img441 Jardin des oliviers par Philippe Joly

Gethsémani.

 

Voici l’heure !

Voici l’heure où le jour s’en va.

Voici l’heure entre chien et loup dans la tristesse de sa grisaille.

Voici l’heure de l’angoisse et de la solitude,

Voici l’heure de l’abandon et du lourd sommeil,

Voici l’heure de nos déserts, sans Dieu, sans âme.

Voici Gethsémani.

 

Jésus est accablé par la peur des douleurs

et Pierre prostré, plombé par son fardeau d’Eglise.

Jean, l’apôtre bien aimé, vit l’angoisse du Maître,

Et André, Jacques, Philippe dans le doute et la crainte

Subiront le sommeil dont est déjà atteint Mathieu le publicain.

Conscient de leur faiblesse, Christ va se retirer,

Seul face à son destin et tenter d’éloigner

Par une humble prière l’échéance fatale.

 

Et vous, ses disciples, hommes simples et rudes,

Vous, Barthélémy, Thomas, Mathias et Jude,

Vous, Jacques le mineur et Simon le zélote,

Encore bouleversés par la gloire montante

De l’entrée triomphale dans la ville Eternelle et

Par l’ingratitude d’une foule inconstante ;

Vous, Apôtres trop humains, paupières appesanties

Vous n’avez pu veiller un instant avec Lui.

Jésus sera tout seul quand il va accepter

S’adressant à son Père de faire sa volonté.

 

Puis il y a Judas, jeunesse incontrôlée,

Le regard incertain fixé sur l’heure prochaine.

Déçu dans sa passion pour un ordre nouveau,

Plein d’un amour violent et jaloux de son Maître,

Jeunesse fulgurante, pleine de maladresse,

Il doit être celui qui manque à sa promesse.

Pour trente pièces d’argent, par un simple baiser,

C’est à Gethsémani que tout va basculer…

 

Voici l’heure où le jour se meurt,

Voici l’heure douloureuse que vient hanter la mort,

Voici l’heure où le gris prend des teintes de noir,

Comme si Gethsémani avait honte de voir

Cet Amour crucifié destiné au tombeau.

 

L.G. 1994