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10 août 2018

Les familles de Lompnes en 1785

Relevé des habitants de Lompnes dans le procès les opposant à Marie Françoise d'Angevilleimg619

Guillaume Corbet, Laboureur

Félix Corbet laboureur, ces 2 Corbet était fils et héritier de Pierre, lui-même fils de Jean Corbet

Laurent Guy, fils d'Anthelme, lequel était fils de Pierre Guy Laboureur

Augustin, Jeanne Marie, Marthe et Marie Josèphe Guy dit La Violette

Claude Hugon, laboureur et tuteur de François, Pierre, Jean Marie et Guillaume Guy dit la Violette,héritiers de Paul Guy dit La Violette leur père lequel était fils et héritier de Jean Louis, fils d'Anthelme Guy La Violette

Jean Baptiste Chapuis Prince fils de Michel Chapuis Prince, laboureur

François Chapuis Prince.et  Philibert Chapuis Prince, époux de Thérèse Micard hériliers de Joseph fils de Claude Chapuis Prince

François Sublet Bernardaz et Marie Berthet sa femme fille de Joseph Berthet

Hubert Hugon et ses enfants Claudine Marie, Joseph et Marianne

Jean Garin, Laboureur et Josèphe Berthet sa femme fille de Joseph Berthet

Jean Claude Garin et Marie Josèphe Laiglon sa femme

Claude Joseph Janin Perrusset fils de Laurent Jannin Perrusset

Joseph Garin Mariaz

Guillaume Guy La Violette fils de Joseph Guy La Violette

François et Jeanj Pelliod fils de Benoît Peillot

Laurent Berthet fils de François

Joseph Pernon Cabuchet

Martin et François Joseph fils de Humbert Pernon Cabuchet

 fille de Claude Clerc et de Marie Laiglon

Joseph et Marie Branchet

Jérôme, Jean Laurent et Laurent fils de Claude Jacques Hugon

Christine Micard, veuve de Joseph Dumaret, Philibert Dumarest et Claude  tous trois fils de Claude Dumaret et Jeanne Corbet

Claude fils d'Anthelme Hugon et héritier de son oncle Marin Hugon

Jeanne Garin veuve d'Anthelme Sublet

Pierre Sublet

Denis et Anthelme fils de Joseph Brunier

Bertrand Grange et Félix fils de Claude Grange

Joseph Hugon et Augustin Hugon fils de Claude Hugon et Claudine Vincent

Jean françois Dumaret, maréchal ferrand héritier de Félix Hugon son oncle

JeanFrançois Corbet et Jean Pierre Corbet fils de Félix Corbet

Joachim fils de Joseph Sublet Besson

Joseph Janin Perrusset et Pierrette Cavet sa femme fille de Denis Cavet

Laurent l'ainé, et Laurent puiné, Claude et jospeh Sorlin fils de Laurent lequel était fils de Joseph Sorlin

Louis Berthet fils de Denis Berthet

Claudine Berthet veuve de Louis Chausson, fille de Joseph Berthet l'ainé

Denis, Joseph et Jean fils de Claude Laiglon

Jean Louis Hugon laboureur.

Généalogistes à vos tableaux, ces noms peuvent vous servir!

 

 

 

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27 juillet 2018

Festival de théâtre à Hauteville année 2018

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LEglise et le Vélo

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L’Eglise et le vélo

L’Église, comme un vélo, ne tient son équilibre que

si elle avance, pas si elle reste immobile. Il s’agit de

discerner les signes des temps pour pouvoir « prendre

les décisions que nous devons prendre en ce moment ».

Le Seigneur « vient toujours à nous avec quelque chose

de nouveau » et « d’original ». Mais « il y a toujours

des résistances à l’Esprit saint », des oppositions aux

« changements », « toujours, toujours jusqu’à la fin du

monde ».

La « rigidité » ne peut « discerner les signes des

temps » : les rigides « sont incapables de sortir de ce

monde fermé, ils sont prisonniers des idées. Ils ont reçu

la loi qui était vie mais ils l’ont « distillée », ils l’ont

transformée en idéologie et ils tournent, tournent, et

sont incapables d’en sortir et toute nouveauté pour

eux est une menace ».

Dieu sort du schéma « on a toujours fait comme cela »,

a-t-il insisté : pour un chrétien, c’est « l’Esprit saint »

qui doit être au centre, « pas la loi, l’Esprit saint ».

Dès ses débuts, « l’Église était une Église en mouvement,

une Église qui allait au-delà d’elle-même. Ce n’était pas

un groupe d’élus fermé, mais une Église missionnaire :

l’équilibre de l’Église, pour ainsi dire, tient dans la

mobilité, dans la fidélité à l’Esprit saint. Quelqu’un

disait que l’équilibre de l’Église ressemble à l’équilibre

du vélo : il est ferme et stable quand il se déplace ; si tu

le laisses immobile, il tombe. C’est un bon exemple. »

La résistance montrée par les disciples est différente :

c’est « une garantie qu’ils ne se laissent pas piéger par

quelque chose ». Puis en un deuxième temps, « avec

la prière et le discernement, ils trouvent le chemin ».

« Que le Seigneur nous donne la grâce de savoir

résister à ce à quoi nous devons résister, ce qui vient

du malin, ce qui t’enlève la liberté et que nous sachions

nous ouvrir aux nouveautés, mais seulement celles qui

viennent de Dieu, avec la force de l’Esprit saint. Et qu’il

nous donne la grâce de discerner les signes des temps

pour prendre les décisions que nous devons prendre en

ce moment. »

PAPE FRANÇOIS

Extrait de l’homélie du pape en avril, les images du Tour

de France devraient nous inciter à méditer sur ce texte !

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Roger Pingeon et Bernard Hinault, tour de France 2016 de passage à Hauteville

 

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08 juillet 2018

Le pain de ménage

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LE PAIN DE MENAGE..

 

C’est à la terre de la Combe que l’on avait confié tout notre espoir pour la future récolte. Après le ramassage des pommes de terre qui avait permis de débarrasser toutes les mauvaises herbes puisque l’on avait pioché, sarclé toute une saison, elle était aujourd’hui propre comme un jardinet.

Cela avait commencé par le labour, un attelage de quatre vaches tirant l’antique charrue à mancherons, puis la herse avait égalisé et préparé le lit des semences. Ces semences qu’il avait fallu passer au grand van pour éliminer toutes les mauvaises graines –ravenelle, chardon, coquelicot et autres-.

A défaut de désherbage chimique totalement inconnu, nous en étions toujours aux méthodes ancestrales. Le Grand van, c'est cette machine infernale actionnée à la main par le gamin de la maison faisant un bruit épouvantable et projetant dans l'atmosphère tous les indésirables et ne gardant que les seuls grains capables de germer et d’assurer le pain de ménage de la saison prochaine.

Pour éliminer les risques du charbon, une maladie cryptogamique disparue depuis, on traiterait ces semences au vitriol.

Puis le semeur, à pas lents, équipé de son grand tablier de toile blanche confierait à cette terre qui ressemblait plus à l’Arcadie qu’à la Beauce, tout l’espoir de la future récolte. Petites ambitions, petit rendement si le terme peut encore s’appliquer, nous l’avions bien gagné notre pain.

Oublions les incertitudes qui précédaient la moisson, rappelons-nous la joyeuse journée de battage sous le hangar communal et le repas qui suivait.

La récolte bien modeste d’orge ou d’avoine restait à la grange mais le blé, noblesse oblige, était logé dans de longs sacs blancs et avait droit à une place de choix au premier étage. Ce blé serait ensuite porté au moulin pour la transformation en farine.

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L'antique four de Lomnes dans les années 1950

 La première étape s’achevait, il nous restait à faire le pain, ce qui s’appelait « faire au four ». Et « faire au four » n’était pas un jour comme les autres. Sur le panneau de bois, nous avions pris date, nous cuirions en deuxième position, c’est tellement plus facile à chauffer et cela permet d’économiser un fagot.

Des fagots, il en fallait bien quatre que l’on descendrait du dreffia. Alors qu’à la maison, le cérémonial commençait.

Il fallait s’enquérir du levain ; chaque maison avait le sien soigneusement prélevé sur la pâte de la fournée précédente et logé à la cave dans un pot en terre pour les besoins des voisins. La veille de la cuisson du pain, on « mettait le levain » dans un coin du pétrin de la table de cuisine. Pétri avec amour, il n’avait plus qu’à tenir son rôle.

Mais pour cuire, même en deuxième position, il fallait être matinal et c’est aux femmes qu’incombait cette noble tâche.

Pendant une bonne heure, la pâte humectée et salée était malaxée avec vigueur, soulevée puis relâchée vivement, créant d’énormes ballons d’air que gamins nous nous amusions à percer avant qu’ils ne s’aplatissent tristement.

Les « benons » enfarinés étaient prêts, posés à même le sol attendant la répartition de la pâte avant leur transfert au « poêle ». Et puis là, le « poêle » devenait sanctuaire, à l’abri des courants d’air, à une température de 25 degrés, la pâte dans chaque « benon » levait lentement jusqu’à déborder.

Deux heures, c’est le temps qu’il fallait pour chauffer le four banal, retirer les braises et voir la voûte blanchir. Le test de chaleur était de jeter à l’intérieur du four une poignée de « recoupe » qui se devait de laisser la bonne odeur de pain grillé et non de roussi.

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Et puis, c’était la procession, un « benon » sous chaque bras ou dix « benons » sur le « beyard »* pour ceux qui habitaient loin. Pas question de traînasser, il fallait arriver au moment où le maître de maison finissait de balayer avec sa serpillière humide les derniers charbons.

Ensuite, moment solennel, on enfournait après avoir eu soin de jeter une poignée de fleurage sur le pain retourné, de tracer une croix sur la pâte, et d’un geste étudié, les pains étaient glissés dans le four chaud à point, bien séparés les uns des autres. Dans cinq minutes, par la porte entr’ouverte, on jetterait un rapide coup d’œil, puis on retirerait « l’épogne ou le raclon ».  Le « raclon », ce petit pain fabriqué avec les derniers lambeaux de pâte accrochés au pétrin. Une petite raclette métallique servait à ce nettoyage et le « raclon » bien doré ferait à quatre heures le goûter des gosses de la maison.

Le pain de ménage était fait pour 15 jours, brioche au début, il devenait à la fin de la quinzaine assez coriace, mais par nécessité on ne pouvait faire au four toutes les semaines.

De semailles en fournées, le temps a passé…Tant pis s’il faut aujourd’hui le prix de 8 kilos de blé pour s’offrir une flûte, on ne mange plus le pain de ménage.

Le blé, aliment sacré, est devenu encombrant. Son partage, symbole de vie commune, n’existe plus. Tant pis pour la tradition, et tant mieux si une bonne partie du monde peut avoir sa part de pain blanc.

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                                                                                 Marius GUY

 

 

*beyard : brancard servant à transporter le pain.

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30 juin 2018

Au loup !

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Quand le loup hantait nos campagnes

L’an 1754, et le quatorzième de juillet est décédé muni des sacrements de la maladie de la rage pour avoir été mordu d’un loup et le lendemain a été inhumé Jean fils de furent Jean-Baptiste Guillot et de Marie Combet en présence de Joseph Ancian son beau frère et de Joseph Maigret tous deux illettrés ;

JP Carrier Curé

L’an 1754, et le dix septième d’Août est décédé muni des sacrements pour avoir été mordu d’un loup enragé et le lendemain a été inhumé Joseph fils d’Antelme Maigret et D’Andréane Chapuis mariés en présence dudit Antelme Maigret et de joseph Maigret son frère, ledit Antelme a signé et non ledit Joseph illettré.

Jp Carrier Curé

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16 juin 2018

Mariage à La Madeleine à Paris d'un Hugon de Lompnes

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Jean Honoré Hugon était né le 6 avril 1850 à La Maladière à Lompnes
Il s'est exilé à Paris pour gagner sa vie, Il était employé comme maître d'hôtel au 64 rue de Lisbonne à Paris
Il rencontre Marie Alphonsine Deforges, une berrichone de Belâbre, employéecomme femme de chambre au 3 rue d'Aumale à Paris.
Ils se marièrent à La Madeleine le 15 janvier 1876.
C'était un mariage modeste dans une petite chapelle latérale.
Mais dans la nef se déroulait un très grand mariage avec suisse, orgue et tout la pompe des mariages de grande maison.

Ce qui leur faisait dire au retour à Lompnes qu'ils avaient eu un mariage princier!!!!

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01 juin 2018

De Saint-Rambert à Champdor : les souvenirs du petit berger de La Palud

 

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Un sport maintenant interdit, la chasse aux grenouilles !

Ecolos et sensibles, s’abstenir

 Cette année là, je ne sais si cela venait d'un printemps pluvieux, mais il y avait beaucoup de grenouilles, mais vraiment beaucoup.

Nous allions faucher le grand pré de La Fin, juste devant la maison, André me dit de prendre un sac, de suivre la faucheuse et de ramasser tout ce qui sautait. J'avais laissé mon troupeau un peu en dessus de la prairie à tondre et au petit matin la chasse commença.

Les grenouilles dérangées sautaient et j'étais là pour les capturer dès leur premier saut. Elles étaient belles, fraîches de rosée. C'était des reinettes grasses comme des petits cochons. Le sac se remplissait, mais les coquines avaient compris et s'enfuyaient vers le centre du pré, mais comme la faucheuse tournait autour du pré en partant des bords, elle allait arriver fatalement vers le centre et là les grenouilles furent à découvert.

 Elles avaient beau sauter de tous les côtés, peu en réchappèrent. Le sac de sel fut vite plein et là mon récit devient plus triste car ces grenouilles allaient nous servir de repas. Excellent soit dit en passant, mais avant, il fallait les préparer.

C'est là que je vais faire bondir les âmes sensibles. A l'aide d'une goyette, petite serpe, on tranchait d'un coup sec la grenouille vivante en deux. 0n ne récupérait que les cuisses qui, elles seules étaient comestibles. La pauvre bestiole, posée sur un plot de bois n'avait aucune chance d'échapper à l'échafaud. Pardon !  Ensuite les femmes "déculottaient" les cuisses. Bien sûr que pour faire un repas à six « morts de faim » il en fallait des grenouilles.  Mais à midi, ces cuisses passées à la poêle, lardonnées et ensuite servies en omelette, je peux vous dire que c'est super bon. Même mieux que cela.

Par contre, il faut être calme à la dégustation, et ne pas malencontreusement oublier les petits os.

Mais les cuisses bien charnues se laissent bien décortiquées. Lily toujours aussi glouton avait bien failli s'étrangler deux ou trois fois mais n'avait pas ralenti le rythme de la dégustation.

C'est un repas très goûteux que ces cuisses de grenouilles, mais ne cherchez plus, si autrefois on pouvait se permettre ce genre de repas, depuis belle lurette, la pollution aidant, l'abondance de grenouilles et d'escargots s'est transformée en rareté.

Dommage car si je vous parlais des escargots, les gros de Bourgogne, qui sortaient au premier orage et qui couraient le long des haies,  et que l'on ne ramassait même pas, vous seriez surpris par la quantité. On ne les a pas ramassés, et ils ne sont plus là, il y a bien une raison.

 

Mon métier de berger accaparait bien sûr le plus long de mon temps. J’assurais aussi les deux voyages quotidiens à la fruitière, participais aux fenaisons, aux moissons et à toutes les petites taches de nettoyage des étables, par petites brouettées je sortais maintenant le fumier surtout que le tas, dehors, était à cette époque moins haut.

 

 

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Je soignais, nettoyais les bêtes, c'est à dire leur passer l'étrille, la brosse et laver éventuellement les endroits qui auraient touché la bouse au cours de la nuit. Le père avait horreur de voir une vache maculée ou crottée comme on arrive à en voir dans certains troupeaux.

-', • -i:          Dans ma troisième année d'expérience, plus personne n'avait besoin, où rarement, de me didire fait cela ou ceci. Non pas par obligation mais par amour, j'évoluais dans cette ferme avec le meilleur de moi-même

Printemps 1944 : un vent de liberté.

 ce printemps si calme qui nous faisait oublier le triste mois de février allait malheureusement s’enflammer. On sentait bien que la tension se faisait de plus en plus forte. On voyait de plus en plus de personnages le long des haies, discrètement en direction du col de Cuvillat. J’ai même aperçu des groupes d’une dizaine d’hommes se déplacer le long de la lisière de la forêt. Quand j’en parlais à la ferme, les fronts se plissaient. Nous n’avions plus la neige pour nous défendre, et puis nous voyions toujours cet avion allemand survolant le plateau, le mouchard comme nous l’appelions.

                Depuis l’incursion allemande de février, incursion, Ô combien meurtrière pour nos villages du plateau et du Valromey, plus aucun allemand n’était entré sur le plateau, il y avait une odeur de France libre. Tout doucement les maquisards s’installaient dans les villages et même un petit journal circulait. Il relatait la vie du plateau et de ses libérateurs, alors que toute la France souffrait sous le joug de ses envahisseurs. Les maquisards avaient pour chef le Lieutenant-colonel Romand qui avait fait des maquis de l’Ain, une armée redoutée des Allemands.

                Le plateau de Hauteville, comme le Vercors, était difficile d’accès. A mille mètres d’altitude, on ne pouvait accéder qu’en empruntant des cols. Ces cols suivaient des itinéraires dans des gorges rocheuses ou à travers des forêts épaisses, donc bien défendables par des francs tireurs. Tout autour du plateau on compte une dizaine de cols tels que Charabotte, Le Ballon, La Lèbe, La Rochette, Cuvillat, La Cheminée, Belleroche, Le Montoux, Pisselou, La Brèche. Tous ces cols du Bugey étaient des passages obligés qu’évitaient les Allemands. Il y eut deux passages en force, en février 1944 comme je vous l’ai dit, et un qui se préparait. Mais les Allemands avaient bien d’autres soucis. C’est ainsi que, le 6 juin 1944, les alliés débarquèrent en Normandie.

                Je gardais ce matin là mes bêtes non loin du troupeau des Favre lorsque je vis arriver Suzanne en courant et en criant. Toute essoufflée, elle eut bien du mal à dire que ce matin les Américains avaient débarqué en Normandie. Vous dire notre joie. On criait, on sautait, je crois même avoir embrassé Suzanne. Vous dire que le temps ne passa pas vite avant de rentrer les bêtes et de courir dans la salle de séjour ou tout le monde écoutait radio Londres.

                C’était vrai, l’heure de la libération avait sonné. On sentait que quelque chose d’important était en train de se produire. On vivait tous dans une excitation, attendant les nouvelles plus ou moins optimistes selon les radios que l’on écoutait. Une autre arriva presque en même temps, le fameux train blindé qui protégeait les convois allemands sur la ligne d’Ambérieu à Culoz, objet de nombreux attentats par les maquisards, venait de sauter, et était tombé dans l’Albarine toute proche. C’était un énorme coup dur pour les Allemands. Cette ligne coupée, il ne restait plus que la vallée du Rhône, elle-même très surveillée, pour que les Allemands puissent rejoindre leur pays. Déjà très bousculés en Italie, attaqués dans le sud de la France par un débarquement en Provence quelques temps plus tard, ils n’avaient plus de chemins de repli et il fallait qu’ils en trouvent. Toutes les troupes allemandes, qui occupaient les Savoie, le Dauphiné et autres régions, devaient se replier via l’Ain, le Jura et l’Alsace vers leurs frontières pour éventuellement stopper les alliés avant qu’ils n’entrent en Allemagne.

                 Alors toutes ces divisions stationnées vers Chambéry, Aix les Bains, Culoz choisirent l’itinéraire Ain / Jura. C’est ainsi que le 15 juin 1944, alors que je gardais comme d’habitude dans mes pâturages, des bruits de canonnades, de mitrailles résonnèrent du côté du col de La Lèbe, entre le Valromey et le plateau. L’intensité des combats était impressionnante, c’était un roulement ininterrompu de tirs, d’explosions. A La Palud nous étions inquiets bien que le col de la Lèbe soit loin. Pendant deux jours les bruits continuels de lutte résonnaient mais les maquisards ne lâchaient pas les hauteurs boisées, l’accès au col restait impossible pour les troupes allemandes qui laissaient beaucoup de morts.

« Ruban », la vache qui fait de la Résistance.

K Qu'est ce qu'il me veulent ceux-là

Mais qu'est ce qui me veulent ceux-là?

Très vite le printemps devint réalité. Les prés verdissaient bien vite avec le soleil. Oublié ce terrible hiver, il fallait reprendre le chemin des pâturages et mes journées au grand air avec le troupeau. Malheureusement mon troupeau allait perdre sa reine. Un ordre écrit arriva à La Palud émanant du gouvernement de Vichy. Nous devions donner une bête à la réquisition. C’était un impôt dû aux allemands, nous n’avions pas d’argent et on nous prenait une bête pour nourrir ces « salopards »

En plus il fallait leur emmener à Hauteville. Vous dire le drame que provoqua cet ordre à La Palud. Nous étions démoralisés. Au repas de midi nous étions catastrophés, baissant la tête de résignation devant un tel ordre et l’impossibilité de nous y soustraire. Longtemps les Grobon discutèrent au sujet de quelle bête devait être sacrifiée. J’écoutais le cœur serré ce que disais les uns et les autres. Il fut décidé que ce serait Ruban qui serait donné à la réquisition. J’ai eu beau pousser un cri de révolte, je devais m’incliner. On m’expliqua que Ruban était la plus vieille vache, quelle commençait à donner moins de lait, et qu’il en fallait bien une ! En plus André voulu que ce soit moi qui l’accompagne pour cette sale besogne.

            Quelle mauvaise journée, en plus grise et brouillardeuse, presque froide. André se rendit à l’étable et détacha Ruban qui trouva bizarre d’être détachée seule. Il me semble qu’elle avait dans les yeux comme un pressentiment, de la peine. On lui passa un « licou », André devant moi derrière, le triste cortège pris, par les pâturages, la direction de Hauteville. On longeait le grand pré de Lafin puis l’Arbeissier on rejoignit Combe Noire, Lompnès et enfin Hauteville. Le trajet dura bien deux bonnes heures. Sur la place de Hauteville déjà une vingtaine de bêtes étaient rassemblées, attachées aux arbres. André remis Ruban à une espèce de fonctionnaire quelconque qui lui remis une attestation certifiant qu’on lui avait bien livré une bête à la réquisition. Il attacha Ruban à un arbre et il nous restait plus qu’à rentrer à La Palud.

            André fut obligé de m’arracher de Ruban que j’embrassais, caressais, les larmes aux yeux. Je n’oublierais jamais le regard qu’elle m’a lancé avant que nous partions. La place de Hauteville était en contrebas du chemin du retour et longtemps Ruban nous suivi des yeux. Le retour à La Palud fut bien triste, ni André ni moi ne disions mot. C’est vers midi que nous sommes arrivés à la ferme. Tous bien triste nous nous sommes mis à table, le repas se passait sans bruit lorsqu’un meuglement et des bruits de sabots retentirent devant la porte d’entrée. Cette porte était équipée d’une petite vitre et quelle ne fut pas notre surprise de voir Ruban à travers cette vitre. Je sautais de joie et ouvrant la porte je vis Ruban suant de toutes ses forces et totalement essoufflée. Un morceau de corde pendait à son cou. La brave bête s’était échappée.

Surpris, on la remit à l’étable à sa place vide et on lui donna à manger. La fin du repas fut un drôle de dilemme, comme un vote. Fallait-il remmener Ruban à la réquisition ? Les sentiments se heurtèrent à la raison et finalement il fut décidé de ramener Ruban à Hauteville.

            Presque violemment je m’opposais à cette idée. Nous avions remis Ruban à un fonctionnaire, un reçu était en notre possession, à eux de se débrouiller. Ruban avait été donnée, nous n’avions rien à nous reprocher. Mais ce jour là les Grobon  décidèrent de rendre Ruban à l’administration. Je ne voulais pas en savoir plus et je quittais la table en signe de rébellion. Je refusais l’après midi d’accompagner une nouvelle fois André à Hauteville, c’est le père qui se chargea de la corvée.

            J’en ai beaucoup voulu à mes patrons de cette décision. Car qui serait venu voir à La Palud si Ruban était rentrée chez nous. Ma blessure à été longue à cicatriser, je n’avais pas admis ce renoncement trop facile des Grobon, mais peut être ne savais-je pas tout. Quoiqu’il en soit lorsque je sortais le troupeau il manquait quelqu’un. On donna la cloche à Fleurine et c’est elle qui devint le « Chef » du troupeau. Mais, malgré tout je n’oublierais jamais ma bonne Ruban. Et dire que l’on pense que les vaches sont bêtes. Je me pose toujours la question : comment Ruban a-t-elle pu retrouver sa route dans Hauteville, refaire tout ce chemin à l’envers ? Pas si bête la « Reine ».

 

La guerre dans les yeux d’un enfant.

En ce mois de février 1944 nous allions de surprises en surprises, de toute façon de plus en plus dramatiques. On savait la résistance de plus en plus active mais un fait allait conforter cette impression. Une nuit, le 4 février je crois, une forteresse anglaise, perdue vraisemblablement, vint passer devant les fenêtres de la ferme. André, réveillé par le bruit des moteurs de l’avion, a vu cet appareil qui volait très bas, juste dit-il, sur la haie de frênes longeant le pré à Favre, en dessous de notre ferme. Il a bien aperçu deux ou trois hommes dans le poste de pilotage. Ces derniers semblaient chercher un contact radio pour parachuter sans doute des armes. Il faisait cette nuit là une tempête de neige et l’avion semblait perdu. André nous dit que cet appareil était très gros. Il a disparu en se dirigeant vers la ferme des Favre puis de L’Arbeissier. André s’est recouché et quelques minutes après il a entendu un bruit d’explosion, sourd mais violent. Il a compris que l’avion venait de heurter la montagne.

Le lendemain matin, à ski, il a essayé de localiser l’emplacement de cette chute, mais sans succès. C’est vrai que la couche de neige était impressionnante et qu’il neigeait toujours. Il ne trouva pas trace de l’avion. Bien plus tard on apprit que l’appareil anglais avait heurté la montagne à la verticale de Combe Noire, presque en crête et qu’il y avait six aviateurs anglais et canadiens tués. Personnellement je n’ai ni vu ni entendu passer la forteresse à La Palud, c’est vrai quand je dormais, il pouvait bien y avoir n’importe quel cataclysme, je ne me réveillais pas !

            L’accident de l’avion anglais qui venait ravitailler les maquisards nous faisait comprendre que les événements allaient se précipiter, car les Allemands n’allaient pas supporter longtemps ce qui se passait dans les montagnes du Bugey et d’ailleurs. C’est vrai que les maquisards ne faisaient rien pour se faire oublier. C’est ainsi qu’ils avaient défilé, pour le 11 novembre 1943, à Oyonnax et à Belley, fleurissant les monuments aux morts. Sûr que le gouvernement de Vichy n’avait pas apprécié. Et ce que nous redoutions allait arriver un matin du 5 février. Au col de la Lèbe, côté Valromey, on entendit des bruits de canonnade et de mitraille. Un ou deux avions allemands survolaient le plateau sans arrêt. Il était clair que les Allemands n’avaient pas tardés à réagir. Les bruits des batailles durèrent un jour ou deux et les maquisards bien moins armés cédèrent au col et les laissèrent envahir le plateau. Les nouvelles allaient vite et mes patrons ne me laissèrent plus aller au village et à l’école. L’atmosphère devint lourde à la ferme. André et le Père étaient toujours en train de surveiller les alentours de la ferme au cas où les Allemands surviendraient. Nous nous étions mis d’accord, à la moindre alerte nous lâchions le bétail hors des étables et nous nous sauvions vers la forêt. Les jours qui suivirent furent terribles, surtout le soir ou, tous réunis, nous voyions les fermes qui brûlaient sur le plateau et surtout vers Brénod. Une tension énorme régnait parmi nous. Il fut décidé que je quitterais ma chambre et que je reviendrais coucher dans la chambre du Père et de la Mère, et ce pour qu’au cas où nous devions quitter la ferme rapidement, nous soyons tous réunis.

            Pendant toutes ces journées terribles de février1944, il y avait toujours quelqu’un de garde à la ferme. A tour de rôle André et le père se relayaient afin de prévenir une éventuelle arrivée des Allemands. Pendant les quelques jours qu’ils restèrent sur le plateau d’Hauteville et dans le Valromey, les Allemands brûlèrent des fermes, tuèrent des habitants, emmenèrent les jeunes en déportation, les prenant pour des terroristes. Brénod, Les Abergements, Retord, Cerdon, Dortan et bien d’autres villages ont été détruits, incendiés. Que ce Bugey et Valromey ont été blessés, humiliés, torturés à jamais. La Palud échappa miraculeusement à cette tragédie, grâce à l’éloignement et à la neige. Lisez plutôt, et vous verrez qu’on a eu de la chance. Car nous aussi nous étions sur la liste des fermes à détruire. On apprit ainsi que le 6 février 1944, deux automitrailleuses garnies de soldats, avaient pris le soir la route de La Palud, sûrement pour venir brûler les trois fermes. Selon les dires, les Allemands n’arrivaient pas à passer les congères qui traversaient la route et avaient fait demi-tour, battus par la neige. Cette neige qui nous avait sauvés, merci à cette congère qui m’avait laissé passer, moi un petit bonhomme et avait arrêté des soldats entraînés.

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70 ans après on s'en souvient encore !

          

 

De l’automne à l’hiver.

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 Un peu avant Noël, c'était la traditionnelle Saint Cochon.  Ce cochon que nous avions engraissé patiemment pendant des mois, lui apportant petit lait, le gavant de petites pommes de terre et autres, son où légumes de toutes sortes, sans oublier les soupes d'orties que j'allais cueillir autour de la ferme des Bobillon. Ce cochon bien gras, pesant 120 kilos,  allait nous aider à passer l'hiver, en lard, côtelettes, jambon et autres cochonnailles.

Là aussi, un peu comme le jour du pain, le jour de la Saint cochon, c'est quelque chose à la ferme. Depuis des jours déjà, les femmes préparent, plats, soucoupes, ails, oignons, herbes, pour assaisonner et recevoir ensuite gelées de tête, boudins et j'en passe.

Le jour J tout était prêt pour accueillir « le tueur ». C’était un charcutier qui allait de ferme en ferme « faire » le cochon. Dès le matin, il arrivait avec force couteaux, tous plus grands et impressionnants les uns que les autres. Il préparait son affaire comme un chirurgien. Il s'inquiétait s'il y avait assez d'eau bouillante, de plats, de seaux enfin tout... Mais Cécile était une maîtresse femme, et rien ne manquait pour que nous passions à l’acte.

Le pauvre cochon était « abadé », bien tenu au licou et en force, car il était costaud le bougre. Les pieds attachés il ne restait qu'à lui planter le couteau dans la gorge ce que je ne voulais pas voir. Seuls ses cris me suffisaient. Sa douleur et ses cris terrifiants au début diminuaient au fur et à mesure que son sang s'écoulait dans un seau. Ce sang sans arrêt remué et qui allait faire un si bon boudin.

L'animal mort, était ensuite, lavé, raclé, relavé à l'eau bouillante et, pendu par les pattes arrières et ouvert. Les boyaux vidés, lavés, allaient servir pour le boudin. Rien n'est perdu dans un cochon.

Ensuite c'était la découpe. Les jambons seront salés puis pendus et attendront l'été pour être mangés pendant les fenaisons. Le reste allait au saloir qui se trouvait au fond de la grange dans un petit local aux murs épais, noir et frais.

Je ne peux vous raconter les odeurs de la cuisson de la charcuterie, des plats cuisinés. C'était une journée enivrante d'odeurs, de goûts et de bonheur. Le repas pris avec le boucher était une merveille de régal. Nous partagions la Saint cochon avec les voisins, c'est ainsi que nous apportions un panier de bonnes choses aux Favre, qui à leur tour, pour leur saint cochon nous renvoyait l'ascenseur. Belles journées, bons souvenirs !

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C'est ainsi que Noël 1945 arrivait, le premier Noël de paix et cette année comme le calme était revenu j'allais le passer à St Rambert, chez ma mère.

 Par un matin froid  jai pris la direction d'Hauteville en pas­sant par l'Arbessier et Combe Noire. Je connaissais bien la route. Sous un ciel gris, mes petites jambes avalaient les kilomètres. J'arrivais à Hauteville, à la gare des cars, on me dit que le premier car pour Tenay était dans une heure et plus. Impatient, je décidais derejoindre Tenay et St Rambert à pied. En suivant la route et en passant par  Charabotte je m'engageais sans souci de fatigue ou autre en direction de Tenay. A hauteur de la maison de secours un gros camion trans­portant de gros sapins et qui descendait lentement sarrêta à ma hauteur, le conducteur m'invita à faire la route en camion au lieu de marcher. Mais à voir ces grosses billes de bois, la pente de la route et le précipice au bord, j'eus peur et je refusais. Le chauffeur repartit en riant de ma frousse.

Tantôt en marchant, tantôt en courant, j’arrivais à Tenay avant le car. Je traversais cette ville grise et triste, puis Argis et j'atteins  St Rambert à peine fatigué aux cris horrifiés de ma mère, qui venait d'apprendre que j'avais fait 21kilomètres à mon âge.

Ces vacances d'une semaine en ville se passèrent, en même temps vite et lentement à la fois. Je ne pouvais ne pas penser àLa Palud, à mon chien, à mes bêtes. Que faisaient-ils sans moi ? Et moi déboussolé sans eux !

Mon parrain , ne trouva rien de mieux que de m’offrir pour Noël un paquet de cigarettes et une boîte d'allumettes. Pour faire grand, j'en fumais ou tentais de fumer une cigarette et fut malade comme un chien pendant deux jours. Blanc, les lèvres bleues je crus mourir.

 vite je quittais ma mère et cette ville en prenant le train jusqu’à Ambérieu puis le tacot d’Ambérieu à Champdor en passant par Cerdon, Maillat, St Martin du Frêne, Outriaz, le fameux tunnel dePisseloup, Brénod et Champdor. 

En courant, je remontais à la ferme comme si je rejoignais ma vraie famille. Je retrouvais avec joie mon loulou et mes vaches et j'oubliais bien vite St Rambert.

J'avais ramené de ce Noël un joli couteau Opinel, qui n'allait plus quitter ma poche. Mon rêve se réalisait enfin, avoir un couteau !

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous vous proposons l’histoire d’un petit garçon de 10 ans très chétif, natif de Saint Rambert, obligé de quitter son pays pour être placé comme berger à Champdor au hameau de La Palud. Aimé Pelletier a écrit un cahier sur ses souvenirs d’enfance.

A la lecture, nous avons été séduits par la manière dont il aborde sa nouvelle vie : le texte est particulièrement touchant. Son travail de berger, les travaux de la ferme durant toutes les saisons, l’approche de la nature, son regard d’enfants sur les évènements de l’époque en font une chronique très intéressante du pays Bugiste.

De Saint Rambert à Champdor :

 

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        Champdor vu des hauts de La Palud

Une Citroën, traction  avant noire, traversait la petite ville de Tenay en empruntant l’unique rue de la cité qui était aussi la route nationale. La voiture longeait les murs gris de l’usine « La Shappe ». Comme tout était triste dans ce décor austère de la vallée !

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          Nous arrivions au centre de la ville et juste avant le pont qui enjambe L’Albarine, notre chauffeur Lily Damour, taxi à Saint Rambert, tournait à gauche. Déjà la route se dressait devant nous, nous sortions de Tenay, la voiture s’engageait dans les gorges profondes, creusées par l’Albarine, que la route était obligée de suivre. Nous nous faufilions au gré de la nature, un peu impressionnante avec ses murailles à pic. Enfin, au bout de quelques kilomètres, la route profitait d’un pont pour traverser la rivière et quitter la vallée.

         La pente de la route s’accentua encore, ce qui fit dire au monsieur assis à côté de moi « ça y est, on attaque la côte d’Hauteville »

           Cette côte est bien longue et j’ai le temps de vous dire que je suis assis à l’avant du véhicule, un peu sur les genoux  d’un monsieur d’une cinquantaine d’années, aux allures de patriarche et portant un magnifique chapeau sur la tête.

           Ce gamin de 10 ans, qu’il avait sur les genoux paraissait bien timide. Fera-t-il un bon berger se demanda-t-il ?  

           La route, elle, continue de monter.

P les falaises de Charabotte

 

A la place des falaises verticales, ce sont maintenant des taillis ou des forêts dénudés qui bordent les talus. Rapidement nous arrivons à la maison de secours, halte auberge, seule présence sur cette longue montée. Cette bâtisse aujourd’hui abandonnée était alors un arrêt presque obligé pour voitures essoufflées ou gosiers secs.

P la maison de secours

           Je jette un regard furtif sur les occupants du siège arrière au moment même ou André, solide gaillard d’une trentaine d’années montre, à sa jeune épouse Fernande, la cascade de Charabotte vomissant son liquide d’une hauteur de 150 mètres. Mais Fernande, jolie brunette préfère se blottir contre celui qu’elle vient d’épouser ce samedi 21 mars 1943 à Saint Rambert. Elle dit au revoir à son petit village de Jarvonoz et à sa vie de jeune fille, pour rejoindre la ferme de son époux « la ferme des Grobon à La Palud » et ce pour la vie !

           A leur côté, très sérieusement, presque sévère, se tient Cécile Grobon, maîtresse femme. Elle forme avec Eugène un couple traditionnel des montagnards du Bugey.

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           C’est ainsi que l’auto, tranquillement arrivait à la passe du col de Charabotte et qu’enfin la route finissait de monter. Dès le petit col franchi entre deux parois rocheuses, c’est la belle nature du plateau de Hauteville qui nous accueille.

           Hauteville est une petite ville qui, grâce à son air pur a pour vocation de soigner les maladies  pulmonaires. Ces sanatoriums, aux noms chantant « Angeville, l’Albarine ; La Savoie » sont là pour soigner une terrible maladie : la tuberculose. Cette maladie qui me court après depuis déjà de longues années, et pour l’instant, sans me rattraper. Mais à voir ces belles forêts, c’est sûr que l’air doit  être bon dans ces belles montagnes.

           La voiture traverse la ville de  Hauteville presque déserte à cette heure ci ; on voit juste quelques magasins éclairés. Lily a déjà allumé les phares de la voiture. Nous dépassons le dernier sana « La Savoie » et déjà au détour d’un virage apparaît un village. « C’est Champdor » me dit Eugène. Je n’ai pas le temps de le découvrir qu’encore la route monte, mais une route qui n’est plus la même. Le bruit des pneus est différent, ce chemin est caillouteux. Lily n’a pas le temps de s’inquiéter car quelques minutes après apparaît une ferme. « Ce n’est pas ici » précise le père Grobon, « cette ferme est celle des Favre ». Une dernière montée, raide celle-là, et la voiture stoppe devant une grande bâtisse. Nous étions à La Palud.

Je quitte les genoux un peu durs d’Eugène pour faire mes premiers pas. Une odeur forte me prend à la gorge, pour cause, près de moi un énorme tas de fumier fumant fait face à la ferme.

           Avertis par le bruit du moteur de la voiture deux hommes en bottes crottées sortent d’une étable. On me présente « C’est monsieur Emin ». Il est accompagné de son fils Marcel, pratiquement du même âge que moi, mais bien plus grand et costaud. Sa poignée de main m’arrache le bras. Tous deux ont soigné les bêtes en l’absence de la famille Grobon partie à la noce.

           Je jette un regard autour de moi, et malgré la nuit tombante, je vois la forêt toute proche, silencieuse, noire, presque inquiétante.

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Mais ce qui me frappe c’est l’impression d’immensité. Des prés, des forêts, encore des prés et un silence impressionnant. Je lève les yeux et déjà les étoiles scintillent. Y a-t-il la mienne là-haut ? Je reviens sur terre car une grosse boule de poils vient se frotter à moi. « C’est Tayaut » me dit-on ! Il a de grands yeux marron qui semblent me souhaiter la bienvenue. J’en ai besoin, je vous l’assure. Moi aussi je lui dis bonjour en lui assénant une tape sur le dos. Il n’a qu’un moignon en guise de queue mais j’ai vu qu’il l’avait bougé de ravissement. Etais-ce mon premier ami ?

 

           Le premier jour à La Palud

On me fit entrer dans une grande pièce au milieu de laquelle j’ai remarqué une grande table en bois et cinq ou six chaises rangées contre le mur. Il y a aussi une grande cheminée qui n’est pas allumée. Par contre, une grosse cuisinière en fonte grise propage dans toute cette grande pièce une chaleur douce et appréciée. Cette grande pièce, en fait la salle de séjour, est éclairée par une ampoule toute simple auréolée d’un chapeau en fer émaillé blanc.

           On me fit asseoir près de la cuisinière, un peu en retrait, car tout le monde racontait cette noce ou prenait des nouvelles des bêtes. Je crus comprendre qu’il y avait des petits veaux.

           Les femmes s’affairaient à préparer le souper, déjà une bonne odeur de soupe se répandait, attirant deux chats vite repoussés dehors par un énergique mouvement du pied, gratifié  par la mère Grobon.

           Les hommes partis aux étables sont de retour, visiblement affamés et nous nous mettons à table ; soupe aux légumes, lard, fromage. Je n’ai guère faim, et comme d’habitude je m’endors devant mon assiette. Aussi, Cécile me conduit par un petit escalier en bois dans deux chambres situées sur la grande salle. La première avec un grand lit sera celle des jeunes mariés. Dans la seconde avec un grand lit haut et un petit dans un angle, la « Mère » me dit « Voilà ton lit ». Sans discours elle me souhaite bonne nuit, éteint et redescend.

           Je me trouve seul, mais j’entends en dessous les bruits des conversations que j’essaie de comprendre sans succès. Je pense à ma mère restée à Saint Rambert et qui m’a quitté à la porte du taxi les yeux embués de larmes. Pauvre maman nous n’avons pas été beaucoup ensemble pendant ces dix années. Je t’ai tellement posé de problèmes avec ma santé, mon manque d’appétit. Moi aussi j’ai fréquenté ces grandes maisons type « sana », qu’on appelait « préventoriums ». On a essayé la mer, la montagne, mais au grand dam des docteurs et en particulier du docteur Rigaud de st Rambert, je survivais c’est tout.

           Je n’arrive pas à trouver le sommeil. Trop de choses se sont passées aujourd’hui. Cette attente en début d’après midi dans mon appartement du 3ème  àSt Rambert, ma petite valise prête et moi toujours derrière les vitres à regarder les gens de la noce crier, aller d’un bistrot « Gentil » à un autre « Chanut », boire, rire. Je remarque mon parrain Joseph Brun, bout en train et bon vivant, chanter un verre de vin rouge à la main.

           Je revois arriver cette voiture noire, se ranger le long du trottoir, mes adieux à Melle Bornarel amie de ma mère, la descente des escaliers en bois pour traverser la route, ma main accrochée à celle de ma mère. Je me revois être présenté au père Grobon, un peu étonné qu’on lui assure que ce gamin maigrelet va être son berger. Je revois les adieux de la famille Gudet à Fernande, toute belle dans son tailleur bleu et ma mère penchée vers la fenêtre au moment ou la voiture démarre. Et puis s’en est trop, je m’endors pour ma première nuit à La Palud.

Virginie, Cécile, Eugène et AndréGrobon  devant la ferme.

 

 

Je découvre le paysage :

P premier décor' pour le petit berger

 

           Le lendemain matin lorsque je me réveille, je ne vois personne dans les chambres. J’ai un peu honte je n’entends aucun bruit. Je descends et personne non plus dans la grande salle. Seule une odeur de café embaume la pièce.

           Je me hasarde dehors, mon premier bonjour vient de Tayaut, toujours à la recherche de caresses. Je m’avance sous l’auvent et devant un spectacle merveilleux je m’arrête ébloui. Devant la ferme la nature est d’une beauté saisissante. D’immenses prés à l’herbe rase et déjà verdissante s’étalent tout autour. Des haies encore dénudées bordent les prés. A perte de vue une forêt de sapins s’élève jusqu’au sommet de la montagne. Devant moi en léger contrebas une ferme blottie contre une haie de sapin se réveille. Une épaisse fumée qui s’échappe de la cheminée m’apprend que les habitants sont réveillés. Une autre bâtisse se trouve à deux ou trois cents mètres de moi, un peu au-dessus, elle a l’air inhabité.

           Par contre cette ferme inoccupée est pratiquement au ras de la forêt. Les prés qui nous séparent de cette ferme sont en légère déclivité, ensuite la forêt attenante est beaucoup plus en pente. Mes yeux suivent la crête dentelée et derrière le soleil se lève, réchauffant ce milieu de printemps. Je me suis donc orienté.

           Un « bonjour » me ramène à la réalité. C’est André qui sort d’une étable avec un grand seau de lait fumant à la main et je comprends qu’une journée à la ferme, fusse un dimanche commence de bonne heure le matin.

           Lorsque les bêtes sont soignées, c’est le terme employé, c'est-à-dire nettoyées, nourries et traites ; et bien c’est au tour des fermiers d’aller boire le café.

           Ce premier jour à La Palud passa très vite. Je n’eus que le temps de jeter un œil à l’entrée des étables, apercevoir les bêtes toutes bien alignées et tranquillement occupées à ruminer. Je fus impressionné par la grosseur des vaches et surtout des deux bœufs que je trouvais énormes.

l’objet au départ d’un nouvel ordonnancement autour de la grande table. Le Père garderait sa place en bout de table dos tourné à la cuisinière, à côté de lui Cécile sa femme et ensuite Fernande, en face au bout André et à ses côtés Aimé. Pendant les cinq ans que j’ai passé à La Palud, cet emplacement a été respecté quoiqu’il arrive même en l’absence de l’un de nous.

           Les jours qui suivirent mon arrivée à La Palud furent assez difficiles à vivre. Il me semblait que le contact ne passait pas bien entre nous. J’avais tout simplement du mal à m’habituer. Je ne me languissais pas, ma mère ne me manquait pas, mais je n’étais pas à mon aise. Seule Fernande semblait comprendre mon malaise car elle-même, et je le compris plus tard, souffrit de ce changement de vie. Quelle différence pour elle, qui avait été ouvrière d’usine, avec plein de jeunesse autour d’elle, de se retrouver dans une ferme isolée. Même si tous étaient gentils, il m’a été difficile au début de supporter la mentalité du Haut Bugey. Peu de paroles inutiles, simplement le nécessaire. Il a donc fallu s’adapter, s’habituer, se joindre au cercle. Fernande et moi, alliés par la force des choses, devions nous faire admettre dans l’habituel.

           Les premiers jours furent lancinants, d’autant que la météo n’était pas très souriante. Il se remit même à neiger, ce qui n’empêchait pas les fermiers de s’activer aux soins du bétail, du matin au soir. Du nettoyage des étables en passant par la traite des vaches, leur nourriture, emporter le lait à la fruitière au village, faire téter les veaux (il y en avait 4 ou 5), aller à l’eau. Car voilà bien le problème de La Palud, il n’y a pas d’eau dans les fermes. Il fallait aller la chercher au « bac », la fontaine qui déverse son précieux liquide dans deux bassins profonds d’un mètre environ ce qui permet aux troupeaux de venir s’abreuver tous ensembles.

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Ce bac était à 150 mètres des maisons. C’est par deux seaux à la fois que les habitants de la ferme transportaient l’eau hiver comme été. Les premiers temps j’étais exempté de cette corvée, mais le temps passant et d’abord par demi-seaux et ensuite seaux complets, c’était devenu ma corvée. Et bien heureux qu’une vache ne vêle pas, car si c’était le cas, ce sont de nombreux voyages qu’il fallait faire, pour remplir la chaudière en fonte et faire chauffer cette eau pour les soins de cette maman et de son petit.

Première responsabilité :

           Tout doucement je m’habituais à la ferme et le père Grobon m’avait donné ma première responsabilité : à l’heure de la traite, j’allais tenir la queue de la vache qu’il traisait. De temps en temps la bête manifestait son humeur par un mouvement brusque de la queue que je lâchai, et qui venait frapper la casquette du père Grobon, jusqu’à la faire tomber. Confus je rattrapais la maudite queue, mais j’avais droit à un regard noir du Patriarche. Pas un mot, mais que ce regard en disait !

P la Palud 12 fevrier 2017

           La ferme de La Palud aujourd'hui

Je commençais à me plaire au contact de ces animaux calmes qui me regardaient avec des gros yeux ronds. J’entrais maintenant dans les étables, enlevais les bouses qui risquaient de salir les bêtes, au passage je les caressais. Elles avaient des noms simples et charmants : Fleurine, Fleurinette, Ruban, Gentille ; mais toutes connaissaient leur nom et respectaient une certaine hiérarchie. La plus âgée et la chef était Ruban. D’ailleurs, elle avait la première place en entrant dans l’étable, ensuite les vaches étaient placées par ordre d’ancienneté et les jeunes génisses au fond de l’étable.

           L’étable des vaches était placée contre le mur Est de la ferme, tandis que l’étable des boeufs et des veaux était côté Ouest, contre le logement. Entre ces deux étables il y avait la grange et au-dessus des étables les greniers à foin. Lorsqu’on voulait donner du foin aux bêtes, on grimpait avec une échelle sur un grenier et on jetait le foin sur le sol de la grange, on ouvrait un genre de volet placé devant chaque bête et on plaçait la ration voulue dans la crèche. C’était aussi simple que ça. Je trouvais les greniers à foin immenses, en ce mois de mars ils commençaient à se vider, mais pensez à la quantité de foin qu’il fallait pour tenir un hiver à la montagne avec une vingtaine de bêtes. En fin de fenaison le tas montait jusqu’au toit, et ça fait haut ! Un coin de grenier était réservé à la paille pour la litière des bêtes.

          Les rigueurs de l’hiver :

P Champdor et Corcelles en hiver

 L’hiver, les bêtes descendaient deux fois par jour à l’abreuvoir que l’on va définitivement appeler « bac », comme tous les habitants de La Palud ; on allait au bac, voilà qui est dit ! Je disais donc que deux fois par jour les bêtes sortaient des étables l’hiver, pour aller boire, après qu’elles aient été soignées, le matin vers 9 heures et le soir vers 17 heures quasiment à la nuit tombante.

           Certains matins d’hiver, j’ai vu les bêtes descendre boire avec 40 cm de neige, elles nous faisaient la trace. Cette sortie à l’abreuvoir était tout un cérémonial, on détachait les vaches dans l’ordre qu’elles sont à l’étable suivies des bœufs, des génisses et des moutons. Tout ce petit monde descendait tranquillement boire et en profitait, quand il n’y avait pas de neige à traîner de ci de là en essayant de brouter. Au bac tout ce petit monde se rangeait côte à côte, et par large rasade étanchait sa soif, d’une eau très fraîche. Ensuite on remontait tranquillement et sans aucun incident les bêtes reprenaient leur place dans les étables. Bien sûr au début je ne faisais qu’accompagner le père Grobon ou André, mais très vite on allait me confier cette responsabilité de mener les bêtes au bac.

           En cette saison, l’hiver n’ayant pas tiré sa révérence, les troupeaux restaient aux étables. On attendait les beaux jours pour aller en pâture, en gros il fallait attendre Pâques. Là- haut dans ces montagnes pour les bestiaux l’hiver commençait à la Toussaint et finissait comme je vous l’ai dit à Pâques, même si certaines bonnes années il y avait un battement d’une quinzaine de jours.

           Il y avait maintenant quelques jours que j’étais à La Palud, et bientôt la ferme n’avait plus de secret pour moi. Les Grobon s’en aperçurent vite et comme je semblais n’avoir peur de rien, surtout pas de la solitude il fût décidé que j’aurais ma chambre. Je m’en réjouis, surtout de ne plus entendre le père ronfler durant la nuit.

Un début d’indépendance :

Un matin Cécile me demanda de l’accompagner. Avec des draps, des couvertures elle sortit de la maison, je la suivis un peu inquiet. Elle entra dans la grange, la traversa et emprunta un petit couloir noir, sans éclairage. Arrivée dans une petite pièce qui ressemblait à un atelier, nous nous sommes trouvés devant un escalier, plutôt une échelle avec des marches en bois (une échelle de meunier).

Au sommet de cet escalier, une petite pièce. Dans un coin un grand lit ancien, tout en hauteur, rien d’autre en mobilier. Mais sur tout un coté des genres de cages, trois au total contenant l’une du blé, l’autre de l’orge et la dernière de l’avoine. Une petite fenêtre pouvant juste laisser passer un enfant éclairait cette pièce. Mais quelle vue ! On couvrait d’un seul regard tout le plateau. Une ampoule pendait au plafond, mais il n’y avait pas d’interrupteur.

           Sans rien dire Cécile fît le lit, un matelas qui semblait douillet, les draps, une couverture en grosse laine et un édredon de couleur bordeaux assez épais.

« Gamineau » me dit-elle, voilà ta chambre, tu seras plus tranquille ici qu’avec nous. J ‘acquiesçais de la tête après avoir sauté sur le lit que j’avais trouvé bien doux. En regardant bien je trouvais quelques petites crottes noires sur le plancher. Je compris tout de suite que je n’étais pas le seul occupant de cette chambre. Mais je vous l’ai dit, je n’avais peur de rien et pas même des souris. Et puis on verrait bien ce soir.

Heureux d’avoir ma chambre, la journée se passa donc bien. Dès Cécile partie, j’en profitais pour explorer ce coin de ferme que je ne connaissais pas. Ma chambre, je pense vous avoir tout dit, mais au rez-de-chaussée la petite pièce était pleine d’objets de toutes sortes : outils, skis, râteaux, fourches. Il y avait un banc de menuisier, des planches et mille autres choses. En plus, ça sentait bon le bois, le grain et les pommes, car il y avait des étagères de belles pommes bien rangées. Vous me croiriez si je vous disais que j’en ai mangé deux ou trois ?

Le petit berger de La Palud.

  Je vous parle de « ma » ferme depuis un moment mais je ne l’ai pas encore située. La Palud est un lieu-dit de la petite commune de Champdor, canton de Brénod du département de l’Ain. La Palud est composée de trois fermes qui se partagent l’occupation et l’exploitation des prés, terres et forêts. Ce lieu-dit est situé à environ 900 mètres d’altitude. On y accède du village de Champdor en empruntant la route du col de Cuvillat reliant le plateau d’Hauteville au Valromey. Les fermes appartiennent à la famille Favre pour la plus près du village ensuite l’autre à la famille Grobon et la dernière, la plus haute à la famille Bobillon. Seule cette dernière est inoccupée.

           La ferme des Grobon est une solide bâtisse de forme carrée et je pense d’une superficie d’environ 1000 mètres carrés. Elle est bâtie sur un promontoire et domine le versant Est du plateau et bénéficie d’une vue imprenable sur une grande partie du plateau et notamment sur le village de Corcelles et tout le versant de l’adret du plateau (forêt d’Outriaz, col de Pisseloup entre autres)

 Les soirs sont merveilleux au moment où le soleil se couche derrière la forêt d’Outriaz. Toute la façade habitée de la ferme reçoit comme un hommage, le dernier clin d’œil de cet astre lui aussi sûrement amoureux de La Palud.

 

Mes premières semaines s’écoulent assez rapidement. Je ne languis pas, je me sens bien. Je participe aux petites corvées et comme je suis assez gringalet les Grobon ont la patience de me laisser me refaire une santé, sans me charger de gros travaux. Je n’allais pas au bac chercher l’eau et je ne poussais pas les brouettes de fumier. Par contre, je charriais le bois destiné à la cuisinière et je regardais toujours qu’il n’en manque point, c’était devenu un réflexe. Dans les étables et à l’aide d’une raclette, je retirais les bouses des vaches que j’entassais contre le mur et qu’André sortait avec une brouette. Bien sûr je tenais la queue des vaches au moment de la traite, je regardais, j’écoutais et bien sûr j’apprenais.

 J’apprenais à connaître les personnes, leur caractère, leurs manies, ce qu’ils aimaient ou n’aimaient pas. Le Père n’aimait pas répéter deux fois la même chose, il disait « ça ne sert à rien de dire deux fois la messe pour un sourd »

André répétait volontiers et expliquait même avec plaisir si on n’avait pas compris. D’ailleurs, la journée je suivais André dans le petit atelier qui se trouve sous ma chambre. Il y passait des heures à réparer les fourches, les râteaux ; ces outils qui allaient servir l’été pour les fenaisons. Tout se faisait en bois de noisetier ou de frêne bois souples et résistants. Je regardais avec intérêt la dextérité avec laquelle ce paysan, sans formation de menuisier confectionnait ou réparait les outils. Il était très gentil et répondait à toutes les questions les plus saugrenues que je pouvais lui poser. Je pense même, qu’il cherchait ma compagnie en m’appelant et m’invitant à le suivre. Je l’aimais bien André ! Avec lui je montais au fenil pour descendre le foin destiné aux bêtes, j’ouvrais les crèches au moment des repas, j’apprenais le nom des bêtes ; enfin je m’initiais à mon futur rôle de berger.

           On sentait venir le printemps et Pâques n’était pas loin. Le soleil faisait des apparitions plus longues de jour en jour. Les bourgeons apparaissaient au bout des branches. L’herbe verdissait et des fleurs s’épanouissaient aux endroits chauds. Les gelées matinales disparaissaient peu à peu et les troupeaux que l’on menait à l’abreuvoir ne voulaient plus rentrer à l’étable. Mais le père avait décidé qu’il fallait attendre encore quelques jours avant « d’abader », c’est à dire de lâcher le troupeau à la pâture. D’ailleurs, on avait qu’à jeter un coup d’œil sur le plateau étendu à nos pieds, on ne voyait aucun troupeau dans les pâturages.

Alors, hormis les travaux de la ferme et dès que le déjeuner avait été pris nous partions tous ensemble à la recherche des morilles. La morille est le premier champignon de l’année. Elle pousse le long des bois et des haies. Elle est de couleur grise ou blanche. La grise plus précoce est plus parfumée. Le problème c’est qu’il faut connaître les coins. Avec les gens de la ferme j’étais à bonne école ! Quand on est plusieurs à chercher ce champignon il faut marcher lentement sur une même ligne. J’avais toujours tendance à aller trop vite, mais j’étais vite rappelé à l’ordre.

La cueillette cette année fut bonne.

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           La morille se consomme dès la cueillette, soit en omelette, soit dans les plats de viande. Elles se conservent en les faisant sécher enfilées en chapelets.

P illustrations pour le petit berger (4)

         Un beau matin de ce début du mois d’avril, André mis au cou de Ruban une cloche. Les bêtes comprirent que le grand jour était arrivé. Une à une les vaches furent détachées et d’un pas lent sortirent de l’étable. Accompagné de Cécile je les descendais au bac. Elles se désaltérèrent rapidement, puis doucement le troupeau passa devant la ferme mais n’y entra pas. Nous nous dirigeâmes vers la forêt entre deux haies qui semblaient nous faire une haie d’honneur.

 

 

 

Quelques minutes après nous étions dans le pré, juste à 200 ou 300 mètres de la maison. Inutile de vous dire la joie des animaux. Sans perdre une seconde, les naseaux dans l’herbe, les bestiaux se régalaient. Cécile me dit que les vaches ne devaient pas courir partout sur ce pré très grand. Nous devions leur donner un espace à manger et garder intact pour le lendemain d’autres espaces. Il y avait donc une ligne imaginaire à ne pas dépasser. C’est vrai que les vaches sont avides d’aller voir ailleurs si l’herbe est meilleure. Cécile et moi étions donc toujours en mouvement le long de cette ligne. Il fallait être attentif à tout, humeur des bêtes et surtout Pilon, jeune taureau très excité avec les génisses. Enfin tout se passa bien, le bâton de berger que je gardais fort serré ne me servit qu’à faire retourner les bêtes trop vagabondes.

 

           Rapidement le morceau de pré autorisé aux bêtes se trouva rapidement brouté, presque râpé. Aucune herbe ne dépassait du sol sauf des petits îlots marquant l’emplacement des bouses. Le pré était net comme une pelouse de football passée à la tondeuse. Une fois repues, les bestioles levaient le nez et humaient cet air si vivifiant des forêts. Bien heureux, je regardais ce beau troupeau dont j’allais être bientôt le berger. L’après midi fut super. Un bon soleil réchauffait la nature et je n’oublierais jamais cette première journée. Vers 5 heures du soir, Cécile donna l’ordre de rentrer. Les vaches le ventre bien rond ne firent aucune difficulté pour refaire le chemin inverse, c’est à dire le bac pour se désaltérer et la rentrée à l’étable. Tranquillement et comme téléguidées, elles reprirent leur place. Je passais alors de bête en bête pour les attacher. C’était simple, deux bouts de chaîne fixés à la crèche, dont l’un avait un axe mobile que l’on introduisait dans l’autre bout doté d’une boucle ronde. C’était rapide mais quelquefois un peu dangereux en raison de l’humeur des bestiaux qui n’aiment pas être attachés, les cornes passant alors très près de la personne qui effectuait ce travail. Pour moi, petit bonhomme, j’étais obligé de me pendre au cou des bêtes pour arriver à passer les chaînes. Je ne vous fais pas un dessin quand j’arrivais aux boeufs...

 

            Dès que les vaches étaient rentrées à l’étable, il fallait passer à la traite. Les deux hommes s’y mettaient et quelquefois Cécile. Fernande essayait bien de s’y mettre, ce n’est pas si facile de traire, mais avec de la pugnacité elle y arriva un jour. Elle fut très fière, elle était une paysanne maintenant !

P plaisir de printemps pour les vaches

 

           

 

 

 

            Une fois les vaches traites et le lait recueilli dans un brinde (récipient d’une contenance de 20 litres environ que l’on portait sur le dos) il fallait le descendre au village, à la fruitière. Cette brinde était lourde et en principe c’est André qui se chargeait de cette corvée. Mon tour viendra plus tard, vous verrez !

 

            Le rythme de ma vie devint plus régulier. Le matin en champ, ça veut dire garder les bêtes, retour pour le dîner et l’après midi en champ. Cà c’était les horaires de printemps, car l’été les horaires changeaient avec la chaleur. En principe c’était toujours Cécile qui m’accompagnait. Je dois dire qu’elle n’était pas avare de conseils et avec elle j’apprenais tous les pièges que l’on peut rencontrer. Elle m’apprenait également le nom des prés. Ceux qui étaient aux Grobon et ceux qui n’étaient pas à laisser manger, seulement réservés au foin.

 

            Je commençais à emmagasiner pas mal de connaissances et pour faire un bon berger, il faut observer le comportement des bêtes, le temps, l’environnement tout a une importance pour le troupeau, même l’humeur du berger.

 

 Un berger qui chante, qui siffle, rend son troupeau calme et heureux, c’est vrai ! Les bergers qui savent jouer d’un instrument rendent encore plus heureux leurs troupeaux.

Un nouveau compagnon :

On n’imagine pas un berger sans chien. Tayaut venait bien avec moi au pâturage, mais il était âgé et ne s’occupait pas trop des bestiaux. Il ne se fichait pas mal de mes ordres et rentrait seul à la ferme quand il en avait assez.

            André s’était aperçu de cela et un matin de mai, en revenant de la fruitière, il apporta une petite boule de poils, rousse aux yeux tellement expressifs que l’on fondait en le regardant. Il était bien jeune ce toutou que tout de suite j’appelais Loulou. Inutile de vous dire que ce chien allait devenir mon compagnon pendant tout mon séjour à La Palud.

            Nous étions devenus inséparables. Trop, car un bon chien de berger ne doit pas être caressé ni être un jouet pour son maître. Je l’ignorais et j’avais tellement besoin d’amour que je dressais mal Loulou. Oh, il obéissait à mes ordres, faisait bien son travail de chien de berger mais m’obligeait à crier beaucoup. Disons qu’il était teigneux et ne lâchait pas facilement la bête qu’il avait ordre de retourner. Indiscipliné mais tellement gentil ce Loulou. Toujours à mes côtés, qu’il pleuve, qu’il fasse chaud il ne me quittait pas. Je l’emmenais dans ma chambre le soir, laissant la garde de la maison à Tayaut.

            Vous savez ce printemps 1943 passa bien vite. Le troupeau s’amaigrît de 5 veaux qu’un maquignon était venu chercher un matin. J’étais très mécontent de cette vente, mais on m’expliqua que c’était le seul moyen de gagner de l’argent pour pouvoir vivre. Les ventes des veaux, du lait des vaches et des œufs étaient les seuls revenus de la ferme, ce qui permettait d’acheter les semences, le matériel et faire tourner la ferme.

            J’allais maintenant seul aux champs. On me disait simplement ou je devais emmener les bêtes. Lorsque je ne connaissais pas un pré nouveau Cécile m’accompagnait, restait un moment avec moi et rentrait à la ferme. Pour rentrer, à midi surtout, et comme je n’avais pas de montre je regardais les autres troupeaux du plateau et je savais qu’il était midi. Si j’étais près de la ferme, on m’appelait.

 

La saison des foins

 

P les foins autrefois

 

            L’été approchait, une certaine fébrilité gagnait la ferme. On avait sorti la faucheuse, préparé les fourches en bois et les râteaux. On avait équipé le char d’un plateau et de deux grandes cordes. Eugène « enchaplait » les « dailles ». Quel drôle de chose allez-vous me dire. Non c’est simple une « daille » en patois c’est une faux. Pour que cette faux coupe bien l’herbe il faut que la lame soit tranchante comme un rasoir. Alors en premier lieu on la bat. Pour se faire, on s’assoit par terre, on plante une petite enclume en acier, on pose le tranchant de la faux sur celle-ci et à l’aide d’un marteau plat on affine le tranchant de la faux. C’est une opération qui dure selon les cas une vingtaine de minutes et qui est indispensable pour affiner la lame. Il ne reste ensuite, à l’aide d’une meule à main et par larges mouvements le long de la lame à faire le rasoir du tranchant.

            La période des foins approchait. Selon les saisons on attaquait vers le 10 ou 15 juin. Couper et rentrer le foin n’est pas si simple que cela ne parait. Il faut que le foin soit « mûre » et pas plus. Normalement, à la fenaison il doit être en fleur, ensuite il faut faire vite. Il faut donc suivre la floraison du foin et commencer par le plus précoce.

            A ce moment là j’ai perdu dans mon troupeau les deux bœufs qui allaient être occupés matin et soir aux travaux.

Les Grobon avaient fait l’acquisition d’une faucheuse Mac Cor Mick tractée par les bœufs. Avec cet engin la largeur de la coupe se faisait sur un mètre et à chaque rotation la surface diminuait d’autant. Plus les bœufs marchaient vite plus les mouvements de la lame étaient saccadés et rapides.

            André qui était le responsable de l’attelage était assis sur un siège très large, près de la lame et surveillait la coupe. Attention aux pierres, rochers ou autres obstacles. Si les bœufs étaient bien dressés, c’était le cas des nôtre, ils suivaient d’instinct le bord de la parcelle à couper, sinon il fallait un guide devant les bœufs, ce qui faisait deux personnes au lieu d’une occupées à cette manœuvre.

            Donc les fenaisons commencèrent vers le 10 juin et pendant presque deux mois allaient accaparer le personnel de la ferme. Pré par pré, les hommes coupaient les foins dès le lever du jour. En principe le pré était rasé dans la matinée, on ne coupait pas l’après midi. On dînait tous ensembles vers13 heures, et l’après midi, munis de fourches et de râteaux on rassemblait le foin en « andins », sortes d’étalement d’une largeur de 8 à 10 mètres et d’une longueur variable de 15 à 20 mètres. Le foin séchait sur le sol, on l’aérait bien à la fourche.

            Le soir venu, avant le coucher du soleil, on mettait le foin en « cuchons » sortes de tas d’environ deux mètres, qui préservaient le foin de l’humidité de la nuit voir de la pluie. Le lendemain, après la rosée, on étendait le foin sur le sol, pour qu’il sèche bien. Vers midi, on le retournait et plusieurs fois s’il fallait, jusqu’à ce qu’il soit bien sec.

Ce n’est seulement, qu’après avoir totalement et définitivement rangé le char à foin, que les hommes pensaient un peu à eux. Presque tous ensemble la famille Grobon entrait  dans la grande salle commune.

Derrière la porte d’entrée se trouvait une « pigne », sorte d’évier en pierre ou il y avait toujours deux seaux en aluminium pleins d’eau. Près de ces seaux il y avait une louche en fer émaillé blanc. A tour de rôle en commençant par le Père ils s’abreuvaient. Eugène buvait doucement en trempant sa moustache dans le breuvage et en finissant par un grognement de bien être. C’était ensuite au tour de Cécile, de Fernande et d’André. Quant à moi, au dételage du câble, j’avais emmené les bœufs boire au bac et avec eux je m’étais aspergé et repu de cette bonne eau de La Palud. Je remontais vite les bœufs à la ferme et après les avoir attelés au char nous repartions tous pour un autre voyage. Quand tout se passait normalement et que les prés fauchés ne se trouvaient pas trop loin nous faisions trois voyages par après-midi.

            En ce qui me concerne j’étais très vite entré dans le bain et mon travail de « cogneur » sur le char avait vite été apprécié par la petite communauté de La Palud. Pourtant quel gringalet cet Aimé ! Et dire qu’il n’y a pas si longtemps je fréquentais les préventoriums, les cabinets des docteurs, et là en quelques mois, par quelle magie Lapaludéenne ? Tout allait bien.

            La période des foins dure une cinquantaine de jours, c’est vrai on trouve cela bien long et ça fait des chars de foin à rentrer, mais quand on pense que l’hiver est aussi bien long dans ces montagnes, on comprend qu’il faut des réserves de nourriture pour une vingtaine de bêtes à l’étable. Un mois et demi c’est important aussi pour les organismes. Car se lever tous les jours vers 4 heures du matin et se coucher vers 22 ou 23 heures ça use les plus costauds. C’était mes horaires, pour qu’à la première traite, l’étable soit propre, j’étais le premier auprès des bêtes et quand le Père et André arrivaient avec leur seau pour la traite, l’étable était propre.

            Au début Fernande ou la Mère m’appelait, mais bien vite je n’eus plus besoin de personne pour me réveiller, pourtant je n’avais ni montre ni réveil. Dès le saut du lit j’enfilais ma culotte, un pull et je retrouvais mes vaches, souvent encore endormies. Je ne rejoignais la cuisine que beaucoup plus tard pour déjeuner.

            Vous dire aussi que ces nuits étaient courtes, c’est qu’il m’est arrivé plusieurs fois de m’endormir « en champ » ! L’été, je gardais le plus possible dans les landes qui sont de grands prés entourés sur au moins trois côtés par de la forêt  qui assurait de la fraîcheur aux bêtes.

P le troupeau en errance

Quand elles étaient calmes et bien groupées je m’allongeais sur l’herbe fraîche et je vous assure que c’était un repos bien apprécié. Un jour je me suis réveillé après un court endormissement et ... plus de vaches ! Elles s’étaient dispersées dans la forêt recherchant l’herbe plus douce des sous bois. Grâce à la cloche de Ruban j’ai vite retrouvé les fugueuses et Loulou a ramené les plus éloignées. Mais le troupeau restait toujours uni et quand on avait retrouvé Ruban, on les avait presque toutes retrouvées.

            C’est que l’été, les horaires de pâturage changeaient. En raison de la chaleur, l’après midi, les troupeaux ne sortaient qu’à 17 heures environ, après la traite, ce qui nous faisait renter à l’étable tard, nous quittions les pâturages à la grande nuit, vers les 22 heures. C’est vrai qu’en juin les jours sont longs. Après les prés, les bêtes passaient au bac se désaltérer et rentraient pour la nuit. Quant à moi, j’avalais mon souper souvent seul le soir, et j’allais vite au lit, sans me faire bercer.

            Ma vie s’écoulait bien calmement. J’avais oublié St Rambert et ma mère ne me manquait pas. C’est vrai que lorsque vous connaîtrez mon histoire, vous verrez que j’étais habitué à être élevé « seulet » et que la solitude ne me faisait pas peur.

            Et à La Palud être seul était une réalité ; je passais des journées entières dans les landes solitaires et en bordure de la forêt. Des journées entières sans voir personne, ça vous forge une carapace contre la solitude, cette vie.

Hormis les gens de la ferme, La Palud était habitée par les Favre dont la ferme, je vous l’ai dit était à environ 500 mètres des Grobon. Cette famille était composée de Monsieur Favre et de son épouse, couple ressemblant un peu à Eugène et Cécile, et de leur fille Aline. Je crois que de temps en temps venait à La Palud une sœur de Mme Favre. Il y avait aussi, une bergère. Ah ! Me direz-vous... Elle s’appelait Suzanne ; Suzanne était un peu comme moi. Placée à Champdor pour fuir Lyon, d’où elle était originaire, elle profitait du bon air et de la bonne nourriture, car bien sûr ces années de guerre avaient une bien mauvaise incidence sur la santé des adolescents dans les villes.

P La poésie du cogneur de char remplacée par la mécanique des roundballers

la poésie des cogneurs de char remplacée par les roundballers

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       
   
 
 
 
 
 
 


 

 

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17 mai 2018

Alerte blanche sur le plateau d'Hauteville-Brénod

jubile pierre 057

Les narcisses sont en fleurs!

Le week end sera bon, venez vous enivrer de l'odeur des narcisses.....

Les prés entre Champdor et Corcelles sont enneigés par les fleurs.

A Cuvillat elles commencent juste à fleurir

Bonnes cueillette à tous les voisins citadins

jubile pierre 055

 

 

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08 mai 2018

les choux de Champdor

P A les choux de Champdor

LES CHOUX DE CHAMPDOR.

 

 

Je ne vous laisserais pas le temps de m’accuser de chauvinisme, je vous l’avoue tout de suite, les célèbres choux de Champdor étaient bien les choux de toute la région. C’est pour les mettre en valeur qu’un important grainetier avait trouvé cette heureuse appellation qui les faisait entrer dans la cour des grands –cœur de bœuf, saint Brieuc, Etampes etc. -

Ce sont nos ancêtres partant chaque hiver gagner leur minimum vital en peignant le chanvre dans l’Est de la France et nourris avec des choux moins savoureux que les nôtres qui les firent connaître. *

La promotion fut sans doute moins rapide qu’aujourd’hui et ils ne connurent jamais la notoriété des productions nationales comme les asperges d’Argenteuil, les artichauts du Léon ou la carotte Nantaise mais enfin la demande était là, nos choux catalogués de montagne furent vite très appréciés, à juste raison d’ailleurs, des choux aussi fermes, aussi goûteux cuits avec un pot au feu, en salade ou enrobant un faisan, allez trouver meilleur légume !

Bien sûr, il est moins distingué de manger du choux fut-il de Champdor que de savourer des pointes d’asperges mais chacun est bien libre de goûter ce qu’il aime et reconnaissez avec moi qu’une bonne soupe aux choux un soir d’hiver, c’est autrement convivial qu’un hot dog.

Aujourd’hui, quelques rares producteurs de graines existent encore. Amoureusement, ils cultivent et plantent encore à la mode du siècle passé, j’oserais même dire à la mode de chez nous. Tradition oblige, on les sème le 19 mars pour la saint Joseph, comme les nuits sont assez fraîches, il faut les couvrir le soir et se tenir prêts à les protéger du grésil d’avril et de la grêle de mai.

C’est en juin qu’on les planterait au jardin, le jardin était ce coin choisi en dehors du village, propre à chaque ferme et baptisé tout bonnement le jardin de choux, dernier paradis des derniers lièvres.

Mon voisin Louis Veyrat a joliment raconté dans son livre « Bugey que j’aime » l’histoire de ce cambot plus marchand de graines que peigneur de chanvre qui ayant raté sa récolte avait réussi à alimenter ses clients habituels en graines de ravenelle et les ravenelles même un agronome ne peut y trouver une différence avant la levée avec les graines de choux. Ce fut évidemment son dernier voyage et qui sait ? peut être le début du déclin du réseau commercial des choux de Champdor.

Vous pensez qu’il est bien banal de parler choux mais quand on sait que de nombreux motifs de décoration de l’église de Brou ont été empruntés au règne végétal et aux plantes communes de la région –les choux y sont représentés- et comme ils étaient déjà les meilleurs j’ai presque envie de les faire entrer dans la légende en affirmant que c’est peut être les nôtres qui ont servi de modèle…

Je n’irai pas jusque là mais sachez que même s’ils n’avaient pas la valeur symbolique de chêne ou de la marguerite en ce temps là :

     « Un chou, c’était un chou ! »

M. GUY

 

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01 mai 2018

Le muguet du premier Mai

Photos mes images 017

Muguet

A ceux et celles qui liront ces lignes, je ne souhaite que du bonheur.

Le terme muguet apparait dans la langue française au XIIème siècle. c'est une altération de noix...muscade....

Autrefois un muguet était un jeune homme qui voulait plaire par des raffinements de coquetteries excessives, on appelait ainsi un élégant, un galant...

Et miugueter signifiait courtiser : XVème siècle

"Ayant eu le temps de mugueter ses femmes, le lovelace tortu et batailleur, Retz, fut obligé de s'enfuir" Chateaubriand

Quant à la maladie du muguet, il vaut mieux ne pas en parler.

Bonne journée à tous.et enivrez-vous de l'odeur des clochettes....Cela vous fera moins de mal que l'alcool!

Posté par Louis Henri GUY à 16:04 - - Commentaires [1] - Permalien [#]