de La Seine, La Savoie, l'interdépartemental, Bellecombe, l'Espérance, Angeville etc....

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