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08 août 2022

Nos chères Mairies

Nos chères mairies.

 

La mairie de Lompnes fut inaugurée en 1876, elle est l'oeuvre de l'architecte lyonnais Despierre, elle fut construite par Chanoz

Elle servait de mairie et d'école pour les garçons, puis elle s'enrichit d'une agence postale tenue au départ par Camille Comte épouse Lay, puis par Mimi Brunier épouse Barthelet.

Elle accueillit les services du Sivom, puis l'office du tourisme.

Elle est la base de France Service actuellement.

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La mairie d'Hauteville est plus récente, construite en 1922 par les architectes Revol et Rigard

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Elle contenait une salle de spectacle le Novelty et coté rue de la république, la poste, un commerce d'électricité tenu par Jules Michel et les bureaux de la mairie.Ces aménagements ont été exécutés par les architectes Kohn et Lavergne en 1930.

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En 2022, ces bâtiments ont été restaurés et ont maintenant fière allure.

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24 avril 2022

La première poste à Hauteville

La première poste.

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Elle était située dans l'actuelle café du PMU et cela au début du XXème siècle.
A la construction de la mairie d'Hauteville, elle a migré dans le nouveau bâtiment laissant la place à la Banque régionale de l'Ain en 1929-1930.

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Etait-ce la proximité de la poste qui avait fait baptiser l'hôtel tenu par la famille Graner, où était-ce l"emplacement de la première poste d'Hauteville, mystère

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08 avril 2022

Sur les pas des moines bugistes, avis aux randonneurs!

 

SAINT SULPICE EN BUGEY

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Jadis, il y a fort longtemps, aux premiers siècles de notre ère, dans le désert d’Egypte, alors que le christianisme se rependait dans tout le Moyen-Orient, quelques chercheurs de Dieu au tempérament d’acier choisirent la vie contemplative. Les deux plus anciens moines connus, égyptiens des III et IVème siècle sont : Saint Antoine du désert l’ermite et Saint Pacôme le cénobite qui réunit la première communauté monastique.

Vers l’an 350, Saint Basile de Césarée de Cappadoce initia la première organisation de vie cénobitique. La vie communautaire étant moins rude attira jusqu’à nos jours de nombreuses vocations. Dès le IIIème siècle, le monachisme atteint l’Occident, en Italie, en Gaule, en Espagne. Les monastères gaulois fondés autour de Marseille et dans les iles de Lérins essaimèrent bientôt dans la vallée du Rhône et atteignirent l’ouest avec Saint Martin qui fit naître vers la fin du IVème siècle Ligugé à Poitiers et Marmoutier à Tours.

Au VIème siècle, Saint Benoît de Nursie écrivit la règle que s’approprieront au fil du temps des milliers de monastères nouveaux ou déjà anciens. La règle bénédictine de base fut adoptée, puis interprétée, remaniée, réformée et adaptée par plusieurs ordres centralisés et souverains dont les deux plus fameux et prolifiques sont les clunisiens dépendant de Cluny et les cisterciens de Cîteaux qui couvrirent l’Europe d’une multitude d’établissements. On peut résumer cette règle par les trois huit : louange, travail, repos.

Les cluses et vallées bugistes accueillirent quatre grandes abbayes dépendantes plus ou moins de Cluny entre le VII et le IXème siècle : Saint Rambert vers 680, Nantua vers 690, Ambronay vers 803 et Saint Benoît de Cessieu dans la boucle sud du Rhône vers 859. Toutes eurent à souffrir des diverses invasions. Les hongrois traversèrent le Bugey plusieurs fois dans leurs liaisons entre la Bourgogne et les Alpes. C’est vers l’an Mille qu’explose la multiplication des fondations, les chercheurs de Dieu prospectant de plus en plus les « déserts » loin des plaines peuplées et sillonnées par les voyageurs. Vers 1110, un petit prieuré clunisien sous le vocable de Saint Sulpice naquit dans une combe sauvage entre Hostiaz et Prémillieu. Il prospéra sous la direction de Humbert et se trouva bientôt à l’étroit.

O la dernière arche de saint Sulpice

la dernière arche de saint Sulpice

Saint Bernard de Clairvaux venait de fonder Cîteaux en 1098, rompant avec l’ordre clunisien riche et puissant pour renouer avec la règle bénédictine austère d’origine. L’engouement pour ce retour aux sources de la vie contemplative fut tel que le nouvel ordre cistercien connu une expansion fulgurante. Entre 1113 et 1115, quatre fondations issues de Cîteaux virent le jour : La Ferté, Pontigny, Clairvaux et Morimond.

 Saint Sulpice entra ainsi dans la filiation de Pontigny par un groupe de moines détachés pour fonder une nouvelle grande abbaye dans la combe à l’est du massif de Jailloux. Le culte de Saint Sulpice dit « le sévère », évêque de Bourges en 584, se répandit dans toute la chrétienté et c’est sous sa protection que nos moines bugistes avaient choisi de se placer.

N14 Abbaye de Pontigny

abbaye de Pontigny

 

 Le grand domaine attribué sur le territoire d’Hostiaz s’agrandit considérablement. Amédée III de Savoie, favorable à l’implantation de monastères sur ses terres leur concéda un périmètre immense entre La Cluse des Hôpitaux à l’ouest, le massif de Gervais à l’est, au nord, la limite des villages de Cormaranche et Hauteville, et au sud la montagne de Virieu, la vallée de l’Arène incluant le massif de Ravières. Monastères et églises ont toujours souhaité posséder les reliques d’une sainte personne, sorte de richesse spirituelle, parcelle céleste favorisant pour la fondation, bénédictions et grâces par les liens profonds du défunt avec le ciel. Il se pourrait que les restes de Sainte Blaizine, possible suivante de Sainte Ursule, fille d’un roi breton, martyrisée à Cologne par les Huns en 451 avec 11 de ses compagnes soit ce trésor conservé à l’abbaye.

Au cours des siècles, ses possessions ne cessèrent de croître, créant des rivalités d’exploitation avec les voisins, Chartreuses de Meyriat et de Portes et les abbayes d’Ambronay et Saint Rambert. Le pape Innocent III intervint directement en 1137 puis en 1142 pour mettre fin aux litiges sur les droits de pâturage qui ne furent jamais vraiment respectés.

La renommée de l’abbaye fût amplifiée pour avoir été l’un des trois monastères destinataires des « coutumes » de Guigues. En 1136 Guigues, cinquième prieur de la Grande Chartreuse rédigea ces fameuses « coutumes ». Il s’agit de la règle de Saint Bruno, fondateur de l’ordre qui le plaça sous l’observance d’un canevas de prescriptions strictes plutôt appelés coutumes au Moyen-Age. Cette règle diffère radicalement de celle de Saint Benoît que suivent les bénédictins qui font des activités communes la base de leur vie monastique.

O reste de chapiteau de Saint Sulpice

restes de chapiteaux de l'abbaye

 

 

 Les Chartreux, à la suite de Saint Bruno choisissent la vie d’ermites, seuls les offices qui cadencent leur journée sont célébrés collectivement. Ils ne sont jamais plus de douze dans un monastère alors que les bénédictins, quel que soit l’ordre, peuvent dépasser la soixantaine. C’est Guigues, cinquante ans après la fondation, qui coucha la règle par écrit et l’adressa aux prieurs de Portes, Meyriat et Saint-Sulpice qui la conservera comme un inestimable trésor. Mais la vie érémitique était pratiquement impossible pour un monastère de tradition clunisienne à l’effectif déjà pléthorique. Saint Sulpice resta donc fidèle à sa filiation cistercienne.

 

L’afflux des vocations sous la conduite des premiers abbés Bernard, Aymar, Pierre, Guérin, Silvion et la protection du Comte de Savoie initia une longue période de prospérité et d’expansion. Saint Sulpice en Bugey fonda cinq nouvelles abbayes avant la fin du douzième siècle : Falleri, San Martino, San Sébastiano en Italie et deux dans l’Ain : une abbaye de moniale en 1155 à Bons en Bugey et Chassagne en Bresse en 1162.

Vital, un jeune pâtre de Malix venait régulièrement demander l’aumône et écouter avec passion l’enseignement des moines. Séduits par sa grande piété, ils obtinrent de son père de l’employer aux travaux des champs. A la recherche de la connaissance de Dieu, il adhéra totalement à l’idéal monastique. Il accomplissait avec plaisir les divers travaux confiés, offrant au ciel toutes ses activités. Ses rares moments de repos étaient dédiés à la louange et à l’oraison. Il vénérait toutes les choses de la nature comme merveilles de la création. Malgré l’admiration de la communauté, il refusa par humilité d’être promu comme clerc, passionné par son simple état de frère convers. Sa sainteté était admirée de son vivant. Il prédit sa propre mort le 14 Février 1200 qui fut le commencement d’une véritable dévotion populaire.

 

 La chapelle des étrangers, l’une des premières bâtisses de l’abbaye en limite de clôture, utile à la célébration des offices pour la population locale, devint son tombeau sous le vocable de Saint Vital.

N14 les travaux de la chapelle st Vital en 2011

 travaux à la chapelle des étrangers.

Petit à petit, la croissance économique éloigna les religieux de leur idéal de pauvreté. L’immense domaine devint très productif par l’installation de moines convers exonérés des contraintes de formation théologique et des obligations cultuelles. Ils géraient les granges éparpillées sur le territoire, faisant fructifier les élevages, les cultures, les forêts. Au fil du temps, la main d’œuvre fit défaut et ce sont des laboureurs et leurs familles bénéficiaires d’abergeages qui furent recrutés. Ces premiers baux évoluèrent peut à peu en villages.

Les paroisses d’Hostiaz et Prémillieu furent créés en 1242, placées sous la tutelle de l’abbaye. Les granges disséminées sur les terres de Saint Sulpice furent cernées de constructions et de familles. Une des plus anciennes, aujourd’hui résidence particulière, donna naissance en 1382 au village de Sainte Blaisine. Thézillieu fut crée en 1386, les Catagnoles en 1389, Lavant en 1400 et Vaux Saint Sulpice en 1404. Finalement apparurent Ponthieu et Les Teillères.

Par leur science du développement agricole, les moines, à force d’acquisitions, de défrichement et de regroupement de parcelles, parviennent à la création d’un des plus beaux domaines viticoles du Bugey sur les pentes plein sud de Machurat dominant Artemare.

Pierre de Morgnieu élu abbé en 1556 entra dans l’histoire pour son échange de correspondance avec le théologien philosophe hollandais Erasme, laissant le souvenir d’un penseur érudit cherchant à défendre et justifier l’idéal chrétien.

En 1601, date du rattachement du Bugey au royaume de France s’ouvrit une parenthèse de 10 ans de ténèbres pour l’abbaye. Elle fut confiée à Pierre d’Escodeça, Baron de Pardaillan, capitaine huguenot installé par la volonté d’Henri IV pour services rendus. Il transforma le monastère en haras et l’abbatiale en remise à fourrage. Pillages et destructions émaillèrent cette décennie sous la coupe réglée de ses soudards jusqu’en 1610. Louis XIII mis fin à cette situation et Saint Sulpice retourna à une vie normale sous la conduite de Pierre de Nivelle. C’est surtout au début du XVIIIème siècle qu’un véritable renouveau fut initié avec un vaste programme de restaurations, reconstructions favorisées par l’afflux de nouvelles vocations.

Les 46 abbés qui se succédèrent à la tête de l’abbaye ont écrit chacun à leur manière une page d’histoire. Tous ne furent pas des saints. Saint Sulpice traversa pendant sept cents ans les vicissitudes du temps. Histoire émaillée par les conflits de personnes, les crises politiques, les guerres, les querelles de voisinage, les procès, les changements de suzerains, les épidémies. Acquisitions et donations en firent au fil des siècles une puissance économique au pouvoir temporel démesuré à une époque où les lois féodales étaient peu à peu remises en cause et abolies.

Les revenus exigés d’une population pauvre et laborieuse devenue très dense aboutit à l’occupation par les paysans du 12 au 14 Août 1789. Une grande partie des archives brûlèrent, créant un immense vide pour les recherches historiques postérieures. On retrouve encore beaucoup de documents sur les procès et les conflits mais il reste peu de traces de la vie quotidienne des moines, réglée par la suite des offices qui furent toujours célébrés par des religieux fidèles à leur idéal de prière liturgique régulièrement assurée. Les sept derniers moines furent chassés le 1er Octobre 1790 et les biens vendus ou pillés. L’église abbatiale, monument considérable de 60 m de long survécut jusqu’en 1900 avant de servir de source de pierres taillées à l’essor des hameaux.

N 14 récupération des pierres du monastère pour les constructions de maison

récupération de pierres de l'abbaye dans les constructions de Thézillieu

 

A partir de 1968, les fouilles entreprises sous la direction de Christine et Yves BRU mirent à jour des richesses archéologiques insoupçonnées. Le site de trois hectares de l’ancienne clôture monastique est actuellement propriété privée à usage agricole. Le dernier bâtiment est la chapelle Saint Vital en bord de route, copropriété Bru-Espiard. Elle est en cours de restauration et une visite du site est possible sur rendez-vous avec Yves Bru. La riche et passionnante histoire de Saint Sulpice en Bugey mériterait une étude complète pouvant aboutir à une publication patrimoniale de grand intérêt.

 

Gilbert Lemoine

 

 

 

 

 

 

 

Un circuit des abbayes et Chartreuses en pays Bugiste.

Gilbert Lemoine propose que Pierre et Mélanie , deux bons randonneurs, marchent  cette année sur les pas du frère Martin de Saint Sulpice se rendant autrefois dans les différents monastères du plateau.

Les dernières étapes :

 

LE CHEMIN DES MONASTERES

SAINT SULPICE – SAINT RAMBERT

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Capture Saint Sulpice Saint Rambert

Il fait plutôt frais en cette mi-juin lorsque Marthe, Honoré, Pierre et Mélanie se retrouvent très tôt devant la chapelle Saint Vital à Thézillieu pour une nouvelle rando monastique entre les deux antiques grandes abbayes. Heureux de marcher de nouveau ensemble pour de nouvelles découvertes de l’histoire religieuse médiévale : notre histoire. Loin de l’agitation mondaine, ils s’engagent rapidement sur la desserte de la maison forestière de Jailloux. En 1151, Aynard, abbé de Saint Sulpice, ami fidèle du Comte de Savoie, accepte pour lui, de rejoindre Brou comme témoin de l’accord diplomatique qui reste à nouer entre les principales abbayes bugistes plus ou moins sous la protection du Comte pour que Saint Oyend de Joux revienne à la paix monastique et lui prête allégeance en vue d’une intégration durable du Grand Bugey à la Maison de Savoie, de Saint Claude à Hautecombe et Brou à l’ouest.

L’abbé, accompagné de Fulbert et Marcus, deux moines conseillers érudits, quittent l’établissement par la Grande Porte qui s’ouvre face à la forêt de Jailloux ou pullulent ours et loups. Aynard doit rejoindre Citeaux pour le chapitre général de l’ordre après sa mission de Brou. Les trois moines partent pour une première étape à Saint Rambert où d’autres frères les accompagneront. Pour nos amis randonneurs, c’est une page de la lointaine histoire qu’ils vivent en imaginant devant eux les moines armés de leurs lourds bâtons ferrés.

Dans le premier virage à droite, ils sortent tout droit pour suivre un mini-sentier à l’arrière de l’ancien chantier de jeunesse. Débouchant sur la piste de Prémillieu, ils traversent et laissent à leur gauche la cabane de la chasse domaniale, partant à droite pour amorcer vers l’ouest la montée en pleine forêt. 500 m plus avant, nouvelle traversée de la piste Lavant-Prémillieu. Le chemin de Saint Sulpice ou chemin des moines les amène à Orcières à 1022 m d’altitude. A droite, le chemin de la Perrière qui part au nord les guide vers un sentier qui traverse plein ouest une jeune sapineraie, les faisant grimper jusqu’à la clairière de la Charbonnière culminant à 1065 m, coiffée d’une antenne de radioguidage de l’aviation civile et d’une table d’orientation face au Grand Colombier à 16 km à l’Est et au Mont Blanc à 100 km.

Premier arrêt bref pour l’observation du somptueux horizon alpin. Une large piste repart au Nord pour atteindre Saint Sulpice le Vieux. Les moines se recueillent dans leur prieuré d’origine et nos amis marcheurs admirent le petit village rustique et fleuri jadis choisi comme « désert » par Humbert et ses compagnons. Ils repartent sur la route d’Hostiaz et devant la dernière maison à droite tournent sur le chemin qui descend au captage du bief de Gouille. Remontée sur la route qui continue au Nord pour atteindre et suivre l’épingle à cheveux du col d’Hostiaz. Les quatre randonneurs quittent à nouveau la route pour le sentier plongeant à leur droite dans le bois de la Chênela et atteindre à l’Ouest Pré Labulie. Ils traversent la piste de Sur Roche et continuent vers le bord de la falaise à travers les prés de Champ de Pois et des Combettes. Sur le plateau pelé, royaume des moutons, nos amis sont salués par les grandes brebis qui les observent avec curiosité. Le sentier court en sous-bois parmi les buis renaissants de leur massacre par la pyrale et débouche sur La Côte, au départ de la via ferrata devant la table d’orientation, dominant Tenay, village de Lilliputiens tapis 450 m plus bas au fond de la Cluse des Hôpitaux. Comme les moines jadis, traceurs du chemin, nos amis descendent plein Nord sur le sentier du facteur, ainsi nommé car emprunté de 1830 à 1930 par le préposé des postes montant le courrier tous les jours de Tenay aux habitants d’Hostiaz.

Après cette plongée dans les lacets parmi les buis pétrifiés, une arrivée pleine pente débouche derrière l’ancienne maison de retraite dans la rue principale de Tenay. Repartant pour 500 m au Sud, ils atteignent le viaduc qui enjambe les Eaux Noires, la D1504 et la voie ferrée. En face, la montée conduit nos deux couples au lotissement du Doucet, puis après deux grandes boucles, au hameau de Plomb qu’ils traversent en repartant au Nord-ouest sur la voie communale du Mortier. Un Km après Plomb, ils s’engagent à gauche sur l’allée d’accès à Andriset

N et O LES FANTOMES D ANDRIZET

les fantômes d'Andriset

 

En 10 mn, ils atteignent le hameau fantôme. Malgré le soleil, la tristesse domine en traversant Andriset abandonné depuis quelques décennies. Seule une vaste demeure résidentielle à la façade ocre délavée et un « travail » bien conservé permettent d’imaginer une vie communautaire sur la placette envahie par la végétation.  La traversée du ruisseau de la Tine en haut du village conduit nos pèlerins sur un sentier misérable contournant « Le Pain de Sucre » par l’Est pour rejoindre La Pavaz au Nord. Le bourg, minuscule mais dense, dominant Argis, est, lui, bien vivant de résidences secondaires reliées à la vallée par la D104.

Au sommet de La Pavaz, après l’ancienne école, elle-même habitée, nos amis traversent la route et empruntent le chemin qui coupe le lacet du « Pain de sucre ». Reprenant la départementale sur 100 m vers le Nord, ils s’engagent sur l’allée d’accès au Plateau de Suerme par Averliaz.

N et O AVERLIAZ le désert (1)

Averliaz le désert

 

En 10 mn ils atteignent une grande stabulation et quelques habitations qui font perdurer un semblant de vie locale dans ce village suspendu à 300 m au-dessus de La Cluse des Hôpitaux. La grande rue fait penser aux villes désertes des westerns. De chaque côté, d’anciennes maisons à étages aujourd’hui fermées et abandonnées permettent d’imaginer l’intense et charmante activité des 200 habitants d’Averliaz vivant et travaillant ici il y a un siècle. Un retraité réfractaire au départ, entreprend nos marcheurs en leur expliquant qu’Averliaz se meurt. Et pourtant, quel paradis en pleine nature, perché à 600 m à flanc de coteau pour une vue panoramique imprenable sur les montagnes et vallons bugistes entre le Mont Charvet et Le Plateau du Jargoy. Un km plus avant, en suivant la route vers le Golet de la Batiaoure, après le réservoir, un abreuvoir et sa faible source, nos marcheurs tournent à gauche pour monter au Sud par les prés du Muret et entrer après 10 mn sur une petite sente à l’orée du bois de la Montagne de Suerme.

N et O LE BROCARD DE SUERNE (1)

le brocard de Suerne

 

Là, à 800 m d’altitude le panorama à 360° est spectaculaire puisque ouvert sur les Alpes, les Monts Jura, la Plaine de l’Ain et la Vallée du Rhône.

Maintenant, s’impose la pause. Marthe, Honoré, Pierre et Mélanie repartent gaillards en empruntant au carrefour des pistes du centre du Plateau, le chemin de séparation des prairies descendant au Sud-Ouest vers la jonction des pistes de Charbonnier indiquée sur la carte par l’altitude 768 m. De là, un sentier couvert plonge Nord-Ouest dans la forêt entre La Rivoire et le Bois des Peines. A 2 km ils atteignent après un virage à 180°, l’allée de jonction Saint Rambert-Blanaz. Ils s’y engagent en contournant par le Nord, le second « Pain de Sucre » en direction du haut de Javornoz.

N et O Buges vu de Javornoz

Buges vu de Javornoz

 

Un chasseur local s’intéresse à leur pèlerinage entre abbayes ; son chien aussi sympathise avec nos aventuriers. Le village pentu est descendu par sa rue Nord. A 500 m, à gauche, un « cul de sac » leur ouvre l’ancien chemin d’accès des moines de Saint Rambert à leurs granges de Javornoz et Blanaz. Nos quatre marcheurs sont heureux d’arriver en ville. Traversant le passage à niveau, ils tournent à droite sur la nouvelle allée qui desservait jadis les usines des filatures Schappe et qui irrigue maintenant un long espace, aménagé récemment, avec parkings arborés, services administratifs et sociaux, Ehpad départemental, pour contourner l’immense salle des fêtes et aboutir au pont qui enjambe l’Albarine et donner accès au centre-ville. Les deux couples traversent la départementale et empruntent la montée qui arrivé à la passerelle sur le Brévon. Petit signe du ciel, nous sommes le 13 juin, anniversaire de la mort de Rambert en 680.

N et O Cornillon défenseur de l'abbaye

 

Cornillon défenseur de l'abbaye de saint Rambert

Longeant le torrent, ils parviennent à l’entrée de l’abbaye où le site ombragé dominant la ville leur tend les bras pour un repos réparateur. Fort longtemps avant les quatre randonneurs, le groupe de moines conduit par Aynard de Saint Sulpice ne manque pas de se recueillir au bord du Brévon où Ragnebert, fils du Duc de Neustrie, passé à la postérité en Saint Rambert, fut assassiné sur ordre d’Ebroin, Maire du Palais.

N et ORAMBERT, fils du Duc de Neustrie 13 JUIN 680

 

Parvenus à la porterie, ils expriment le désir de descendre à la crypte solliciter l’intercession de Domitien, fondateur de l’abbaye en 432, pour la réussite de leur mission diplomatique….

 

A suivre….

 

 

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LE BUGEY EN SANDALES

 

 

 

GROISSIAT -SELIGNAC

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o 15Capture parcours Groissiat Sélignac

Encore sous le charme et enivrés des paroles d’Isaac de l’Etoile, fin connaisseur de l’Eglise d’Angleterre et érudit passionné, qui les subjugue une partie de la nuit par ses enseignements, les bénédictins sanclaudiens gravissent la pente du Bois de Ban. Le père Félix a bien du mal à suivre le rythme des trois jeunes moines. Quentin et Mélissa montent la D106 vers Géovreisset et virent à gauche sur l’accès du réservoir de Groissiat qu’ils contournent pour mettre leurs pas dans ceux des religieux. La fraîcheur matinale est identique à celle du printemps 1151 ; le jour qui pointe est semblable ; les moines ? Il suffit de les imaginer. La piste sinue à mi- pente sur 1.5 km et offre quelques points de vue aériens sur la vallée de l’Ange entre Oyonnax et Montréal.

 Parvenus sous la double ligne qui remonte le courant produit à Génissiat vers le nord, nos marcheurs tournent à droite et suivent la ligne sur 300 mètres  jusqu’au pylone-borne culminant à 816 m d’où ils redescendent vers le Mollard aux Biches avant de reprendre vers le Sud un chemin croisant à nouveau la ligne. En 10 minutes, ils sont au carrefour où ils s’engagent à droite sur la sente qui descend Des Essarts à Cessiat.

 A gauche, une voie forestière sous La Cote les amène à la route Charbillat-Cessiat. Direction nord, ils arrivent au village en contournant la colline de la chapelle. Les deux randonneurs partent à l’Ouest sur la D85 et à 600 m tournent à droite sur le raccourci pour Tignat, rapidement traversé par sa rue centrale vers le Nord. Dépassant l’immense stabulation, la piste continue sur 500 m. Au croisement, Quentin et Mélissa prennent à gauche pour atteindre la route des ruines du château du Voërle. En s’engageant au Sud-Ouest, ils gagnent Izernore.

 

N14 Plaine d'Izernore

Quelques pas au Sud, traversée de la D18 rue principale, puis à droite vers Intriat. Un kilomètre de traversée de la plaine agricole de Bordétant et nos amis arrivent au barrage des Trablettes sur l’Oignin. Un premier pont, puis un second, sur le canal du vieux moulin et ils quittent la route pour le chemin d’Intriat. Le panorama est spectaculaire, dominant la gorge de l’Oignin d’un côté et la chute d’eau relachée par l’usine hydroélectrique de l’autre. Traversée du hameau et de la D11 pour monter sur 300 m le raccourci qui mène à la D11d sur laquelle nos randonneurs partent vers Heyriat entre le Mont Chalamont et En Boissiat. Le bourg est atteint en une demi-heure et vite parcouru jusqu’à la départementale qui longe le Bief de Mailloux. Ils quittent  la route pour une piste continuant à l’ouest

A 800 m, le sentier, vire à gauche, descend sur 2.5 km, serpentant entre la combe du Montant, le Mollard Maison et le Grand Mont avant de plonger sur Bonbois au pied de l’épaule nord de La Faye. La descente est entrecoupée de points d’observation exceptionnels de la longue muraille de Sur Chatillon tombant à pic de 200 m dans l’Ain entre Corveissiat et la boucle de Daranche.

N la boucle de Daranche

 

Cinq minutes avant le village, nos aventuriers choisissent de sacrifier une demi-heure dans l’aller-retour montant à Pisse-Vache. Au pied du Rocher des Trois Colonnes, la chute d’eau jaillissant vingt mètres plus haut éclate en feu d’artifice perlé. S’insinuant derrière le rideau d’eau, ils admirent la ruée liquide vers le torrent.

N14 Pisse-vache en Bugey (1)

Après la traversée de la D91 au centre de Bonbois, ils suivent la rue qui part au Sud vers La Côte, dominant la rive gauche de la rivière. Sur 1 km, le sentier court dans le sous-bois de la berge. Il se referme doucement et en deux sauts de chamois, nos pélerins rejoignent la départementale. Surplombant le barrage de Cize-Bolozon, Quentin et Mélissa  se passionnent pour les panneaux pédagogiques de description de l’ouvrage.

  En un quart d’heure ils parviennent au colossal viaduc. C’est la Compagnie des Dombes et du Sud-Est qui en réalise la construction entre 1872 et 1875. Il permet la liaison ferrée Bellegarde-Bourg. 300 m de long, 80 m de haut, il enjambe l’Ain entre la gare de Cize et le tunnel de Racouze long de 1700 m. Onze arches supportent le tablier supérieur et le tablier inférieur traverse en voie unique les ouvertures au centre des piliers. La route n’est mise en service qu’au début du XXème siècle pour relier Bolozon à Corveissiat. En juillet 1944, la résistance dynamite l’ouvrage.  Reconstruit, à l’identique,  il reprend du service en 1950. Après de longs travaux sur le viaduc et toute la ligne des Carpates, il est ouvert en 2010 au trafic TGV Paris-Genève.

N 14Le colosse de Cize

 Nos marcheurs le traversent et partent vers Corveissiat. A 200 m, ils montent à gauche sur le sentier du Renon, croisent la D59 et continuent vers la Cote de Fay. Ils longent le pâturage ; deux chevreuils curieux  les observent depuis l’orée du bois. Derrière eux, 300 m plus bas, ils admirent le spectacle de l’Ain glissant dans le fond de la vallée à l’entrée de la courbe de Daranche, barrée par l’usine hydro-électrique et dominée par la Ferme du Pin à l’est et celle de Chalours à l’ouest. La piste reliant Racouze à La Chaume est atteinte à 627 m d’altitude après trois longues courbes successives.

 Des montbéliardes sont déjà à ruminer au soleil de printemps. 200 m après la grangette, direction Ouest pour rejoindre le chemin descendant plein nord dans la combe entre Le Renabou et Le Mont du Couloir.

 Deux kilomètres plus loin, la D936 enjambe le ruisseau de Sélignac sur un pont à une arche. Le sentier passe sous le pont, serpentant vers l’ouest entre le mur d’enceinte du Monastère et la rivière. En dix minutes  ils atteignent l’allée d’accès et sont accueillis, devant la grande porte, par leur ami résident. En 1151, rien ne laissait supposer qu’une immense chartreuse jaillirait de ce vallon perdu. Mais déjà, Martin l’ermite vivait au fond de cette cuvette comme blotti au creux de la main de Dieu. Ascète consacré à la louange et à l’oraison, loin de toute compagnie humaine, il accepte avec bienveillance d’ouvrir sa cabane aux quatre moines de Saint-Claude.

SELIGNAC - BROU

Capture selignac brou

Le premier rayon de soleil illumine timidement la sobre cérémonie au creux du vallon de Sélignac.

18 MAI 1151 : en la Fête de Saint Venant, martyr, le père Félix vient d’entrer dans sa vie céleste au son du Dies Irae entonné par ses compagnons de pérégrination et l’ermite Martin. Epuisé par les épreuves et la fatigue de la marche, il n’atteindra pas Brou, pourtant à portée de sandales et ne reverra pas Saint Claude. Avant de s’éteindre, il confie message et mission à Frère Eymard, désormais en charge de l’ambassade pour le Comte Humbert III de Savoie. Avec Rémi et Gauthier, en remerciant chaleureusement leur hôte, ils repartent en hâte en suivant le bief qui s’écoule vers l’Ouest. Même jour, même heure en 2020, Quentin et Mélissa franchissent, sans bruit, la lourde porte de la Chartreuse et s’engagent sur l’allée d’accès dans l’ombre des moines d’antan.

M15 l'aube à Sélignac

 La statue de Saint Martin marque la jonction avec la voie vers la vallée et un grand calvaire l’arrivée sur la D936. Les randonneurs suivent la départementale sur 500 m vers l’Ouest puis s’engagent à leur gauche sur le sentier qui gravit une combe luxuriante vers Petit Corent. 300 m de rude montée les amènent sur le plateau herbeux de Curtil Lancenet. Dix minutes pour traverser la belle étendue à l’Ouest du Mont du Couloir et ils parviennent au hameau, vite traversé et encore endormi. Le silence règne sur ces quelques anciennes fermes et résidences d’été de Petit Corent. A leur droite un sentier plongeant au sud rejoint la route desservant le village au départ de Blanchin. Traversant le carrefour nos amis accèdent à la D98 qui partage ce hameau fleuri de la plaine du Suran.

Le Suran à Simandre

M15 Le Suran à Simandre

Cette rivière prend sa source à Loisia entre Orgelet et Cousance et se jette dans l’Ain à Varambon. Un kilomètre sur la départementale permet à Quentin et Mélissa d’atteindre Petit Simandre et de tourner à droite pour se diriger vers le pont qui enjambe la rivière  en permettant d’entrer dans Simandre sur Suran. Au cœur du village, la route coupe la D42 et à la sortie Ouest nos pèlerins empruntent, sur leur gauche, le chemin des communaux. Après un kilomètre de traversée des pâturages des Longues Pièces, ils entrent dans la forêt Domaniale de La Rousse. D’une manière incongrue, une plantation d’épicéas borde le domaine forestier de 150 ha de chênes et de hêtres. La piste empruntée, frontière Sud de la domaniale, sert de séparation avec le bois de Valuisant, couvrant lui-même la même surface. Heureusement, quelques rayons de soleil parviennent à percer l’épaisse frondaison et un concert de coucous qui chantent aux quatre coins de la forêt égaient la traversée angoissante de cette forêt magnifique mais dense et luxuriante.

A un kilomètre, au carrefour des Essarts, nos amis s’engagent à leur droite au Nord-Ouest pour atteindre en 15 mn la route forestière qui les conduit plein Nord au col de La Rousse sur la D98 en direction du col de France. En 5 mn, ils parviennent, sur leur gauche,  à la piste démarquant direction Sud sur l’arête de Valuisant. 500 m plus avant, les deux randonneurs s’engagent à droite sur le sentier qui descend vers Combe Grillette entre Au Boujon et Le Bois de Javernaz. Encore 1 km avant d’atteindre les « Faubourgs » de l’Enclos, un hameau excentré de Drom. Après plusieurs embranchements dans un labyrinthe de mini-routes, toujours direction Ouest, nos aventuriers arrivent à Drom. Le village est très ouvert et attirant. Au cœur de la commune, au croisement avec la D81, sur son socle en fonte moulé, une vierge couronnée semble accueillir les passants en veillant sur Drom.

m 15 La Vierge de Drom

 

A gauche, puis à droite, vers la place de la mairie nos marcheurs décident une bonne pause.

Devant l’église, une curieuse croix de pierre sur un piédestal à arceau. En fait, le campanile sans sa cloche, vestige de la chapelle primitive.

Nouveau départ vers l’Ouest de Quentin et Mélissa. Après 500 m, ils abandonnent la route de Jasseron pour gravir le sentier vers la Côte des Alagniers. Un gigantesque calvaire de bois veille depuis un siècle aux confins du village avant une nouvelle zone boisée. Le chemin croise à nouveau la route, abandonnée après 150 m, pour s’engager à gauche sur la sente qui côtoie la crête vers le Sud. Finalement, Notre Dame des Conches est atteinte sur le replat dégagé à 520 m d’altitude.

Le lieu appelé Sainte Colline du Revermont est chargé d’une longue histoire spirituelle dès avant la conquête romaine. Nouvelle pause pour nos randonneurs qui se laissent instruire par la table d’orientation, de la topographie à l’Est et contemplent à l’Ouest les ruines du Château de Jasseron dominant les forêts glissant vers la plaine bressane.

Après une bonne sustentation, ils découvrent sans peine le sentier dévalant vers le hameau Des Combes. La route est atteinte en 10 mn et juste à l’entrée du village Quentin et Mélissa s’engagent à gauche sur Celle qui descend vers le Sud. Au puits ancestral couvert de lauzes, ils continuent la piste qui rejoint l’ancien grand lavoir. En le contournant par le nord, ils partent sur une boucle qui passe en cercle sous le Mont des Combes ;  longue d’1.5 km. Avant d’atteindre En Rize, un sentier descendant plein Sud les amène  sur les hauts du hameau de Maisons  Rouges. En suivant la voie de desserte du village ils se retrouvent devant le calvaire du croisement avec la D52.

le puits des Combes

N 14 Le puits des Combes

 En face, devant le parc d’une magnifique blonde francomtoise, ils partent sur l’allée qui va à Bramafan. Ils traversent la Ferme pour pénétrer  dans le bois des Vernes. Au carrefour du Bois des Tronchets, le long de la piste, une pile de bois de chauffage impressionnante de 2 m de haut et 300 m de long ; environ 1200 m3 stockés. Après 1.5 km, nos pèlerins traversent la voie ferrée au passage à niveau et s’engagent, à gauche, sur le chemin de La Plaine. En arrivant à la D52a, ils la contournent par la déchetterie et  la traversée de la zone d’activités de Ceyzériat les amène à la D979. Ils s’y engagent direction Ouest pour pouvoir traverser l’autoroute A40 sur le pont de franchissement. En 5 mn, ils atteignent la route qui part à gauche vers La Torchère mais tournent de suite vers l’Ouest dans l’allée de service du Grand Plan, immense zone de culture de colza. A 1.5 km, traversée d’une route de jonction et nos amis continuent sur la route de Pombeau. Sur leur droite au fond de l’étendue de verdure, l’église de Saint Just se dresse devant le village.

n 15 En passant par Saint Just

Nouveau croisement qui les engage à repartir vers le Nord sur la D23, voie douce contournant le parc de loisirs de Bouvent. 2 km après, à gauche, nouveau départ sur la route de Curtafray qui longe le moulin jadis prospère sur le lit de La Reyssouze. Au carrefour de Bouvent, l’accès à l’allée de verdure longeant La Reyssouze va leur permettre de parcourir les deux derniers kilomètres en pleine nature au bord de la rivière glissant vers le centre-ville. A leur gauche, une rampe de liaison donne accès à la rue de La Providence qui débouche sur l’arrière du Monastère Royal de Brou. Ils l’aperçoivent enfin, massif mais flamboyant comme lors de sa consécration en 1532. Quentin et Mélissa sont fiers et heureux d’avoir bouclé en six belles étapes la longue liaison entre Saint-claude et Brou sur la frontière Nord-Ouest très fluctuante de l’antique Grand Bugey des Comtes de Savoie. Ils ont suivi la trace des moines d’antan.

O Brou en majesté

 Mai 1151 : sous la conduite d’Eymard, les trois bénédictins de Saint-Claude, harassés, épuisés, frappent à la porterie du Vieux prieuré de Brou. Le frère Martinien d’Ambronay qui assure temporairement la charge vacante de prieur, les accueille charitablement en les présentant à Guerric d’Igny.  En route vers Reims, il a fait halte à Brou en remontant de la méditerranée après sa visite aux moines de Lérins. En remerciant la Divine Providence qui a permis cette rencontre, il assure Eymard de son intervention personnelle pour obtenir de son ami Bernard de Clairveaux le conseil auprès du pape Léon pour obtenir l’apaisement à Saint Oyend de Joux (Saint-Claude) par l’intronisation d’un nouvel abbé…

 

 

     

 

 

2ème étape : ECHALLON – GROISSIAT

 

La nuit fut glaciale à la grange de La Palud en ce printemps 1151. Les trois jeunes moines de Saint Oyend de Joux, Rémi, Eymard et Gauthier encouragent le père Félix, âgé et fatigué, à reprendre le chemin de leur ambassade vers Brou.

 

Ils quittent Echallon au petit jour ; en route pour l’abergement de Groissiat. Toussaint 2019, hébergés à Miribel, le chef-lieu, Quentin et Mélissa passent par les hauts de La Palud et au triple carrefour de la D55, s’engagent sur le sentier qui descend dans la Combe du Bugnon. Le ru à sec est enjambé, donnant accès à La Doye en remontant le pâturage. A la sortie Nord du hameau, une piste repart plein Ouest et nos amis pénètrent dans la forêt d’Echallon. Après un premier croisement, ils continuent jusqu’à celui de la source des Inchées.

 

 Traversant la route forestière, leur marche se prolonge sur le chemin qui s’amorce au Nord-Ouest. Un nouveau kilomètre et la traversée de la route des bois entre Oyonnax et Charix conduit nos deux randonneurs sur la prairie humide à l’Est du Lac Genin. Ils s’écarquillent les yeux sur la vaste étendue d’eau claire, cerclée d’herbes jaunes et rouges des marais dans sa large combe encadrée de la haie d’honneur des conifères géants. Le sentier de contournement par le Nord sépare le lac de la tourbière Des Renons en se prolongeant vers la plage Ouest pour aboutir à l’Auberge du Lac.

N et O Bugey nature et paix

 

 L’établissement dominant le plan d’eau et la combe offrent un cadre et une ambiance exceptionnelle de pleine nature en se désaltérant ou dégustant les menus raffinés de la cuisine bugiste traditionnelle. C’est aussi un hôtel de qualité propice au ressourcement. Quentin et Mélissa longent le grand parking et par une large courbe, remontent la route d’Apremont direction Ouest. Aux ruines Godet, un tronc couché accueillant les incite à une pause nécessaire, les invitant à profiter une dernière fois du panorama splendide sur le lac. Une sente forestière leur permet de tronquer le long lacet routier de la Poulaillerie.

 

 Après une dure montée de plus de 100 m, ils retrouvent la route qui serpente à l’Ouest entre Sous les Gras et la Paloisse, puis au Sud-Ouest entre La Rochette et le Domaine des Champs. Ils entrent dans Apremont par Grand Vallon. Après les dix kilomètres déjà parcourus, ils apprécient le remplissage de leurs gourdes à l’immense fontaine du hameau. Nos marcheurs descendent la D95 vers le Nord jusqu’au calvaire du croisement avec la D74 qui les amène en une minute vers la station d’épuration. Un chemin boueux dont le premier lacet part au Sud leur fait traverser la source de l’Ange qui coule vers  Geilles avant la boucle d’Oyonnax.

 

En grimpant à 908 m, les randonneurs débouchent sur la route de jonction Petit Vallon-Ablatrix.

N 14Ablatrix village Bugix

Au loin,  le village ressemble assez à celui d’Astérix, cerclé sur un plateau à 930 m d’altitude par le Haut Crêt à l’Est et le Mont de Charmont au Sud. Le 2 Mai 1151, le Seigneur d’Apremont fit mander les quatre bénédictins à la tour de guet dominant Ablatrix du haut de son promontoire. Inquiet de la présence de ces moines en cette contrée hostile, il tente de leur arracher les secrets de leur destination et de la raison de leur périple.

 

 Apprenant leur origine San claudienne il les remet sur leur trajet par peur de leur puissant protecteur, le Comte Humbert III de Savoie. Au centre d’Ablatrix la route de la Gotette repart vers le Sud. Après 500 m, Quentin et Mélissa la quitte pour emprunter vers l’Ouest un sentier qui cotoie le Bief d’Alex. Ils enjambent le ruisseau du Fauget puis cheminent entre bois et prairies. A la sortie de la dernière clairière à 870 m d’altitude, un raccourci descend vivement entre la Grande Combe et la Forêt de Nerciat, permettant à nos marcheurs d’atteindre la piste de randonnée de la cascade d’Alex.

 

 A leur droite, à 100 m, la chute d’eau du Bief d’Alex dévalant la Combe depuis Ablatrix. Cette cascade remarquable en forêt dense est un but de promenade prisée par les randonneurs de la vallée de Martignat.

N et OCascade du bief d'Alex (1)

Les 250 m de dénivelé jusqu’à Alex par la combe du Rocher Macon sur à peine 1.5 km imprime une descente très rapide dans la forêt de Nerciat. Nos amis arrivent au village par l’immense chargeoir à bois à l’orée de la forêt. La rue les conduit jusqu’à la D984 qu’ils suivent au Sud sur 1 km avant de tourner à droite sur la route de Rachesset qui franchit l’Ange puis l’autoroute A404 d’Oyonnax par un passage inférieur. Finalement nos amis atteignent la D106 montant à Groissiat. L’ancien couvent, l’EHPAD Les Héllébores domine la vallée de ses vastes bâtiments aux façades lumineuses.

O les hellébores, ancien couvent

 

En passant devant l’église, ils rejoignent leur gîte au nord du village pour un repos bien mérité.

N et O Eglise de Groissiat

 

 

 

Retour au Moyen-Age : Les frères de Saint Claude ont du mal à trouver un lieu d’accueil, Groissiat semble éteint. C’est la Divine Providence qui leur fait croiser, devant une grange, Isaac de l’Etoile. Cistercien anglais, philosophe et théologien érudit, il est en pèlerinage vers Saint Maurice d’Agaune sur les tombes des martyrs de la Légion Thébaine. Il les conduit dans un mini-refuge des moines de Nantua. Ils ne savent pas qu’ils viennent de croiser la route d’un Saint Homme.

 

 

 

 

 

 

 

 

1ère ETAPE : CHEZERY-ECHALLON

 

1er Mai 1151 : le Père Félix et les 3 moines de l’abbaye de Saint-Claude quittent au petit jour l’abbaye de Chézery pour rejoindre GROISSIAT.

2019, en la fête de tous les saints, Quentin et Mélissa les imaginent facilement franchissant, comme eux, le pont sur la Valserine pour rallier Forens. Ce hameau n’était alors qu’une grange fourragère d’exploitation du plateau Ouest dominant la rivière et l’abbaye. Après 1 km sur la D14, les marcheurs traversent le village à peine éveillé sous le ciel gris acier.

n 14 (2)En partant de Forens

 Cheminant tranquillement au Sud-Ouest sur cette petite route légèrement montante surplombant la rive droite de la Valserine, 2 nouveaux Km les mènent à une bifurcation sur leur gauche qui accède aux anciennes fermes Des Isles. Ils continuent sur un sentier courant sous la route.

C’est là que nos amis découvrent sur des panneaux pédagogiques successifs qu’ils se trouvent sur l’ancienne voie du tram Chézery-Bellegarde. Leur surprise est grande d’apercevoir l’entrée du tunnel de Domplomb qui débouche après 100 m  de courbe sur la départementale. C’est là qu’ils abandonnent cette voie historique pour reprendre sur 100 m la route direction Nord avant de s’engager à gauche sur un sentier montant en direction de Poisey

n 14 (3)Ligne de tram Chezery Bellegarde

Ancienne ligne du tram.

En cinq minutes, ils parviennent à la piste goudronnée qui rejoint Monnetier. Un autre km les amène dans ce hameau de Champfromier qu’ils traversent direction Nord-Ouest vers Conjocle ; en quelques minutes, ils parviennent dans le virage ou s’embranche, à droite, le  sentier montant au cirque Des Avalanches. Cette fois l’effort grandi car la pente est raide et le chemin peu entretenu. Ils passent ainsi de 740 m à environ 1180 m sur environ 2 Km pour accéder à l’Auger.

 La forêt traversée est dense et après le passage à gué de 2 rus, ils croisent une piste de débardage et parviennent aux pierriers derrière les falaises Des Avalanches, salués par un chamois surpris mais curieux. Ils atteignent la route du Crêt de Chalam au droit d’un abri de chasse bienvenu pour une pause méritée. Un point de vue panoramique spectaculaire permet à nos randonneurs d’admirer, au loin, Champfromier dans sa cuvette sur fond de Grand Crêt d’Eau.n 14 (5)La cuvette de Champfromier

Quentin et Mélissa, remotivés, suivent la route sur 200 m avant d’initier sur leur gauche une piste atteignant le point haut du passage, sorte de col dans un grand virage. C’est là qu’ils empruntent, à droite, une sente forestière étroite grimpant à l’Ouest sur le Crêt de l’Auger. La montée dans la végétation dense n’est pas facile pour les deux marcheurs mais, c’est le prix à payer pour atteindre la maison forestière de Pré Drizet en court-circuitant l’immense boucle contournant l’Auger par le Sud. Ils sont maintenant dans la descente qui aboutit à la clairière du chalet de l’ONF. Cette fois ils continuent sur la large piste de service vers l’Ouest en traversant les immenses sapineraies de la forêt de Champfromier entre Combe Froide et Crête Derrière.

n 14 Maison forestière de Pré Drizet(6)

 

Après 20 minutes sur cette zone plane, ils prennent sans se tromper, au croisement de 5 chemins, le sentier qui descend à travers bois en direction de Giron. En traversant la D48a, ils prolongent leur plongée vers le village. Suivant vers le Nord la départementale retrouvée, c’est après le cimetière qu’ils s’engagent en tournant à droite sur la D48 en direction de la Fromagerie de Giron Derrière. La traversée du village les conduit vers une immense boucle que nos amis tronquent courageusement dans la pente raide du pâturage interne

Après le virage suivant,  ils quittent la route et s’engagent, sur leur gauche, dans la descente de la piste de débardage, au Sud-Ouest, vers les Plans, en traversant Le Nant du Mort. Nos deux pèlerins plongent de 300 m sur 1.5 km pour croiser la voie de desserte du coteau dominant la rive gauche de la Semine. En face, la descente continue en direction Du Verger les amène au pont enjambant la rivière puis à la piste desservant la scierie de Moulin Neuf. Quentin et Mélissa ont atteint le point bas de leur périple à 570 m et commencent à remonter la route Du Martinet au Sud-Ouest vers la Côte Druet sur la D33. A l’entrée du hameau, ils prennent à  gauche la piste qui repart toujours au Sud-Ouest en direction d’Echallon.

Une demi-heure plus tard, passant devant le chalet de la fromagerie, ils traversent la D49 et entrent dans Echallon par les Aubepins. Après cette rude marche monastique, ils ne sont pas mécontents de découvrir la maison d’accueil où une bonne nuit de réconfort leur permettra de reprendre le chemin vers Groissiat. Bien avant eux, il y a 870 ans, les 4 frères de Saint Oyend de Joux savant qu’ils trouveront pain, gîte et accueil fraternel de la part des frères converts des Granges d’Echallon au service de l’abbaye de Nantua.

 

 

 

 

SAINT CLAUDE – CHEZERY / 1ère ETAPE : SAINT CLAUDE-LA DALUE.

 

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Remontons les couloirs du temps. Saint Oyend de Joux, printemps 1151. Le père Félix, les frères Rémi, Eymard et Gauthier quittent l’abbaye à l’aube, après l’office de matine, par la porte du chemin de Genève.

 

 Sur leurs traces, Quentin et Mélissa quittent la place Saint-Pierre, derrière l’abbatiale, par la montée de la Cueille et la rue Auguste Lançon pour rejoindre, au sud, le stade de Serger entre Pré Saint-Sauveur et Rochefort. L’aventure de plusieurs jours va les conduire, longtemps après les quatre moines, jusqu’au prieuré de Brou.

 

Les trois monastères étapes sont Chezery, Groissiat et Sélignac. Ils surplombent la ville et la D436, principale entrée Sud, pour arriver à l’entrée de l’immense complexe sportif qu’ils laissent sur leur gauche et dépassent pour descendre une allée qui les amène à traverser la départementale pour s’engager sur la D290 nos deux pèlerins, qui ont rapidement parcouru ces deux kilomètres, sont heureux d’avoir si vite échappé à l’ambiance urbaine.

 

 Ils imaginent les moines qui se contentaient de suivre la rive gauche de la Bienne. Ils longent le camping, traverse la zone résidentielle du Martinet, puis le pont sur le Flumen, affluent du Tacon. A l’entrée du village, ils bifurquent à gauche sur la piste de l’usine électrique. Après 200 m sur leur droite, ils suivent un sentier peu ouvert qui débouche dans une vaste prairie qu’ils traversent en repartant au Nord-Ouest.

 

 Le sentier leur permet de rejoindre Pré Martinet qu’ils traversent sur un chemin tronquant les virages routiers. Nos amis parviennent ainsi à l’entrée de Villard Saint-Sauveur. La tour-porche du clocher de l’église est spectaculaire pour un si petit hameau et révèle l’ancienne puissance monacale. A leur gauche, en grimpant Sud-Est, ils traversent le golf de Saint-Claude avec ses gazons anglais en terrasses successives et ses mini étangs à la flore luxuriante.

N Villars saint sauveur

 

La montée plein Sud les amène, après le réservoir d’eau communal, à la croisée d’une piste montante Nord-Est à travers la forêt de la Côte. Après un kilomètre de cette rude pente boisée, une épingle à cheveux les renvoie direction Sud, débouchant ainsi après 400 m de dénivelé devant l’élégante résidence de « Sur la Côte » bordant une sorte de prairie-jardin. Nos randonneurs retrouvent le goudron de la desserte qui offre à toutes les fermes et résidences éparpillées sur le plateau une liaison routière avec Les Moussières.

N En arrivant sur La Côte

En arrivant sur la côte

N La Combe des Moussières

La combe des Moussières.

 

Quentin et Mélissa cheminent plein Sud sur 2.5 km en dépassant La Rapine et ses splendides chevaux noirs,  Croza d’Amont, l’Essard Loigna, Pré Carichon, pour parvenir à 1054 m d’altitude, à la colonie de vacances de Crêt Joli  devant un carrefour multiple. Prairies et forêts alternent en une succession de longues combes couvertes d’or à cette époque de l’explosion florale des pissenlits.

N Au Crêt Joli

 

La plupart des bâtisses disséminées sur le plateau sont d’anciennes granges monastiques. Refuges pratiques pour les moines en des temps où la traversée de ces contrées était périlleuse. Les deux marcheurs s’engagent sur la route qui rejoint Les Moussières en serpentant au Sud-Est entre prés et bois : En Rafour, La Frête, Pré Bernard et la Muras. C’est là que nos randonneurs bifurquent sur la desserte qui repart au Sud-ouest, laissant Les Moussières, blottie dans sa cuvette à un kilomètre à leur gauche.

 

La pause sur un banc à l’ombre d’un vieux sapin leur permet d’admirer le décor montagneux qui s’étend au loin derrière le village. Après un kilomètre, à Pré Grandvaux, ils quittent la piste des Fournets pour suivre le GR glissant dans une large combe au Sud-Ouest jusqu’à l’Embossieux. A 1200 m d’altitude la végétation a changé avec plus de conifères et de zones humides. Sur trois kilomètres, aucune construction hormis les ruines Des Planes.

 

 La dernière descente conduit à une petite voirie montant d’Embossieux. Notre couple bifurque plein Est sur un chemin surplombant le lac de l’Embouteilleux sous la ferme du même nom. Au bord du sentier, un éleveur salue nos amis et parle des bovins savoyards qu’il attend pour la pâture d’été. La richesse de cette terre, en ces périodes de sécheresse, semble être la présence au fond de l’immense cuvette, du lac alimenté par une dizaine de rus. A un kilomètre, nos amis  rejoignent la D25 qu’ils suivent à l’Est jusqu’au sentier de la Dalue à leur droite. Un nouveau kilomètre en demi-boucle les pousse vers le gite qu’ils atteignent par le Sud.

 

Quentin et Mélissa sont chaleureusement accueillis par Estelle qui les installe pour une soirée ravitaillement et une nuit de repos. Au XIIème siècle, l’accueil des Frères convers qui gèrent la grange est tout aussi chaleureux pour le père Félix et ses trois compagnons qui ont grand besoin de cette halte sur la route de Chezery.

 

SAINT CLAUDE – CHEZERY – 2ème étape : La Dalue – Chézery

 

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Le Bénédicité chanté en chœur avant d’avaler une tranche de pain trempée dans le maigre brouet et nos quatre religieux saluent leurs Frères convers en se lançant, après avoir rendu grâce, sandales et baluchons, sur le chemin de Chézery.

Neuf siècles se sont écoulés… Quentin et Mélissa s’éloignent de la Dalue bien reposés et restaurés. La piste, rejointe à 100 m au Nord du gîte est déroulée selon un axe Nord-Sud entre les Mouilles et Le Berbois. C’est à 1 km entre les fermes Au Château et La Morseline qu’ils s’engagent sur la branche de droite du GR9 à suivre au Sud-Ouest sur la haute combe Des Loges. Il s’agit d’un couloir de 3 km à l’altitude de 1300 m, très ouvert et bordé de loin en loin de forêts d’épicéas avec quelques énormes bâtisses isolées, plantées là depuis des siècles pour l’exploitation des « essarts » gagnés sur la forêt primaire. Beaucoup d’autres ne sont plus que ruines.

 Le décor est caractéristique des plateaux Sud-Jurassiens. Au col de Malatrait à 1360 m d’altitude,  devant l’imposante ferme-refuge, nos marcheurs laissent sur leur droite le sentier de La Pesse par Combe Froide pour poursuivre au Sud-Ouest encore 1 km vers le centre d’accueil du Berbois.

Col de Malatrait

Col de Malatrait

 

Le vaste établissement équipé de yourtes et de tipis peut recevoir marcheurs et campeurs au cœur du paradis du randonneur. Peu après le gîte, sur la droite, un sentier étroit s’ouvre en direction de la Borne au Lion en esquivant la portion routière venant de La Pesse. 15 mn suffisent à gagner le site. Quentin et Mélissa passionnés d’histoire, s’octroient une longue pause instructive par l’étude des panneaux pédagogiques contant les évènements dont ce carrefour si particulier fut le témoin. 7 sentiers et pistes s’y croisent. Nos amis ont du mal à s’orienter. Ils partent sur le chemin plongeant au Sud sous l’antique borne. Un hangar, dépendance de la ferme Des Magras masque le départ du couloir dévalant dans la combe du Creux Manant. 300 m de rude descente en lacets et notre couple parvient au vieux moulin qu’ils dépassent pour continuer Sud-Est dans la pente de la profonde tranchée creusée par le torrent qui rejoint la Valserine à Sous Balme.

Le sentier bien tracé rappelle par places qu’il fut consolidé il y a très longtemps pour le passage d’hommes nombreux et de matériel. Notre couple se trouve sur « le chemin des Espagnols ». Les murs de soutènement en pierres taillées stabilisant le terrain aux endroits escarpés protégeaient les troupes de la chute dans le torrent. Le passage, jadis ouvert et utilisé par les moines entre Saint Claude et Chézery, a été réaménagé au XVIIème siècle par le roi d’’Espagne pour le transit de son armée. Taillé à mi- pente, il permet une liaison douce entre le Borne au Lion et à la vallée de la Valserine.

Des Espagnos! Mais où

ce qui reste du chemin des Espagnols

Le passage au lieu-dit Corps de Garde, en pleine forêt, au changement d’azimut Est vers Sud rappelle un espace militaire de contrôle ou d’appui. Encore 1 km et le sentier rejoint la piste d’accès au Mont Plat et au Marquisat. Cette petite route glissant doucement vers la vallée, dessert Château des Bois, Camétran, Combet et Noire Combe. Dans ce hameau, un chemin descend rapidement sur la gauche en se rapprochant de la rive droite de la Valserine. Les quatre moines, fourbus, perçoivent distinctement les cloches appelant leurs frères de Chézery à l’office des vêpres. L’antique abbaye a disparue à la révolution. Quentin et Mélissa ont hâte de parvenir à leur chambre d’hôte réservée pour la nuit après les deux derniers kilomètres longeant la rivière et le village sur l’autre berge. Enfin, le pont de pierres est là, franchissant la Valserine pour entrer dans Chézery.

Valserine paradis naturel

Valserine : paradis nature

Le père Félix et ses compagnons sont conduits à l’abbé Lambert par le frère portier. Ils sont heureux de découvrir l’abbatiale gigantesque, dépouillée et encore toute blanche de ses pierres neuves. Récemment achevée et tout juste dédicacée. C’est l’église paroissiale remarquable par son style trapu semi-montagnard qui attire l’attention de nos pèlerins contemporains. Son emplacement et celui des bâtiments de l’actuelle place du bourg sont caractéristiques de l’emprise au sol de l’ancienne clôture monastique.

 

 

                                                    

 

Circuit SAINT SULPICE EN BUGEY – EPIERRE

2ème Etape : ROUGEMONT – EPIERRE

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Marthe et Honoré, reposés et ravitaillés auraient pu, sur la D34 en direction d’Aranc, rencontrer, au carrefour du chemin du Nord, les deux frères bénédictins Guibert et Flavius, car c’est par cette allée d’accès au château de Rougemont qu’au petit matin ils descendent de la forteresse. Impossible ! C’était huit siècles et demi plus tôt et le château a disparu.

 Cent mètres après, ils bifurquent à droite pour suivre le sentier qui dessert le Mont d’Aranc, ancienne jonction entre les deux villages avant l’ère routière. La hêtraie ainsi traversée intrigue le couple par ses arbres trentenaires, forts, droits, et réguliers dans leur ascension vers la lumière. A perte de vue, les fûts se dressent comme les colonnes d’une cathédrale de verdure.

N 14 Hêtraie d'Aranc

Ils évitent ainsi les lacets de la route qu’ils retrouvent au lotissement du Mont en débouchant au pied de la vierge protectrice d’Aranc. Elle veille, au sommet d’une colonne de pierre. En face, direction Ouest, une desserte communale descend nos amis au Nord du village, sur la D102 qui le traverse. Partis sur la droite en direction de Corlier, ils quittent rapidement la départementale pour s’engager à leur gauche en quittant le village par la piste, limite Sud-Ouest du marais de Jarine.

Cette zone humide historique de quinze hectares, essentielle pour l’équilibre hydraulique et écologique du Plateau d’Hauteville, vient d’être réhabilitée en permettant à la Jarine de reprendre son lit naturel, redonnant à la tourbière son rôle de réservoir-tampon entre sécheresses et inondations. La liaison avec la voie d’accès à Corlier est à 1.5 km plus au Nord. Les deux marcheurs couvrent cette distance après s’être instruits par la lecture du panneau pédagogique des travaux de restauration de cet espace nature sensible. Le décor est uniformément blanc. Derrière eux, le clocher de l’église d’Aranc émerge du village qui rapetisse et celui de l’église de Corlier indique leur destination. A l’embranchement, sous le Crêt Galère, ils dépassent une frênaie d’un demi-hectare qui attire leur attention. Les arbres d’une quinzaine d’années alignés sur deux rangs comme à la parade, semblent en compétition pour atteindre le ciel. La route rectiligne qui dessert le cimetière les conduit au carrefour sud du village après un nouveau kilomètre entre le Montieux et Cornelles. Marthe et Honoré pénètrent dans le bourg. Sur la place, en face de la statue du poilu « rafraîchie » à l’occasion du centenaire du 11Novembre 1918, ils tournent dans la rue du quartier Est puis montent sur la route des Balmes. Après un demi-kilomètre, à l’orée de la forêt, à 817 m d’altitude, un croisement leur propose, à gauche, l’accès à l’Altiport de Corlier, à droite l’arrivée au réservoir communal et en face les lacets qu’ils descendent pour atteindre la combe du Bief de Malpassé, naissant à la source Du Pertuis, au Sud de la chaîne de l’Avocat.

 

Sur la Crête, depuis une grande distance, ils sont impressionnés par les deux énormes fûts coniques qui percent la couverture blanche du ciel, côtoyés chacun par une sorte de spatule monstrueuse, l’une des trois pales des rotors d’éoliennes suspendues là-haut dans la masse cotonneuse des nuages. L’absence de vent et l‘écran  blanc dissimulant la partie supérieure des machines, nos amis sont en présence d’un échassier extraterrestre géant ne laissant voir que ses deux pattes et le bout de ses ailes pendantes. La domination visuelle du monstre s’atténue pour nos amis avec leur plongée dans la combe «Sous les Roches » comme pour lui échapper. Quelle frayeur pour les deux moines de Saint Sulpice, déjà terrorisés par la faune des forêts s’ils avaient eu la vision de ces jambes monstrueuses figées sur la crête. La piste longe la rive gauche du ruisseau bondissant de roche en roche au fond du ravin le conduisant au Gouffre de La Fouge.

 

 

 

 Marthe et Honoré avancent sur deux kilomètres, direction Nord-Ouest pour atteindre le promontoire de Maravis d’où ils découvrent au loin, blottie au fond de la gorge, la toute petite abbaye d’Epierre.

N 14 Le désert d'Epierres

 

 

A cet endroit, la piste tourne à gauche de 150° et ils suivent cette voie au Sud sur 500 m avant de trouver le sentier plongeant vers la Côte de Chatillon de Cornelle en contournant Combe Buffière. Deux larges lacets leur permettent de rejoindre la D12 après 1.5 km de descente et 50 m de dénivelé. Suivant au Nord la départementale, ils s’engagent 500 m plus loin, dans la grande boucle routière, sur le chemin du Bois de la Saint Jean, par Golet Rosset. Là, nos deux randonneurs savent qu’ils vont descendre de 300 m sur 2 Km. Descente sportive car très pentue. En perdant de l’altitude, le décor neigeux est devenu terne, couleur de la nature en hiver sous un ciel blanc, bas et fermé. Avant eux, les deux moines aux sandales crottées harassés par la difficile pérégrination et plusieurs fourvoiements, se réjouissent d’entendre le tintement de la cloche d’Epierre appelant les chartreux à l’office. Marthe et Honoré arrivent au point de jonction de la cascade de La Fouge sur leur droite et ils n’hésitent pas à faire ce détour pour admirer après 500 m, la fameuse chute d’eau plongeant depuis Grange Rouge 200 m plus haut. Quel spectacle hors d’échelle que la saignée verticale de roche et de verdure d’où l’eau ruisselle, bondit et s’épanouit en rideau fluide.

 N 14 la cascade de la Fouge

Le Bief de Malpassé et le ruisseau des Pérolles venant  des ruines de Bassan, au Nord-Ouest de l’Avocat, s’unissent tout là-haut avant de plonger dans le vide sous le nom de La Fouge pour creuser au fil des millénaires la Combe d’Epierre.

 

N 14 le bief de Malpassé

 

Le bief de Malpassé 

 

 

 

 

 En revenant, nos amis reprennent le sentier longeant la rivière et après un nouveau kilomètre de descente, découvrent l’énorme portail de bois de l’entrée Est du monastère. Monumental sous son toit-auvent, il semble être fermé depuis la nuit des temps. Le site aujourd’hui privé, n’est pas accessible. Ayant subi les outrages du temps et des vandales, une importante restauration est conduite par le nouveau propriétaire. La Fouge suit le mur d’enceinte sud et le chemin l’a borde. Les bâtiments massifs se dressent au centre de la grande parcelle de verger jadis défrichée et mise en valeur par les Seigneurs de Coligny pour les Chartreux de Meyriat. Ce cellier, car c’était sa vocation, a été bâti au XIIème siècle au fond de son écrin d’eau et de verdure.

 

 

C’était le « désert » favorable au recueillement et à l’oraison en plus de sa destination viticole d’exploitation des coteaux de Cerdon. Les deux randonneurs regardent avec nostalgie le sentier descendant du Crêt du Jour au pied de la Rozière, emprunté par eux en Avril 2017 en arrivant d’Etables. Le contournement de la propriété les amène devant l’entrée principale fermant l’allée d’accès. Ils reprennent la piste longeant La Morena, alimentée par La Fouge, et rejoignent Pont de Préau où il sont attendus. Longtemps avant, pour l’Epiphanie 1169, Guibert et Flavius, fraternellement accueillis par le frère cellérier d’Epierre, sont conviés à prendre un temps de repos devant la grande cheminée de l’ancien réfectoire avant l’office du soir…..                         (A suivre…)

 

 

1ère Etape : Saint Sulpice – Rougemont

N Carte du parcours

 

Marthe et Honoré refont leur randonnée printanière en hiver pour apprécier une nature radicalement différente, sur les traces de Guibert et Flavius, deux moines convers de Saint Sulpice, porteurs d’une commande au cellier d’Epierre en janvier 1169.

 

 Ce dimanche de l’Epiphanie 2019 est bien différent de celui du Moyen-Age. Ours et loups erraient en forêt en quête de proies et seuls les hommes les plus courageux osaient s’aventurer sur l’épais manteau neigeux. Nos deux marcheurs modernes n’affrontent qu’une petite couche de 3 cm et heureux de retrouver la chapelle St Vital blanchie, s’engagent, chaudement vêtus sur la D53a en direction des Catagnolles. Au four banal, derrière le grand abreuvoir, ils bifurquent sur le chemin des Teillères et grimpent doucement direction nord entre le bois des Catagnolles et la combe de Grand Perron.

 

En ce petit matin, la température est en-dessous de 0° et le ciel de lait bloque tout rayon solaire sans être menaçant. Il fait bon marcher dans ce décor où ciel et terre sont unis dans le même blanc lumineux. Après 3 km et 150 mètres de dénivelé, nos amis pénètrent dans la forêt de Rouge avec, à leur gauche, une grande parcelle domaniale de l’ancienne propriété monastique, toujours cerclée de son muret historique de pierres sèches.

 

 Une demi-heure après, ils parviennent à la Vie Margot, voie haute d’accès à Vaux Saint Sulpice, limite Sud du marais de Vaux. Tournant plein sud, à leur gauche, un immense virage les ramène vers le Nord pour pénétrer plus avant en pleine forêt. Ils atteignent maintenant 960 m d’altitude et longent les trois hameaux des Dergis situés de l’autre côté du Molard aux Loups. Marthe et Honoré, émerveillés par ce paysage d’arbres lourdement givrés, cheminent dans les pas des deux moines terrorisés, équipés de bâtons ferrés, seule arme de défense contre les bêtes sauvages. La forêt de Rouge laisse place à celle des Dergis. Après une nouvelle heure de marche, entre le Grand Dergis et l’Etang des Lésines, la piste débouche sur la voie communale des gouffres qui décrit une immense boucle dans les bois depuis Nantuy.

N La vierge de bronze

 

 Les deux randonneurs l’empruntent sur leur gauche et descendent Nord-Ouest sur 1 km jusqu’à la jonction avec la route d’accès aux Dergis. Ils traversent pour s’engager sur un sentier longeant l’arête de la roche qui domine le Bois de l’Escarion, la cascade de Charabotte et 400 m plus bas la vallée de l’Albarine. Le hameau de Charabotte offre le spectacle d’un village de nains, blotti autour du moulin, tout au fond de la combe. Encore plus loin et plus bas, le clocher de l’église de Chaley dépasse du village à peine distinct entre les branchages.

N Chaley à la lorgnette

 

 

En face d’eux, la muraille dominant la vallée entre la Pente aux Loups et la Balme à Gontran ressemble à une immense tranche de Comté percée de multiples trous d’où jaillissent plusieurs trop-pleins de lacs souterrains. Marthe et Honoré, férus d’histoire locale, repèrent dans la paroi les entrées des tunnels successifs de la voie ferrée Tenay-Hauteville construite il y a un siècle et jamais mise en service. Le sentier permet d’éviter un large contour de la route en la rejoignant 500 m avant le carrefour de Nantuy sur la D21. Au pied du monolithe du terre-plein central, nos amis ne manquent pas de se recueillir devant une vierge priante de bronze réinstallée récemment par le Père Didier GAUD, curé d’Hauteville dans la niche d’un oratoire de pierres originellement dédié à Sainte Barbe en 1850.

 

L’entrée dans Nantuy en traversant le pont sur l’Albarine les amène, après avoir tourné à gauche puis à droite, sur le chemin desservant le hameau Sous la Roche. 400 m après, dans un virage, ils continuent plein Ouest sur une sente à leur gauche, direction le Bois d’Eclaz. Nouveau croisement et en route vers le Nord en direction de La Ragiaz. Après un kilomètre, le hameau saupoudré de blanc s’annonce par plusieurs belles fermes restaurées. La Ragiaz est le pays des « cadettes », ces pierres dressées monumentales, issues des carrières locales et utilisées à profusion pendant des siècles comme murets de clôtures. Les habitations, toutes anciennes fermes, vastes et éparpillées sont typiques de l’architecture de ce Haut Bugey aux hivers rudes et longs.

N La Ragiaz patrie des cadettes

 

Au carrefour central, devant le four banal, Marthe et Honoré partent à gauche pour s’engager sur le chemin grimpant au Nord-Ouest entre la Combe Ferrand et le Bois d’Eclaz. Quinze minutes plus tard, ils traversent la D53 et poursuivent, obliquant légèrement Sud-Ouest. Passant devant la chèvrerie de La Ramaz, ils se laissent saluer par deux ânons curieux. Arrivée de nos deux marcheurs sur la voie communale d’accès à la Bertinière qu’ils devinaient depuis la sortie des bois. Sans entrer dans le village, ils prennent à droite et après 1 km, grimpent à leur gauche, plein Ouest sur le passage d’accès à La Verrerie, bergerie abandonnée qu’ils dépassent en pénétrant dans le Bois du Versoux. Les petits sapins arrondis sont transformés par la neige en champignons géants.

 

 Après 100 m de bonne pente, ils empruntent à droite la piste de débardage qui court vers le Nord. Un nouveau kilomètre et c’est la bifurcation à gauche, du sentier de la source du ruisseau de Rouge. Après une courte descente, la traversée du pont enjambant le ruisseau les amène après 200 m à la voie communale d’Aranc contournant le Bois de Bougeon par le Sud. La parure hivernale de dame nature est ici fabuleuse. Les plantations d’épicéas enfarinés se dressent çà et là comme des faisceaux de grandes flèches émergeant de la forêt de cristal qui ondule entre le Versoux, Creux Colomb et Tré Pellay. La peinture blanche du ciel a débordé sur toute la terre. Les ombres sont absentes, la lumière laiteuse sans soleil a été répandue partout par la poudre brillante. En avançant vers le Nord, les premières maisons de Rougemont apparaissent au bout du tapis blanc entre les branches givrées.

O Rougemont

 

 850 ans plus tôt, sur la colline des Cornelles, Guibert et Flavius, les moines de Saint Sulpice, partagent un maigre brouet avec un groupe de bouviers célébrant pauvrement devant une crèche de misère l’Epiphanie du Seigneur dans leur minuscule bergerie. Marthe et Honoré vont rendre une petite visite au site dont la mise en valeur a débuté pour préparer la construction d’un village médiéval à bâtir à l’aide des techniques et outils du Moyen-Age. Bientôt, ils rejoignent leur gîte douillet chez Bérangère et Laurent Neufcoeur.

 

 Au mois de Janvier 1159, le chevalier Guillaume de Rougemont offre gîte et couvert en son château aux deux frères en route vers Epierre.

 

 

 

                                                                                

 

 

 

 

LE BUGEY EN SANDALES : HAUTECOMBE – SAINT-SULPICE

1ère étape : Hautecombe à Vongnes

DE HAUTECOMBE A SAINT-SULPICE

L et M le chemin des monastères (1)

L et M le chemin des monastères (2)

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(1ère partie : jusqu’à VONGNES)

 

L En quittant Hautecombe

 

Donc, le Comte Humbert III de Savoie organise une rencontre entre des émissaires de l’abbaye d’Hautecombe et des Frères de Saint Oyend de Joux (Saint-Claude) au prieuré de Brou, dépendance de l’abbaye d’Ambronay. Le lieu, contrôlé par la Maison de Savoie, est à mi-chemin entre les deux grands monastères.

L’affaire n’est pas simple car le prince savoyard espère mettre la main sur l’établissement jurassien par l’éviction d’Adon II, abbé corrompu, dispendieux et largement contesté, mais protégé par Conrad III, empereur germanique. C’est le pape Léon IX, sollicité par Bernard de Clairvaux, qui finira par déposer l’abbé Adon. Le Comte intrigue pour tenter de posséder un poste avancé à la frontière Nord de ses terres du Grand Bugey par l’élection d’un nouvel abbé ami.

Rodolphe d’Hautecombe, accompagné des Frères Fulbert et Etienne, se met en route pour Saint Sulpice en Bugey, première étape, par un doux matin du printemps de l’an de grâce 1151. En même temps, de Condat (Saint-Claude), le père Félix et trois moines, tous quatre en grande discorde avec leur abbé, quitte le monastère au petit jour, avec le bel espoir d’œuvrer pour une réforme salutaire de leur institution.

Première étape, l’abbaye de Chezery. Nos marcheurs de 2018 décident d’emprunter les chemins de leurs précurseurs en sandales. Pour mieux coller à l’aventure diplomatico-historique, ils forment deux groupes, un au départ d’Hautecombe, l’autre démarrant de Saint-Claude, avec l’objectif de se retrouver à Brou dans six ou sept jours

 

Comme les moines du XIIème siècle. Marthe et Honoré s’engagent très tôt le matin entre l’étang et la forêt de Communal en quittant la D18 à l’entrée d’Hautecombe. La montée vers le Hameau de Communal et les prés de la Sauge est relativement rapide. Ils atteignent la D914 au belvédère de Gremeau. Avant le lever du soleil, ils admirent l’étendu du lac, l’abbaye qu’ils surplombent de 350 m et en face, la muraille de la Chambotte masquant le plateau de Cessens ou les fondateurs d’Hautecombe, Saint Guérin et ses compagnons s’installèrent primitivement en 1101. La D210b qui s’embranche à cet endroit leur permet de cheminer Nord-Ouest vers Ontex. Après un demi-kilomètre, un sentier desservant Le Puiset et Le Plat les amène sur le haut du village en passant devant une maisonnette colorée de « Hobbit ».

M Maison du Hobbit

Le panorama par-dessus Les Grands Champs est admirable sur l’ensemble du lac.

La situation d’Ontex, légèrement éparpillé sur son promontoire rocheux à 730 m d’altitude, est exceptionnelle. Rapidement nos deux randonneurs redescendent versant Ouest par la D210b. Une grande boucle est vite tronquée par l’usage d’un court sentier de maquis. Après un kilomètre, ils quittent la route dans le premier grand virage et descendent le Saut de l’Ane, puis traversent Le Bois Frais pour arriver à Vraisin, hameau viticole fleuri à l’extrémité nord des vignobles de Jongieux. Traversant une première voie communale, et longeant une vigne, ils franchissent une deuxième voie pour cheminer au-dessus des vignobles et descendre par un sentier de pierres jusqu’à un petit oratoire de la D210. Là, ils suivent le Biez Blanc, torrent qui descend en cascades, dont une, remarquable, aux portes du château de Lucey.

M Lucey le Biez blanc

 Les deux marcheurs achèvent leur descente vers le village et le traversent en direction du pont enjambant le Rhône. A peine en aval, ils observent un couple de cygnes majestueux veillant sur sa progéniture de cinq jeunes encore au nid sur une petite île pelée de gros graviers, au milieu du fleuve. Marthe et Honoré parviennent ainsi dans l’Ain et reconnaissent, à leur gauche, la berge desservant Rives, empruntée par eux il y a quelques jours lorsqu’ils pérégrinaient depuis Pierre Châtel. Après 500 m  sur la D37a, ils sortent à droite au premier carrefour, sur la route de la Tuillère qu’ils atteignent après deux nouveaux kilomètres, malgré une petite pose devant le curieux oratoire marial de la Planche.

Marthe et Honoré escaladent le grand talus qui leur permet de dominer l’immense plan d’eau du Lit au Roi au bord duquel ils avancent direction Nord sur 1.5 km jusqu’au pont de l’Ile Béard qui franchit le canal du Rhône en face de Parissieu. Levant les yeux, ils apprécient le spectacle d’un splendide circaète Jean le Blanc jouant avec le soleil et les courants ascendants en d’immenses circonvolutions. Ils continuent plein Nord sur une large piste de service entre canal et contre-canal écologique, spécialement aménagé pour la protection et le développement des poissons de rivière dont la reproduction est favorisée par de multiples enrochements, un courant régulé et une végétation aquatique diversifiée, permettant une saine vie sous-marine adaptée à toutes les espèces locales.

 A leur droite, sur le canal de dérivation du Rhône, barques et cygnes cohabitent sur ce grand fleuve artificiel de 150 m de large. En 1151, l’abbé Rodolphe et ses deux moines longeaient le Rhône sur l’autre rive et le traversaient sur un bac à Chanaz. L’espacement des ponts et le double fleuve actuel obligent nos amis à modifier l’antique cheminement monastique. Après 3 km, ils atteignent la passerelle qui enjambe le contre-canal et retrouvent la trace des frères d’Hautecombe en entrant dans Lavours. La traversée de la D992 Culoz-Belley les amène à la D83 qui dessert le village. Le bourg y a conservé une typique et harmonieuse architecture bugiste.

 Le château, fief du seigneur vassal des comtes savoyards, n’a rien perdu de sa superbe.

M Lucey le château

 

Il domine toujours de ses tours l’immense grange construite par les moines d’Hautecombe pour le service et la mise en valeur des terres arides locales et où ils pouvaient faire halte lors de leurs courses entre monastères. Marthe et Honoré se recueillent devant le poilu du monument aux morts. Arme aux pieds et baïonnette au canon, il semble attendre un ordre. Ils pensent à cet armistice tant espéré en 1918, dont nous célébrons le centenaire et qui a mis fin à quatre années d’une épouvantable hécatombe. Après la traversée de la commune, la D83 longe le Pré Mariot et traverse la partie Sud du marais de Lavours. Aujourd’hui sauvegardé en réserve naturelle comme l’un des derniers grands marais continentaux de l’Europe occidentale.

Après 1.5 km entre Les Rosières et La Planche, un vieux pont de pierre permet aux deux pèlerins de franchir le Séran. La végétation bordant la route est exceptionnelle de luxuriance et de variétés par ses arbustes et sa flore semi-aquatique multicolore. Un nouveau kilomètre conduit leurs pas au carrefour de la D37h conduisant plein ouest jusqu’à Vongnes, laissant Flaxieu au sud et Samissieu au nord. Vongnes est partagé par une rue montante sur un coteau Nord-Est au pied du Mont Follieux et du Grand Corneil. Les vignes sont étalées de part et d’autre de cet axe, de Flaxieu à Barbillieu. Village de tradition viticole, ses habitants ont su conserver et mettre en valeur le typisme paysan-vigneron bugiste des maisons avec pignons à lauzes, « étras » et  « dreffias ».

M Vongnes vin et culture

Sculptures de qualités agrémentées de décors floraux riches et variés ont permis à Vongnes et aux viticulteurs locaux d’accompagner une renommée non usurpée.

En 1151, les moines d’Hautecombe sont hébergés pour une nuit dans la résidence locale du Comte de Savoie pour lequel ils sont en mission, actuel caveau du Domaine Monin. Nos amis Marthe et Honoré, sur leurs traces, choisissent une chambre d’hôte au gîte du Vieux Cep. La route pour Brou, en passant par Saint-Sulpice et Epierres est moins dangereuse qu’au Moyen-Age, mais toujours aussi longue…..

 

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2ème Etape : VONGNES – SAINT-SULPICE

 

Vraiment, après leur belle nuit au « vieux Cep », Marthe et Honoré sont enchantés de la découverte de Vongnes et réellement époustouflés de la riche mise en valeur de cette petite commune de 80 âmes. Visite obligée des différents caveaux avec dégustation des productions de grande qualité en appellation AOC Vins du Bugey, musée de la tradition vigneronne, chapelle sous le vocable de Saint Oyend qui les renvoie au XIIème siècle avec leur objectif final de Brou, prieuré de la rencontre historique avec les religieux de Condat (Saint-Claude), bénédictins de Saint Oyend de Joux. Maisons et rues sont soigneusement embellies de décorations viticoles, florales et paysannes traditionnelles, ponctuées d’une demi-douzaine d’élégantes sculptures de pierre, de factures locales.

 

 Comme l’abbé Rodolphe, Fulbert et Etienne quittant le village par le haut et vers le Nord en direction de Barbillieu, nos marcheurs empruntent l’étroite route entre le bois de La Pale et les vignes de La Batarde. Après un kilomètre, ils s’engagent à gauche sur le sentier de La Jaye au Sud de La Pierre ; ils rejoignent l’ancienne voie romaine contournant par l’Ouest l’immense zone marécageuse de Lavours. Partant au Sud sur 200 m puis tournant à droite dans le chemin creux des Echaux, ils gagnent de l’autre côté de la D83 la route de Chavoley. Le lac et ses dix hectares d’eau claire en pleine campagne constituent l’immense richesse de ce petit hameau de Ceyzérieu.

 

 Les deux pèlerins s’octroient une courte halte sous l’immense lavoir-fontaine couvert au bord du lac, avant de bifurquer sur l’embranchement d’accès au hameau de Morgnieu partant de la D69. De là ils montent au village, hameau de saint Martin de Bavel, dominant du haut de ses 400 m les deux lacs de Chavoley et de Morgnieu. Entre le Mont Germont au nord et le lac au sud, un chemin de desserte viticole permet à Marthe et Honoré de rallier la D310 entre les Prés de l’Etang et Le Tremble. Sur un kilomètre, ils suivent la départementale,  direction Nord, avant de s’engager à leur gauche sur la D31 descendant vers Mussignin et Le Murat. Au lieu-dit Le Greffin, 20 m en contrebas de l’accotement gauche de la route, l’excavation profonde de l’ancienne carrière a laissé place à un lac d’un hectare d’un brillant vert émeraude.

 

 L’entrée de Virieu le Grand se fait par une sérieuse descente avec vue sur le spectaculaire anticlinal de Sérémond, ce gigantesque pli convexe de roches en strates apparu il y a 100 millions d’années. Leur arrivée sur la D904 à 250 m d’altitude leur donne accès au grand rond-point. De là, ils franchissent la voie ferrée Lyon-Genève par le passage sous-terrain ressortant sur la grand place de la Commune où un panneau de découverte du patrimoine local retient leur attention. Virieu, de via et rivus (le chemin près de la rivière), ainsi nommé car bâtit à l’origine le long de l’Arène, capricieux torrent prenant sa source au Sud de Thézillieu, sur le plateau d’Hauteville 600 m plus haut.

 

Nos amis font une nouvelle pause devant la fontaine de pierre ornée du buste en bronze d’Honoré d’Urfé, la plus célèbre des figures locales, romancier, poète lyrique et diplomate, crée premier marquis du Valromey par Louis XIII en 1620. Lorsqu’en 1151, Dom Rodolphe d’Hautecombe entre dans la ville avec les frères Fulbert et Etienne, Virieu le Grand est une place forte secondaire au croisement de grandes voies de circulation entre Lyon, Genève et Rome, soumises à contrôles et péages. Sa rivière et ses sources ont permis l’implantation d’une activité florissante de tannerie et pelleterie. Avant la domination romaine, les Allobroges en avaient déjà fait une terre de vignoble perdurant jusqu’à nos jours avec quelques fameux crus AOC du Bugey. L’abbé Rodolphe est invité par le curé desservant Virieu à célébrer la messe dans l’église Saint Romain qui vient d’être dédicacée.

 

 Le gouverneur de Virieu salue les envoyés du Comte de Savoie et les convie au château. Ils ne souhaitent pas faire une nouvelle halte, pressés qu’ils sont de parvenir à Saint Sulpice avant la nuit. Les trois paires de sandales et les pieds associés s’engagent rapidement sur le chemin pierreux qui longe et franchit le torrent en plusieurs passages. Nos marcheurs du XXIème siècle découvrent avec admiration la vieille ville en suivant la rue du Montet qui a conservé nombre de maisons nobles bâties entre le XIIème et le XVIIIème siècle, avec leurs riches façades de pierres ouvragées rappelant la qualité et le rang du propriétaire.

 

 Les randonneurs rejoignent la route d’Hauteville qu’ils quittent après 200 m pour emprunter à droite l’étroite voie sinueuse de Claire Fontaine. Après la traversée d’un groupe d’immeubles modernes, une demi-douzaine de virages serrés et 150 m de dénivelé, ils atteignent la cascade « du Niaz » sur l’Arène. Une longue et saine pause fraicheur s’impose à eux sur ce site tellement bucolique. Sous les épaisses frondaisons, l’eau du torrent chute dans un chaos de rochers sur une grande largeur avant de s’écouler de plusieurs bassins creusés au fil des siècles pour reprendre un cours joyeux ou furieux selon la saison et rejoindre un lit plus serein vers Virieu.

 

 L’ascension pour le plateau reprend et la traversée du Pont de Chanille franchissant l’Arène une ultime fois ouvre à Marthe et Honoré l’entrée d’une nouvelle piste de  jonction à la D53 dans son avant dernière épingle à cheveux. A côté, un autre sentier leur permet d’éviter la dernière boucle de la départementale qu’ils retrouvent plus haut sur un court tronçon avant de s’engager à leur gauche sur la rampe d’accès à la stèle de la Croix du Pin.

 

 Emouvant endroit ou une plaque commémorative rappelle le sacrifice d’une poignée de résistants attaqués par une compagnie allemande en Juin 44. La piste continue sur un kilomètre dominant l’Arène et la route. Ils découvrent sur le bas-côté l’immense borne de l’ancienne limite des terres de Saint-Sulpice. Une crosse sculptée en creux sur la face nord rappelle le point extrême de l’autorité de l’abbé mitré de l’abbaye et une croix de Savoie à l’opposé indique la frontière du comté. Les trois moines du XIIème siècle rendent grâce pour ce signe confirmant leur bonne direction et le prochain terme de leur étape.

 

 Pour éviter marécages et barbelés, Marthe et Honoré gravissent  à partir du carrefour suivant deux grands lacets direction Sud-Ouest qui rejoignent la piste supérieure repartant au nord en traversant le « Canton de Ravière », immense section de forêt domaniale richement cerclée de murets de pierres empilées il y a 9 siècles au temps de l’exploitation monastique. Après 2 Km, ils amorcent sur leur droite la descente d’un nouveau sentier qui les emmène aux captages de Pré Dotton, les fameuses sources de Thézillieu qu’ils longent pour remonter ensuite la voie d’accès rejoignant la départementale. 100 m plus loin, la D53a les guide vers Le Genevray et le sentier qui ondule entre le hameau et Combe à Joux leur permet en dix minutes de retrouver la route communale de l’ancienne clôture abbatiale.

 

A leur gauche devant les ruines de Saint-Sulpice, la chapelle Saint Vital qu’ils ont plaisir à revoir. Il y a 867 ans Fulbert, Etienne et l’abbé Rodolphe marchent encore 100 m vers l’ouest sur la digue du 4ème étang pour prendre au nord l’allée d’accès à l’entrée monumentale avant d’être chaleureusement salué par le frère portier les accueillant pour la nuit. C’est dans un « pod » réservé du camping communal au bord du «Lintillin », le grand étang du Genevray que Marthe et Honoré décident de déposer sac à dos et fatigue pour une saine nuit de repos dans le souvenir des marcheurs du Moyen-Age.

 

 

A suivre …                                                                                           

De Pierre Châtel à Hautecombe :

LE BUGEY EN SANDALES

 

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LE CHEMIN DES MONASTERES – DE Pierre Chatel à Hautecombe

 

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Le hameau de Nant semble être, au petit matin, le village le plus petit et le plus calme de tout le Bugey, retiré et blotti qu’il est, au centre d’une combe verdoyante à 400 m d’altitude, avec sa poignée de maisons éparpillées autour d’un carrefour à 5 branches : la piste de la combe du Goulet montant de Pierre Chatel, le sentier supérieur de Fort les Bancs, la montée vers Parves, la route de Nattages et une allée de desserte.

 

 C’est le groupe de filles, Marthe et Mélissa, sous la conduite de Mélanie, qui donne le départ. Pierre, Honoré et Quentin suivent sans rechigner. Ils partent sur la D107b en direction de Chemillieu qui est aussi un des 15 hameaux de la commune de Parves et Nattages. Au centre du village, l’antique chapelle restaurée au porche de bois monumental. Ils tournent sur leur gauche vers Charmont. Sur la petite route en balcon, les points de vue sur la vallée du Rhône et la Dent du Chat masquant le soleil alimente leur romantisme.

 

 Aux Luisettes, après le cimetière, une demi-douzaine de jeunes ânes bariolés saluent avec curiosité. A Bel Air, en pleine campagne, ils cheminent entre l’imposante mairie-école et le monument aux morts. Un lapin effarouché les guide dans la descente rapide du bourg de Charmont avant de tourner à gauche sur la D37. A Migieu, ils prennent à droite le chemin qui conduit à Château Bochard.

 

Nos amis, pilotés par Honoré, tournent à nouveau à gauche sur la voie communale tracée plein Nord en direction de Massignieu qu’ils admirent, étalé sur sa colline sous les rayons du soleil matinal. Loin derrière, le Grand Colombier. A la station de pompage, descente à droite sur une piste qui longe la plantation des Brotteaux. Entre deux rangées d’immenses peupliers, un splendide brocard figé les observe. C’est par ses aboiements, en cette période de rut, qu’il les salue pendant plus d’une minute en disparaissant. La piste serpente sur 2 Km entre prairie et forêt dans une boucle du fleuve. Ils parviennent sur la berge de la rive droite renforcée par une large digue de verdure qui protège le village de Rives. La grande façade ensoleillée du château, au bout de l’allée, derrière l’immense grille de fer forgée, rappelle à nos amis la propriété du capitaine Haddock à Moulinsart.

 

 

 La voie débouche sur la D37a et nos six randonneurs traversent le Rhône en file indienne sur le trottoir étroit du pont de Lucey. Ils changent de département mais savent, comme l’abbé Jacques et ses moines en 1362, qu’ils sont toujours dans le Grand Bugey.

 

Lucey est joliment fleuri, dominé par le clocher à bulbe de son église et son château, aujourd’hui cellier de domaine viticole. Pierre, qui marche en tête, guide la petite troupe dans l’ascension de la D210 en coupant les grands virages par le sentier du Biez Blanc, parsemé des vestiges des 11 antiques moulins, répartis de chute en chute sur 25 km pour 100 mètres de dénivelé. La dernière chute produisait encore de l’électricité pour le château il y a 50 ans.

N et O D'Ain en Savoie le pont de Lucey

 

 Devant un calvaire à niche, avant l’ultime boucle de la départementale, nos amis partent à droite sur un sentier qui grimpe à Vraisin en surplombant les vignes des coteaux de Lucey et Massignieu. Jusqu’à Jongieux, le vin blanc est principalement issu du cépage Altesse ainsi nommé parce que rapporté de Chypre par la princesse Anne de Lusignan à l’occasion de son mariage avec Louis 1er de Savoie en 1430.

 

 Vraisin, typique hameau viticole est rapidement traversé. Le chemin continue plein Est de l’autre côté de la voie communale. Il traverse une petite barre rocheuse et s’enfonce dans le « bois frais » planté de charmes sur les coteaux entre Le Plat et Les Vallières. Sur 2 km, nos 3 couples suivent la trace des moines montant d’environ 300 m. Puis, nouvelle barre de roche franchie au Saut de l’Ane. Dans une épingle à cheveux, ils rejoignent la D210b, jonction routière entre Saint Pierre de Curtille et la Chapelle du Mont du Chat.

 

 En se dirigeant vers Ontex, un sentier boisé les invite à raccourcir la plus grande boucle. C’est ainsi qu’ils atteignent les hauts d’Ontex, coiffés d’un majestueux  calvaire de pierre. La visite de l’église élancée du village leur échappe pour cause de célébration de funérailles.

N et O sUR LES HAUTS D'Ontex

Au sommet d’Ontex,  ils s’engagent sur la route du Plat, dominant de 500 m le lac du Bourget, offrant un point de vue époustouflant sur Aix et tout le bassin barré à l’Est par les murailles de la Chambotte. Il y a 650 ans, les 7 religieux, heureux de rentrer chez eux, prient délicatement à la mémoire de leurs fondateurs, Guérin et ses ermites, déposant dans un premier temps leur havresac dans la Combe Haute de Cessens, derrière la crête de la Chambotte, 250 ans plus tôt.

 

 Nos amis marcheurs avancent en direction du Mont et peu avant, dévalent un sentier pentu en direction du lac, rejoignant Gremeau sur la D914. En suivant la départementale sur 500 m au Sud, ils retrouvent le chemin qui laisse le hameau de Communal à leur droite pour plonger plein Nord entre la forêt des Chenaviers et le marais de la Sauge. Un kilomètre plus bas, c’est au chant des grenouilles que nos randonneurs arrivent au bord de l’étang qui longe la D18 à l’entrée d’Hautecombe.

 

 Heureux d’être parvenus jusqu’à ce site exceptionnel avec ses 5 compagnons, Quentin, passionné d’histoire médiévale leur explique qu’en 1151, le Comte Humbert III, sur les conseils de Bernard de Clairvaux, confie aux moines d’Hautecombe une délicate mission diplomatique d’aide à l’Abbaye de Saint-Claude, alors en grande désolation, en devenant pour lui le poste avancé de la frontière Nord des Etats de Savoie….

 

L’ABBAYE CISTERCIENNE D’HAUTECOMBE : 900 ans d'histoire.

N et O Hautecombe (4)

 

 

Hautecombe, quel drôle de nom pour une prairie au bord du lac du Bourget à 250 m d’altitude. Le mystère n’en est pas un. Il était une fois… en 1101, un groupuscule de moines de Notre Dame d’Aulps en chablais qui choisirent la terre du « Fornet », lieu « d’horreur et de solitude » pour y vivre pleinement une vie érémitique.

Cette combe haute, sur la commune de Cessens en Albanais entre « les Granges » et « Topy », bordée d’un ru, petit affluent de la Néphaz qui descend vers Rumilly, devient leur lieu de vie jusqu’à leur exceptionnelle rencontre avec le grand Bernard de Fontaine, fondateur et abbé de Clairvaux, l’une des quatre premières « filles » de Citeaux.

 Bernard est à l’origine du prolifique rayonnement de l’ordre cistercien qui couvrira en quelques siècles toute l’Europe de plus de 700 monastères. En route pour Rome, il s’arrête à Haute Combe et convainc Saint Guérin et ses ermites de fonder une abbaye rattachée à l’ordre, revenu aux pures valeurs évangéliques de l’austère règle bénédictine dont Cluny s’est éloigné.

 Saint Bernard, inspiré, les invites à construire aux hameaux de « Charaïa » et « Exendilles », au bord du « lac de châtillon » leur nouvelle demeure. Le site donné par Amédée III, Comte de Savoie, en 1139, n’est pas plus accueillant que celui de leur première implantation sur le massif de la Chambotte.

 Cité lacustre 4000 ans auparavant, puis temple romain dédié à Auguste au 1er siècle, il n’est accessible que par le lac. Le nom de Hautecombe deviendra celui de l’abbaye.

N et O Hautecombe (3)

 A la mort de Bernard de Clairvaux, en 1153, l’église abbatiale est achevée et la plupart des bâtiments construits. Sans ressource à l’origine, l’établissement fut richement et constamment doté de biens et revenus par les princes de Savoie, notamment par Humbert III, qui, particulièrement pieux, initia la vocation de nécropole de la Maison de Savoie à Hautecombe en obtenant d’y être enterré avec sa 3ème épouse.

 La prospérité et le rayonnement du monastère furent rapides et importants. Plusieurs « filles » d’Hautecombe furent fondées sur les terres savoyardes et au Moyen-Orient à l’occasion des croisades.

 Au gré des privilèges et dotations octroyés par  chartes des princes de Savoie et vassaux, l’abbaye devient une véritable puissance féodale qui étend son autorité sur une grande partie du massif des Bauges et de la vallée du Rhône, de Genève à Pierrelatte.

 A Lyon, l’Hôtel Dieu, l’Institution de l’aumône générale et le Pont de la Guillotière sont administrés et contrôlés pendant plusieurs siècles par les abbés d’Hautecombe.

 Plusieurs d’entre eux eurent des relations privilégiées avec le Saint Siège et conduisirent des missions diplomatiques. Goffredo Castiglioni, moine d’Hautecombe fut élu pape en 1244 sous le nom de Célestin IV. Nicolas III, pape de 1277 à 1280 aurait été éduqué à Hautecombe sans être moine.

 C’est au milieu du XVème siècle que s’amorce le lent déclin de l’abbaye, concomitant avec celui de l’ensemble des ordres monastiques. L’instabilité politique des Etats de Savoie, la perte pour eux de la Bresse et du Bugey, les guerres de religions et autres conflits finissent par aboutir à la ruine progressive de l’abbaye.

 En 1640, 11 moines y survivent difficilement et l’état du monastère est déplorable. Plusieurs chantiers successifs de réhabilitation transforment et modifient l’architecture du couvent et de l’abbatiale.

 La nécropole des ducs de Savoie est en piteux état à la veille de la révolution. En 1793, les six derniers moines sont expulsés et l’abbaye transformée en faïencerie privée qui occupe jusqu’à 30 ouvriers.

 En 1804, M. Landoz en fait une exploitation agricole et viticole.

 En 1824, Charles-Félix de Savoie, roi d’Italie, rachète le domaine par piété filiale. Il fait relever l’église en ruine et finance une restauration complète de l’édifice en style baroque-troubadour à la mode.

 Les tombeaux sont remis dans leur état d’origine, les bâtiments conventuels réparés, un appartement du couple royal aménagé et l’abbaye réouverte avec 10 moines cisterciens.

 Le roi meurt en 1831 et la reine Marie-Christine continue l’œuvre de restauration et d’embellissement jusqu’à sa mort en 1849. Son tombeau est rehaussé de la plus belle des statues de l’abbatiale, en marbre blanc sculpté par Giovanni Albertoni.

 En 1860, lors du rattachement de la Savoie à la France, la fondation d’Hautecombe devient propriétaire. Le changement de nationalité incite les moines italiens à laisser la place à ceux de Sénanque. Avec l’apaisement qui suit les lois anticléricales de 1880 à 1905, des bénédictins dépendants de l’ordre restauré de Solesmes par Dom Guéranger donnent un nouvel essor à Hautecombe à partir de 1922.

N et O Hautecombe (5)

 Le 3 Février 1944, un hôte clandestin de marque, le cardinal Hlond, primat de Pologne est arrêté par la Gestapo. Il survivra à sa captivité allemande. En 1992, les derniers moines âgés, épuisés par le service lié au déferlement touristique, ne pouvant plus vivre en paix leur vocation religieuse, cèdent la place à la communauté du Chemin Neuf qui assure désormais la célébration des offices, l’entretien et la gestion du patrimoine millénaire, l’accueil des visiteurs et l’organisation de sessions de formation chrétienne.

N et o La grange batelière

La grange batelière.

 Les 900 ans d’histoire et de tribulations des hommes avec ou sans foi qui sont gravés dans les pierres d’Hautecombe ne demandent qu’à nous être comtés.

MARCHONS ET ALLONS ECOUTER….

DE HAUTECOMBE A SAINT-SULPICE

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(1ère partie : jusqu’à VONGNES)

 

L En quittant Hautecombe

 

 

Donc, le Comte Humbert III de Savoie organise une rencontre entre des émissaires de l’abbaye d’Hautecombe et des Frères de Saint Oyend de Joux (Saint-Claude) au prieuré de Brou, dépendance de l’abbaye d’Ambronay. Le lieu, contrôlé par la Maison de Savoie, est à mi-chemin entre les deux grands monastères.

L’affaire n’est pas simple car le prince savoyard espère mettre la main sur l’établissement jurassien par l’éviction d’Adon II, abbé corrompu, dispendieux et largement contesté, mais protégé par Conrad III, empereur germanique. C’est le pape Léon IX, sollicité par Bernard de Clairvaux, qui finira par déposer l’abbé Adon. Le Comte intrigue pour tenter de posséder un poste avancé à la frontière Nord de ses terres du Grand Bugey par l’élection d’un nouvel abbé ami.

Rodolphe d’Hautecombe, accompagné des Frères Fulbert et Etienne, se met en route pour Saint Sulpice en Bugey, première étape, par un doux matin du printemps de l’an de grâce 1151. En même temps, de Condat (Saint-Claude), le père Félix et trois moines, tous quatre en grande discorde avec leur abbé, quitte le monastère au petit jour, avec le bel espoir d’œuvrer pour une réforme salutaire de leur institution.

Première étape, l’abbaye de Chezery. Nos marcheurs de 2018 décident d’emprunter les chemins de leurs précurseurs en sandales. Pour mieux coller à l’aventure diplomatico-historique, ils forment deux groupes, un au départ d’Hautecombe, l’autre démarrant de Saint-Claude, avec l’objectif de se retrouver à Brou dans six ou sept jours

 

Comme les moines du XIIème siècle. Marthe et Honoré s’engagent très tôt le matin entre l’étang et la forêt de Communal en quittant la D18 à l’entrée d’Hautecombe. La montée vers le Hameau de Communal et les prés de la Sauge est relativement rapide. Ils atteignent la D914 au belvédère de Gremeau. Avant le lever du soleil, ils admirent l’étendu du lac, l’abbaye qu’ils surplombent de 350 m et en face, la muraille de la Chambotte masquant le plateau de Cessens ou les fondateurs d’Hautecombe, Saint Guérin et ses compagnons s’installèrent primitivement en 1101. La D210b qui s’embranche à cet endroit leur permet de cheminer Nord-Ouest vers Ontex. Après un demi-kilomètre, un sentier desservant Le Puiset et Le Plat les amène sur le haut du village en passant devant une maisonnette colorée de « Hobbit ». Le panorama par-dessus Les Grands Champs est admirable sur l’ensemble du lac.

La situation d’Ontex, légèrement éparpillé sur son promontoire rocheux à 730 m d’altitude, est exceptionnelle. Rapidement nos deux randonneurs redescendent versant Ouest par la D210b. Une grande boucle est vite tronquée par l’usage d’un court sentier de maquis. Après un kilomètre, ils quittent la route dans le premier grand virage et descendent le Saut de l’Ane, puis traversent Le Bois Frais pour arriver à Vraisin, hameau viticole fleuri à l’extrémité nord des vignobles de Jongieux. Traversant une première voie communale, et longeant une vigne, ils franchissent une deuxième voie pour cheminer au-dessus des vignobles et descendre par un sentier de pierres jusqu’à un petit oratoire de la D210. Là, ils suivent le Biez Blanc, torrent qui descend en cascades, dont une, remarquable, aux portes du château de Lucey.

M Lucey le château

 Les deux marcheurs achèvent leur descente vers le village et le traversent en direction du pont enjambant le Rhône. A peine en aval, ils observent un couple de cygnes majestueux veillant sur sa progéniture de cinq jeunes encore au nid sur une petite île pelée de gros graviers, au milieu du fleuve. Marthe et Honoré parviennent ainsi dans l’Ain et reconnaissent, à leur gauche, la berge desservant Rives, empruntée par eux il y a quelques jours lorsqu’ils pérégrinaient depuis Pierre Châtel. Après 500 m  sur la D37a, ils sortent à droite au premier carrefour, sur la route de la Tuillère qu’ils atteignent après deux nouveaux kilomètres, malgré une petite pose devant le curieux oratoire marial de la Planche.

Marthe et Honoré escaladent le grand talus qui leur permet de dominer l’immense plan d’eau du Lit au Roi au bord duquel ils avancent direction Nord sur 1.5 km jusqu’au pont de l’Ile Béard qui franchit le canal du Rhône en face de Parissieu. Levant les yeux, ils apprécient le spectacle d’un splendide circaète Jean le Blanc jouant avec le soleil et les courants ascendants en d’immenses circonvolutions. Ils continuent plein Nord sur une large piste de service entre canal et contre-canal écologique, spécialement aménagé pour la protection et le développement des poissons de rivière dont la reproduction est favorisée par de multiples enrochements, un courant régulé et une végétation aquatique diversifiée, permettant une saine vie sous-marine adaptée à toutes les espèces locales.

 A leur droite, sur le canal de dérivation du Rhône, barques et cygnes cohabitent sur ce grand fleuve artificiel de 150 m de large.

M scène de famille près du Rhône

En 1151, l’abbé Rodolphe et ses deux moines longeaient le Rhône sur l’autre rive et le traversaient sur un bac à Chanaz. L’espacement des ponts et le double fleuve actuel obligent nos amis à modifier l’antique cheminement monastique. Après 3 km, ils atteignent la passerelle qui enjambe le contre-canal et retrouvent la trace des frères d’Hautecombe en entrant dans Lavours. La traversée de la D992 Culoz-Belley les amène à la D83 qui dessert le village. Le bourg y a conservé une typique et harmonieuse architecture bugiste.

 Le château, fief du seigneur vassal des comtes savoyards, n’a rien perdu de sa superbe. Il domine toujours de ses tours l’immense grange construite par les moines d’Hautecombe pour le service et la mise en valeur des terres arides locales et où ils pouvaient faire halte lors de leurs courses entre monastères. Marthe et Honoré se recueillent devant le poilu du monument aux morts. Arme aux pieds et baïonnette au canon, il semble attendre un ordre. Ils pensent à cet armistice tant espéré en 1918, dont nous célébrons le centenaire et qui a mis fin à quatre années d’une épouvantable hécatombe. Après la traversée de la commune, la D83 longe le Pré Mariot et traverse la partie Sud du marais de Lavours. Aujourd’hui sauvegardé en réserve naturelle comme l’un des derniers grands marais continentaux de l’Europe occidentale.

Après 1.5 km entre Les Rosières et La Planche, un vieux pont de pierre permet aux deux pèlerins de franchir le Séran. La végétation bordant la route est exceptionnelle de luxuriance et de variétés par ses arbustes et sa flore semi-aquatique multicolore.

M Lavours luxuriance du Marais

Un nouveau kilomètre conduit leurs pas au carrefour de la D37h conduisant plein ouest jusqu’à Vongnes, laissant Flaxieu au sud et Samissieu au nord. Vongnes est partagé par une rue montante sur un coteau Nord-Est au pied du Mont Follieux et du Grand Corneil. Les vignes sont étalées de part et d’autre de cet axe, de Flaxieu à Barbillieu. Village de tradition viticole, ses habitants ont su conserver et mettre en valeur le typisme paysan-vigneron bugiste des maisons avec pignons à lauzes, « étras » et  « dreffias ».

M Vongnes vin et culture

Sculptures de qualités agrémentées de décors floraux riches et variés ont permis à Vongnes et aux viticulteurs locaux d’accompagner une renommée non usurpée.

En 1151, les moines d’Hautecombe sont hébergés pour une nuit dans la résidence locale du Comte de Savoie pour lequel ils sont en mission, actuel caveau du Domaine Monin. Nos amis Marthe et Honoré, sur leurs traces, choisissent une chambre d’hôte au gîte du Vieux Cep. La route pour Brou, en passant par Saint-Sulpice et Epierres est moins dangereuse qu’au Moyen-Age, mais toujours aussi longue…..

 

A suivre…..                                                                                           

 

2ème Etape : VONGNES – SAINT-SULPICE

Vraiment, après leur belle nuit au « vieux Cep », Marthe et Honoré sont enchantés de la découverte de Vongnes et réellement époustouflés de la riche mise en valeur de cette petite commune de 80 âmes. Visite obligée des différents caveaux avec dégustation des productions de grande qualité en appellation AOC Vins du Bugey, musée de la tradition vigneronne, chapelle sous le vocable de Saint Oyend qui les renvoie au XIIème siècle avec leur objectif final de Brou, prieuré de la rencontre historique avec les religieux de Condat (Saint-Claude), bénédictins de Saint Oyend de Joux. Maisons et rues sont soigneusement embellies de décorations viticoles, florales et paysannes traditionnelles, ponctuées d’une demi-douzaine d’élégantes sculptures de pierre, de factures locales.

 Comme l’abbé Rodolphe, Fulbert et Etienne quittant le village par le haut et vers le Nord en direction de Barbillieu, nos marcheurs empruntent l’étroite route entre le bois de La Pale et les vignes de La Batarde. Après un kilomètre, ils s’engagent à gauche sur le sentier de La Jaye au Sud de La Pierre ; ils rejoignent l’ancienne voie romaine contournant par l’Ouest l’immense zone marécageuse de Lavours. Partant au Sud sur 200 m puis tournant à droite dans le chemin creux des Echaux, ils gagnent de l’autre côté de la D83 la route de Chavoley. Le lac et ses dix hectares d’eau claire en pleine campagne constituent l’immense richesse de ce petit hameau de Ceyzérieu.

 Les deux pèlerins s’octroient une courte halte sous l’immense lavoir-fontaine couvert au bord du lac, avant de bifurquer sur l’embranchement d’accès au hameau de Morgnieu partant de la D69. De là ils montent au village, hameau de saint Martin de Bavel, dominant du haut de ses 400 m les deux lacs de Chavoley et de Morgnieu. Entre le Mont Germont au nord et le lac au sud, un chemin de desserte viticole permet à Marthe et Honoré de rallier la D310 entre les Prés de l’Etang et Le Tremble. Sur un kilomètre, ils suivent la départementale,  direction Nord, avant de s’engager à leur gauche sur la D31 descendant vers Mussignin et Le Murat. Au lieu-dit Le Greffin, 20 m en contrebas de l’accotement gauche de la route, l’excavation profonde de l’ancienne carrière a laissé place à un lac d’un hectare d’un brillant vert émeraude.

 L’entrée de Virieu le Grand se fait par une sérieuse descente avec vue sur le spectaculaire anticlinal de Sérémond, ce gigantesque pli convexe de roches en strates apparu il y a 100 millions d’années. Leur arrivée sur la D904 à 250 m d’altitude leur donne accès au grand rond-point. De là, ils franchissent la voie ferrée Lyon-Genève par le passage sous-terrain ressortant sur la grand place de la Commune où un panneau de découverte du patrimoine local retient leur attention. Virieu, de via et rivus (le chemin près de la rivière), ainsi nommé car bâtit à l’origine le long de l’Arène, capricieux torrent prenant sa source au Sud de Thézillieu, sur le plateau d’Hauteville 600 m plus haut.

Nos amis font une nouvelle pause devant la fontaine de pierre ornée du buste en bronze d’Honoré d’Urfé, la plus célèbre des figures locales, romancier, poète lyrique et diplomate, crée premier marquis du Valromey par Louis XIII en 1620. Lorsqu’en 1151, Dom Rodolphe d’Hautecombe entre dans la ville avec les frères Fulbert et Etienne, Virieu le Grand est une place forte secondaire au croisement de grandes voies de circulation entre Lyon, Genève et Rome, soumises à contrôles et péages. Sa rivière et ses sources ont permis l’implantation d’une activité florissante de tannerie et pelleterie. Avant la domination romaine, les Allobroges en avaient déjà fait une terre de vignoble perdurant jusqu’à nos jours avec quelques fameux crus AOC du Bugey. L’abbé Rodolphe est invité par le curé desservant Virieu à célébrer la messe dans l’église Saint Romain qui vient d’être dédicacée.

 Le gouverneur de Virieu salue les envoyés du Comte de Savoie et les convie au château. Ils ne souhaitent pas faire une nouvelle halte, pressés qu’ils sont de parvenir à Saint Sulpice avant la nuit. Les trois paires de sandales et les pieds associés s’engagent rapidement sur le chemin pierreux qui longe et franchit le torrent en plusieurs passages. Nos marcheurs du XXIème siècle découvrent avec admiration la vieille ville en suivant la rue du Montet qui a conservé nombre de maisons nobles bâties entre le XIIème et le XVIIIème siècle, avec leurs riches façades de pierres ouvragées rappelant la qualité et le rang du propriétaire.

 Les randonneurs rejoignent la route d’Hauteville qu’ils quittent après 200 m pour emprunter à droite l’étroite voie sinueuse de Claire Fontaine. Après la traversée d’un groupe d’immeubles modernes, une demi-douzaine de virages serrés et 150 m de dénivelé, ils atteignent la cascade « du Niaz » sur l’Arène. Une longue et saine pause fraicheur s’impose à eux sur ce site tellement bucolique. Sous les épaisses frondaisons, l’eau du torrent chute dans un chaos de rochers sur une grande largeur avant de s’écouler de plusieurs bassins creusés au fil des siècles pour reprendre un cours joyeux ou furieux selon la saison et rejoindre un lit plus serein vers Virieu.

O Cascade du Niaz sur l'Arène

cascade de la Niaz

 L’ascension pour le plateau reprend et la traversée du Pont de Chanille franchissant l’Arène une ultime fois ouvre à Marthe et Honoré l’entrée d’une nouvelle piste de  jonction à la D53 dans son avant dernière épingle à cheveux. A côté, un autre sentier leur permet d’éviter la dernière boucle de la départementale qu’ils retrouvent plus haut sur un court tronçon avant de s’engager à leur gauche sur la rampe d’accès à la stèle de la Croix du Pin.

 Emouvant endroit ou une plaque commémorative rappelle le sacrifice d’une poignée de résistants attaqués par une compagnie allemande en Juin 44. La piste continue sur un kilomètre dominant l’Arène et la route. Ils découvrent sur le bas-côté l’immense borne de l’ancienne limite des terres de Saint-Sulpice. Une crosse sculptée en creux sur la face nord rappelle le point extrême de l’autorité de l’abbé mitré de l’abbaye et une croix de Savoie à l’opposé indique la frontière du comté.

O ici commence la terre de Saint Sulpice

Les trois moines du XIIème siècle rendent grâce pour ce signe confirmant leur bonne direction et le prochain terme de leur étape.

 Pour éviter marécages et barbelés, Marthe et Honoré gravissent  à partir du carrefour suivant deux grands lacets direction Sud-Ouest qui rejoignent la piste supérieure repartant au nord en traversant le « Canton de Ravière », immense section de forêt domaniale richement cerclée de murets de pierres empilées il y a 9 siècles au temps de l’exploitation monastique. Après 2 Km, ils amorcent sur leur droite la descente d’un nouveau sentier qui les emmène aux captages de Pré Dotton, les fameuses sources de Thézillieu qu’ils longent pour remonter ensuite la voie d’accès rejoignant la départementale. 100 m plus loin, la D53a les guide vers Le Genevray et le sentier qui ondule entre le hameau et Combe à Joux leur permet en dix minutes de retrouver la route communale de l’ancienne clôture abbatiale.

A leur gauche devant les ruines de Saint-Sulpice, la chapelle Saint Vital qu’ils ont plaisir à revoir. Il y a 867 ans Fulbert, Etienne et l’abbé Rodolphe marchent encore 100 m vers l’ouest sur la digue du 4ème étang pour prendre au nord l’allée d’accès à l’entrée monumentale avant d’être chaleureusement salué par le frère portier les accueillant pour la nuit. C’est dans un « pod » réservé du camping communal au bord du «Lintillin », le grand étang du Genevray que Marthe et Honoré décident de déposer sac à dos et fatigue pour une saine nuit de repos dans le souvenir des marcheurs du Moyen-Age.

 

A suivre …                                                                                      

 

 

Au départ le 3 Décembre 2016 le circuit envisagé se présentait ainsi :

Abbaye de Saint Sulpice, Chartreuse d'Arvières, Chartreuse de Meyriat,Abbaye de Nantua, Retour à Meyriat et Chartreuse de Meyriat à l'abbaye de Saint Sulpire. Voici une boucle étudiée et détaillée pourles amateurs de randonnées.

 

 

De Saint Sulpice à Arvières en deux étapes :

Première étape : de Saint Sulpice à Passin : 12,5 kilomètres - 4 heures

 

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Saint Sulpice se trouve sur le territoire de Thézillieu sur le Plateau d'Hauteville - Brénod.

"Et si nous emboitions le pas au Frère Martin de Saint-Sulpice, portant un message de son abbé au prieur de la chartreuse d’Arvières, en franchissant le golet de Lèbe en forêt de Gervais, en traversant à grands risques le fond du Val Roman et en gravissant l’inextricable forêt des pentes d’Hergues ?"

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les ruines de l'Abbaye de Saint Sulpice

 

Une visite à la belle église de Thézillieu s’impose.

L Le monastère de saint sulpice est en ruine, mais arrêtez vous à l'église de Thézillieu

Après une nuit calme et reposante au Relais de Thézillieu, suivi d’un copieux petit déjeuner, Pierre et Mélanie garent leur véhicule au carrefour de la maison forestière de Jailloux entre le Genevray et les Catagnolles à 820 m d’altitude. Au bord de la route, ils ont repéré facilement la chapelle Saint Vital, actuellement en travaux de restauration.

Mc les travaux de la chapelle st Vital en 2011

 

Elle doit son nom à un frère convert du 15ème siècle originaire de Malix, berger particulièrement pieux qui choisit la vie monastique. La chapelle et les ruines de l’Abbaye fondée en 1130, situées sur des propriétés privées, ne sont accessibles qu’en période estivale et pour la journée du patrimoine. On les visite sur rendez-vous sous la conduite de Christine et Yves BRU, guides érudits, passionnés et passionnants. L’église abbatiale, qui trônait au centre des bâtiments conventuels, était particulièrement imposante et l’on a du mal, aujourd’hui, à imaginer une sorte de cathédrale au milieu des pâturages. La porterie principale était située à l’ouest, au pied de la forêt de Jailloux, la chapelle Saint Vital aussi appelée « des étrangers » était le lieu de culte, où les habitants, laboureurs et leurs familles, ainsi que les visiteurs occasionnels, pouvaient assister aux offices célébrés pour eux, indépendamment de ceux réservés et bien réglés de la communauté religieuse.

 

Sacs au dos, solidement chaussés et équipés des cartes IGN 3231 0T et 3331 0T, nos randonneurs prennent la route en direction des Catagnolles avant de s’engager à 100 m dans le premier chemin à droite. Ils savent qu’ils sont partis pour un périple sportif d’environ 8 heures. En face de la station de lagunage, ils remontent sur leur gauche en direction du cimetière de Thézillieu.

 

Au sommet de cette grimpette de mise en jambes, après une petite portion goudronnée, ils traversent l’immense pâturage de la Claita,  direction Est-Nord ’Est. De l’autre côté de la route les Catagnolles-Thézillieu, dans le virage, ils s’engagent sur un sentier et longent par l’ouest les pâturages des Biolay, jusqu’à l’entrée du chemin qui remonte le grand bois en direction de Sainte Blaizine. Ils traversent la Départementale 53 et rejoignent la ferme de Marc Berliet qu’ils laissent sur leur droite en continuant au Nord sur le chemin du Machurat. Après cent mètres sur la route forestière goudronnée en direction de La Lèbe, ils obliquent à nouveau à droite reprenant le chemin de Machurat toujours plein Est, jusqu’à la lande ouverte qui leur permet de découvrir le lumineux panorama sur le Valromey et le mythique Grand Colombier, toit du Bugey.

Ils sont au col de La Lèbe à 920 m d’altitude.

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A ce carrefour champêtre de 5 embranchements, ils partent sur la voie principale qui les conduit au Sud-Est à la maison forestière de La Lèbe, gîte d’étape prisé des circuits Retrouvance de l’ONF et ouvert à tous sur réservation. Après son contournement par une grande boucle à 180°, c’est une nouvelle direction au Nord pour rejoindre la Départementale 8 qui relie le Plateau d’Hauteville au Valromey. Dans l’épingle de la route et devant l’ancienne auberge, un sentier s’amorce à droite en pleine descente. Après une nouvelle rencontre de la D8 qu’il faut traverser, ils s’engagent sur une sente qui descend sous la route jusqu’à Saint-Maurice. A l’entrée Nord du village, Pierre et Mélanie se recueillent devant la stèle qui rappelle la destruction par les flammes de toutes les maisons le 15 Juin 1944. Ils marchent depuis 1h30. Ils empruntent la D8c en direction de Charancin sur 100 m pour obliquer à droite vers Fossieu. Cette route campagnarde, bordée de haies vives, qui sinue au Nord-Est entre champs et pâturages, sur ce versant du Valromey inondé de soleil matinal, les conduit à Fitignieu, en passant par Fossieu, petit hameau aux immenses bâtisses aujourd’hui bien vides.

 

A deux pas l’incontournable puits des Tines, il vaut le détour !

Le puits des tines

 

 

 

 De l’autre côté de la D31, au centre de Fitignieu,

 

 ils longent la petite église romane cerclée de son antique cimetière. Ils passent devant l’entrée du château et tournent à nouveau à droite, direction plein Est devant l’immense stabulation. Ils suivent la route qui devient chemin, puis sentier et obliquent plein Nord à l’orée du bois en longeant le champ des Crottets avant de descendre une desserte de tracteur et rejoindre la passerelle qui enjambe le Seran à 500 m d’altitude. Après 400 m de dénivelé depuis le col de La Lèbe et 3 heures de bonne rando, ils décident d’apprécier l’agréable petite plage en déjeunant les pieds dans l’eau vive.

 

Régénérés, ils reprennent le chemin montant vers Passin, toujours à l’Est.

Deuxième étape :De Passin à Arvières

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 Eglise de Passin

 Le parcours total de saint sulpice à arvières

L chemin des monastères

 

 

 

Régénérés, ils reprennent le chemin montant vers Passin, toujours à l’Est. Dans le village, nos amis obliquent au Nord sur la D54 qu’ils quittent pour la D54a au Nord-Est en direction de Poisieu. 300 m plus loin, ils n’oublient pas de s’engager à droite sur un sentier qui part en biais avant de traverser le ruisseau La Faverge et d’arriver au Sud de Poisieu, sur le site magnifique d’une fontaine romaine superbement conservée et restaurée, avec son déversoir en lumineux petit étang fleuri.

A côté, un four banal historique, lui aussi bien entretenu et un calvaire ancien érigé sur un socle monumental romain de réemploi. Ils rejoignent la Départementale 30 qui traverse Poisieu et continue au Nord-Est vers Brénaz. Ils découvrent 2 sites naturels exceptionnels, avec le Banc des Dames, gouffre impressionnant à l’entrée du chemin du Moulin de Bergon, puis le Pain de sucre, spectaculaire concrétion pyramidale au pied d’une cascade de la Béze, profonde petite rivière parallèle au Séran et affluent de l’Arvières.

Au pont suivant, ils tournent de 180° sur leur droite et s’engage au Sud-Est, ayant contournés le gouffre, sur une voie rurale, puis un sentier derrière le Moulin de Bergon, ancien établissement local de minoterie, privé et restauré avec goût et passion par M. Jean Chatelan. Pierre et Mélanie remontent à travers bois et pâturages jusqu’à Lochieu par son entrée Nord-Ouest. Le village abrite le musée rural départemental du Bugey-Valromey. Nos amis traversent Lochieu, passent devant l’église et au croisement des Départementales 69 et 120d, ils s’engagent à gauche sur un chemin creux très pentu qui passe au centre de la ferme Granjinge, gîte rural, avec son immense stabulation à gauche.

Arrivés à l’entrée  Des Bordèzes, devant une bâtisse ancienne restaurée, ils rentrent sur une voie forestière serpentant plein sud sur leur droite. Sur environ 1 km, de cette route en corniche à 700 m d’altitude, ils peuvent admirer tous les villages du Bas Valromey, la lointaine crête de Gervais avec le col de la Lèbe, d’où ils arrivent, et l’arête de Planachat avec sa tour blanche de télécommunication. Ils décident d’une grande pose devant l’antique bâtisse de la Rivoire, ancienne correrie de la Chartreuse d’Arvières. La maison est privée, mais la route traverse la propriété et nos randonneurs profitent de cet endroit superbe en balcon en se restaurant, après le bel effort accompli, et celui important qu’il reste à faire. Il y a 5h30  qu’ils ont quitté Saint Sulpice.

Saint Arthaud fuit les mondanités de l'épiscopat genevois :

Plein d’entrain, ils repartent au Sud sur le chemin qui passe derrière la maison et qui descend jusqu’au pont du Faon, très vieil ouvrage de l’histoire du Valromey, qui enjambe l’Arvière. C’est juste avant le pont que nos amis aperçoivent le sentier qui grimpe à leur gauche en contournant le promontoire Des Devins, traverse un gué et sinue pleine pente au Nord-Est en longeant le torrent.

Ce chemin de Saint Arthaud les fait passer en une petite heure de 650 à 1000 m d’altitude. Il serpente au pied d’une haute cascade et en partie supérieure devant la grotte de Saint Arthaud qui aurait abrité pendant 2 ans le renommé prieur de la chartreuse, en fuite de son siège épiscopal de Genève où le pape l’avait nommé.

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Sa vocation monastique l’ayant ramené à vivre dans cet abri secret, tout près de ses frères, jusqu’à ce que le pape le libère enfin de ce ministère diocésain qu’il détestait. Après cette difficile mais spectaculaire ascension, ils débouchent sur la Départementale 120 qui monte au Grand Colombier et peuvent apercevoir, tout là-haut, le monumental mur de soutènement qui retient l’immense plateforme artificielle sur laquelle était bâti le monastère. Ce mur d’un mètre d’épaisseur et de quinze mètres de haut en pierres taillées vient d’être entièrement reconstruit car il menaçait tout le site d’effondrement après 9 siècles de résistance.

Arvières le but à atteindre.

Cent mètres plus au Nord, Pierre et Mélanie s’engagent sur la desserte empierrée qui conduit à la Chartreuse. Il leur reste une nouvelle heure de marche. C’est une voie carrossable qui surplombe le torrent d’Arvières, et enjambe la Malaraja, un affluent qui descend des Granges du Colombier. Arrivés à l’entrée du Vallon d’Arvières, d’où jaillit le torrent, ils obliquent à 180° à gauche et après encore un-demi kilomètre, ils parviennent sur le site. Ils ne peuvent s’empêcher de grimper sur leur droite jusqu’à la source de Saint Arthaud que les moines avaient captée pour pouvoir vivre ici. Elle fut récemment redécouverte, après que la maison forestière, construite avec une partie des pierres monastiques au 18ème siècle, ait été restaurée dernièrement par l’ONF comme gîte d’étape du circuit Retrouvance du Valromey. Le dernier garde forestier a vécu ici jusqu’à sa mobilisation en 1914 et sa famille fut relogée au village par la commune de Lochieu après un terrible hiver d’isolement sous plusieurs mètres de neige. Ce sont les Amis du Jardin d’Arvières, association de botanistes, amis de la terre et des plantes anciennes, rares et rustiques, qui ont œuvré pendant 20 ans pour redonner vie à ce patrimoine historique remarquable.

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Les jardins d'Arvières.

Quelle n’est pas la surprise de Pierre et Mélanie d’être accueillis à la porte du chalet par Pascal Gazonnet, Gérant du Relais de Thézillieu, quitté le matin même. En effet, c’est lui qui est maintenant, en plus, le maître d’Arvières et qui les reçoit chaleureusement en leur proposant la visite des lieux où ils pourront se restaurer copieusement après cette rude journée et surtout profiter d’une belle soirée et douce nuit sur ce promontoire cartusien flottant à 1200 m au-dessus du Val Roman et chargé de 7 siècles de riche histoire monastique.

L A illustrations pour le chemin des monastères

 

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 L'auberge d'Arvières le repos bien mérité

C’est en 1135 que les disciples de Saint Bruno s’installent ici après avoir fait une tentative en 1122 à la Grange d’en Bas, au-dessous du Golet de la Biche, bien trop fréquentée pour eux. Il est difficile d’imaginer aujourd’hui que, sur cette esplanade artificielle, une majestueuse église tutoyait le ciel, au centre des multiples petits ermitages de dizaine de chartreux.

Pierre et Mélanie s’endorment en pensant au Frère Martin, qui, il y a 5 siècles, risquait sa vie pendant 3 jours sur le parcours qu’ils viennent de réaliser. Comme il a dû regretter la douce et chaude ambiance de Saint Sulpice sous la protection du Seigneur de Longecombe, loin, très loin de ce promontoire infesté de loups. Ils pensent aussi avec angoisse au Frère Thomas, qu’Arthaud, réfugié dans sa grotte voisine, chargea d’un pli pour son ami prieur de Meyriat, lui demandant d’écrire au pape pour qu’il lui permette de retrouver sa charge d’Arvières, loin des mondanités genevoises. Que de pièges et d’embûches, de la noire combe au golet de la biche, puis en haute forêt pour passer d’un abergeage à l’autre sans les manquer, puis en longeant le Val Seran pour atteindre au Nord les dangereuses Moussières en limite lointaine de Meyriat… Qui aujourd’hui oserait un pareil périple ?

 

 d'Arvières à Meyriat. -  Première étape : Les Bergonnes :

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Il y a 9 siècles, lorsque les moines-pionniers s’installent en pays bugiste, notre territoire ressemble plus aux terrifiantes frondaisons amazoniennes qu’à une douce terre d’accueil. Les forêts y sont denses, noires et fermées et les seuls espaces libres sont les marécages reliés entre eux par biefs, torrents, ruisseaux et cascades. Les rares voies de communication qui relient châteaux ou fortins n’ont été tracées que pour d’impératives raisons d’intendance ou de raids guerriers. Tout déplacement est à haut risque et c’est bien à cela que pensent Pierre et Mélanie en emboîtant le pas au Frère Thomas. Ils savent que pendant le dernier millénaire, après les moines-colons, les frères convers et les laboureurs, des générations d’agriculteurs ont transformé le Bugey pour en faire cet écrin ouvert sur une nature riche, généreuse et d’une incroyable diversité. Comme des milliers d’amateurs de randonnée, ils vont pouvoir cheminer par monts et par vaux pour relier tranquillement et sans danger les restes de ces deux antiques chartreuses.

Valromey : un site d'une majestueuse beauté :

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Ici se trouvait la chartreuse d'Arvières

Réarnachés de leur équipement sportif et munis de leurs cartes IGN 3331 OT, 3330 OT et 3230 OT, ils saluent chaleureusement Pascal, qui leur a permis avec ses bons menus du terroir et son copieux petit déjeuner de repartir ragaillardis après une nuit de délicieux repos dans une chambre douillette du gîte. Le soleil, masqué par le Grand Colombier, diffuse sur Arvières une engageante lumière tiède et fraîche à la fois. Etalé tout en bas, le Valromey est déjà inondé de ses rayons. C’est avec regrets qu’ils abandonnent ce site d’une majestueuse beauté. Notre couple s’engage direction Ouest sur la voie montante surplombant le chemin des Rochers Blancs.

Ils passent devant la Grange Fallavier puis continuent direction plein Nord entre les crêtes d’Hergues et le noir vallon d’Arvières. Ils rentrent puis sortent de la forêt et cheminent à flanc de combe pour déboucher sur la D123 reliant Brénaz à Corbonod au lieudit « la Grange d’en Bas », servant de départ de rando et qui n’est autre que la première esquisse de Chartreuse, datant de 1122, abandonnée par les moines 13 ans plus tard pour le promontoire d’Arvières et utilisée comme grange pendant des siècles. De l’autre côté de la route, la combe plate dite du cimetière, car utilisée comme telle par les Chartreux.

Pierre et Mélanie remontent la route sur 100 m à l’ouest avant d’entrer à droite sur l’allée de « la Grange d’en Haut », autre dépendance monastique, qu’ils rejoignent en quelques minutes.

La grange d'en haut

La grange d'en haut!

Cet imposant bâtiment était aussi un point d’appui à l’activité agricole du monastère. Il est maintenant un refuge loué par la commune de Brénaz aux groupes amateurs d’aventure ou d’isolement. Pendant la 2ème guerre mondiale, la Grange a servi de P.C. à un groupe de résistants pour la réception de parachutages. Une plaque à la mémoire de leur Chef, Marcel Gache, nous rappelle ces douloureux évènements.

La piste continue plein Nord et après une courte descente en passage forestier, nos amis découvrent la magnifique Combe Merlin, très ouverte, lumineuse, large prairie fleurie longue de 1.5 km. Dans son prolongement, toujours direction Nord, ils suivent la voie forestière de la Combe Billon qui ondule, puis descend de 1200 à 1000 m entre le massif de Tumelay et la Crête de Sur Chalamont. Ils sont en pleine forêt pendant 2 km avant de continuer sur une route de débardage qui longe le bief de la Frache, affluent de la Dorche qui à l’Est rejoint le Rhône à Orbagnoux.

La piste de la Frache

la piste de la Frache

 

C’est là qu’ils décident de faire une pause bienvenue, assis sur des grumes de gros hêtres, en plein soleil et au milieu des fleurs. Ils ont marché deux heures et demi. Peu après,  à l’extrémité de cette longue combe plate et verdoyante, ils se recueillent devant la stèle dédiée à Charles Pinchon, dominant la maisonnette qu’il occupait en 1944. Ils sont maintenant au croisement avec la D30, liaison du Valromey avec Bellegarde par le Col de Richemond. Notre couple descend la route sur 50 m  et s’engage dans le virage sur le chemin de Crêt Dauphin, toujours plein Nord. Après 1 km en zone boisée et un dénivelé positif de 100 m, ils débouchent dans d’anciens pâturages et se dirigent au Nord-Ouest vers les plantations d’épicéas de Golet Danoi puis Golet Truffet avant de sortir à nouveau en zone ouverte et finir de cheminer au Nord sur une trace de pâture grimpant jusqu’à 1200 m sous la ligne EDF reliant Génissiat à Hauteville. En suivant à l’Ouest la voie remontant sous la ligne, ils finissent par reprendre leur périple au Nord à flanc de combe pour rejoindre la Croix des Terments, borne historique aux confins des cantons de Brénod, Champagne, Seyssel et Bellegarde, superbe calvaire de pierre au socle gravé : JEAN BERNE CDNFAVRE SA FEMME.

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La belle croix des Terments

De là, Pierre et Mélanie descendent en 15 mn jusqu’au village des Bergonnes où ils font connaissance de Christine et Bernard DALIN, dans leur gîte d’étape, magnifiquement aménagé dans leur immense maison bugiste, en face de la bergerie, dans le bas du hameau. Sans se concerter, ils sont d’accord pour passer le reste de la journée aux Bergonnes, d’apprécier l’accueil du Gîte DALIN pour se reposer de ces 5 heures de marche et de repartir le lendemain sur les traces du Frère Thomas qui cheminait il y a 6 siècles en direction de Meyriat.

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 Ces vieux troncs aux Bergonnes ont vu passer les moines en sandales.

Des Bergonnes à Meyriat

 

L A le chemin d'Arvières à Meyriat

 C’est avec un entrain renouvelé par cette belle et délicieuse halte que Pierre et Mélanie repartent le coeur léger en remontant une centaine de
mètres au-dessus des Bergonnes pour s’engager au nord-ouest sur une piste qui ondule de combe en combe en direction de Grange Charpy et Gros
Frêne.
Après environ 2 km, au croisement de Gros Frêne, ils longent une large haie en suivant un pâturage qui rejoint la route de Très Mas Curty au nord de
la ferme de la Tour.

L crocus au Tres Mas Curty

Eclosion de crocus au Très Mas Curty
Ils remontent la petite route goudronnée jusqu’au portail de la plus immense des propriétés du Retord et s’engagent au sud-ouest sur un cheminforestier qui descend jusqu’à un  embranchement qu’ils prennent à l’ouest en remontant vers Golet Belon qu’ils laissent sur leur droite en continuant
sur la petite route sans issue qu dessert aussi Sur Lavalla,

L Ferme sur Lavalla

grosse ferme du Plateau qu’ils peuvent admirer au sommet de ses pâturages à leur droite.
Nos randonneurs cheminent en plein soleil sur cette allée qui serpente à l’ouest entre forêts et combes.
Ils passent sous Grange Charpy et Lochon, puis devant La Sauge à leur droite et une vieille croix de fer forgé, à leur gauche, qui porte en son coeur
un petit boîtier à serrure, ancien coffret- reliquaire.

L Les Vuires Croix reliquaire

Ils débouchent au carrefour des Vuires sur la D55 qui relie Champagne-en-Valromey au Poizat. En
face, à quelques dizaines de pas, devant une remise, ils entrent sur un sentier qui leur fait traverser au nord-ouest le domaine de ski de fond de Lachat
magnifiquement parsemé de fleurs des champs colorées.

En longeant la plantation d’épicéas sur leur gauche, ils rejoignent la D39 au carrefour du Dombier. Sur le haut talus trône un monumental calvaire dédié à Marie en vierge couronnée.

L La viergre de Lachat

Ils traversent et restent sur la D39 qui conduit aux Neyrolles par le col de Belle Roche. Après 500 mètres,
nos amis s’engagent à gauche sur la piste de la Vie Blanche direction ouest. À nouveau 500 mètres et ils parviennent à un immense parc à grumes.
Ils continuent sur une voie forestière et en dix minutes débouchent encore sur un port à bois, immense carrefour à cinq pistes. Ils prennent celle d’en
face, au nord-ouest débutant par une bonne montée. Surpris par un couple de chevreuils, eux-mêmes effrayés,
Pierre et Mélanie progressent en pleine forêt, gardant un oeil sur leur boussole pour conserver le cap nord-ouest du sentier, au croisement des nombreuses pistes de débardage. Ils sont rassurés par une magnifique et antique pierre de parcelle, gravée et peinte de repères forestiers, puis par une très vieille borne taillée et gravée Maconod.

L ancienne borne forêt de Maconod

Après leur passage entre le Grand et le Petit Ouillon, ils obliquent sur leur gauche au sud sur 100 mètres avant de dévaler un chemin de débardage à nouveau nord-ouest et déboucher sur une petite clairière complètement ceinte de sapins et épicéas.

Sur leur droite, une sortie, piste d’exploitation, leur fait traverser en demi-cercle une parcelle de ces immenses résineux, puis longer, sur une sente, le haut des pâturages de la ferme du Cernay, qu’ils contournent par le nord sur une piste descendant rapidement jusqu’à la D57, jonction de Brénod aux Neyrolles par la Combe de Léchaud. Notre couple remonte la route au nord sur 300 mètres et en face de l’entrée de la Grange Berthet rentrent à gauche sur un pâturage qu’ils traversent pour rejoindre, en lisière de bois, entre deux magnifiques bouleaux, l’entrée d’un ancien chemin qui conduit à la forêt de Pré Goyet en traversant à Gué l’Albarine naissante.
Quelle n’est pas la surprise de nos randonneurs en découvrant, au milieu des arbres, qui ont repris leurs droits, les lourdes pierres de taille de l’ancienne
digue éventrée, que les chartreux bâtisseurs avaient construit là pour créer, dans les marécages de la Combe, le premier étang ingénieusement situé et
dont le déversoir engendrait la rivière.

L ancienne digue cartusienne -source de l'albarine


En grimpant légèrement au sud-ouest un sentier pleine pente, ils trouvent facilement le passage entre les rochers de la crête de Pré Goyet. La piste de
débardage ainsi rejointe les conduit à l’ouest sur la desserte forestière de la Combe de Ferirand qu’ils redescendentsur 100 mètres avant de dévaler sur
leur droite un sentier qui longe une maisonnette de campagne et sépare les deux premiers étangs marrons du nord.

Pierre et Mélanie bifurquent à droite pour remonter plein nord la petite route de Pré de Joux. Cinq minutes après, ils s’engagent à leur gauche sur le chemin de débardage de Pré Benoît qui les conduit jusqu’à la D31 reliant Brénod à Saint-Martin du Frêne. Quelques dizaines de mètres

plus bas, ils se recueillent devant la stèle à la mémoire de Léon Feltin, garde des eaux et forêts mort en combattant aux carrières d’Hauteville le 12 juillet 1944 et de trois de ses collègues morts en déportation.

L Route de Meyriat

Le monument marque l’entrée de la route d’accès qui, en cinq minutes de descente, amène notrecouple sur le site de la chartreuse où ledernier bâtiment solide a servi, depuis la Révolution, de maison forestière, de centre aéré et aujourd’hui de relais dechasse et de centre d’expositions. Les derniers vestiges de l’immense égliseont été déconstruits il y a vingt ans pour le danger qu’ils représentaient.

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Le site, avec les nombreuses traces architecturales de son passé cartusien,est depuis longtemps entretenu et mis en valeur par l’ONF, gestionnaire de
la forêt domaniale, avec d’attrayants panneaux pédagogiques, des sentiers forestiers parcourant l’ancien domaine du monastère et des expositions historiques.
L’année 2016 est l’occasion d’un certain nombre de manifestations célébrant le 9e centenaire de la fondation
de la chartreuse. L’office de tourismede l’intercommunalité du haut-Bugey associe à cette occasion la ville de Nantua, développée autour de son
imposante abbaye cistercienne qui pendant des siècles a prospéré en relation avec la chartreuse de Meyriat dont les domaines étaient mitoyens.

Pierre et Mélanie, maintenant connaisseurs de la vie médiévale, savent que quelques siècles avant eux, les moines de Nantua se rendant chez leurs frères bénédictins de Saint-Sulpice à Thézillieu, s’arrêtaient à Meyriat, étape obligatoire.
Bien que n’obéissant pas à la même règle et que les différends de propriétés ou de revenus les opposassent souvent, la charité chrétienne prévalait
toujours pour offrir l’hospitalité à des frères en mission ou à des pèlerins de passage. Aujourd’hui, il ne reste plus à nos amis qu’à rejoindre Brénod, car
on ne trouve plus le gîte et le couvert à Meyriat.

Après cinq heures de bonne rando, la boucle-découverte de la chartreuse, une grande pause bien méritée,ils repartent pour une petite heure de
marche rejoindre leur chambre d’hôte réservée au village.
Ainsi s’achève leur périple Arvières- Meyriat, en communion de coeur et d’âme, par-delà les siècles, avec frère Thomas, antique moine-marcheur.
Pierre et Mélanie, à l’imagination fertile, sont déjà dans la peau du frère Sylvestre, représentant son père-abbé de Nantua aux célébrations du bicentenaire
de la chartreuse et grimpant, harassés, le ravin du Teppet entre Queue Longuin et le Golet au Loup, un
certain matin de l’an de grâce 1316…❚

De la Chartreuse de Meyriat à l'Abbatiale Saint Michel de Nantua :

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Après une bonne nuit de repos, ils avaient planifié de rejoindre l’Abbaye de Saint-Sulpice à Thézillieu d’où ils sont partis il y a trois jours en laissant leur voiture.

La tentation d’attribuer deux journées de randonnées supplémentaires à la dure mais splendide boucle Meyriat-Nantua-Meyriat est si forte qu’ils décident de se faire redéposer sur le site de la Chartreuse. Ils se sont laissés compter qu’en 1316, Frère Odilon était descendu à Nantua porter un message pour convier l’Abbé au Jubilé de la Chartreuse et comment, après moult fourvoiements et tribulations en pleine nature, il était resté pour se reposer à l’accueillante Abbaye alors que Frère Sylvestre montait en émissaire pour répondre à cette fraternelle invitation.

Toujours bien équipés en bon randonneurs, le plein d’eau et de victuailles fait pour la journée, la carte IGN 3230 OT Nantua-Hauteville à portée de main, ils s’engagent en descendant sur la route du vieux valey qui relie Meyriat à Condamine.   « Ils arpentent » 1,5 km, traversant une immense plantation d’épicéas âgés d’environ 60 ans, puis longent le pré de Rivoire jusqu’au petit embranchement routier du Pont de la Planche.

Sur leur droite, ils s’engagent sur un sentier-jonction qui rejoint en 5 minutes la D 31. Ils la redescendent  sur 300 mètres pour trouver l’entrée de la D 12 g qui s’amorce au Nord-Ouest en direction de Chevillard. Une « croix à rouleaux » plantée sur un rocher surplombe le carrefour routier. En remontant vers le Nord, la petite route ombragée les conduit directement au village. Ils traversent Chevillard en visitant son église ouverte et suivent la D12g toujours au Nord-Ouest.

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Ils saluent la Croix du Molard sur leur gauche et dans le virage suivant quittent la départementale en continuant tout droit en direction de la Béquinière puis de la Grange du Terment qu’ils laissent sur leur gauche en initiant la descente à l’entrée Ouest de la Combe de Vau.

Un grand virage à droite les conduit à l’Est, après 500 m, au pont qui enjambe le Vau, magnifique petit ruisseau sauvage, en cours de réhabilitation, qui rejoint la Doye et le Borey à Saint Martin du Frêne pour former l’Oignin qui se jette dans l’Ain à Coiselet. De là, ils s’engagent sur la piste qui remonte à l’Est la Combe de Vau. Sur 2 Km, ils cheminent le long du ruisseau, qu’ils croisent deux fois, jusqu’au hameau de la Tuilière et continuent jusqu’à la Source des Meules qui est celle du Vau.

C’est à ce croisement que prennent naissance les deux voies directes mais « très physiques » qui rejoignent plein Sud la Chartreuse de Meyriat dans des pentes à 25 %. La 1ère : le chemin de la Golette, par les Batardières et la Vie Grasse, anciens pâturages devenus épaisse forêt et la 2ème : le chemin du ravin du Teppet, par le Marais Rambert et la Combe du Murger.

Pierre ne peut s’empêcher de raconter la plaisanterie sur Frère Sylvestre, exténué dans la montée du ravin, il y a 700 ans et se trouvant nez à nez avec un loup : Seigneur, prie-t-il avec ferveur, donnez à cet animal de chrétiennes pensées   et le loup ravi, regardant le moinillon terrorisé, de répondre : Seigneur, bénissez la nourriture que je vais prendre.

 

Après cet intermède de noir humour, Pierre et Mélanie dépassent le captage et montent sur le sentier, qui, dans une boucle à 180°, pénètre à l’Ouest dans la forêt de la Combe Noire. Sur environ 2 km, ils vont passer de 700 m à 1000 m d’altitude en rejoignant la piste forestière Brénod-Nantua. De l’autre côté de la piste, ils empruntent l’étroit couloir, qui les conduit à 50 m, au pied de la Vierge des Monts d’Ain, qui au sommet de son piédestal, présente des fleurs.

L la Vierge des Mont d'Ain

Ils décident une pause sur ce promontoire exceptionnel au sommet de la falaise de Charveyron. Le spectacle grandiose dans un angle ouvert entre les lacs de Nantua et de Sylans, avec en perspective, l’autoroute des Titans, jaillissant de sous leurs pieds comme une source de la montagne et sinuant sur ses viaducs successifs pour disparaître au loin dans le virage de Charix. La Vierge offrant son bouquet semble planer dans ce décor hors échelle.

 

 

 

Nos marcheurs retrouvent la piste et s’y engage au Nord direction Nantua. La descente en lacets sur 5 km est assez régulière et sinue sous la Roche d’Au-delà, immense falaise qui culmine aux Monts d’Ain, et au-dessus des Rochers de Chaveyron, longue muraille verticale plantée entre le couloir de Mallebronde et Nantua, percée en son centre par le double tunnel de l’autoroute, dont les 3 km courent sous les Monts d’Ain et le Plateau de Chamoise, pour ressortir à l’Ouest de la Combe de Vau, au-dessus de Saint Martin du Frêne.

L l'autoroute des titans

l'autoroute des titans

La piste est très fréquentée par les entreprises forestières et nos amis ont le plaisir d’échanger sur les techniques de débardage pleine pente avec un exploitant à l’œuvre qui manipule un gigantesque tracteur télécommandé. Dans un virage, ils passent juste au-dessus de l’entrée Est du tunnel,  au droit d’une cheminée d’aération. La dernière ligne droite les conduit au carrefour de la Vierge protectrice de Nantua et à nouveau, ils tournent devant elle à 180° pour repartir à l’Est en direction du centre-ville.

Le chemin des Monts d’Ain contourne le quartier de l’Hôpital et de la fontaine Saint Amand appelé « sous la vierge », enjambe le Merloz, qui se jette dans le lac, et débouchent rue Paul Painlevé que Pierre et Mélanie remontent sur 400 m avant de découvrir la place d’armes sur laquelle s’ouvre la rue de l’Abbaye.

L Abbatiale de Nantua

Avant de rejoindre leur gîte d’étape, ils décident de faire connaissance avec la gigantesque Abbatiale Saint Michel, immense vestige de l’histoire médiévale.

Une douce pensée les ramène en 1316 vers Frère Odilon, qui doit dormir en pleine forêt de Combe Noire, avant une seconde journée de périlleuse descente sur Nantua, alors qu’eux venaient d’effectuer le même périple en 7 heures, assez facilement et avec beaucoup de plaisir. Après une nuit réparatrice et le chaleureux accueil de leurs hôtes, nos marcheurs veulent s’offrir une journée de repos en approfondissant leur visite de l’antique Abbatiale et par la découverte du quartier historique de la défunte puissante Abbaye.

 

La vieille ville, l’histoire de la résistance dans l’Ain avec son riche musée et les promenades autour du lac vont leur permettre de faire plus ample connaissance avec la belle sous-préfecture du Haut-Bugey.

De nantua à Meyriat

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…….Après une studieuse journée de détente et une nouvelle nuit dans leur gîte douillet, Pierre et Mélanie décident de remonter à Meyriat sur les traces de Frère Sylvestre, qui il y a 7 siècles, avait mission de braver les dangers de l’escalade dans l’épaisse forêt de Combe Noire, infestée de loups et d’ours, pour entretenir entre les deux puissants Monastères, les relations de fraternel voisinage.

Bien inspirés, ils préfèrent conclure leur retour sur le plateau de Brénod en constituant une belle boucle, plutôt que de suivre l’itinéraire d’arrivée. Ils sortent de Nantua par où ils sont entrés, rue Paul Painlevé, Chemin des Monts d’Ain et repassent au pied de la grande Vierge couronnée, qui, au sommet d’un socle monumental, bras ouverts accueillants, veille sur la ville.

Ils sont à 500 m  d’altitude et vont devoir gravir 600 m.

 

Ils s’engagent donc au Nord-Ouest sur le chemin de Chamoise qui monte régulièrement sous la partie Nord de la roche d’Au-delà. Le sentier glisse tout droit et régulièrement à travers une végétation d’arbustes variés. Après 2 km de bonne et sérieuse ascension, ils parviennent aux « Doigts du Diable ».

 

L La vue des doigts du diable

Vue des doigts du diable

 

Ce belvédère rocheux, sur lequel on peut s’avancer jusqu’au bord, domine le lac de 200 m et offre une vision très large entre la plaine de Nurieux et le Bourg des Neyrolles… C’est d’une mémorable vision panoramique du lac et de son décor que nos amis peuvent se délecter, tranquillement assis sur les rochers de ce nid d’aigle. Ils repartent et continuent le sentier jusqu’au carrefour de la Grange de l’Ours, qui donne le choix de rejoindre Port, Chamoise ou au Sud-Est, le sentier des Monts d’Ain, qu’empruntent nos randonneurs et qui coure au sommet de la Roche d’Au-delà.

 

Pendant 1 km, ils traversent une plantation très fermée de grands épicéas, ancien riche pâturage du Plateau de Chamoise, puis ils se rapprochent du précipice et peuvent, de place en place, apprécier le grandiose spectacle sur Nantua,  toute petite vu d’ici, le clocher de l’Abbatiale, qui, depuis mille ans a vu enfler la ville et jaillir les édifices ;

A gauche, l’extrémité Est du lac avec son petit port et son embarcadère et à droite, l’autoroute, fuyant le vide sur ses échasses géantes. Pierre et Mélanie laissent plusieurs fois, sur leur gauche, les jonctions avec Chamoise et ses nombreux hameaux. Ils montent sportivement au milieu d’un boisement assez varié, offrant de belles trouées. Notre couple sursaute à « l’aboiement » rauque d’un chevreuil amoureux. Son cri fait penser à celui d’un chien enroué.

Après 4 km depuis la Grange de l’Ours et 400 m de dénivelé, ils accèdent au sommet des Monts d’Ain à 1127 m.

L le sommet des monts d'Ain

les sommets des monts d'Ain

Un panneau indique le Mont Blanc à 100 km et effectivement, nos baroudeurs sont heureux de contempler le monumental toit de l’Europe trônant à l’horizon. L’endroit, très boisé jusqu’au bord du vide, n’offre qu’une fenêtre restreinte et une vision limitée plein Est. Ils initient leur descente au Sud-Ouest en longeant le bord de la Roche du Bois Don et à 400 m, bifurquent à l’Est pour traverser un coteau herbeux d’où ils apprécient une vue dégagée sur la Plaine de l’Ain et le Sud-Bugey. Ils parviennent au croisement de la Vierge des Monts d’Ain, découverte par eux il y a deux jours, en remontant de la source des Meules pour rejoindre Nantua. L Vierge au dessus de Nantua

 

Ils rendent de nouveau une petite visite à la blanche statue sur son piton rocheux pour se remplir une dernière fois les yeux de l’exceptionnel panorama offert par l’immense viaduc et la perspective de la vallée des Neyrolles et de Sylan. Ils reprennent la piste et s’engagent dans les longs virages qui contournent la Combe Noire en direction de Mallebronde.  2 Km plus avant, ils peuvent encore, en se retournant, voir avec nostalgie le sommet des Monts d’Ain entre les fûts d’immenses sapins.

Ils arrivent au Nord de la Combe Férirand que longe en son centre la voie forestière Brénod-Nantua. Nos amis cheminent tranquillement en cette fin de rando. Ils passent le Golet du Brêt, L Le golet du Bret

puis, sur leur gauche, aperçoivent le petit chalet d’agrément, tout au fond du Pré Guy entre la Crête Pelée et le Golet à la Chèvre.

L Le chalet de Pré Guy

Le petit chalet du Pré Guy

Les noms de ces sites rappellent une époque ou chaque parcelle cultivable était défrichée, travaillée ou pâturée, pour permettre aux nombreuses grandes familles rurales de vivre en autarcie toute l’année. Aujourd’hui, les plantations forestières ont remplacé presque toutes ces surfaces agricoles et la forêt moderne, planifiée, organisée et exploitée s’est substituée à l’inextricable forêt primitive.

Nos marcheurs passent devant Grange Neuve et toujours sur leur droite, au milieu des dernières prairies de la Combe, l’antique hameau de Pré de Joux, à l’extrémité de son allée d’accès avec son typique four à pain.

L Pré de Joux

Pré de Joux

 

Pierre et Mélanie s’arrêtent au spectacle d’une jeune buse en équilibre instable sur une branche fragile et qui hurle pour appeler sa mère volant de loin en loin en criant encore plus fort pour obliger sa progéniture à se lancer dans les airs. Leurs cris stridents sont audibles à des centaines de mètres.

100 m après une maisonnette de villégiature, ils s’engagent à droite sur la piste d’exploitation traversant vers l’Ouest la forêt de Pré Benoît et rejoignent la départementale 31 dans le virage ou s’amorce la voie d’accès à la Chartreuse de Meyriat, devant la stèle à la mémoire de Léon Feltin et ses compagnons.

A Meyriat au XVIIème siècle

La chartreuse de Meyriat -collection Grande Chartreuse-

 

Leur périple entre ces deux anciens monastères étant bouclé, ils prennent la direction de Brénod pour une bonne nuit de repos dans leur gîte d’étape après ces 7 heures de bonne randonnée. Sur la route du village, Pierre et Mélanie se remémorent l’aventure de Frère Barnabé qui après les belles célébrations du Jubilé du bicentenaire de la fondation de la Chartreuse, doit rejoindre sa communauté de Saint-Sulpice.

Entre ces deux monastères, de part et d’autre du Plateau de Lompnès, les difficultés et dangers sont bien moindre que dans le Haut Val Roman et loin des pièges multiples des Roches de Nantua. A part la distance assez longue, Frère Barnabé ne s’inquiète donc que pour ses sandales passablement fatiguées. Nos deux amis son prêts, dès le lendemain à lui emboîter le pas en traversant la haute lande Bugiste du Nord au Sud pour reprendre leur voiture et continuer leurs aventures sur le chemin des monastères.

De Meyriat à Saint Sulpice :

1ère étape : Meyriat – Hauteville

 

 

N A la chartreuse de Meyriat

 

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Un petit matin de 1316, frère Barnabé, bénédictin de Saint-Sulpice, se prépare à quitter ses hôtes de la Chartreuse de Meyriat où il a goûté l’hospitalité et le recueillement pour le jubilé du bicentenaire de la Fondation du Monastère. Après moult congratulations, échanges de prières et de messages, il franchit la colossale porterie, chaussé de ses sandales neuves, charitablement offertes par ses frères chartreux.

 

C’est en revisitant ces lointains évènements, que Pierre et Mélanie, de retour sur le site, dans la brume percée du soleil matinal, s’engagent sur la piste qui s’amorce au sud du grand bâtiment de l’ONF, ultime vestige de vie cartusienne. Ils suivent la direction du sapin président, témoin géant mais muet de la mort de la Chartreuse, sur cette sombre voie forestière qui les conduit jusqu’au hameau de La Perouse qu’ils laissent sur leur gauche.

La Pérouse et les étangs Maron 2 0703

 

La Perouse vue des étangs marron.

En face de la seconde voie d’accès aux maisons, deux cents mètres avant la jonction avec la départementale, ils empruntent une nouvelle piste qui longe à l’Est le bois de Pré Bardon pour déboucher dans la zone humide de captage des Tessonnières. Ils arrivent au hameau agricole de la Gouille, qu’ils traversent en tournant à l’ouest avant de reprendre au sud une voie qui les conduit à Champ de Joux, immense grange antique qu’ils photographient sur leur gauche.

Peu après,  un sentier grimpant s’amorce sur leur droite à la suite d’un grand bâtiment Centre Aéré surplombant légèrement les pâturages du Nord-Ouest de Brénod. Ils montent le chemin pierreux jusqu’à rejoindre une piste d’accès à Grange Ballet, jolie ferme fleurie dominant Brénod au-dessus Des Lots.

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Cette desserte forestière plein Sud, conduit nos marcheurs, après un nouveau kilomètre, au sommet du hameau de Ferrières, avec sa demi-douzaine de grosses bâtisses montagnardes bellement restaurées.

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Nos deux randonneurs quittent la route d’accès qu’ils trouvent au Sud du village après avoir admiré la chapelle récemment reconstruite à l’ancienne sur les ruines d’un ancien four et cheminent, toujours plein Sud, au sommet d’un pâturage offrant un magnifique panorama sur le marais Des Loups, le village de Brénod, le rude promontoire de La Roche Samuel à l’Est et la forêt des Quatre Sauts.

Devant une douzaine de génisses figées mais curieuses, Pierre et Mélanie rejoignent tranquillement, par une sente à flanc de coteau, la maison de la Côte, petite ferme accrochée sous le Crêt Popet.

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L’allée d’entrée, au Sud, les emmène à la D57 jusqu’au carrefour de Champ Mellon. De là, ils descendent le chemin pour arriver derrière le hameau de Chenalette. Après l’avoir traversé, ils s’avancent jusqu’à la grille qui ferme l’entrée du tunnel de un kilomètre, qui permettait il y a un siècle, jusqu’en 1960, au train de montagne, d’accéder à la Combe du Val en roulant à 80 m sous le Col de Pisseloup.

 

En suivant la route qui les guide jusqu’à Corcelles, ils observent le bel ouvrage de captage d’eau potable de la commune daté de 1932. Ils arrivent à la D57 a, sous la Vierge et descendent en dominant le village,  l’église et son cimetière pour parvenir à l’entrée Sud de Corcelles.

 

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Corcelles

Nos amis suivent la D34 sur 100 mètres, se recueillent devant le monument aux morts et s’engagent à leur gauche sur la route de desserte qui démarre plein Sud. Ils cheminent ainsi entre la forêt Du Cruchon et les pâturages de Prés Buraille dans une jolie lande ouverte et dégagée. Après un kilomètre, ils perdent le goudron pour entrer sur une longue desserte de plantations d’épicéas, qu’ils côtoient sur un nouveau kilomètre. Les résineux plantés avec régularité et soigneusement élagués sur le bas, donnent l’impression d’une gestion rigoureuse. Plusieurs générations cohabitent : 20 ans, 30 ans, 40 ans, assez facile à chiffrer en fonction des diamètres et hauteurs. Ils sont les témoins vivants de la déprise agricole en zone de moyenne montagne.

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Pierre et Mélanie retrouvent une partie goudronnée qu’ils longent sur 400 mètres avant de s’engager à gauche, plein Est sur une jonction forestière avec la route de la Grange du Pommier venant de Champdor. Ils reprennent au Sud et découvrent l’immense ferme sur leur gauche et à droite du chemin, un chêne de plus de trois siècles, majestueux, jamais taillé. C’est sous cet arbre remarquable qu’ils choisissent de faire une vraie grande pause après trois heures de bonne marche. Ce repos gourmand dans le cadre bucolique de cette campagne particulièrement silencieuse et calme, ramène en pensée, nos deux randonneurs, vers l’aventure du frère Barnabé couvrant seul les 30 kilomètres entre les deux monastères, à une époque où les bêtes féroces étaient plus nombreuses que les vaches et la forêt, bien que méthodiquement repoussée, était encore luxuriante et fermée. Ils reprennent le chemin et trouvent un curieux captage rustique dans une zone humide qu’ils laissent sur leur droite en empruntant un sentier plein Sud où alternent zones dégagées, boisées ou de hautes herbes.

Après un bon kilomètre, ils trouvent une petite route sur laquelle ils marchent direction Est jusqu’au carrefour de la Fontaine de Givarais, équipé en aire de repos avec son mobilier de pique-nique. Ils repartent au Sud sur un nouveau chemin qui traverse la forêt de l’Eculaz pour aboutir après 1.5 km sur la D8 entre la Croix du Puiset et le Col de la Berche.

Après avoir traversé pour le hameau du Puiset qu’ils laissent sur leur droite, ils longent le pâturage pour trouver à l’orée du bois un sentier forestier qu’ils suivent toujours plein Sud. Ils traversent la D53 et continuent jusqu’à une jonction forestière qui redescend à l’Est sur la Ragiaz. Le hameau est typique par ses clôtures en pierres dressées ou cadettes, issues des carrières locales à une époque où le transport de blocs de plusieurs centaines de kilos avec des bœufs était un travail de titan.  Un kilomètre plus loin, au Sud-Est du village, dans le dernier grand virage avant les Granges Ballet, un chemin les conduit Sous la Roche, où, avant d’arriver aux premières habitations ils empruntent à l’Est un sentier qui rejoint les hauts de Nantuy.

En traversant le hameau, ils gagnent la D21 Tenay-Hauteville, qu’ils franchissent, non sans avoir admiré, dans la niche du rocher, une toute nouvelle Vierge dorée qui veille sur le carrefour. 

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De l’autre côté de la départementale, Pierre et Mélanie montent, à leur gauche, sous la forêt des Dergis, avant de s’engager, encore à gauche, sur la petite route qui dessert Les Lésines.

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Ils laissent le hameau sur leur gauche et longent à l’Est, La Mélogne, petit torrent qui descend du Col de La Rochette. Le sentier les conduit sur la desserte de Cormaranche qu’ils remontent au Nord sur 200 mètres pour frapper à la porte de leur gîte, au Camping d’Hauteville.

 

Cette nuit d’étape va leur permettre de reprendre des forces après cette journée bien remplie, beaucoup plus facilement que le Frère Barnabé, il y a 7 siècles

 

De Hauteville à Saint Sulpice

 

 

En 1316, Frère Barnabé, plutôt épuisé par sa marche rapide depuis la Chartreuse de Meyriat, longe le marais de Vaux en se protégeant difficilement des moustiques et en évitant de s’enfoncer dans la vase. A sa droite, la sombre et lugubre forêt des Dergis qu’il préfère éviter à cause de la présence d’une grande famille d’ours. Il est heureux de pouvoir accéder bientôt aux terres de Saint Sulpice.

 

En 2016, Pierre et Mélanie, enchantés qu’ils sont de leur nuit délicieusement reposante au camping 3 étoiles d’Hauteville, savent que ce marécage de 200 hectares, vieux de 20 000 ans qui effrayait les populations du Moyen-âge par sa réputation de terre de malédiction et de mort est aujourd’hui devenu un des sites naturels les plus attrayants du Plateau.

N Le marais des Lésines

 

Il s’agit de la seconde zone humide du département. Après la sècheresse dramatique de 1946, le plan d’eau de 14 hectares des lésines fut artificiellement crée à l’extrémité nord comme réserve d’eau potable. Alimenté par le bief des Vuires, ce lac est devenu le paradis des pêcheurs. Toute la zone est un merveilleux terroir pour l’épanouissement d’une flore rare et multicolore et une douce terre d’accueil pour une faune riche ou migrante. Des chevaux tarpans, en semi-liberté, participent à l’entretien du marais et un vaste plan de sauvegarde, d’aménagement et de mise en valeur vient de voir le jour. Avec le marais de Jarine à Aranc, les zones humides de Thézillieu et le marais de la Praille, toutes ces antiques tourbières sont valorisées et gérées pour l’avenir par le Syndicat d’Aménagement du bassin versant de l’Albarine.

 

Nos deux amis repartent par la petite route en direction de Cormaranche, franchissant le pont sur la Mélogne et 200 mètres après avoir tourné à droite, sur la piste qui rejoint la grande ferme des Lésines, ils saluent deux magnifiques chevaux franc-comtois dans leur enclos, et juste avant un nouveau pont enjambant la Mélogne, ils s’engagent sur le sentier qui les conduit à la pointe du lac, après avoir dépassé sur leur gauche la station de captage d’Hauteville.

N le casse-croûte des Francs Comtois

L’aire de détente qu’ils découvrent est un bel endroit qui prolonge le plan d’eau. Mobilier de pique-nique et de jeux divers y sont à l’abri sur une grande surface ombragée. Le soleil qui joue avec l’eau les inonde d’une chaleureuse clarté matinale. Après s’être enrichi de la lecture des panneaux sur l’histoire géologique du lieu, ils empruntent la piste qui longe la pièce d’eau direction plein sud. Ils côtoient grèbes, sarcelles et foulques qui s’ébattent entre rivage et végétation périphérique.

 

 Quinze minutes plus tard,  le sentier remonte à l’ouest dans un pâturage pour reprendre ensuite la lisière de la forêt des Dergis. Ce parcours sous les grands sapins les emmène au croisement de la Grange de Lood, antique ferme au riche passé, tombée en ruines dans les années 1950 et qui dominait, depuis l’ouest, tout le marais de Vaux avec, en perspective, à l’est, le bourg de Cormaranche-en-Bugey, au pied du massif de Planachat, dominé par sa tour de télécommunication et barré de ses anciennes pistes de ski aujourd’hui reconverties en descente VTT.

 

 Pierre et Mélanie s’engagent au sud-est sur la piste longeant la forêt de Rouge, en direction de Vaux Saint Sulpice. Ils savent, comme le frère Barnabé longtemps avant eux, qu’ils sont dorénavant sur les anciennes propriétés de l’Abbaye, d’où ils ont commencé leur périple il y a neuf jours. Ces deux nouveaux kilomètres, bien agréables dans cet environnement varié entre forêt et tourbière, les conduisent, parallèlement au bief des Vuires, jusqu’à la route communale qui relie Cormaranche à Vaux. Il y a 7 siècles, lorsque les sandales de Frère Barnabé foulaient ce sol, le village de Vaux, aujourd’hui hameau de Cormaranche, n’existait pas ; c’est seulement un siècle plus tard que furent bâties des Granges pour la gestion de ces prairies abbatiales, avant de devenir un abergeage, ancêtre du fermage moderne.

N l'ange de l'abbaye à Vaux saint sulpice

 

L'ange de Saint Sulpice dans le village de Vaux

 A la sortie sud du village, devant un calvaire de fonte sur son piédestal en pierre gravée, côtoyant un ensemble de bac, fontaine et captage, nos randonneurs tournent à droite pour remonter, au nord-ouest, une desserte forestière des forêts de rouge et des Dergis. Après 100 mètres ils reprennent plein sud la route goudronnée appelée la Vie Margot, qu’ils suivent pour arriver à 900 mètres d’altitude à un croisement où ils s’engagent sur une nouvelle voie à leur gauche, pour un nouveau kilomètre, cette fois en pleine forêt de rouge. Nos marcheurs savent que le nouveau croisement est délicat et c’est avec beaucoup d’attention qu’ils empruntent le sentier qui monte à leur droite, direction sud-ouest.

 

Comme avant eux, des centaines de moines, pèlerins, laboureurs, ont marché sur ces traces qui conduisent, plein sud, directement à Saint Sulpice en dépassant les Catagnolles, le plus proche abergeage de l’Abbaye avec le Genevray, aujourd’hui deux hameaux de Thézillieu. Ils cheminent entre une parcelle de forêt domaniale à leur droite et Les Queues, à leur gauche, puis le Golet aux ânes. A mesure de leur descente sur cette voie appelée chemin des Teillères, ils découvrent à l’est, au-delà des immenses pâturages de Grand Perron, le hameau de Sainte Blaizine, autre très ancien abergeage monastique à l’abri du molard du même nom et du molard d’Ecola, au pied de la forêt domaniale du massif de Gervais qui culmine à 1100 mètres.

 

Cent mètres avant les premières maisons des Catagnolles, nos randonneurs bifurquent à droite sur un sentier direction ouest qui, 200 mètres après, croise le chemin des Montaines, belle piste d’exploitation forestière. Ils choisissent de pénétrer dans les taillis d’en face pour rejoindre légèrement au nord-ouest, en sortant de la partie boisée, l’extrémité d’un sentier qui descend au sud vers les trois grosses bâtisses du hameau de Gros-Jean. Sur ce chemin, ils prennent le temps d’admirer le magnifique puits classé couvert en pierres taillées, restauré par l’association patrimoniale Le Dreffia. 300 mètres de marche plus loin la route de Gros-Jean débouche sur la départementale 53 qu’ils traversent, heureux de voir leur point d’arriver se profiler.

 

La traversée des pâturages au sud des Catagnolles les conduit au bout d’une allée qui n’est autre que l’antique voie d’accès pour l’entrée de l’Abbaye.

N La chapelle saint Vital

La chapelle Saint Vital à l'entrée du domaine

Passant devant les ruines de l’ancienne majestueuse porterie, leur parcours s’achève sur la voie communale, antique digue de retenue du dernier des cinq étangs en cascade, créés par les moines au Moyen-âge. Cette route conduit à la maison forestière de la forêt du massif de Jailloux, la plus renommée des grandes forêts monastiques locales. Un sapin géant âgé de 3 siècles reste le seul témoin des dernières décennies de la vie de l’abbaye.

 

 Pierre et Mélanie ne sont pas mécontents de retrouver leur voiture après ces longues journées de randonnée dans les pas des moines défricheurs-bâtisseurs qui tracèrent, avec leurs modestes sandales, la carte des voies de communication actuelles. C’est avec la ferme intention de repartir bientôt sur les parcours aventureux du Frère Jérôme, inlassable « courrier » de l’abbaye de Saint Sulpice, qu’ils décident, à regret, de quitter cet écrin de nature bugiste chargé d’histoire….

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NANTUA-EPIERRE

 

N Le Bugey en sandales

 

 

1ère ETAPE : NANTUA-ETABLES

 Marthe et Honoré décident i de partir marcher sur les sentiers des monastères.

Epierre, antique cellier devenu établissement monastique, devint propriété de la Chartreuse de Meyriat par donation du Seigneur de Coligny.

Blottie au fond de la combe creusée par le ruisseau de la Morenaz, entre les collines de Montratier et Fayardan, elle fut un des joyaux du pays de Cerdon. En 1266, un groupe de moines du prieuré clunisien de Nantua est invité à participer aux vendanges par les chartreux de Meyriat qui gèrent quelques vignes splendides des coteaux cerdonnais.

Sous la conduite du frère Aymar, le meilleur guide du prieuré, ils quittent Nantua au petit matin. A leur exemple, nos amis Marthe et Honoré, sortent de l’Abbatiale Saint Michel, à l’époque sous le vocable de Saint Pierre, pour contourner la place d’armes et remonter en direction de l’Esplanade, la rue du docteur Mercier, jusqu’au rond-point du monument aux morts. Ils suivent l’avenue du lac vers l’embarcadère et découvrent cette immense surface bleue sombre qui s’étend à l’Est sur 2.5 km jusqu’à La Cluse.

Après un respectueux recueillement devant l’impressionnant monument à la mémoire des déportés de la cité catholarde, ils empruntent la voie piétonne récemment restaurée qui longe le bord du lac en suivant la petite D74, sous les Doigts du Diable et les Grands Rochers. Foulques, Sarcelles, Grèbes, Canards et Cygnes observent sans peur les marcheurs qui font partie de leur quotidien. Après le club de voile, la petite route serpente tranquillement, une dizaine de mètres au-dessus de l’onde paisible du lac.

N Le Lac -Ecrin bleu de Nantua

Le lac de Nantua est l’un des fleurons touristiques du Bugey. Il est le résultat du retrait des glaciers jurassiens qui ont obturés la cluse par leurs moraines du côté de Port et Montréal, en bloquant l’écoulement du Merloz et de la Doye, remplissant ainsi cette cuvette profonde de 40 m. C’était il y a 20 000 ans, bien avant l’implantation au 10ème siècle des moines de Cluny à Nantua et du départ de nos frères bénédictins pour Epierre.

Quelle n’est pas la surprise de notre couple de marcheurs de voir surgir d’un tunnel sur leur gauche, un peu au-dessus de la chaussée, un TGV, plutôt lent pour cette famille de trains. En fait, nos randonneurs côtoient, le long du lac, la fameuse ligne des Carpartes qui relie Bourg en Bresse à Bellegarde sur Valserine, enjambant la vallée du Suran, les Gorges de l’Ain, franchissant le Mont Berthiand, puis longeant à l’Est de Nantua le lac de Sylans et les profondes cluses du Combet, du Tacon et de la Semine. Son curieux nom aurait été donné à cette ligne par des ouvriers, anciens soldats de la guerre de Crimée, pour la similitude du relief traversé avec celui de la chaîne montagneuse d’Europe Centrale.

Quelle n’eut pas été la peur du Frère Aymar et de ses compagnons s’ils avaient découvert cette longue « chariote » de fer sortant d’un trou dans la montagne comme un diable de sa boîte et fuyant comme un serpent au bord du lac. La petite route départementale contourne le village de Port par le Sud-est et rejoint la nationale 84. En la traversant, ils empruntent la D18c qui après 200 m coupe une voie communale, qui, après le cimetière de Port, les conduit à l’entrée de Saint Martin du Frêne par la plaine de La Layette et du Bettay. Juste avant le hameau du Monthoux, ils passent devant l’immense stabulation du Gaec des Frênes, producteur de lait à Comté AOC. Ils s’engagent sur un tronçon de sentier qui monte au Sud en direction du village. Nos amis tournent à leur droite sur une petite voie communale qui contourne le cimetière par le Nord et bifurque à nouveau à droite, direction Est, perpendiculairement à l’Oignin qui draine les eaux de la Combe du Val et du Plateau de Chamoise vers la plaine d’Izernore et la rivière d’Ain.

 

Marthe et Honoré admirent à leur gauche, la grande bâtisse d’un ancien moulin, jadis alimenté par un profond canal de dérivation de l’Oignin. Ils franchissent le premier pont qui enjambe la rivière, puis un second qui leur permet de traverser l’impressionnante autoroute des Titans Lyon-Chamonix. Ils gravissent une piste qui les éloigne de l’autoroute en contournant par le Sud la montagne de Colléjard jusqu’à la pointe de la Maladière qu’ils contournent à son tour avant de s’engager à leur droite sur une courte jonction qui leur permet de rejoindre la petite route communale Maillat-Giriat.

Dans la grande boucle qui évite un immense bassin de rétention d’eau, ils s’engagent sur l’immense prairie-Nord de la vallée de Mionne surplombée par l’antique ferme du Puthier.

N Le Puthier -Vallée de Mionne

Nos deux randonneurs qui progressent Nord-Ouest retrouvent la route de Giriat qu’ils suivent sur moins d’un kilomètre avant de virer à gauche sur un sentier qui conduit plein Sud jusqu’aux pâturages du Crêt du Rasolat en traversant une zone boisée où de grands pins sylvestres dominent. Le sentier ondule ensuite entre forêts d’épicéas quarantenaires et les riches prés de la Neille.

Le carrefour suivant les guide sur une piste qui surplombe l’autoroute côté Nord. Marthe est curieuse de s’engager sur une passerelle dédiée aux animaux, entièrement végétalisée et qui permet à la faune sauvage le franchissement de la large tranchée autoroutière en toute quiétude.

N ballade en sandales

Visiblement, le flux animalier semble intense, car la trace centrale bien creusée porte une multitude d’empreintes de lièvres, sangliers, blaireaux, chevreuils. Nos amis ont une pensée particulière pour les moines qui remontaient cette combe, 7 siècles et demi avant eux.

Comment auraient-ils pu imaginer un futur trafic automobile dense et bruyant à la place de ce vallon marécageux, fleuri et silencieux. Les deux marcheurs reprennent leur piste à l’Est sur environ 500 m, traversent la D11 et après un nouveau demi-kilomètre, bifurquent à droite sur une voie qui enveloppe par le Nord le Mont de Ceignes vers le col du même nom. Ils atteignent une grande prairie peuplée récemment de noyers, déjà très hauts, devant une plantation d’immenses épicéas, peut-être cinquantenaires.

Le chemin tourne au Sud-est et sinue tranquillement dans une zone semi-boisée jusqu’à une épingle à cheveux de la D11g, qui toujours dans la même direction leur permet de monter jusqu’à Etables. Ce petit village montagnard a conservé un cachet de vieille ruralité et les anciennes fermes ont été restaurées avec goût, conservant au hameau une agréable harmonie architecturale. Au carrefour central du village, trône une monumentale fontaine à puits, alimentant un bac de pierre demi-oblong à margelle. L’ouvrage porte la plaque gravée en 1847 rappelant le nom du généreux donateur. Marthe et Honoré suivent la ruelle qui monte au Sud jusqu’à la chapelle médiévale dominant le village à 720 m d’altitude.

N Chapelle d'Etables -merveille rurale millénaire

Cet édifice fortifié, trapu, massif et néanmoins élégant dans sa silhouette romane, rustique et dépouillée date du 12ème siècle. Etables était déjà une paroisse dont dépendait le hameau de Ceignes. Avec les siècles, Etables est devenu un hameau de la commune de Ceignes. Nos randonneurs pénètrent avec plaisir et curiosité dans la chapelle classée. Elle est placée sous le vocable de Saint Laurent. La nef en ogive voutée aboutit au Chœur demi-circulaire.

N Etables -Lumière médiévale

A droite, une chapelle où trône une Vierge de Lourdes devant une grande ouverture à meneaux obturée par deux vitraux couronnés d’un cœur de lumière. Devant le petit autel secondaire, une dalle ferme le caveau des Seigneurs de Poncin dont dépendait Etables.

L’édifice, hérissé d’un élégant clocheton, est entouré d’un antique cimetière, toujours utilisé et joliment fleuri, ceinturé d’un colossal mur d’enceinte et de soutènement qui fait penser à une ligne de retranchement et de défense au sommet de cette petite colline. Marthe et Honoré décident de faire une grande pause en ce lieu de paix, persuadés que les moines de Nantua ont eu le même réflexe en 1266….

NANTUA-EPIERRE                              2ème Etape : ETABLES – EPIERRE

N carte pour le chemin des monastères

 

A l’ombre du « Sully », tilleul quadri-centenaire, Marthe, après un temps de silence, lâche abruptement : « J’imagine facilement les druides célébrant ici leur ancien culte au milieu de la tribu réunie. ».

N l'église d'Etables et le Sully

Cet enclos paroissial d’Etables, bien ordonné, coiffant la colline du village, avec sa vieille chapelle tutoyant le ciel, incite à penser à nos ancêtres les gaulois, cherchant à parler aux Dieux, bien avant la christianisation de ces contrées. Le panorama est spectaculaire. A l’est, à 7 km à vol d’aigle, le hameau de Chamoise, éparpillé sur son plateau, devant la muraille des Monts d’Ain qui masque la cluse de Nantua, point de départ de nos amis. Au nord, le Mont Berthiand. Au sud, caché dans sa cuvette, Cerdon, entre la plaine de l’Ain et les massifs d’Oisselaz et de l’Avocat. Marthe et Honoré resteraient volontiers à savourer cette ambiance aérienne du pays bugiste. 750 ans avant eux, frère Aymar et sa petite troupe de moines-vendangeurs, avaient longtemps prié avant leur départ, pour la protection de leur cheminement. Pour nos deux amis, la carte IGN est un outil précieux qui leur permet une remise en route beaucoup plus sereine que pour nos frères chartreux en 1266.

A la sortie ouest du village, ils trouvent la D11g qui conduit à Chapiat. Ils admirent un antique puits équipé d’une pompe à volant, au milieu de sa large réserve en cadettes maçonnées, prolongée par le long déversoir-abreuvoir en pierre monobloc. Après un-demi kilomètre, alors que la route tourne au nord, ils amorcent au sud un beau chemin creux, aux rochers affleurant, qui les fait descendre d’environ 100 m pendant 2 km, en longeant tantôt des pâturages comme un tapis déroulé  à leur droite, tantôt des buis majestueux et vigoureux parsemés de grands pins sylvestres. Le bruit du vent, dans les grands arbres des forêts voisines, masque à peine le ronronnement lancinant du trafic de l’autoroute des titans, de laquelle ils se rapprochent. Au dernier grand virage à droite, ils surplombent d’environ 20 m l’axe autoroutier, qu’ils accompagnent sur 500 m avant de prendre à gauche, pour s’engager sur une petite route qui conduit plein sud au hameau de Coiron.

Leur traversée sous l’autoroute se fait par un tunnel tubulaire métallique de 40 m de long et 6 de diamètre. Honoré laisse échapper : « Imagines-tu nos moines-pèlerins devant cet ouvrage ? » Il est certain que leur stupéfaction devant ce gigantesque boyau de fer eut été immense. A leur droite, le marais de Coiron, zone humide d’un hectare, couverte de hautes fleurs sèches de roseaux jaune d’or, sert de réserve à la station de pompage des communes périphériques. Le chemin vicinal les conduit entre deux haies de buis taillées au cordeau, jusqu’aux rares bâtisses du village, anciennes fermes d’architecture typiquement bugiste. La plus grande, à la façade ouest démesurée bordant la chaussée, porte l’enseigne : « La Combe du Lynx », groupement d’artistes-artisans, qui gèrent 300 m² d’exposition rurale et vente directe. A partir de là, Marthe et Honoré quittent la route, passent devant le four banal ancestral et continuent leur marche sur un sentier qui ondule plein sud entre la forêt de Malamillière et le bourg de Chamagnat. A 2 km, leurs pas les amènent dans une zone ouverte de prairies et taillis où ils prennent à droite en direction du rocher de Saint-Alban. Sur ce promontoire, qu’elle n’est pas leur surprise de découvrir un immense chantier de restauration,  d’où émerge un haut mur en construction, percé d’une grande ouverture en ogive, qui fait immédiatement penser à la construction d’une église. Des monceaux de pierres taillées et dalles de toutes formes et épaisseurs ont été triées et empilées, à la suite de fouilles qui paraissent de grande ampleur. C’est l’association « Les amis de Saint Alban » qui travaille activement à la restauration de l’église du même nom. En 1266, Frère Aymar et ses moines qui arrivent de Nantua ont mission de célébrer la messe en ce lieu, qui fait partie du patrimoine de leur Abbaye. Les laboureurs de Coiron, Chamagnat, le Mortaray et Bôches ne sont pas mécontents d’assister à l’office et de se rencontrer à l’appel des cloches. En effet, les célébrations n’ont lieu qu’aux passages épisodiques des moines. Marthe et Honoré, stupéfaits de trouver cet édifice en ce lieu désert et insolite, satisfont leur curiosité en parcourant les panneaux explicatifs.

 

Il y a plus de mille ans, sur ce python, lieu de cultes païens, l’église fut érigée sous le vocable de Saint Alban, premier martyre de Grande Bretagne au 3ème siècle. Les miracles accompagnants sa mort contribuèrent à répandre son culte dans toutes les campagnes de l’Occident chrétien. L’église fut transformée et agrandie aux cours des siècles, passant de l’art roman à l’art gothique. La chapelle sud, dite de Sainte Catherine,  tombeau des seigneurs de La Balme, servit longtemps aux rites funéraires, avant de devenir ermitage.

N ruines de l'église de saint Alban

Un vaste parvis, un cimetière, un prieuré et un colossal mur d’enceinte, enrichirent l’ensemble au fil du temps. A partir de 1479, un chanoine de Cerdon desservit le lieu, jusqu’à la révolution, qui initia la dégradation pendant la terreur. Le 19ème siècle vit l’abandon et la ruine totale de ce patrimoine millénaire. C’est en 1975, qu’une campagne de fouilles fit renaître l’intérêt historique, culturel et touristique, qui aboutit à l’actuel travail de mise en valeur. Après s’être instruits du récapitulatif pédagogique, nos amis repartent complètement à l’ouest, à l’entrée du site, sur un sentier qui contourne le promontoire rocheux. Au bout de 3oo m, une bifurcation les entraine au sud, sur une sente qui descend vers Cerdon, plongeant de 250 m sur à peine un km. Le passage est une sorte de tunnel de verdure taillé dans un fouillis de buis, particulièrement prospères et qui indique que la fameuse pyrale ravageuse n’est pas parvenue jusqu’à ces fraîches combes bugistes. Au sortir des buis luxuriants, parfois retenus par de grands murs en pierres sèches, verts d’une épaisse mousse, ils découvrent les vignobles du nord cerdonnais, au travers desquels continue de dégringoler le chemin. Le panorama sur le  village, 50 m plus bas, est spectaculaire. Nos deux randonneurs traversent une petite route de desserte, puis une seconde et après la dernière vigne, parviennent au faubourg qui borde le Veyron, ruisseau rapide qui descend de la cascade de la Cula, jaillissant de la grotte de la Canbourne. Marthe et Honoré entrent dans Cerdon, typique village viticole, aux admirables arcades et façades de plusieurs caveaux anciens.

N Cerdon et son vignoble

C’est la traversée sud-est du bourg qui leur permet d’arriver à la D11, dite du « Vieux Cerdon », vieille route nationale jusqu’aux années 50, qui virent l’ouverture de la N84 Lyon-Genève, contournant Cerdon par le monument du Val d’Enfer, à la gloire des maquis de l’Ain et par le village de  La Balme. Ils s’engagent ensuite sur la D11b, jonction par l’est de Cerdon à la N84. 700 m de montée plus loin, dans une grande épingle à cheveux, ils rentrent sur un chemin qui coupe la route nationale et grimpe au nord dans les vignes. Un virage à 180° les ramène direction sud. Le chemin s’ouvre alternativement sur des vignobles, des pâturages et des taillis, pour s’élever, après un kilomètre, jusqu’au Crêt du Jour où après avoir dépassé un grangeon, ils plongent sur un sentier qui sinue au sud-est. Cette vue aérienne leur découvre avec surprise les hauts bâtiments de l’Abbaye d’Epierre qui émerge du vallon de la Morena, cent mètres plus bas.

La descente est rapide dans des pâturages rustiques et torturés, où la végétation forestière prospère rapidement. Au bout d’un-demi kilomètre, ils s’engagent à gauche, au croisement de deux sentiers, pour dévaler sous le rocher de la Rozière, qui culmine 200 m au-dessus de leurs têtes. Ils passent devant un vieux calvaire pouvant rappeler une chute mortelle depuis le vertigineux rocher. Cinq minutes plus tard, ils sont à Epierre au milieu des bâtiments ancestraux, en mauvais état suite à l’outrage des ans et à celui des vandales et pillards qui depuis 60 ans ont profité de l’absence des propriétaires successifs pour ruiner ce monument historique qui avait échappé au démantèlement révolutionnaire.

N les chevaux à Epierres

Les nouveaux propriétaires résidants, se sont attelés à la lourde tâche de redonner à l’établissement monastique son cachet de 1947, quand Philippe De Gaulle et Henriette de Montalembert reçurent le sacrement de mariage dans la petite chapelle. De nombreux siècles avant eux, les moines de Nantua n’eurent que peu de temps pour se reposer de leur long périple, car leurs frères chartreux avaient commencé les vendanges et les invitèrent à se rendre au plus vite dans les vignes, pour cueillir les grappes qui ne devaient plus attendre. Marthe et Honoré passent de longues heures à s’imprégner de l’atmosphère unique de ce lieu chargé d’histoire, où ciel et terre se sont parlé pendant 600 ans.

N La fouge à Epierres

Ils imaginent très facilement les religieux encapuchonnés, se rendant silencieusement aux offices dans la minuscule église adaptée à cet établissement secondaire.

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C’est alors que germe, dans l’esprit de nos marcheurs, l’attrayante idée de poursuivre leur chemin des monastères, à la suite d’ Aymar et ses frères, qui ne s’approchaient jamais aussi près de la riche Abbaye d’Ambronay sans aller saluer leurs frères bénédictins ; bien qu’en cette année 1266, c’est aussi la curiosité qui les pousse vers Ambronay, car ils souhaitent admirer l’avancement du chantier de la gigantesque abbatiale, débuté il y a bientôt 40 ans. Nos deux randonneurs repartent alors par la belle allée d’accès principal, pour sortir 300 m après, entre les deux majestueux piliers d’entrée du domaine. Ce n’est pas sans un pincement au cœur qu’ils se tournent avec l’envie de saluer de la main les moines d’antan, chaleureux hôtes pour les nombreux pèlerins de l’époque…..

LE BUGEY EN SANDALES

Le sentier des Monastères

EPIERRE-AMBRONAY

N carte

 

A 7 heures, au pied de la cascade de la Fouge, c’est la fraîcheur matinale qui finit de réveiller notre couple de marcheurs. Ils ne pouvaient pas revenir dans la Combe d’Epierre sans une visite à cette chute remarquable de 200 m, alimentée par le ruisseau de Pérolles, arrivant des sources de Bassan, dans la chaîne de l’Avocat au Nord et le bief de Malpassé, coulant du sud depuis les sources du Pertuis, « sous les Roches » de Corlier.

Le soleil pénètre difficilement à l’extrémité de ce vallon très fermé mais une belle luminosité descend verticalement en suivant les multiples filets d’eau qui semblent glisser du ciel. Marthe et Honoré reviennent sur leur pas le long du bief de la Fouge sur 2 km et au sud-est de l’Abbaye s’engage sur un sentier qui remonte une combe très pentue dans la même direction.

Une bonne montée les amènent sur un chemin plus large qui continue à les faire grimper jusqu’au col de Montratier sur la D11, au croisement avec la D11j qu’ils empruntent. Elle serpente au milieu des vignes, entre combes fleuries et collines boisées. Ce sinueux balcon du pays bugiste, à 500 m d’altitude, les conduit, après 3 km, jusqu’à Poncieux, typique village viticole, perché au sud du vignoble cerdonnais.

N illustrations le Bugey en Sandales (2)

Au cœur du bourg, à gauche, une ruelle rejoint le « chemin de la dame blanche » qui leur permet de descendre rapidement plein sud de 200 m sur 1 km. Là, dominant parallèlement de 15 m la D12, ils trouvent une courte jonction. Ils tournent à gauche pour rejoindre et traverser la départementale et se recueillir devant l’émouvant calvaire érigé par les habitants de Poncieux pour honorer la mémoire de Jean-Baptiste Demiaz, mort noyé à 33 ans en portant secours à des voyageurs en détresse, emportés par le ruisseau de Marlieux devenu torrent furieux lors du terrible orage du 31 Juillet 1851.

Nos amis reprennent le sentier qui surplombe et longe la route au trafic intense et dangereux pour parvenir 300 m plus loin en face d’une passerelle de bois qui permet de franchir la rivière et gravir le bois de Pattaraut. Ils arrivent ainsi au pied du Chatelard, splendide maison forte coiffant la colline du hameau de Lhuire. Sans monter jusqu’ à la bâtisse habitée,

Marthe et Honoré tournent à leur gauche, au sud, en direction du village qu’ils traversent pour atteindre la D12b. De l’autre côté, ils descendent l’allée sans issue. Dans la grande courbe, à gauche, ils franchissent, sur un petit pont, le Riez, qui prend sa source à Nivollet pour se jeter dans l’Ain, aux Brotteaux d’Oussiat, au Nord de Saint Jean le Vieux. Le sentier, initié au Sud-Est, monte dans une combe verdoyante et après une épingle à cheveux, gravit la colline de Chaly, avant de virer au sud sur 1 km jusqu’à un croisement culminant à 533 m, carrefour de 4 chemins. Nos deux randonneurs continuent plein sud et descendent par une desserte pastorale séparant les immenses pâturages de Dévissiat, salués par les bêlements de plusieurs centaines de brebis effarouchées. Après ces 2 km bucoliques, ils atteignent le hameau « chez Chabois », puis le bourg de l’Abergement de Varey.

N illustrations le Bugey en Sandales (3)

Avec son château, daté de 1746 par une pierre gravée, son église monumentale au centre, ses ruelles très pentues et ses bâtisses au cachet de vieux bourg bugiste, l’Abergement fait penser à une cité médiévale bien conservée. Marthe et Honoré le traverse vers le nord et s’engagent sur une route communale qui les conduit en remontant, après une immense courbe à gauche, au hameau de Côte Savin. 500 m plus loin, ils entrent dans Salaport, nouveau hameau typique des anciens abergeages de l’Abbaye d’Ambronay. Une nouvelle courbe à droite leur permet de repartir à l’Ouest par le même chemin vicinal en direction de Merland, le dernier et le plus proche vestige des villages de laboureurs qui gravitaient en périphérie d’Ambronay. Le dernier tronçon de 2 km les emmène jusqu’à la ville. Ils tournent dans la première rue à droite pour parvenir facilement à l’enceinte sud de l’antique Abbaye.

En se retrouvant devant la façade monumentale, leur imagination les ramène en 1266. Aymar et ses compagnons, arrivant d’Epierre, bien plus difficilement qu’aujourd’hui, sont abasourdis par le chantier titanesque ou sur des centaines de mètres-carrés, le parvis grouille de tailleurs de pierres, de charpentiers et de forgerons. Sur les platelages de l’échafaudage en rondin, qui est lui-même un puissant monument, s’agite à tous les étages, une foule encore plus dense, au milieu des cordages et de la poussière. Derrière eux, en filagramme, on devine la fabuleuse façade blanche, toute de dentelle de pierres, découpées, sculptées, et maçonnées pour se rapprocher du Ciel et traverser les siècles. Marthe et Honoré, comme les moines il y a 750 ans, brûlent d’envie de pénétrer dans l’édifice…

N illustrations le Bugey en Sandales

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AMBRONAY – SAINT-RAMBERT

N et O carte

 

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N Ambronay dans sa splendeur

 

 

 

Au Moyen-âge, lorsque Aymard et sa petite troupe de chartreux-pèlerins franchissent le porche de l’abbatiale d’Ambronay en bravant les affres du chantier, ils restent cois devant l’immensité de la surface interne de l’édifice où l’agitation laborieuse est plus importante encore qu’à l’extérieur.

 

La hauteur de la voûte encore ouverte les incite à lever les yeux vers l’étendu du rectangle bleu du ciel qui semble être, flottant tout là-haut, le grand mouchoir de Dieu. En 2017, la lumière diffuse est complètement différente pour Marthe et Honoré qui apprécient d’une manière bien plus reposante, les rayons du soleil jouant entre les piliers colossaux avec les couleurs fines et éclatantes des vitraux.

 

Après une saine nuit de repos dans un gîte local, ils prennent grand plaisir à découvrir cette œuvre exceptionnelle des bâtisseurs médiévaux, l’église, le cloître, l’esplanade, la tour carrée, les longues façades récemment restaurées. Ils ne manquent pas de s’instruire de l’histoire de ce site qui débute avec un temple romain christianisé pour devenir, à partir du 9ème siècle, la plus puissante abbaye du Bugey, complètement indépendante, avant de passer sous la protection des Comtes puis des Ducs de Savoie pour être finalement rattaché en 1601 au royaume de France.

 

Après la Révolution et pendant un siècle, tout l’ensemble architectural, en partie démantelé, perd de sa superbe. Depuis, les successifs plans de sauvegarde ont permis de remettre en valeur l’essentiel et en particulier l’église abbatiale et le cloître.

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Depuis 1989, la renommée du festival international de musique baroque ne cessant de grandir, une immense impulsion de développement patrimonial, historique, culturel et touristique, engagée par les instances départementale, tendent à faire d’Ambronay un pôle d’attraction pour notre Bugey. Nos deux randonneurs, complètement séduits par l’idée de marcher sur les traces des pèlerins d’antan, d’un monastère à l’autre, décident de parcourir pendant quelques jours, le territoire bugiste, comme jadis les moines en sandales dessinaient, avec leurs pieds, l’Europe chrétienne. Bien sûr, Marthe et Honoré n’ayant pas le solide pied médiéval, ils sont lourdement chaussés, bien équipés et surtout munis de leur carte et boussole, car les chemins actuels sont beaucoup mieux tracés et moins dangereux, mais aussi très nombreux, multipliant les risques de se fourvoyer.

 

 Ils démarrent leur périple derrière l’abbaye en quittant le parc périphérique par une ruelle, direction sud, avant de tourner à gauche sur la rue qui conduit à Merland et Salaport. Ils marchent plein Est pendant 700 m, jusqu’au carrefour de la Croix Barvet. Ils continuent en direction de Malafan en laissant, à leur droite, la route du Molard. Ils longent, à leur gauche, un lotissement et parviennent à l’extrémité de la chaussée goudronnée en continuant, direction Sud-Est, sur le chemin qui passe devant la Ferme Biscot, qu’ils dépassent, pour gravir, toujours au Sud-est, la Côte du Molard et pénétrer dans le Bois de la Réserve au Sud de la forêt de Pierrefeu. Le chemin creux entre dans cette immense forêt privée de résineux où dominent de gigantesques épicéas cinquantenaires et de grands pins sylvestres. La piste d’exploitation, tout d’abord très large, devient étroit sentier, direction Sud, en contournant Douvres par Les Combes et la source de la Cozance à l’Est du village.

 

Un nouveau sentier fait passer nos amis de 400 m à 600 m d’altitude en cheminant pendant 2 km au Sud-est. A mi-parcours, ils découvrent à leur droite une sorte d’immense clairière où s’étalent deux très anciens hameaux : « Chez Perraudet » et « Chez Viri ». A leur gauche, le bois de Morimont qui culmine à 643 m, sommet communal d’Ambronay. Avant de remonter au Sud-est la combe forestière qui sépare la colline de Morimont de celle des Allymes, ils ont un aperçu émouvant sur le sommet des deux hautes tours de la forteresse médiévale  qui domine, à 660 m d’altitude, toute la région ambarroise.

 

Sur leur passage, un énorme sanglier solitaire ? mécontent d’avoir été dérangé, grogne avant de s’égayer. La piste les conduit au village de « Brey de Vent » où les laboureurs d’antan vivaient paisiblement entre deux guerres féodales. Avant de continuer par la route Sud, ils montent jusqu’au pied des murailles du château, qui par sa masse imposante, donne au passant une réelle impression d’écrasement. Aucune visite n’est possible, car l’édifice fait l’objet d’un vaste plan de restauration. Les échafaudages masquent une bonne part des remparts et la puissante tour carrée est coiffée d’une immense casquette blanche de protection des travaux de charpente.

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 Il y a 7 siècles, en 1321, le château des Allymes avait atteint sa taille et sa puissance maximum, après 40 années de guerres fratricides, pendant lesquelles il évolua de simple poste de gué, au rang d’imprenable bastion. A Ambérieu, le Château de Saint Germain était la position avancée du Dauphin du Viennois au nord de l’Albarine. En effet, les dauphinois étaient coupés de leurs alliés genevois, installés à Varey, par l’étroit couloir qui permettait aux Comtes de Savoie de joindre, via les terres de l’abbaye d’Ambronay placée sous leur protection, leurs possessions de Saint Rambert par le pont de franchissement de la rivière d’Ain (Pont d’Ain) aux territoires de Bresse et Revermont acquises au 13ème siècle. Pour défendre ce fragile passage, une forteresse fut bâtie par les savoyards au point culminant du Mont Luisandre à 810 m d’altitude.

 

 Les dauphinois répliquèrent par une progression vers le Nord, de Saint Germain jusqu’au Mollard des Allymes, qu’ils coiffèrent du château fort que nous connaissons, à moins d’un kilomètre de celui de Luisandre, qui lui, a complètement disparu. Après une multitude de guerres et de sanglantes échauffourées entre les deux fortifications, le traité de Paris, signé en 1335 sous l’égide du Roi de France, mit un terme, dans cette partie du Bugey, aux querelles Delphino-Savoyardes. Curieusement, c’est la forteresse du Mont Luisandre, perchée 150 m plus haut et plus puissante qui disparue, la famille de Savoie ayant acquis et conservé le château des Allymes.

 

Marthe et Honoré, documentés sur ces sites chargés d’histoire, à la fois tragique et héroïque, foulent ce sol avec émotion en imaginant les familles de laboureurs, terrorisées dans les chaumières environnantes, régulièrement soumises à la destruction et à la violence des hommes d’armes des seigneurs locaux. Sur ces chemins, déjà, peinaient face aux mêmes périls, ajoutés à la peur des bêtes sauvages, les « courriers », moines chargés de la correspondance entre les abbayes d’Ambronay et de Saint Rambert, chaussés de sandales et armés de bâtons. Il y a 700 ans, le franchissement de ces 12 kms de forêts, ruisseaux et collines était une périlleuse aventure. La petite route qui permet de sortir plein Sud du hameau de « Brey de Vent » en direction d’Angrières, donne à nos marcheurs l’occasion de saluer une dernière fois les tours des Allymes qu’ils laissent sur leur droite. Après environ un kilomètre, ils atteignent une sorte de col, à 650 m d’altitude, au pied du Bois de la Goutte et s’engage, à leur gauche, sur un sentier qui sinue en montant dans le Bois de la Gatelière, puis de la Barme, direction Sud-est, au sud du Mont Clézieu, culminant à 800 m. Une longue et rapide descente les amène ensuite à une belle piste de jonction entre les hameaux de Gratoux et Morgelas par les Granges de la Chapoux. Ils repartent au Nord sur cette voie, avant de redescendre tranquillement par d’immenses lacets débouchant sur les hauts de Morgelas.

 

N Des Allymes à Brey de Vent

 

Tous ces hameaux de montagne étaient, il y a mille ans, des granges, puis des abergeages de mise en valeur des terres de l’Abbaye de Saint Rambert. Marthe et Honoré longent le sommet du village pour partir au Sud devant un immense calvaire de pierre, lui-même décoré des fleurs, d’un grand lilas violet foncé. Le sentier chute de 150 m sur environ 1.5 km en direction de Buges, traversant plusieurs combes, le ruisseau de la Chandellas et les pâturages dominants le hameau. Ils traversent Buges en admirant quelques antiques maisons de pierres et rejoignent la petite route communale qui monte de Saint Rambert. Elle domine le Brévon, impétueux torrent, affluent de l’Alabarine, prenant sa source sur les hauts de Chevrotannes au-dessus de Lupieu.

 

 Ce dernier kilomètre les amène jusqu’à une petite chapelle bordant l’enceinte de l’abbaye. La crypte romane Saint Domitien et le chauffoir des moines sont les seuls vestiges de l’antique monastère. Il y a 1600 ans, en 432 exactement, Domitien et Modeste installèrent une petite communauté, entre le Mont Jud et l’Albarine. C’est Ragnebert, futur Saint Rambert, qui donne son nom à l’établissement et au village au VIIème siècle. Noble Franc, fils du Duc de Neustrie, à l’intelligence lumineuse, particulièrement pieux, il fut exilé dans le Bugey par Ebroin, Maire du palais, jaloux de son aura. Il fut assassiné et enterré dans le cloître par les religieux.N chemin des monastères

 

Les prodiges et miracles qui se multiplièrent sur son tombeau en firent un haut lieu spirituel. Les reliques partagées (Saint Rambert l’Ile Barbe, Saint Rambert en Forez, Saint Rambert d’Albon) élargirent et répandirent son culte. But de pèlerinage important, l’abbaye qui suivait la règle de Saint Benoît, acquit une puissance économique considérable par son indépendance de tout pouvoir temporel et relevant canoniquement directement du Saint Siège. En 1196, les temps médiévaux, constamment marqués par les querelles de frontières, incitèrent l’Abbé Régnier à se placer sous la protection des Comtes de Savoie, qui sécurisèrent, depuis de Château de Cornillon sur l’éperon rocheux voisin, l’immense domaine, étendu de l’entrée de la Maurienne aux portes de Lyon.

 

 La ville de Saint Rambert et tous les hameaux des montagnes voisines naquirent et prospérèrent dans le sillage du développement de l’abbaye. L’église abbatiale fut détruite en 1793 et tous les bâtiments monastiques ont connu le même destin après la Révolution. Aujourd’hui, la communauté des religieuses de Notre Dame des Missions, partage, depuis 1949, une vie monastique différente, dans de grands bâtiments récents et accueille des groupes, pour des retraites, récollections, séminaires, temps de désert. Le site, dominant la vallée de l’Albarine, est exceptionnellement situé dans un cadre lumineux de verdure, au cœur des rondes collines bugistes.

 

Au pied de la chapelle du parc, le sentier du Brévon plonge sur quelques centaines de mètres jusqu’à l’église de la commune. Nos deux randonneurs se laissent glisser en côtoyant le torrent et découvrent à mi- pente, avant le pont qui l’enjambe, le reposoir, l’oratoire marial et le calvaire commémorant le martyr de Saint Rambert, tué d’un coup de lance sur le sentier de l’abbaye. Le site, propice au recueillement, incite Marthe et Honoré à s’imprégner de l’histoire de ce jeune homme, assassiné le 13 juin 680, laissant sur le Bugey une rayonnante empreinte spirituelle.

 

 En 1217, Jean, Hugues et Sébastien, trois moines d’Ambronay qui suivaient, comme nos deux marcheurs, le couloir des savoyards pour rejoindre Saint Rambert, descendaient vers le bourg après une nuit de repos à l’abbaye. Ils partaient vers la Chartreuse de Portes. Les deux monastères, bien que ne suivant pas la même règle, gardaient des liens très forts dans le souvenir de Bernard et Ponce, fondateurs de Portes, anciens religieux d’Ambronay. Les trois voyageurs étaient porteurs d’un chaleureux message d’amitié de leur abbé et souhaitaient lui rapporter les meilleures nouvelles des hautes combes bugistes.

 

Saint rambert -Chartreuse de Portes.

O la chartreuse de Portes

 

 

Après une bonne nuit de repos, Marthe et Honoré ont plaisir à flâner dans SAINT RAMBERT en visitant l’église et le musée du patrimoine bugiste. C’est avec surprise qu’ils découvrent qu’entre 1800 et 1950, la Schappe, importante société de filature, a transformé cette vallée pauvre de Tenay à St Rambert en un immense couloir industriel de production textile employant des milliers de salariés, urbanisant et métamorphosant complètement cette cluse profonde, autour des usines de fabrication.

 

C’est l’eau de l’Albarine, indispensable à l’élaboration des fibres et des tissus qui motiva l’implantation de la Schappe et les investissements colossaux de l’époque pour dompter et canaliser la rivière. L’eau claire descendant du Plateau d’Hauteville, utilisée dans les procédés de tissage, fournissait aussi la force motrice, sous forme de vapeur puis d’électricité. Impatients de poursuivre leur périple, nos amis marcheurs s’engagent sur la passerelle au centre du bourg ; elle enjambe l’Albarine en face du petit passage à niveau qui traverse la voie ferrée Ambérieu-Culoz .

N Le Bugey en sandales

Prenant la direction de la gare, c’est à 50 m que s’amorce sur leur droite un sentier qui grimpe au Sud. Les 200 m de dénivelé se déroulent en lacets dans le bois dense et permettent d’atteindre en 30 mn le hameau de Javornoz surplombant la vallée. Le village lui-même est posé à flanc de pente et c’est au sommet, sur la route étroite qui conduit à Blanaz qu’ils s’engagent à gauche sur une belle piste contournant le Pain de sucre culminant à 740 m. Les zones boisées et semi-ouvertes se succèdent.

Nos randonneurs passent un petit col à 600 m d’altitude à l’est du Bois des Peines et redescendent plein sud sur 2 km entre deux versants de prairies dominant Blanaz.

N Le beau village de Blanaz

Ils parviennent au hameau Grange de l’Eblouaz. La traversée en est rapide et le sentier qui continue au Sud leur permet d’atteindre une piste pratiquement plate qui dessine un long virage au Nord-Est pour enjamber, sur un petit pont, un affluent de la Caline avant de repartir au Sud sur deux nouveaux kilomètres. Marthe et Honoré parviennent ainsi à la D104 reliant Arandas à la D1504 à Saint Rambert. L’entrée se fait dans l’épingle à cheveux très fermée à l’Est du Plateau du Devant. La départementale fraichement gravillonnée déroule son tapis gris anthracite sur environ 2.5 km en montant régulièrement de 440 à 600 m, jusqu’à la Croix de la Rivoire au pied de laquelle nos deux amis apprécient une pause salutaire à l’ombre d’un gros érable. Ils viennent d’entrevoir le hameau d’Espierres blotti au fond de sa combe 200 m plus bas.

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A ce croisement de quatre routes, notre couple repart sur le chemin vicinal direction Chantigneux, village de quelques âmes et siège d’une immense stabulation. C’est vers le Sud, entre les dernières maisons, qu’ils descendent un sentier rapide rejoignant une piste agricole de liaison entre Chantigneux et Conand, en limite de la Côte, foret pentue surplombant Conand d’en Bas. Ils parviennent au centre du bourg de Conand à l’Ouest de l’église.

N Conand sur la Caline

Le rocher de La Cra,  spectaculaire pyramide de verdure domine le village de ses 650 m. Marthe et Honoré traversent la D73 à droite d’un grand calvaire et s’engagent en face sur la voie d’accès au moulin sur la Caline. Ce petit cours d’eau est un magnifique ruisseau du Pays Bugiste qui descent la vallée portant son nom, depuis le Ravin de la Boissière à l’Est du massif de Portes, de Charvieux jusqu’à Serrières où il rejoint l’Albarine. Un vieux pont de pierres permet à nos marcheurs de changer de rive et de s’engager sur un sentier bien marqué coupant toutes les grandes boucles de la petite route communale d’accès au village de Chariot. 3 km plus loin et 350 m plus haut, ils atteignent ce minuscule hameau de Conand à l’extrémité de la route en cul de sac, unique accès automobile.

 

Une dizaine de maisons, anciennes fermes ou granges reconverties en résidences secondaires et apparemment vides d’habitants à l’heure du passage de nos amis, donnent l’impression d’un village fantôme, quoi qu’accueillant et délicieusement bugiste, inondé du soleil couchant au centre de son faux plateau orienté Nord-Est. Les immenses prairies et pâturages qui l’entourent sont la preuve d’une activité agricole perpétuée malgré leur situation éloignée de la vallée et un accès compliqué à 750 m d’altitude. Marthe et Honoré s’engagent entre les deux premières bâtisses, sur le sentier des Frasses qui s’oriente au Nord-Ouest avant de repartir en plusieurs boucles direction Sud. Ils gagnent encore 150 m d’altitude après 20 mn de bonne montée à travers bois. Quelle n’est pas leur surprise de se retrouver, au sortir de la forêt, sous un gigantesque pylône d’une ligne de 400 000 Volts, jonction électrique entre Creys-Malville et Génissiat.

 

 

 

Presqu’ensemble, ils ont la même pensée sur le chamboulement de décor entre l’an 1217 et aujourd’hui. Comment les Frères Jean, Hugues et Sébastien, nos trois moines bugistes, peinant d’Ambronay à Portes, auraient pu imaginer que 8 siècles plus tard, cette immense cathédrale de fer dominerait le massif à 2 km de la Chartreuse, en plein désert monastique. Nos deux randonneurs coupent la large piste de service empierrée reliant la D73 à la D99 en traversant montagne et forêt. Sur leur droite un étroit sentier partant au Sud-Est les conduit directement sur le versant Sud-Ouest de la grande combe, siège de la Chartreuse entre le Mont Frioland et le Col de Portes. Les trois religieux, sur les chemins obscurs et dangereux du Moyen-Age, guidés par le soleil et les étoiles ont mis beaucoup plus de temps que nos deux marcheurs modernes pour rallier Notre Dame de Portes depuis Saint Rambert. Par contre, ils trouvaient facilement refuge dans les granges d’exploitation des immenses domaines monastiques, réparties dans toute la contrée et qui ont donné naissance aux villages bugistes. Ils avaient aussi facilement accès au monastère pour s’y reposer comme tous les hôtes demandant l’hospitalité.

Aujourd’hui, la Chartreuse n’est plus accessible, les rares pèlerins du 13ème siècle s’étant mués en cohortes de touristes du 21ème. Notre Dame de Portes, fondée en 1115 par Bernard et Ponce, Bénédictins de Sainte Marie d’Ambronay, est sous l’autorité, en 1217, de Bernard de la tour, successeur de Saint Etienne de Chatillon depuis 1207. En 1206, était rappelé à Dieu après 105 ans d’une vie longue et édifiante, Saint Arhaud de Sothonod, l’un des pionniers de Portes, fondateur et prieur de la Chartreuse d’Arvières pendant 56 ans. Seconde en France dans l’ordre de Saint Bruno après la Grande Chartreuse, Notre Dame de Portes est appelée la Chartreuse des Saints en raison du nombre de Saints-moines objet d’un culte officiel ou ayant eu un grand rayonnement de sainteté : le bienheureux Ayrald, Saint Anthelme de Chignin, Bernard de Portis, Hugues II, Bernard de la Tour, tous d’immense réputation, se sont succédés comme Prieur ou moine au cours du 12ème et 13ème siècle. Marthe et Honoré sont heureux d’avoir pu lire et apprécier, au cours de leur périple, l’histoire passionnante de ce monastère à travers les siècles.

Plus de 800 moines reposent dans son cimetière au centre du cloître.

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Randonnant en autonomie complète, ils décident de passer la nuit dans une clairière voisine, les loups n’étant pas encore réapparus dans le Bugey.

 

DE SAINTE MARIE DE PORTES à SAINT SULPICE EN BUGEY

 

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N illustrations pour le chemin des monastères (4)

Signe évident de l’absence de loup dans le Bugey contemporain, le couple de chevreuils flânant dans la combe depuis le lever du jour. Le jeune mâle au bois neufs est affairé à brouter goulûment l’herbe fraîche et c’est la chevrette inquiète, surveillant la  tente bruissante du réveil, qui croise le regard de Marthe sortant la tête de la toile. La surprise est immense des deux côtés et les deux cervidés n’attendent pas l’apparition d’Honoré précipitamment réveillé par sa compagne, pour détaler et disparaître dans le bien-nommé « Bois des Chèvres ».

Petit déjeuner bucolique et rangement rapide amènent nos randonneurs à reprendre la trace des moines de l’an 1217 : Jean, Hugues et Sébastien, qui après un court séjour à Portes, repartent en « courriers » consciencieux jusqu’à Saint Sulpice avant de retourner à Ambronay. En effet, les deux abbés Bernard et Guillaume sont fraternellement liés et échangent une riche correspondance de commentaires de la règle de Saint Benoît. La large combe est bordée d’une piste d’accès au Calvaire de Portes.

N Le calvaire de Portes

Un crucifix grandeur nature se dresse au centre d’un carré protégé et fleuri. Cette croix, moins ancienne que le monastère, couronne à 1030 m le sommet du point culminant du secteur. Le panorama à 360° est exceptionnel, joliment détaillé sur la table d’orientation voisine. A l’est, domine le massif du Mont Blanc, loin derrière le Grand Colombier, toit du Bugey. C’est dans cette direction que Marthe et Honoré descendent rapidement la grande prairie jusqu’à l’entrée d’un étroit sentier, à l’orée du bois, qui leur permet la jonction avec le GR 59.

Son cheminement sur 1.5 km à travers bois et clairières les amène à 870 m  d’altitude au débouché sur la D 73, au droit d’un ancien grangeon. Ils suivent la départementale en direction de Charvieux en contournant la Combe du Maitant. A la Petite Poya, nos amis s’engagent à leur droite sur une piste forestière qui s’amorce direction Nord. Un kilomètre après, une épingle à cheveux les renvoie à l’Est pour les conduire en dix minutes devant l’énorme grange-étable de La Poyat qui marque le centre d’une belle clairière cerclée d’épicéas cinquantenaires. A cette altitude de 800 m, la bâtisse est abandonnée bien que récemment recouverte.

En continuant à l’Est, sur un chemin de débardage, ils aboutissent sur la D 104 reliant Ordonnaz à Arandas. Ils l’emprutent sur 300 m au Sud avant de repartir à leur gauche sur une piste de service des pâturages qui contourne par le Nord le bois Sur la Fiche. En progressant en direction des Daraises, ils débouchent sur la D 94, accès au Plateau d’Ordonnaz depuis la N 504 sinuant au fond de la Cluse. Après 300 m, à l’Est, à l’embranchement de la route du Fays, un sentier peu pratiqué s’amorce pour descendre de 150 m dans les Charbonnières sur environ 1.5 km, direction Nord. Cette immense pente boisée entre le Buisson aux Loups et les Daraises, glissant entre le Plateau d’Arandas à 800 m d’altitude et le fond de la Cluse des Hopitaux à 350 m, était le champ d’action des charbonniers, immigrés italiens, qui, résidants dans des cabanes de la forêt, ont fabriqué pendant un siècle jusqu’à la 2ème guerre mondiale, le charbon de bois dans de grandes cuves enterrées dont il reste quelques vestiges.

Marthe et Honoré, rejoignant la route dans une épingle à cheveux, décident alors de se séparer. Elle préfère descendre la D 94 sur environ un kilomètre pour tourner ensuite à droite sur un chemin de desserte des Hopitaux, alors qu’Honoré, sur la trace des charbonniers, descend tout droit dans le bois pour passer de 600 à 350 m. Nos amis se retrouvent sur le haut du hameau qu’ils traversent jusqu’à la N 504.

Les Hopitaux, aujourd’hui rattachés à la commune de La Burbanche fut une seigneurerie vassale du Comte de Rossillon. Le Fief, vendu en 1772, changea à nouveau de statut à la révolution.  Son nom indique un passé d’hospitalité pour les voyageurs chevauchant longuement sur cette voie de communication essentielle entre Bresse et Savoie.

L’origine géologique de la cluse est une érosion profonde par une diffluence de l’immense glacier du Rhône glissant des Alpes en s’avançant profondément dans le Valromey, contournant les montagnes de Virieu et du Tantanet pour s’étaler largement dans la plaine entre Malville et Lyon. C’était il y a plus de 18 000 ans. Aujourd’hui, nous avons du mal à imaginer le travail de ces monstres de glace de plus de 1 000 m d’épaisseur et plusieurs centaines de kilomètres de long. La cluse est devenue un couloir de liaison rapide automobile et ferrée.

 

La gare des Hopitaux, petite mais bien réelle, est le témoin de l’époque où cette voie ferrée accueillait un intense trafic entre Ambérieu et Culoz, deux des plus importantes gares de triage de France.

N il y avait une gare aux Hôpitaux

 

 

L’autre partie du hameau s’étale entre la nationale et la voie ferrée. Curieusement, le cachet des hameaux bugistes est préservé et les vergers entre passage à niveau et montagne respirent le calme et la fraîcheur. C’est après cette partie verdoyante que nos randonneurs retrouvent le sentier qui tourne au Sud en grimpant dans les pierriers couverts de bois et de taillis. Ils dominent maintenant le lac des Hopitaux qui s’étale sur 1.5 km du nord au sud entre train et roche. Les 250 m de dénivelé dans les éboulis sont fatiguant sur un sentier néanmoins bien tracé et par endroit équipé de main-courante contre le rocher. Après une boucle franchissant et contournant la paroi, Marthe et Honoré découvrent les toits des maisons de Grand Tare.

N illustrations pour le chemin des monastères (6)

Sous un surplomb formant caverne, le trou d’accès dans une boule de mousse suspendue laisse deviner l’habitation d’un troglodyte mignon. Grand Tare est associée dans son histoire à la seigneurerie des Hopitaux. Aujourd’hui, paisible hameau en terrasses surplombant la cluse, il est un lieu de villégiature d’été. Fontaine et four banal agrémente le village fleuri où persiste une bonne activité agricole. Nos marcheurs montent d’Ouest en Est par la rue centrale et continuent sur un étroit sentier jusqu’à la route communale desservant le Plateau de la Grange des Prés. Après une épingle à cheveux au Nord, puis une seconde au Sud et une dernière grande boucle, ils passent, au bout d’une demi-heure, sous la belle alignée d’épicéas bordant l’allée d’entrée du hameau de La Grange des Prés, la plus haute dépendance communale de La Burbanche. Ils sont de nouveau à 800 m d’altitude.

N illustrations pour le chemin des monastères (7)

La route serpente entre la ferme du dernier cultivateur du lieu, les dépendances à l’abandon,  les maisons anciennes restaurées et quelques résidences de belle facture. L’antique four bugiste est soigneusement entretenu au centre de ce village éclaté sur un Plateau de larges prairies et pâturages. A la sortie Est du hameau, un chemin creux ombragé bordé de très anciens murgers de pierres sèches permet à Marthe et Honoré d’échapper à 600 m de route sinueuse. Ils l’a retrouve sur un kilomètre pour l’abandonner au niveau de Champ Carron au profit d’une piste de service qui rejoint vers le nord la D 103 en direction de Prémillieu.

En dix minutes, ils parviennent à l’entrée du village et en empruntant la première rue à gauche, ils se retrouvent devant l’église qui côtoie l’ancienne cure aujourd’hui transformée en gîte communal. La restauration interne de l’église dans le style roman dépouillé est particulièrement réussie et le vitrail circulaire au-dessus du porche, belle représentation de Marie-Madeleine, Sainte Patronne de la paroisse, complète lumineusement la mise en valeur de l’ensemble. D’ailleurs, la fête patronale permet chaque année un bel élan festif d’échanges et de partages pour toute la communauté.

N l'église de Prémillieu

La rue sort du village derrière l’église et nos amis remontent au Nord sur un kilomètre en direction de Saint Sulpice le Vieux avant de bifurquer à l’Est sur leur droite en remontant la piste forestière du Bois du Chevron. Ils passent à gauche du château d’eau-relais culminant Sur la Loye à 980 m et continuent direction nord par la piste qui plonge à l’Est de la forêt domaniale de Saint Sulpice sur environ 2 km. La jonction avec la route d’accès à la maison forestière de Jailloux les amènent à la contourner et après un cordial échange avec le jeune technicien résident du lieu, ils parviennent à la chapelle Saint Vital en périphérie de l’ancienne clôture monastique. Marthe et Honoré ne sont pas mécontents de retrouver leur contact, qui va leur permettre un retour rapide chez eux, après ces longues et riches journées sur les traces des moines d’antan.

 

 Huit siècles plus tôt, les religieux d’Ambronay font halte pour une bonne nuit de repos dans une grange monastique du Grand Tare. Ils s’octroient une journée supplémentaire pour rejoindre Saint Sulpice en cheminant péniblement par monts et par vaux. Ils savent que l’accueil haut-bugiste leur permettra de reprendre forces et que le Seigneur de Longecombe leur accordera guide et protection pour rejoindre la plaine de l’Ain….

LE CHEMIN DES MONASTERES

LE BUGEY EN SANDALES

DE L’ABBAYE DE SAINT SULPICE A LA CATHEDRALE DE BELLEY

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première étape : Saint sulpice - Pugieu

 

Le signe de ralliement des trois couples de marcheurs de 2018 était la présence dans leurs mains de l’Echo du Plateau. C’est par son intermédiaire que ces six amateurs de randonnée monastique ont souhaité se grouper. Quentin et Mélissa n’ont jamais marché dans le pas des moines, ou alors, en l’ignorant. La rencontre est chaleureuse à Thézillieu devant la chapelle des étrangers, sous le vocable de Saint Vital et ces nouveaux compagnons pèlerins sont trop heureux de partager leurs précédentes aventures bugistes. Ensemble ils déplorent l’état de délabrement de la chapelle, ultime vestige branlant mais encore debout de la flamboyante abbaye.

Mc les travaux de la chapelle st Vital en 2011

Inéluctablement, sans une rapide restauration, elle deviendra le tas de pierres le plus neuf de ce site millénaire. En 1168, Guérin, abbé de la toute jeune abbaye, dépêche deux « courriers », les frères Amand et Chryseuil, ses moines les plus solides, pour se rendre à Belley auprès de l’évêque Anthelme, en vue d’apaiser les tensions entre eux et leur maître commun, le puissant Comte Humbert III de Savoie. C’est à leur suite que nos marcheurs contemporains s’engagent sur la D53a, direction Les Catagnolles. Après 100 m, ils suivent le chemin creux qui contourne par l’Est le hameau du Genevray sur 1 km. A la sortie Sud du hameau et 100 nouveaux mètres de départementale, ils continuent au niveau des dernières maisons sur un sentier qui sinue plein Sud entre Léchères et Teppes et le captage des sources de Pré Dotton.

N le moulin de Ponthieu

Le moulin de Ponthieu

Les dernières pluies abondantes ne leur facilitent pas la traversée de cette zone humide, pour finalement pénétrer en zone boisée, avant de descendre rejoindre la piste forestière qui ondule entre la lisière de la forêt de Ravière et l’Arène naissante et plongeant vers le Furans à Pugieu.

N Aux sources de l'Arène

Les sources de l'Arène

Cette longue descente les amène au sommet de la rampe d’accès à la stèle de la Croix du Pin, commémorant la sanglante échauffourée de Juin 1944 entre l’armée allemande en retraite et un solide groupe de résistants du Plateau d’Hauteville. Nos six marcheurs, apparemment heureux de cette mise en jambe buissonnière et un peu aquatique, s’engagent sur la D53 et en quelques minutes, découvrent le sentier forestier qui rejoint Virieu le Grand en tronquant les immenses lacets de la « route des vignes ». Chaque tronçon de sentier d’environ 1 km recoupe la D53 en joignant presque en face le tronçon suivant pour finalement emprunter la route sur environ 600 m avant de tourner à droite, Route de Brens,  qui serpente au travers des dernières vignes du joli hameau viticole de « Plan de Mai ». En effet, les coteaux orientés plein Sud sur le plateau du fond de la combe de Virieu ont produit pendant des siècles des vins de qualité.

Un certain nombre de parcelles plantées en Roussette, Chardonnay, Mondeuse ou Gamay font toujours partie des productions renommées de l’AOC Vins du Bugey.

Les grangeons, plus ou moins abandonnés, sont les témoins de cette viticulture ancestrale initiée par les romains il y a 2000 ans.

le grangeon abandonné

Le vieux Virieu témoigne aussi d’un riche passé avec ses nombreuses architectures médiévales et les ruines de son château, siège du seigneur du lieu, vassal de la maison de Savoie. En 1601, au traité de Lyon, Virieu le Grand intègre le royaume de France et Honoré d’Urfé est créé Marquis du Valromey en récompense des services rendus au pays et de son immense talent d’écrivain. Il est l’auteur de l’Astrée, premier roman français et de nombreux poèmes lyriques. A cette époque, la ville, bien située au carrefour de grandes voies de circulation, est prospère par les péages qu’elle prélève et par son industrie de cuirs et tanneries. Au fil du temps, les entreprises de mécanique, casserolerie, perlerie, prirent le relais avec la cimenterie de Clairefontaine. Presque toutes ces activités ont disparues mais le village y a gagné en calme et qualité de vie.

Pierre et Mélanie, Marthe et Honoré, Quentin et Mélissa avancent courageusement sur les traces d’Amand et Chryseuil sur le sentier qui prolonge la Route de Brens après la dernière résidence et cheminent plein Sud entre la muraille de la montagne de Virieu et la vallée. La randonnée dans cette forêt est très lumineuse, entre blocs de roche éboulés depuis des milliers d’années. Après 3 km, ils redescendent légèrement dans l’éboulis de Pierre Fort sous lequel est creusé l’immense tunnel de la voie ferrée Ambérieu-Culoz. Le sifflement d’un TGV jaillissant de son embouchure fait quelque peu sursauter nos amis. Ils remontent dans le pierrier pour contourner le Rocher de Manicle et redescendent au-dessus de l’entrée Sud du tunnel sur la piste d’accès au plus célèbre vignoble du Bugey.

N le rocher de manicle et les vignes

Ils parviennent ainsi à la départementale 904 qu’ils traversent pour emprunter la courte bretelle qui longe le Furans et l’enjambe sur le pont d’accès à Pugieu. La petite cohorte remonte la rampe du cimetière qu’elle laisse sur sa gauche et continue jusqu’à l’entrée du village. La traversée de la Nationale 504  conduit les six vers l’allée d’entrée de l’ancien moulin Descote. Ils retraversent le Furans et le canal d’alimentation de l’ancienne roue à aubes. C’est au bord de l’eau, au son du bruissement de la rivière, qu’ils décident de s’accorder une pose bucolique. Le pique-nique réparateur, agréablement partagé entre ces nouveaux amis, découvreurs des vieux chemins monastiques les aide à se mieux connaître.

 

 

De Pugieu à Belley :

 

N

 

 

.  Après 200 m sur la D32b, ils tournent à gauche, direction Sud-Est sur une route communale conduisant à Chavillieu. Ces 2 km qui serpentent au milieu des vignes de Côte du Maître leur permet l’accès au Nord du hameau joliment fleuri ; La D32a empruntée à la sortie de Chavillieu  les dirige plein Sud en traversant encore des vignes, celle de la Chaumette, jusqu’à Gevrin.

A gauche, à l’entrée du village, nos amis tournent sur un chemin creux qui dans une longue boucle de 1,5 km contourne la colline du Tillut. C’est au milieu de ce parcours qu’il y a 850 ans, les deux frères de Saint Sulpice, Amand et Chryseuil, bifurquent à l’Est sur une sente traversant le bois des Ebuclas pour se rendre sur le chantier bien avancé de l’Abbaye de Bons que Marguerite de Savoie fait construire pour une communauté de religieuses cisterciennes. L’abbesse les guide dans les parties en construction, dont l’église abbatiale, avec la mission de rendre compte au père abbé Guérin de Saint-Sulpice, frère dans l’ordre de Cîteaux mais aussi par la tutelle savoyarde commune. Notre dame de Bons, initiée 13 ans plus tôt se trouve un peu sous la protection spirituelle bienveillante de l’abbaye du Plateau, fondée 25 ans avant. Les moines, sandales au pieds et havresac en bandoulière reprennent leur périple après le repas partagé avec les moniales. C’est bien derrière eux que nos six pèlerins du temps présent descendent gaillardement la combe entre le Bois de l’Abbaye et la forêt d’Andert, aujourd’hui départementale 83, jusqu’au croisement avec la D83a qu’ils quittent pour prendre au Sud le chemin vicinal qui enjambe le Furans, au lieu-dit Le Moulin, sur un antique pont de pierres. Ils traversent le long village de Rothonod qui aligne quelques magnifiques bâtisses médiévales et un séquoia bicentenaire d’une quarantaine de mètres bien que décapité par une récente tempête. La sortie du village débouche sur la D32 qu’ils empruntent à leur droite sur 100 m. De là, un court instant, s’offre à eux une vue spectaculaire sur le château d’Andert posé au sommet du village.

O le château d'Andert

Ils partent maintenant au Sud sur une allée de jonction conduisant à Billignin et ils arrivent Sur Braille, le plateau dominant le Sud de Belley. A nouveau, leur attention est attirée par un séquoia multi centenaire, tutoyant le ciel et couvrant de sa masse verte une imposante maison bourgeoise.

O Sur Braille, séquoia muti séculaire

En obliquant 2 fois à gauche, la petite troupe se retrouve bientôt en zone urbaine, rue de la Louvatière qui descend place des Terreaux. Une fois traversée ils trouvent facilement la rue des Cordeliers conduisant à la cathédrale. En 1168, l’entrée d’Amand et Chryseuil dans Belley est bien différente. La campagne laisse brutalement place à la cité, non fortifiée, mais bien délimitée. Elle est la capitale historique du Grand Bugey, petite mais fortement militarisée parce qu’enviée de par son emplacement au carrefour d’axes importants de communication entre Lyon et Genève, aux confins du royaume de France, de celui de Bourgogne, du Comté de Savoie et du Saint Empire Romain Germanique. Comme religieux, les deux moines traversent facilement les péages et sont chaleureusement accueillis par les chanoines de la cathédrale qui les introduisent auprès de l’évêque.

o la cathédrale façade gothique du XIX ème

Lorsque nos six randonneurs contemporains admirent la façade de la cathédrale, ils ne savent pas encore qu’elle date du 19ème siècle. Audax, 1er évêque de Belley en 412, fit construire une église sur les ruines romaines du temple dédié à Cybèle. En 722, Ansemonde, 13ème évêque, consacra la première cathédrale. Ruinée, elle fut reconstruite et agrandie au 12ème siècle sous l’autorité de plusieurs évêques-chartreux : Bernard de Portes, Anthelme puis Arthaud. Remaniée au 15ème siècle, délabrée par la période révolutionnaire et écroulée par le tremblement de terre de 1822, elle fut ultimement reconstruite en style néogothique, conservant le chevet et le portail nord, par Alexandre Devie, évêque de 1823 à 1852. Elle se trouve depuis l’origine sous le vocable de Saint Jean-Baptiste dont elle possédait, sous châsse précieuse, une relique pillée à la révolution. Classée monument historique depuis 1906, elle est l’église régionale la plus représentative de l’art religieux du 19ème. Les trois couples de marcheurs-pèlerins sont heureux d’avoir contacté un guide érudit qui leur fait partager avec engouement la découverte des richesses innombrables de l’édifice. La visite de nombreux bâtiments, témoins de l’architecture du Moyen-Age, intéresse beaucoup nos amis qui finissent de découvrir la grande richesse historique et patrimoniale de Belley. Avant de continuer ensemble, en amateurs éclairés, la découverte des chemins des monastères, ils s’accordent une bonne nuit de repos dans le gîte judicieusement proposé par l’office de tourisme. Leur projet est de tout simplement traverser le Rhône et la montagne de Parves pour s’engager derrière Jean de Varax, 75ème évêque de Belley, qui en 1468, chaussait des sandales de moines et partait loin de l’administration pesante de la ville et du diocèse, avec Hugues et François, chanoines de la cathédrale, pour quelques jours de retraite à la chartreuse-forteresse de Pierre Châtel….

 

Gilbert Lemoine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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02 avril 2022

Les quatre temps pour 2022

Les quatre temps de l'hiver 15,17 et 18décembre ont été marqués par une alternance de soleil et de brouillard sur le plateau d'Hauteville, ce qui laisse très ouverts les temps prohétisés pour les mois de Janvier Février et Mars.
DSC07407DSC07408
Les quatre temps de printemps tomberont les 9,11et 12 mars
Le 9 mars temps froid, sec et ensoleillé devrait être le temps dominant pour le mois d'Avril
début en fanfare en Avril, neige, vent du Nord, froiddu 1 au 4 à suivre
Le 11/3
Même type de temps froid, sec, et ensoleillé pourrait être le temps de mai, légère nébulosité en après midi, vent du sud dominant en altitude
Le 12/3
Temps couvert, vent dominant, toujours pas de pluie, ce serait le temps dominant de Juin
A vérifier!
Les quatre temps d'Eté,les 8,10 et 11 juin
3 jours de chaleur et sec
pourvu que la pluie revienne!!!!
et les quatre temps d'automne
les21,23 et 24 septembre2022

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17 mars 2022

Gunnar Ahlborn, ce suédois qui redonna vie au patois

patois

En 1946 paru un livre au Goteborg édition, sur le patois de Ruffieu en Valromey.
Dès 1926, Gunnar déveoppe une thèse sur le patois, il arrive à Ruffieu piloté par Antonin Duraffour de l'Université de Grenoble.
Gunnar qualifie le Valromey de plus vaste et plus belle vallée du Jura Sud.

# 061

le Valromey sous les brouillards de printemps

Il fit dans cette commune plusieurs séjours, 8 mois en 1929-1930, 4 mois en 1938, et il est venu habiter Ruffieu de 1930à 1942.
Il a pris pension au Petit Abergement, puis chez un vieux couple retraité les Métral.
Il fait parler les anciens dont le patois est la langue courante.

Ahlborn

C'est ainsi qu'il contacte à l'époque Mmes Girel, Martel, Michallet, Messieurs Maartinand, Mort, Girod, Chosson, vignand.
Je me souviens que sur Lompnes, il prit langue avec des personnes âgées comme Marie Guy et Adeline Dassin.
Il fit paraître une somme très scientifique du patois local.
Ce livre reste encore présent dans de nombreuses maisons du Valromey et du Plateau d'Hauteville.

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Le Valromey avec Champagne en bas de la photo

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13 mars 2022

Système "débrouille" en temps de guerre

Dans les temps incertains de la guerre nous devenions très débrouillards, il est vrai qu'à l'époque les subsides de l'Etat étaient inexistantes.

Alors les premiers temps de sidération et de faim qui nous tenaillaient, nous avons labouré des prés pour planter des patates, des poireaux, des betteraves sucrières, des haricots en grains, des topinambours, des raves etc.

Nous faisions notre bois dans les futaies que nous avaent laissé nos grands parents en héritage.

Nous avons appris à faire du savon avec de la soude caustique, du suif, et des feuilles de lierre.

Puis nous avons transformé nos cabanes de jardin en poulailler,- nous conservions les oeufs dans le silicate de soude-, en clapier, et même l'ancienne réserve de charbon était devenu un local pour élever un cochon.

Petite ^parenthèse" notre cochon devait être collabo car le jour où les allemands étaient dans notre quartier en 1944 il s'est échappé de son"boidet" pour courir au milieu des troupes, nous avons pu tout de même le récupèrer.

Nous allions ramassé les orties au bord des routes, pour le nourrir, autant vous dire qu'il n'avait pas trop de graisse;

Après l'avoir occis, nous le mettions au saloir pour le conserver, et  même il nous arrivait de fumer un jambon.

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Ce sont les cuisses du cochon que l’on emploie d’ordinaire pour faire les jambons.Si le coeur vous en dit,

Enlevez le pied et frottez la cuisse de tous les côtés avec du gros sel écrasé fin.

Mettez votre jambon dans une terrine et couvrez de sel ; laissez le cinq jours et frottez de nouveau en ajoutant une once de salpêtre, puis laissez encore cinq jours dans la saumure qui s’est formée.

Après ce temps, retirez le jambon de la saumure, et suspendez-le assez haut dans une cheminée où l’on brûle du bois. Au bout de deux mois, le jambon doit être assez fumé ; décrochez-le alors et enduisez-le de lie de vin et de vinaigre pour empêcher que les mouches s’y attachent.

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Suspendez au plafond dans un endroit sec.

 

Et bon appètit!

 

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04 mars 2022

Eoliennes combes de Léchaud et Férirand

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Vous avez peut-être appris que la majorité du conseil municipal de Brénod veut défigurer les combes de Léchaud et de Férirand, détruire leur paisible nature, leurs fragiles environnements en y installant un parc d’éoliennes de 200 m de haut.

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Ils sont déterminés, attirés par l’appât financier que représentent quelques dizaines de milliers d’euros qui seraient distribués en dédommagement à la commune par le promoteur du parc, WPD.  

 

Nous, habitants des combes et principaux concernés, l’avons appris fortuitement, le bulletin municipal mentionnant ce sujet ne nous ayant pas été distribué (il n’a été mis sur Internet que très récemment, plus d’un mois après sa parution).

 

Cependant, en creusant un peu le dossier, nous avons découvert que les propriétaires de WPD qui veut défigurer nos beaux paysages sont deux milliardaires allemands.

 

Il s’agit des deux fondateurs de WPD : Klaus MEIER et Gernot BLANKE.


Ils sont en train de mettre leur société en vente, et elle est estimée environ EUR 5.0 Milliards.

 

 

Ils ne viendront probablement jamais à Brénod, sont de Brême, dans les vastes plaines du nord de l’Allemagne, et s’en moquent complètement de défigurer nos beaux paysages.

 

D’autant que leur société sera vendue lorsqu’ils auront installé les éoliennes dans nos combes.

 

Ils vont s’empresser d’essayer de réaliser ce projet, comme d’autres, car, plus WPD a de projets démarrés ou en plan, plus WPD vaudra cher lors de sa vente.

 

Leur intérêt est essentiellement financier.

 

Leurs collaborateurs de Boulogne-Billancourt ou de Lyon eux aussi s’en moquent complètement de défigurer nos beaux paysages et de dévaloriser l’environnement de nos communes.

 

Idem pour la majorité des membres du conseil municipal, visiblement déterminée, pour quelques dizaines de milliers d’Euros tombés du ciel, à dégrader parmi les plus beaux sites de leur commune pour au moins 50 ans.

 

Sans parler des fortes nuisances sonores, sur la faune, sur les troupeaux, dans les sous-sols et sur les populations, pour au moins 50 ans.

 

Ils se moquent des habitants concernés, et même de savoir à qui ils auront affaire une fois WPD vendu !

 

Apparemment, seul l’argent les intéresse.

 

 

Ces deux milliardaires allemands, eux, récolteront pour ce champ d’éoliennes des millions d’Euros.

 

Ces projets seront financés essentiellement par des banques, principalement allemandes.

 

Ces financements serviront notamment à acheter des éoliennes allemandes, fabriquées en Allemagne (ou en Espagne chez un sous-traitant moins cher).

 

Le transport des éoliennes sera probablement réalisé par des entreprises spécialisées allemandes.

 

Cependant, l’entretien du chemin d’accès aux éoliennes, lui, sera fait par des français.  

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eoliennes

 

 

D’autant que, des éoliennes, nos amis allemands n’en veulent plus chez eux en zone de montagne, mais seulement en plaine.

 

Et encore, elles doivent être installées à une distance des habitations d’au moins 10 fois la taille des pales (2 x 100 m de haut dans notre cas, soit à 2 km de chaque maison, et non pas à 500 m comme en France).

 

En 2021, seules 8 éoliennes ont été autorisées dans toute la Bavière, le plus grand länder de l’Allemagne (20% du pays), avec de très belles zones montagneuses.

 

Les bavarois ne veulent tout simplement pas d’éoliennes défigurant leurs beaux paysages, après quelques premières dénaturations de paysages commises.

 

Alors, nos deux milliardaires de Brême viennent installer leurs éoliennes chez nous, et un peu partout ailleurs dans le monde d’ailleurs.

 

Partout où ils trouvent de coopératifs locaux à qui ils distribuent généreusement quelques milliers d’euros en contrepartie des millions qu’ils récoltent pour leurs éoliennes.

 

Et puis, au bout d’un moment, ils vendent les projets installés, ayant défiguré les paysages, détruit l’environnement, et déprécié les territoires.

 

Ou même ils vendent carrément leur société comme nos deux propriétaires milliardaires de WPD.

 

Comme ça les problèmes environnementaux, et surtout le couteux démontage de leurs appareils indestructibles, c’est plus eux… 

 

Bravo à ces deux milliardaires, Klaus et Gernot !

 

 

Si vous souhaitez arrêter la destruction de l’environnement de nos belles combes, de leurs calmes paysages, de leurs écrins de nature, ainsi que le mépris des habitants concernés, rejoignez ProBugey !

 

ProBugey est, en loi 1901, une Association pour la Défense et la Protection des Paysages et de la Nature du Haut-Bugey.

Elle a pour objet la défense et la protection des paysages, des sites et des espaces naturels du Haut-Bugey, et plus particulièrement ceux des communes de Brénod, Chevillard, des Neyrolles et de Haut-Valromey.

 

L’association se réfère notamment à cet égard à la Convention Européenne des Paysages, entrée en vigueur en France le 1er juillet 2006.

 

Dans ce cas merci de bien vouloir signaler votre intérêt à la Secrétaire de ProBugey, Sylvie PATUREL,  en lui indiquant votre adresse et outre votre e-mail, un numéro de téléphone.

 

Son adresse mail est  : S.Paturel@yahoo.fr

 

  1. La cotisation annuelle de membre actif est  à partir de EUR 5.00
  2. On devient membre bienfaiteur en versant un minimum de EUR 50.00, puis une cotisation annuelle de EUR 20.00.

 

Parmi les membres de ProBugey figurent bien naturellement les habitants des combes dont on souhaite défigurer l’environnement.

 

Merci beaucoup par avance, et n’hésitez pas à faire circuler ce mail parmi vos amis de la nature ou sympathisants de notre cause.

 

Je vous souhaite un beau printemps  (venez visitez nos combes : elles sont magnifiques au printemps… pour le moment).

 

 

 

Jean-Pascal ROLANDEZ

 

Président de ProBugey

 

 

 

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01 mars 2022

Quand l'histoire bégaye!

L'histoire est un éternel recommencement.
En 1921, l’Armée blanche, défaite par l’avancée de l’Armée rouge, quitte la Russie par le sud, par la Crimée, et essaime à travers les Carpates. Toute une population russe  arrive par la suite en France. C'était il y a 100 ans.
 Nous accueillons sur Hauteville des Russes Blancs, fuyant la révolution bolchevik à Moscou, la tradition familiale me rappelle Mademoiselle de Gleboff, pensionnaire chez ma grand mère. Très bien acceptée, ma mère et ses copines l'appelait Lolo.
Lolo est morte dans les années 1930, enterrée au cimetière d'Hauteville, nous fleurissions sa tombe à La Toussaint d'un bouquet de fleurs de chrysanthèmes , je me souviens avoir porté ces fleurs jusqu'à ce que sa tombe ait disparue. Il y avait aussi une Russe proche des Romanov rue de Tenay , elle montrait fièrement à ma grand tante Jeanne une photo de la cour impériale où elle figurait en présence du tsar Nicolas. J'ai gardé longtemps en souvenir une plume d'autruche de l' éventail qu'elle avait laissée à son décès.
Février1944 :
L'armée allemande envahit notre pays....Dès l'aube du 5, des camions déversent des troupes, les villes du Bugey sont en état de siège
Sur la route auto-mitrailleuses, motos, camions, uniformes verts patrouillent . La résistance réagit : Le groupe franc Marcault accorchent 200 allemands à la ferme du Rupt à Lacoux.

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Au Molard près de Brénod les hommes de Romans -Petit décrochent et comme ils le peuvent
La pression de l'armée allemande s'accentue, combien de morts parmi nos jeunes résistants, difficiles à dire, des stèles éparpillées dans nos campagnes leur rendent hommage.
La pression militaire allemande s'accentue.
Et commence les déportations, les exécutions, nous sommes un pays occupé.....
L'invasion de l'Ukraine ravive mes souvenirs d'enfant
Février 2022 :
78 ans après, même scénario en Europe.
Les Ukrainiens n'ont pas besoin de revoir cela, d'autant plus qu'ils avaient déjà vécu Tchernobil....en 1986
Et après Tchernobil deux familles d'Hauteville et de Cormaranche avaient accueillis des enfants en vacances d'été durant 3 années.
il y avait Louba et Sergueï pour atténuer leur stress..

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Ils ont vécu dans notre pays des jours heureux...au milieu d'autres enfants de leur âge.
Nous pensons fortement à eux en ce moment et nous les accompagnons de notre pensée affectueuse.
Que pouvons nous faire d'autre, face à la bétise humaine de dirigeant inconséquent.

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24 février 2022

L'espérance vit ses derniers mois

 

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Créé en 1926 et géré par la fondation Rothschild,Probablement Adélaïde et Edmond de Rothschild,  l'établissement, d’une capacité de 75 lits, était lors de sa création réservé aux tuberculeux israélites.

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Cliché fondation ;Edmond et Adélaïde de Rothschild

L'ensemble du personnel, à commencer par sa directrice, Yvonne Worms, était d’origine juive à l’exception du médecin chef qui exerça de 1926 à 1949 : le docteur Léon Bonafé, également maire de Lompnès.

 Le début de la fin:

Le centre hospitalier public  souhaite déménager son unité d’addictologie Espérance de 55 lits dans un nouveau bâtiment, situé sur ses terres, près des locaux de l’Albarine.

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 Cliché exposition Sanas

 

  Le dossier a pris un peu de retard avec la crise sanitaire, mais reste d’actualité. Une première consultation d’entreprises a été lancée pour cette construction nouvelle » a confirmé récemment Philippe Emin, le maire de la commune.

 

 

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Les enfants juifs de l'Espérance

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En mémoire des enfants d'IZIEU

Les enfants de l’Espérance

(Hauteville 1939-1945)

 

par Georges LEVY

 

 

Cette contribution n’évoquera que quelques unes des familles d’accueil du plateau qui ont hébergé des enfants d’origine juive (sur les 230 juifs qui habitaient Hauteville pendant la 2° guerre mondiale). Les « enfants cachés » étudiés ici sont les suivants :

Alexandre KACZERGINSKI

Romain MARKOWICZ

Yvette MINSKI

Sylvain MARGULIES

Monique MARKOWICZ

André KOLSKI

Bernard ERLINGER

Victor GOLDNER

Liliane MIROWICZ

Claude KOLSKI

Michel JAPKOWICZ

Joseph SEGAL

 

Les familles juives et l’Espérance

Ces familles juives qui ont résidé dans la région d’Hauteville sont arrivées en France entre 1920 et 1931 (essentiellement après l’indépendance de la Pologne). Les familles Erlinger, Japkowicz, Markowicz, Kolski, Mirowicz, Goldner et Segal sont nées « russes » et devenues « polonaises » suite aux modifications frontalières de 1918. Les familles Kaczerginski et Margulies sont arrivées de territoires restés russes. Beaucoup de ces familles ont en commun d’avoir un de leur membre soigné dans un sanatorium d’Hauteville : l’Espérance. Créé en 1926 et géré par la fondation Rothschild, cet établissement, d’une capacité de 75 lits,  était réservé aux tuberculeux israélites. L'ensemble du personnel, à commencer par sa directrice, Yvonne Worms, était d’origine juive à l’exception du médecin chef qui exerça de 1926 à 1949 : le docteur Léon Bonafé. Pendant la guerre, les mères de famille placèrent leurs enfants chez des nourrices de la région. Les nourrices percevaient environ 600 francs par enfant et par mois.

 

Les « enfants cachés » dont les mères étaient à l’Espérance sont nés en France (la plupart à Paris) entre 1928 et 1940. Ils étaient donc français en 1939, hormis Romain Markowicz qui était né belge à Bruxelles. Deux autres enfants (nés autrichiens), Hans Ament et Georges Halpern, dont les mères étaient à l’Espérance ont été déportés en avril 1944, suite à la rafle de la maison d’Izieu.

 

Le 19 juin 1940, les troupes allemandes pénétrèrent dans l’Ain ; une colonne allemande vint à Hauteville. Les familles d’origine juive installées à Hauteville étaient terrorisées à la vue des soldats allemands. Romain Markowicz témoigne : « Nous avons soudain ressenti une grande agitation autour de nous et, tout de suite, nous avons vu arriver les Allemands. C'étaient des motards. Ils se sont rangés tout autour de la place centrale où nous nous trouvions. Des camions militaires les ont rejoints et des soldats en sont descendus. Ils se sont rendus, par petits groupes, dans les différents endroits de la ville. Ils regardaient les gens d'un air indifférent, sans aucune animosité particulière et parlaient entre eux. Chez nous, et chez tous ceux qui étaient à côté de nous, la frayeur avait fait place à la curiosité. Rien de particulier ne s'est passé. Au bout d'un jour ou deux, les Allemands ont disparu. L'opinion générale était: "Ils sont corrects tout de même!". Ce n'était qu'une péripétie. La vie continuait. Bien sûr, c'était embêtant que ce fût les Allemands qui soient venus mettre de l'ordre en France. Il aurait été préférable que les Français l'eussent fait eux-mêmes. Mais comme ils n'en avaient pas été capables... En somme, la vie continuait comme avant. Pour nous, la vie continuait, mais plus tout à fait comme avant ! »

Claude Kolski raconte : « Au même moment probablement, André et moi-même avons vu l'arrivée des Allemands à l'Espérance. Deux motards en side-car à la recherche de savon. Des pensionnaires et nous-mêmes, nous tenions sur les marches à les observer. Madame Marx, l'infirmière en chef est entrée en  conversation en allemand avec eux tandis qu'ils  jetaient des yeux étonnés vers nous. Puis ils sont repartis en riant  et le mot "Juden" (c'est ce qui nous a été dit alors) a retenti au-dessus des pétarades de leur side-car » 

 

Fin juin 1941, le préfet Thoumas exigea des maires une liste de tous les Juifs de leur commune. Emile Chapuis, tout nouveau « Président de la délégation spéciale » d’Hauteville, demanda à Yvonne Worms, directrice de l’Espérance, la liste de toutes les pensionnaires ainsi que celle du personnel, tous d’origine juive (sauf le docteur Léon Bonafé). Elle prit le risque de ne déclarer que 34 Juifs travaillant ou étant en soins à l’Espérance (elle-même s’étant notée sur la liste). Une quinzaine de pensionnaires ne furent donc pas déclarées. La liste des Juifs d’Hauteville envoyée en préfecture comprenait 62 noms, dont les 34 de l’Espérance. Sur cette liste, apparaissaient déjà les noms de Kolski, Margulies, Markowicz, Halpern et Kaczerginski. A Lompnes, aucune liste ne fut établie.

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documents "Sanas"

 

Un afflux de réfugiés juifs à Hauteville suite à la rafle du Vel d’Hiv

Le 16 juillet 1942, à Paris, la police française arrêta 13 152 personnes lors d’une rafle que l’on appela «la rafle du Veld’Hiv» (Vélodrome d’Hiver). Pour la première fois, femmes et enfants sont arrêtés. Liliane Mirowicz témoigne de cette rafle : « … nous avons couru chez ma tante Louisette et je revois ma grand-mère Bouba la suppliant de partir avec nous. Mais elle n’a pas voulu. Grand-mère lui a dit de lui donner au moins sa fille Huguette mais elle n’a pas voulu s’en séparer. Elle a été frappée chez ses voisins français pour que nous allions chez eux (sans elle et sans Huguette) et j’ai entendu le bruit des pas qui montaient dans les escaliers. Ma tante nous a poussées toutes les 3, ma mère, ma grand-mère et moi chez les gens et elle a claqué la porte avant de retourner chez elle, avec Huguette qui avait mon âge (8 ans). On a entendu frapper chez ma tante et ma Bouba et maman ont vu par la serrure partir Louisette et Huguette. J’ai vu ma Bouba et maman dans un tel déchirement. Nous sommes parties sans rien et Bouba nous a emmenées boulevard de Ménilmontant, à pieds (c’est là qu’elle travaillait). On voyait des camions pleins de gens, c’était terrible, horrible, comment oublier ? Là elle nous a emmenées dans une cave toute noire éclairée par une bougie et là j’ai vu plusieurs familles avec des enfants assis par terre. Il ne fallait pas parler et rester sages. Nous sommes restées là je ne sais pas combien de temps… » 

 

Cette rafle de femmes et d’enfants provoqua un afflux massif de familles d’origine juive en « zone libre » alors que la loi leur interdisait de traverser la « ligne de démarcation ». Les familles d’origine juive qui choisirent Hauteville (sous administration de Vichy) connaissaient déjà la ville pour y être venues se faire soigner de la tuberculose.

Le 8 août 1942, Mordko Erlinger arriva directement à Brenod chez les Perrichand où se trouvait déjà son fils Bernard, en nourrice. Il le récupéra et arriva à Hauteville où  il retrouva sa femme Hena. Il logea « Aux Marronniers ».

 

Le 18 août 1942, Szajndla Mirowicz et sa fille Liliane arrivèrent de Paris en train et passèrent clandestinement la ligne de démarcation à Chalon sur Saône. Szajndla Mirowicz plaça sa fille Liliane à Ambérieux (près de Villefranche-sur-Saône) et rejoignit Hauteville pour trouver une nourrice et voir si elle pouvait être admise à l’Espérance. Elle n’était pas malade, car c’était sa sœur Masza, décédée depuis l’année précédente, qui séjournait dans cet établissement. Szajndla Mirowicz arriva à Hauteville le 20 août 1942. Le docteur Bonafé accepta de faire une fausse attestation de maladie pulmonaire pour l’admettre officiellement à l’Espérance. Elle obtint ainsi son « assignation à résidence ». Le docteur Bonafé lui trouva une nourrice parmi ses clientes. Szajndla Mirowicz repartit vite reprendre  sa fille et à son retour et la plaça chez Juanna David-Nillet, à Cormaranche, le 25 août 1942.

 

En Bugey, 23 Juifs furent « raflés » le 26 août 1942. Parmi eux, la famille Buks qui habitait Hauteville (Bajla Buks est la sœur de Masza Markowicz). Haskiel et Bajla Buks ainsi que leurs enfants Fajga et Armand furent arrêtés et internés à Vénissieux. Le 2 septembre 1942, les raflés du 26 août étaient presque tous convoyés de Drancy à Auschwitz. Haskiel et Bella Buks furent déportés par le convoi 27 au départ de Drancy vers Auschwitz.

 

A la mi-décembre 1942, Liliane Mirowicz (8 ans) fut placée chez la famille Blaudier qui habitait Cormaranche car un autre enfant, prévu de longue date, arriva chez les David-Nillet. Il s’agit de Michel Japkowicz qui est le fils des amis parisiens des Goldner. Leurs enfants se retrouvaient ainsi chez la même nourrice. Claude (8 ans) et André Kolski (9 ans) étaient placés chez le « Père Allard » à Cormaranche également. Un « vieux de la vieille » qui leur raconte des histoires incroyables et terribles sur la guerre de 14. C’est leur deuxième séjour à Cormaranche après avoir passé quatre mois en 1940 dans la famille d’Eugénie Emin. Yvette Minski (11 ans) était toujours dans la famille de Marie-Louise Emin (belle-sœur d’Eugénie). Elle entra à l’école de Cormaranche, ainsi que Liliane, Claude et André. C’est là que Liliane fit la connaissance d’une camarade de classe, Renée Fornerone (Mme Samy). Le 21 décembre 1942, Sura Japkowicz arriva enfin à Hauteville. Elle plaça comme convenu son fils Michel à Cormaranche chez les David-Nillet. Sura Japkowicz entra ensuite officiellement à l'Espérance. Début janvier 1943, André Kolski fut placé dans chez les Savin aux Capucines à Lompnes et son frère Claude chez François et Adèle Robert à la Villa Seytier (Lompnes).A cette époque à Grenoble, Malka Segal confia son fils Joseph Segal (deux ans et demi), par l’intermédiaire de ses belles-sœurs, à Marie-Louise Emin de Cormaranche où se trouvait déjà Yvette Minski (12 ans).

 

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Cormaranche village d'accueil des enfants juifs.

Le 21 février 1943 eut lieu une nouvelle rafle de Juifs qui concerna Hauteville. Cette seconde rafle dans l'Ain (ordonnée par Vichy sur pression des Allemands) prévoyait l'arrestation de vingt hommes Juifs, âgés de 18 à 60 ans, ne bénéficiant pas de la protection d’un pays. Le préfet Thoumas proposa de prendre 20 noms parmi une liste de 37 noms possibles. Sur ces 37 noms, 18 étaient des Juifs d’Hauteville. Cette rafle qui prévoyait l’arrestation de 20 Juifs pour l’Ain fut moins « zélée » et se limita à… 7 personnes ! Benjamin Szor, Meyer Muldworf, David Vogel et Moszek Pakula entre autres furent épargnés grâce aux interventions du docteur Bonafé et du maire Frédéric Dumarest. Finalement, sur Hauteville, seul Manole Reich dit « Max » fut raflé ce jour-là.

Début mars 1943, André Kolski arriva dans la famille Antoine, une famille d’Hauteville. En avril 1943, Michel Japkowicz changea de nourrice : il quitta Cormaranche et se retrouva chez Adèle et François Petit à Lompnes.

 

A la suite d’une réunion à Aix les Bains le 11 août 1943, entre la direction de l'Espérance, les représentants de la fondation Rothschild et la direction santé de l'UGIF (Union Générale des Israélites de France, créée en 1941 par le régime de Vichy), il fut proposé de libérer les 30 places de patients théoriquement guéris. Parmi ces pensionnaires de l’Espérance que l’on voulait faire partir, se trouvaient les mères d’enfants cachés sur le plateau d’Hauteville : Hena Erlinger, Tauba Golner, Séraphine Halpern, Ernestine Ament, Sura Japkowicz, Sura Kolski, Perla Margulies, Laja Minski, Szajndla Mirowicz et Malka Segal.

A Hauteville, le 10 octobre 1943, à 29 ans, Gustave Segal (oncle de Joseph), entra dans le maquis. Il prit le nom de guerre « Guste » et fut intégré au groupe du lieutenant Michel (Camp des Granges).

 

Le retour des Allemands à Hauteville

A Hauteville, le 4 janvier 1944, le danger se rapprocha et les Allemands entrèrent pour la première fois à Hauteville depuis… juin 1940 ! Ils venaient arrêter le résistant Henri Chapuis mais trouvèrent un autre résistant du nom de René Bouvret.

 

Le 5 février 1944, la répression allemande s’accentua sur le plateau d'Hauteville et dans le Valromey. 5 000 soldats allemands appuyés par l'aviation attaquèrent en masse les camps du maquis de l'Ain, y massacrant les maquisards. Il y eut 184 arrestations, 42 personnes fusillées et 38 maisons incendiées au cours du seul mois de février 1944. A Hauteville-Lompnes, la gestapo procéda à 18 arrestations. Parmi elles : Gustave Segal (30 ans), Roger Jacubowicz (23 ans), Dobry Londner (32 ans), Moszek Jacubowicz (FTP-MOI), André Maclet (maquisard et réfractaire au STO) et David Vogel (écrivain exilé).

 

Le 6 février 1944, les Allemands encerclèrent un groupe de maquisards à Brénod. Henri Chapuis, qui avait échappé à l’arrestation de janvier, fut arrêté avec une quarantaine d'autres résistants. Il fut fusillé par la gestapo à Lyon le 4 avril 1944. Les autres furent déportés (une vingtaine seulement revint des camps de la mort). Le 7 février 1944, Marius Seytier de Lompnes, arrêté à son tour, fut conduit à Montluc puis interné à Compiègne où il mourut.

 

En février 1944, à Hauteville, les pensionnaires de l’Espérance ne s’inquiétaient pas trop pour leurs enfants qui n’étaient plus à Hauteville même : Bernard Erlinger était en Suisse, André et Claude Kolski à Villereversure,  Michel Japkowicz à Clermont Ferrand, Alexandre Kaczerginski à Oyonnax,  Romain Markowicz à Bourg en Bresse, Monique Markowicz à Chaley, Sylvain Margulies à Châtillon-de-Michaille, Georgy Halpern à Izieu, Hans Ament à Izieu,Yvette Minski à Cormaranche, Liliane Mirowicz à Cormaranche, Victor Goldner à Cormaranche ou encore Joseph Segal à Cormaranche.

 

Le 28 avril 1944, la gestapo fit sa première descente à l’Espérance. Ils cherchaient Moszek Pakula et son fils Victor Pakula (16 ans), dénoncés comme résistants. Mais Victor Pakula était déjà passé en Suisse alors que sa famille était encore à Hauteville : son père Moszek résidait aux Ormeaux et sa mère Chaja et sa sœur Tauba (20 ans) étaient à l’Espérance. Ils arrêtèrent Moszek, Chaja et Tauba et les internèrent à Montluc (Lyon) avant de les envoyer à Drancy. Tauba Pakula témoigne : « Nous étions les premiers à être arrêtés par la gestapo. On a été emmené à Montluc près de Lyon puis, après quelques jours, à Drancy avec mes parents.  Ensuite le convoi du 20 mai 1944 nous a emmenés à Auschwitz. Evidemment ma mère n’est pas entrée au camp car elle avait des cheveux blancs. A cette époque, on emmenait les vieux et les enfants au crématoire. Et mon père, j’ai été séparée de lui et je ne l’ai jamais revu. Et moi je suis revenue parce que j’étais jeune, j’avais 20 vingt ans et aussi parce que c’était déjà la fin. Ils commençaient à évacuer. »  Moszek, Chaja et Tauba Pakula furent déportés, le 20 mai 1944, de Drancy à Auschwitz par le convoi 74. Seule Tauba réussit à survivre aux camps de la mort.

 

Suite à cette descente et ces arrestations, plusieurs pensionnaires paniquèrent. Ainsi Laja Minski plaça sa fille Yvette à Bioleaz dans la famille René Couturier-Berthelot, Szajndla Mirowicz courut reprendre sa fille Liliane (8 ans) à Cormaranche et partit immédiatement sans destination précise. Tauba Goldner plaça son fils Victor dans une ferme à Virieu-le-Grand. Alexandre Kaczerginski, 16 ans, entra dans le Maquis chez les FFI.

 

Le 15 juin 1944, au Col de la Lèbe près de Cormaranche, de durs combats eurent lieu entre les Allemands et le Maquis. Le 23 juin 1944, un événement terrible eut lieu à Hauteville-Lompnes : les Allemands réoccupèrent la ville et firent prisonnier Joseph Viallaz, le nouveau maire désigné par la Résistance. Ils le fusillèrent et son corps ne fut retrouvé et ramené à Hauteville qu’après la guerre. Frédéric Dumarest assuma de nouveau et provisoirement la charge de la mairie. A Cormaranche, le 11 juillet 1944, les Allemands traquèrent des maquisards du coin. Ainsi Emile Bochet, Paul Duchêne, Francisque Guillot-Vignot, Léon Emin et Constant Giardino furent tués. Gaby (fille de Marie-Louise Emin) se souvient : « Un jour en juillet 1944, les Allemands cherchaient des maquisards et ils sont venus à Cormaranche. Un soldat allemand est entré dans la maison et il a trouvé mon père César Emin assis avec un enfant sur ses genoux. Mon père a eu très peur mais le soldat voulait simplement remplir sa gourde d’eau et il est reparti. L’enfant c’était Joseph Segal! »

 

La libération

Le 4 septembre 1944, Bourg-en-Bresse et le département de l’Ain furent entièrement libérés. Le 1er octobre 1944, Victor Goldner quitta la ferme de Virieu-le-Grand et revint à Cormaranche chez les David-Nillet alors que Liliane Mirowicz arriva dans la famille Robert de Lompnes qui habitait la maison Seytier. Adèle Robert était l'ex-nourrice de Claude Kolski qui était parti en février rejoindre son frère André à Villereversure. Szajndla Mirowicz retourna à l'Espérance en attendant de retourner sur Paris.

 

De Chaley, le 1er novembre 1944, Gedela Markowicz revint à Paris et constata que son appartement était occupé par une autre famille. La famille Markowicz ne retrouva leur minuscule logement (rue Vauquelin) qu’en décembre 1944.

 

Le 18 novembre 1944, Sarah Japkowicz quitta l'Espérance, regagna Paris où elle retrouva son fils chez la famille Godignon (à Champigny). Les Japkowicz récupérèrent leur appartement 20 rue de Thorigny à Paris 3ème.  Mais la maison semblait vide, le père Nathan et le fils aîné Maurice qui aurait eu 17 ans n’étaient plus là….

 

A Hauteville, le 22 novembre 1944, Chaïm Segal quitta Belligneux. Encore convalescent, il partit en ambulance à Grenoble pour rejoindre sa femme Malka. Il passa par Cormaranche, pour retrouver son fils après 2 ans, mais il ne put l’embrasser en raison de l’aspect contagieux de la tuberculose. Joseph resta cinq mois chez Marie-Louise Emin, attendant que ses parents se rétablissent et reviennent à Paris.

 

Le 5 décembre 1944, Hertzl et Tauba Goldner avec leur fils Victor repartirent à Paris où ils eurent la chance de retrouver leur logement de la rue du Poitou (jusque là, Hertzl habitait chez madame Dumouriez à Hauteville). Plus tard, ils envoyèrent un carton plein de chapeaux à la mode à la famille David-Nillet.

 

A Hauteville, le 1er janvier 1945, Sura Kolski (mère d'André et Claude), revenue à l'Espérance pour se reposer un peu, voulut « participer » à la fin de la guerre et retourna à Lyon. Sura Kolski dut rejoindre à nouveau l’Espérance pour reprendre les soins et fut de nouveau admise à l’Espérance en février 1945. Ses enfants Claude et André quittèrent la Maison d’enfants de La Chaux et revinrent à Hauteville-Lompnes. Claude retrouva Madame Robert à Lompnes, André fut placé chez une autre nourrice.

 

Le 8 mars 1945, Laja Minski (mère d'Yvette) quitta l'Espérance et remonta à Paris en laissant sa fille chez Marie-Louise Emin à Cormaranche. Elle tenta de retrouver un appartement car le sien était également occupé. Le 1er mai 1945, ce fut Maryem Segal qui quitta l’Espérance. Confrontée elle aussi à la « course aux appartements », elle choisit de rester à Hauteville encore quelques mois. Sa sœur Sura Segal quitta également l'Espérance. Sura récupéra son neveu Joseph qui allait sur ses cinq ans, elle l’emmena dans le préventorium Albert Calmette à Yerres (Seine et Oise) en attendant que ses parents soient complètement guéris et réinstallés.

Le 8 mai 1945, à Hauteville comme dans le monde entier, ce fut une explosion de joie. Le jour de la capitulation allemande, il y avait 72 pensionnaires à l'Espérance: la moitié quitta l'établissement ce jour là ! On en déduit donc qu’il y avait 35 pensionnaires qui étaient encore cachées, tant que l’annonce de la fin du cauchemar n’était pas officielle.

Scan0015  cérémonie du 8 mai 1945 à Hauteville

 

Toujours à Hauteville, le 18 août 1945, Hena Erlinger (mère de Bernard) quitta l'Espérance et rejoignit son mari Morkda à Paris. Mais ils furent obligés de rester un moment à l'hôtel car, comme beaucoup, ils n'avaient pu récupérer leur appartement occupé. Le 15 septembre 1945, Bernard Erlinger (10 ans) rentra de Suisse et rejoignit toute sa famille (son frère Serge aussi) qui a finalement trouvé un autre logement rue Saulnier à Paris (9ème).

 

A Hauteville, le 25 septembre 1945, ce fut au tour de Sura (Sarah) Kolski de partir de l'Espérance. Szulim Kolski, son mari, laissa son emploi à Chamonix et les rejoignit peu après. Le 1er novembre 1945, Szajndla Mirowicz partit avec sa fille Liliane. Elles allèrent habiter Villa St Michel à Paris dans le 18ème.

 

En 1946, Perla Margulies se trouvait encore à l’Espérance. Elle sortit guérie le 31 août 1946. Elle récupéra son fils Sylvain  dans la famille Billion à Cormaranche. Ils remontèrent tous les deux  à Paris où ils retrouvèrent leur appartement inoccupé du 27 rue Lesage (20ème arrondissement). Le 9 septembre 1946, Séraphine et Julius Halpern (parents de Georgy) remontèrent à leur tour à Paris (195 rue Lecourbe).

 

Hommage à Léon Bonafé et aux nourrices

Cet article sur le parcours de certains de ces enfants cachés sur le plateau d’Hauteville au cours de la seconde guerre mondiale est bien évidemment dédié à la mémoire de Léon Bonafé, médecin-chef de l’Espérance. Il prit des risques en établissant de fausses attestations de tuberculose pour sauver des hommes et des femmes juifs de la déportation. En 1943, la moitié des patientes de l’Espérance ne sont pas ou plus malades ! Il se chargea également de trouver des nourrices de confiance parmi sa clientèle. Pendant quatre ans, il soigna gratuitement les enfants qui venaient voir leur mère à l'Espérance. Il ne parla jamais de ses actions clandestines même à sa fille. A la demande des enfants juifs d'Hauteville, Léon Bonafé sera bientôt décoré au titre de "Juste parmi les Nations" pour ses actions en faveur des juifs pendant la guerre.

 

Il ne faut pas oublier dans cet hommage les familles d’accueil. Si certaines ont agi pour l'argent, d'autres ont fait preuve d'une grande humanité. Avec le durcissement de la politique anti-juive (rafles et déportations), certaines nourrices ont ainsi marqué leur solidarité contre l'oppression. Ce fut le cas de Marie-Louise et César Emin (famille d'accueil de Joseph Segal) qui cachèrent les enfants du sanatorium dans les fermes alentours lors d'une rafle à l'Espérance. Eugénie Emin (nourrice de Claude et André Kolski) s’investit beaucoup  humainement pour les enfants dont elle a eu la charge ainsi que pour Monique et Romain Markowitch. Joanna et Alfred David-Nillet (famille d'accueil de Victor Goldner, Michel Japkowicz et Liliane Mirowicz) ont fait des actes de résistance (distribution de tracts…). Adèle et François Robert (famille d’accueil de Claude Kolski) hébergèrent plusieurs nuits Sura Kolski (la mère de Claude) pendant les attaques des Allemands et de la milice contre le maquis en février 1944.

SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE

. Archives départementales de l'Ain

. Archives municipales d’Hauteville-Lompnes

. Archives des « enfants cachés » et des familles des nourrices

. Centre de documentation juive contemporaine à Paris

. LEVY (Georges), Les enfants de l’Espérance : Hauteville 1939-1945, 2006.

 

ANNEXE 1 : CERTAINS ENFANTS D'ORIGINE JUIVE PLACES SUR LE PLATEAU

 

Victor GOLDNER né en 1934

Placé chez Adèle et François Robert à Lompnes d’octobre 1942 à février 1943

Placé chez Joanna et Alfred David-Nillet à Cormaranche-en-Bugey de mars 1942 à avril 1944 et d'octobre 1944 à novembre 1945

 

Joseph SEGAL né en 1940

Placé chez Marie-Louise et César Emin à Cormaranche-en-Bugey de février 1943 à avril 1945.

 

Liliane MIROWICZ née en 1934

Placée chez Joanna et Alfred David-Nillet à Cormaranche-en-Bugey de septembre à novembre 1942

Placée chez la famille Blaudier à Cormaranche-en-Bugey de décembre 1942 à avril 1944.

Placée chez Adèle et François Robert à Lompnes d’octobre 1944 à novembre 1945.

 

Sylvain MARGULIES né en 1932

Placé chez Julia et Marius Billion à Cormaranche-en-Bugey de mai 1944 à septembre 1946

 

Michel JAPKOWICZ né en 1935

Placé chez Joanna et Alfred David-Nillet à Cormaranche-en-Bugey de décembre 1942 à août 1943

Placé chez Mme Petit à Lompnes de septembre à décembre 1943

 

Maurice JAPKOWICZ né en 1927

Placé chez Joanna et Alfred David-Nillet à Cormaranche-en-Bugey de décembre 1942 à août 1943

 

Claude KOLSKI né en 1934

Placé chez Eugénie Emin à Cormaranche-en-Bugey de septembre à décembre 1940

Placé chez le "père Allard" à Cormaranche-en-Bugey de septembre 1942 à janvier 1943

Placé chez Adèle et François Robert à Lompnes de février 1943 à février 1944.

 

André KOLSKI né en 1933

Placé chez Eugénie Emin à Cormaranche-en-Bugey de septembre à décembre 1940

Placé chez le "père Allard" à Cormaranche-en-Bugey de septembre 1942 à janvier 1943

Placé chez la famille Savin à Lompnes en février 1943

Placé chez la Famille Antoine à Hauteville de mars à octobre 1943

 

Monique MARKOWITCH née en 1933

Placée chez Louise et Yves Emin à Cormaranche-en-Bugey d'octobre 1939 à avril 1940

 

Romain MARKOWITCH né en 1929

Placé chez la famille Berthet à Hauteville en septembre 1939

Placé chez Louise et Yves Emin à Cormaranche-en-Bugey d'octobre 1939 à avril 1940

 

Yvette MINSKI née en 1931

Placée chez Marie-Louise et César Emin à Cormaranche-en-Bugey de septembre 1942 à janvier 1944

 

Bernard et Serge ERLINGER nés en 1934 et 1938

Placés chez la famille Perrichand à Brénod d’avril à juillet 1942.

 

ANNEXE 2 : LE BILAN POUR LES JUIFS D’HAUTEVILLE

 

Les 17 Juifs d’Hauteville-Lompnes qui ont été arrêtés :

Abramovitch    Albert

Abramovitch    Simone

Buks Haskiel

Buks Bajla

Buks Fajga

Buks Armand

Burzstein Georges                   

Jakubowicz Roger

Japkowicz Maurice     

Londner Dobry           

Londner Joseph          

Pakula Moszek/Maurice

Pakula Chaja  

Pakula Tauba

Reich Max      

Segal Gustave/Guilele             

Vogel   David  

 

Les trois Juifs d’Hauteville-Lompnes arrêtés qui ont survécu :

Buks Fajga  (sortie du camp de Vénissieux et cachée)

Buks Armand  (sorti du camp de Vénissieux et caché)

Pakula Tauba  (survivante d’Auschwitz).

 

Les Juifs d’Hauteville déportés ont été arrêtés lors de 5 opérations :

Le 26 août 1942, rafle de Juifs à Hauteville, (Haskiel, Bajla, Fajga et Armand Buks sont arrêtés).

Le 21 février 1943, rafle de Juifs à Hauteville, (Max Reich est arrêté).

Le 28 août 1943 à Lyon Perrache, arrestation par les Allemands de Maurice Japkowicz).

Le 6 février 1944, rafle de Résistants et de Juifs à Hauteville, (parmi eux il y avait André Maclet, Albert et Simone Abramovitch, Georges Burzstein, Roger Jakubowicz, Dobry et Joseph Londner, Gustave Segal et David Vogel).

Le 28 avril 1944, rafle de la gestapo à l’Espérance (Moszek, Chaja et Tauba Pakula sont arrêtés).

 

 

 

Posté par Louis Henri GUY à 13:10 - - Commentaires [3] - Permalien [#]