UN CRIME A LOMPNES LE 18 NOVEMBRE 1560

 

François Lucas, châtelain de Lompnes, à la requête de Laurent Corcelle et d’Etienne Galley, procureur d’office et sergent dudit lieu commença d’informer sur une rixe qui avait eu lieu la nuit précédente à minuit.

Il trouva à la maison Brandet, le corps de Pierre Billiard, couché sur un lit ; sa mère pleurait près de lui entourée d’autres femmes. Maître Antoine Chapuys, barbier et chirurgien, rapportait que la tête avait été fracturée, la nuque cassée, et que le mort dans ses conditions « avait bien pu mourir »

P1040336 Lenoir : le repas des paysans.

 

Chez les Guy, on trouva le charpentier Pierre Meygret, blessé lui aussi à la tête, messire Georges Pugieu le vicaire l’avait confessé, Meygret déclarait que, étant avec Pierre Billiard, Jean Chapuys et louis Ferrand, il avait été frappé, il ne savait pas par qui au dessus des moulins du seigneur de Lompnes.

 

Que s’était-il donc passé ? A cette époque, on allait veiller les uns chez les autres et on allait de maison en maison pour bavarder et recueillir les nouvelles du jour. On n’était pas obligé de continuer la veillée là où on l’avait commencée. On bravait le mauvais temps car le soir du 17 Novembre 1560, il gelait fort à Lompnes et l’on glissait sur la glace des chemins.

 

A la maison Billiard, où la victime, un jeune cultivateur, vivait avec sa mère, sa sœur Jeanne et son frère Amblard, une dizaine de personnes s’étaient réunies après le souper, mais Pierre Billiard était bientôt sorti, accompagné de Jean Chapuys et Pierre Meygret. Avec l’intention d’achever la veillée chez les Guy. Le drame avait eu lieu entre ce moment et celui où Pierre Perrusset qui avait été, lui, veiller chez Benoît Bosonet « jusqu’à mi-veille ou environ » avait trouvé Pierre Billiard étendu sur le fumier devant la maison de Jeanne Bosonet. Pierre Meygret s’était réfugié chez les Guy tout sanglant. Des curieux l’y avaient rejoint et causé de l’affaire jusqu’au moment ou Pierre Billiard était mort « après le second poulet chantant ». Apprenant cela, ils allèrent lui donner l’eau bénite.

 

Il y avait eu une semaine avant le crime une discussion dans le jardin des Billiard. Claude Mermoz, domestique de Barthélémy Garin et berger de ses brebis, un troupeau de plusieurs centaines de bêtes les y avait laissé pénétrer, les choux avaient été mangés et la mère Billiard avait chassé les brebis. Sur quoi Mermoz avait dit au petit Amblard Billiard, un garçon de 15 ans : « je t’en ferai tant porter, à toi et à ton frère, que vous en aurez assez ! » et le lendemain il était revenu au jardin avec ses bêtes et Pierre Billiard l’avait frappé d’un bâton sur le bras.

Ce même jour au soir, Mermoz « son bras lié à l’estomac » parlait avec le fils de son maître Jean Garin et se plaignait que le froid augmentait son mal « ne te chaille, avait dit Jean Garin, que avant que soit peu de temps il y aura quelqu’un qui en aura bien autant.

 

La justice recueillit de témoignage de Jean Chapuys et la déclaration de Meygret qui s’accordaient à accuser Jean Garin et avec lui un Pierre Puct, natif de Lompnes, comme ce Mermoz qui avait provoqué la première querelle. Le juge cita les trois compères et le sergent Galley afficha copie de son rapport à la porte principale de leurs maisons mais tous les trois avaient pris le large.

Le juge les condamna par contumace le 15 avril 1561 à être pendus et étranglés aux fourches patibulaires de la seigneurie et juridiction de Lompnes.

5 ans après, seul Garin réapparut, il était en possession de lettres de grâce établies à Rivoli, datées du 15/9/1561, scellées et signées par Emmanuel Philibert.

 

Messire Claude de Mareste, baron de Lucey et de Lompnes se plaignit : on aurait dû renvoyer Garin qui est « son sujet et jurisdisciable à Lompnes pour y être jugé, et le contraire ne se passait qu’au grand préjudice dudit seigneur et « énervation de sa justice »

P1040337 Jean Brueghel "La visite à la ferme"1597

NB : deux lieux de Lompnes conviendraient comme décor à cette histoire, le quartier de la Violette où l'on retrouve ces noms de famille ainsi que celui des granges Figuet, où les mêmes noms de famille se retrouvent à la même époque.