A la recherche du maître perdu….

 

Nous avons eu le plaisir de visiter à Montpellier la superbe exposition consacré au peintre maniériste LE CARAVAGE, il est temps d’essayer de percer le mystère d’un très beau tableau caravagesque exposé sur notre Plateau d’ Hauteville.

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Tout d’abord qui  était Le Caravage ? C’était un peintre italien du nom de Merisi né vers 1570 à Caravaggio d’où sera tiré son nom d’artiste. Il décéda en juillet 1610. Peu d’artistes ont exercé une influence aussi grande que Le Caravage. Il créa un engouement pour sa peinture et beaucoup de peintre se mirent à oeuvrer à la manière de…. Pour la France, Nicolas Tournier, Jean Chalette, François Sire, François Guy (œuvre signalée à Bourg) et dans un registre plus chatoyant pour les couleurs Simon Vouet. Tous ces artistes ont vécu fin 16ème, début 17ème siècle.

 

 Depuis fort longtemps il existe dans nos contrées une  peinture de belle facture dans un cadre de bois doré que nous avons estimé être  une œuvre d’inspiration caravagesque ; beaucoup d’éléments sont réunis : construction géométrique de la composition, clair obscur, éclairage si particulier du sujet, drapé des étoffes dans les tons brun rouge.

Les différents inventaires d’art sacré que nous avons pu étudier, signalent en 1795  « un tableau avec son Christ » à la longueur de deux pieds et un et demi de large avec sa corniche dorée » Le pied faisant 33 cm, cette œuvre ne correspond pas à notre tableau –à peu près la moitié des dimensions de notre tableau actuel, à moins que l’on se soit trompé à l’époque sur le nombre de pieds-. Un autre inventaire en 1828 le nomme « le chemin royal de la croix représentant la passion de Notre Seigneur »

Le pré inventaire de 1989 sans nommer le tableau, le décrit comme un tableau de 1,20m X 0, 90 peint par un maître inconnu du 16ème siècle et classé en 1923.

 

Or de toute évidence il s’agit d’une représentation de saint Jean Baptiste puisque le phylactère (banderole) enroulée autour de la croix  maintenue contre le personnage  porte la mention « ecce agnus dei » (voici l’agneau de Dieu –parole de Jean le baptiste selon l’évangile de saint Jean lors du baptême du Christ au Jourdain-)

 

Un jeu de photographie adressée par nos soins au Musée des beaux-arts de LYON, confirma notre appréciation. La personne chargée de la documentation assura qu’il s’agissait de toute évidence d’une œuvre d’inspiration caravagesque, datant certainement du 17 ème siècle.

 

La toile de très belle qualité serait à rapprocher selon le musée des beaux arts d’un artiste français comme Nicolas TOURNIER épigone du caravagisme.

 

Une étude pratiquée sur l’œuvre de Nicolas TOURNIER nous a beaucoup troublé et amène tout un faisceau de présomptions  qui  incitent à penser qu’il serait bien venu de pousser plus loin l’expertise.

 

Précisons tout d’abord que Nicolas TOURNIER est un peintre français né à MONTBELIARD en Franche-Comté en 1590. Elevé dans une famille de peintre, il partit faire ses classes à Rome de 1619 à 1626 influencé par Manfredi dont il fut un copiste et Valentin de Boulogne qui incarnaient l’héritage du Caravage. Ensuite, il gagna Toulouse où il résida de 1628 à 1630 en compagnie d’autres peintres maniéristes comme Jean Chalette et François Sire.

Nous savons qu’il travailla dans tout le Languedoc. Des villes comme Montpellier, Narbonne, Carcassonne et Auch l’accueillirent. Il mourut à Toulouse en 1639.

 

 

Maintenant, évaluons sa technique qui justifie les présomptions.

Une étude le dit plus Caravage que Caravage. Il ne se préoccupe pas trop des toiles sur lesquelles il peint. Il travaille parfois sur des compositions antérieures. Il enduit ses supports d’une composition crayeuse, puis il ébauche sur la toile plutôt qu’il ne dessine, son mouvement de brosse est vigoureux, les touches longues et précises.

Un éclat de peinture du tableau  laisse apparaître une texture crayeuse sur la toile.

 

Ses ultimes tableaux sont consacrés à des thèmes religieux : passion du Christ, représentation de saint et scènes inspirées des faits de l’ancien et nouveau testament.

Nicolas Tournier s’est fait une spécialité des figures à mi-corps et les mains des personnages sont peintes de façon expressive.

Il suffit d’admirer le tableau de saint jean pour remarquer le personnage à mi corps et ses mains priantes

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L’austérité de ses tableaux religieux, leur nudité*, leur lecture aisée et directe, le refus du détail superflu paraissent résulter de la méditation des tableaux du Caravage. Ses personnages expriment une mélancolie active et une indifférence rêveuse*.

 

*Nous croirions lire la description de notre tableau local.

 

Enfin ses composés de brun rougeâtre riche en composé ferreux sont la base même des tuniques de ses personnages.

Nous pouvons  admirer le beau brun rouge de la tunique de saint Jean.

Enfin il est écrit que d’importants collectionneurs faisaient appel à son talent, nous relevons dans ses collectionneurs le nom de Léonard de Trappe, archevêque d’Auch.

Quand on sait que Jean François de Montillet né au château de Champdor fut archevêque d’Auch, on se prend à rêver.

DSC00772Armoiries de Jean François de Montillet, cathédrale d'Auch

Rêver, c’est bien de cela dont il s’agit.

D’autant plus que le testament dudit archevêque d’Auch mentionne le legs de ce tableau qu’il détenait dit-il de son oncle Joseph de Revol né en 1663, lui-même archevêque d’Oloron de 1705 à 1735, qui l’avait ramené de Rome….L’origine italienne de ce tableau est donc certaine…

Il n’y a pas d’incompatibilité avec l’étude faite sur Tournier puisque nous rappelons que ce dernier fit un séjour italien.

 

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 Bien sûr nous ne prétendons rien et ne concluons pas, cependant les réflexions en italique sont autant de présomptions qui laissent à penser que le tableau dont nous parlons mérite vraiment que l’on se penche davantage sur sa très belle qualité, ne serait-ce que pour percer l’énigme de sa présence sur notre plateau.

 

Œuvre de Nicolas Tournier ou de tout autre maître perdu ou anonyme, l’œuvre est digne de réflexion.

P1000919 cathédrale d'Auch

 

 

On pourrait envisager de le faire étudier plus précisément par un musée, mais cela engendre un coût et puis on risquerait d’être déçu….Alors faut il se contenter de rêver ?