FREDERIC DUMAREST :

                                   La passion de la médecine et la volonté d’entreprendre !

 

Par la volonté d’un seul homme, le docteur Frédéric Dumarest, le pays a vécu une véritable révolution sociale et économique qui a duré près d’un siècle….

 

Cette révolution, nous la devons à la  personnalité du docteur Frédéric Dumarest.

Né en 1870 dans une famille implantée depuis plusieurs siècles au pays,  un des ancêtres de Frédéric Dumarest n’était-il pas présent lors du rassemblement des gens de Lompnes pour obtenir les droits d’usage des forêts contre leur comte en 1639, il s’appelait  Pierre Dumarest.

 

  Depuis cette lignée a vécu dans ce  bourg alors essentiellement habité par de petits propriétaires cultivateurs à la mentalité rurale et vivant largement en autarcie. Le grand père de Frédéric Dumarest était propriétaire terrien, il exerçait le métier de forgeron, il était aussi percepteur –il n’était pas rare à l’époque de  voir attribuer des métiers des plus divers à la même personne-. Son savoir faire lui avait sans doute permis d’être nommé ainsi par ses concitoyens.

 

 

Scan10563Jules François Dumarest

Son fils,  Jules François Dumarest fit des études médicales à Lyon, il passa sa thèse à Paris, puis fut interne des hôpitaux de Lyon  en 1829 où il aurait pu faire une brillante carrière mais il vint s’installer dans son village natal pour exercer son art, il fut adjoint puis maire du village de 1862 à 1865. Jules François Dumarest commença vers 1880 à recevoir des malades de Lyon envoyés par des confrères, il remarqua vite des améliorations concrètes de la santé de ces patients.

 Il fit une étude très sérieuse  sur la climatologie du plateau, cette étude est à l’origine de la création de la station d’Hauteville, le développement de cette station sera conduit par son fils Frédéric.

 

Travaux préliminaires à la création de la station :

 

fontaines de lompnes 016 - Copie

Frédéric Dumarest  décida de concrétiser l’idée de son père en envisageant d’installer sur le plateau des établissements pour soigner la tuberculose qui ravageait à ce moment là le territoire national.…

Pour ce faire, il parcourut plusieurs fois de nombreux pays d’Europe pour préparer cette implantation…

Voyager maintenant à l’heure des jets, TGV, voitures puissantes,  cela  représenterait  déjà un certain effort, mais imaginez en 1897 un  parcours qui passerait par  la Suisse (Davos), l’Allemagne (Francfort et Bâle) la difficulté devait être extrême et le docteur Frédéric Dumarest a fait cela accompagné de l’architecte de Félix Mangini et de Monsieur Germain, ce dernier étant chargé de repérer la meilleure façon de construire les sanatoriums.

 La recherche de contacts avec des médecins européens confrontés  au problème de la tuberculose, semblait très importante pour  le docteur Frédéric Dumarest.

L’affaire de la création d’un sana était ainsi parfaitement étudiée et le docteur fit appel à un généreux philanthrope Félix Mangini qui accueillit le projet avec bienveillance et à travers « l’œuvre lyonnaise des tuberculeux » ils décidèrent la fondation du sanatorium Mangini.

En 1898, les travaux commencèrent, le bâtiment fut ouvert le 23 août 1900 sans inauguration, en effet le Président de la république LOUBET qui devait l’inaugurer manquait de temps, malgré cela le succès de l’entreprise fut complet.

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Les malades affluèrent et leurs accompagnants ne trouvaient pour se loger que de modeste hôtel et pension, à savoir l’hôtel Charvet et la pension Corbet…

C’est alors que l’on vit ce que peut provoquer la volonté d’un seul homme sur la population locale…

Nos compatriotes qui s’étaient au début élevés contre la création d’un sanatorium – la contagion était terrible- oublièrent vite leur crainte pour « surfer » comme l’on dit maintenant sur la vague de la réussite ….L’attrait du profit était fort et l’on vit « comme par enchantement les granges et les écuries des maisons villageoises se transformer en appartements meublés » dixit docteur Dumarest.

Il est vrai qu’il se créait des chambres chez l’habitant, de petits commerces firent leur apparition, épiceries, boucheries, charcuteries, libraires, souvenirs, bijouteries et autres….

 

La station climatique se développe :

 

Dès 1905, les Hautevillois médusés assistent alors à la création du Sana Bellecombe, petite affaire privée de 40 chambres menée par le Docteur Quinson. Cette implantation ne respecte déjà plus le plan initial  de la zone sanatoriale réservée. Il s’en suivit une dispersion anarchique des constructions de maison de soins dans tout le pays.

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En 1908, la technique chirurgicale du pneumothorax donna encore de l’élan à la station, Frédéric Dumarest n’hésitera pas à se rendre à Pavie en Italie pour rencontrer le professeur Forlanini qui appliquait déjà cette méthode, il pratiquera ainsi pour la première fois en France le premier pneumothorax. En 1912 à Rome, il sera co-rapporteur du problème du pneumothorax au congrès international.

Dans la foulée, le docteur Dumarest saisit l’opportunité de la vente volontaire du château et des terrains d’Angeville pour lancer la construction du sanatorium de Belligneux dans les années 1910/1911, l’ouverture officielle se fit en novembre 1912.

Belligneux_calèche

En mars 1912, la vente judiciaire du Château d’Angeville intéresse Monsieur Dumarest, cependant il doit chercher un « financier ». Qu’à cela ne tienne, notre dynamique médecin trouve un homme à Vichy, Monsieur Bourdin, qui transforme Angeville en hôtel pour accompagnants et visiteurs….et  la société Belligneux se rend acquéreur de la ferme.

En 1913, avec la chirurgie thoracique pratiquée par Le professeur Léon Bérard et le Docteur Dumarest, la lutte contre la tuberculose gagne du terrain. Les progrès sont considérables.

Malheureusement le 2 août 1914 à 16 heures, le tocsin sonne le glas de cette belle progression.

Monsieur Bourdin veut céder la propriété à la société Belligneux qui ne suivra pas,  le château est alors vendu à la Croix Rouge française en 1917 qui recevra pendant un temps officiers et sous-officiers tombés tuberculeux durant la guerre de 1914/1918. Puis en 1920 la croix rouge établira un sana pour femme de 150 lits.

En 1920, le docteur Dumarest déplore le nouveau développement sans plan préalable et sans « vues générales de la station sous la poussée des lotisseurs, entrepreneurs, architectes, hôteliers ».

C’est à cette époque que se créent le « Sermay » et « la Fresnaie ».

 En 1926, la fondation Rothschild fonde « l’Espérance » et « Régina » voit le jour.

C’est alors que la station climatique jouit d’une notoriété internationale et ce n’est pas un mot gratuit, en effet, un consortium américain s’offrait à terminer la ligne de chemin de fer Tenay Hauteville et créer de véritables établissements de cure – proposition écartée sans examen par la municipalité de cette époque -; de nombreux médecins stagiaires italiens, tchécoslovaques, grecques vinrent étudier les techniques opératoires sur place entraînant l’arrivée d’une clientèle internationale. En effet, de nombreux malades venant d’Afrique du Nord, d’Amérique latine Chili, Argentine, Brésil vinrent se soigner à Hauteville, un Australien fit même le voyage dans notre pays pour recouvrer la santé.

En 1920, au congrès de Bruxelles un médecin étranger ne prononcera-t-il pas la phrase suivante « Hauteville c’est Dumarest et Dumarest c’est Hauteville ! »

 Le 28 septembre 1927, le président du conseil Edouard Herriot vient inaugurer le syndicat d’initiative et l’organisation de la station d’Hygiène.

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En 1930, On assiste à l’ouverture du « grand Hôtel » (l’Albarine) et cette même année, la municipalité tente d’établir enfin un plan d’urbanisme digne de ce nom, demandé par le docteur Dumarest depuis des années, hélas, il est trop tard….les choses qui traînent  en longueur seront définitivement arrêtées par la guerre.

Belligneux et l’Albarine sont alors vendus au Département de la Seine.

1935, derniers grands soubresauts de la belle période de la station climatique par la création de « l’Interdépartemental » et de « la Savoie »

Nous pouvons dire que durant ces cinquante années, la création de la station voulu par le Dr Dumarest fut une création continue, en effet le Docteur publiait beaucoup pour le monde entier le résultat de ses recherches médicales et chirurgicales dont bénéficiait l’ensemble mondial de la profession, ne disait-on pas alors qu’Hauteville était « La Mecque de la tuberculose »

La guerre de 39/45 verra se stabiliser la station…Bien sûr il n’y aura plus de création importante…L’après guerre compte 2500 malades dans les grands établissements et 7 à 800 lits dans les établissements privés. (Statistique avril 1949).

L’arrivée des assurances sociales ouvrira  les établissements à une large clientèle et dès 1950, les nouveaux médicaments très efficaces sonneront la fin (bien sûre heureuse) de la maladie mais aussi hélas, de la veine économique de notre station…

Après une vie bien remplie, le docteur Dumarest mourut en 1951.

Son fils, le docteur Jean Dumarest continua la tradition familiale comme médecin spécialiste des maladies pulmonaires au Sana Mangini et à la Fresnaie.

Il nous a laissé un très bel ouvrage de mémoire sur l’histoire médicale du plateau et il n’hésitait pas à présenter la station aux groupes intéressés

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Scan10147Docteur Jean Dumarest 1917 - 2010

Depuis, nous avons tous vécu la vie d’Hauteville, mais il était bon de rappeler aux habitants anciens et nouveaux ce que notre pays doit à la passion et la volonté d’un seul homme : Frédéric Dumarest.

 

 Dans le parc du Pontet généreusement offert à la municipalité d’Hauteville par le docteur, on a érigé en sa mémoire en1956 une stèle œuvre du  sculpteur Quentric ; l’inauguration eu lieu en présence de nombreux professeurs venus parfois de très loin et d’une foule nombreuse, le docteur Le Tacon était maire d’Hauteville.

FFrédéric Dumarest au soir d'une vie bien remplie!