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En mémoire des enfants d'IZIEU

Les enfants de l’Espérance

(Hauteville 1939-1945)

 

par Georges LEVY

 

 

Cette contribution n’évoquera que quelques unes des familles d’accueil du plateau qui ont hébergé des enfants d’origine juive (sur les 230 juifs qui habitaient Hauteville pendant la 2° guerre mondiale). Les « enfants cachés » étudiés ici sont les suivants :

Alexandre KACZERGINSKI

Romain MARKOWICZ

Yvette MINSKI

Sylvain MARGULIES

Monique MARKOWICZ

André KOLSKI

Bernard ERLINGER

Victor GOLDNER

Liliane MIROWICZ

Claude KOLSKI

Michel JAPKOWICZ

Joseph SEGAL

 

Les familles juives et l’Espérance

Ces familles juives qui ont résidé dans la région d’Hauteville sont arrivées en France entre 1920 et 1931 (essentiellement après l’indépendance de la Pologne). Les familles Erlinger, Japkowicz, Markowicz, Kolski, Mirowicz, Goldner et Segal sont nées « russes » et devenues « polonaises » suite aux modifications frontalières de 1918. Les familles Kaczerginski et Margulies sont arrivées de territoires restés russes. Beaucoup de ces familles ont en commun d’avoir un de leur membre soigné dans un sanatorium d’Hauteville : l’Espérance. Créé en 1926 et géré par la fondation Rothschild, cet établissement, d’une capacité de 75 lits,  était réservé aux tuberculeux israélites. L'ensemble du personnel, à commencer par sa directrice, Yvonne Worms, était d’origine juive à l’exception du médecin chef qui exerça de 1926 à 1949 : le docteur Léon Bonafé. Pendant la guerre, les mères de famille placèrent leurs enfants chez des nourrices de la région. Les nourrices percevaient environ 600 francs par enfant et par mois.

 

Les « enfants cachés » dont les mères étaient à l’Espérance sont nés en France (la plupart à Paris) entre 1928 et 1940. Ils étaient donc français en 1939, hormis Romain Markowicz qui était né belge à Bruxelles. Deux autres enfants (nés autrichiens), Hans Ament et Georges Halpern, dont les mères étaient à l’Espérance ont été déportés en avril 1944, suite à la rafle de la maison d’Izieu.

 

Le 19 juin 1940, les troupes allemandes pénétrèrent dans l’Ain ; une colonne allemande vint à Hauteville. Les familles d’origine juive installées à Hauteville étaient terrorisées à la vue des soldats allemands. Romain Markowicz témoigne : « Nous avons soudain ressenti une grande agitation autour de nous et, tout de suite, nous avons vu arriver les Allemands. C'étaient des motards. Ils se sont rangés tout autour de la place centrale où nous nous trouvions. Des camions militaires les ont rejoints et des soldats en sont descendus. Ils se sont rendus, par petits groupes, dans les différents endroits de la ville. Ils regardaient les gens d'un air indifférent, sans aucune animosité particulière et parlaient entre eux. Chez nous, et chez tous ceux qui étaient à côté de nous, la frayeur avait fait place à la curiosité. Rien de particulier ne s'est passé. Au bout d'un jour ou deux, les Allemands ont disparu. L'opinion générale était: "Ils sont corrects tout de même!". Ce n'était qu'une péripétie. La vie continuait. Bien sûr, c'était embêtant que ce fût les Allemands qui soient venus mettre de l'ordre en France. Il aurait été préférable que les Français l'eussent fait eux-mêmes. Mais comme ils n'en avaient pas été capables... En somme, la vie continuait comme avant. Pour nous, la vie continuait, mais plus tout à fait comme avant ! »

Claude Kolski raconte : « Au même moment probablement, André et moi-même avons vu l'arrivée des Allemands à l'Espérance. Deux motards en side-car à la recherche de savon. Des pensionnaires et nous-mêmes, nous tenions sur les marches à les observer. Madame Marx, l'infirmière en chef est entrée en  conversation en allemand avec eux tandis qu'ils  jetaient des yeux étonnés vers nous. Puis ils sont repartis en riant  et le mot "Juden" (c'est ce qui nous a été dit alors) a retenti au-dessus des pétarades de leur side-car » 

 

Fin juin 1941, le préfet Thoumas exigea des maires une liste de tous les Juifs de leur commune. Emile Chapuis, tout nouveau « Président de la délégation spéciale » d’Hauteville, demanda à Yvonne Worms, directrice de l’Espérance, la liste de toutes les pensionnaires ainsi que celle du personnel, tous d’origine juive (sauf le docteur Léon Bonafé). Elle prit le risque de ne déclarer que 34 Juifs travaillant ou étant en soins à l’Espérance (elle-même s’étant notée sur la liste). Une quinzaine de pensionnaires ne furent donc pas déclarées. La liste des Juifs d’Hauteville envoyée en préfecture comprenait 62 noms, dont les 34 de l’Espérance. Sur cette liste, apparaissaient déjà les noms de Kolski, Margulies, Markowicz, Halpern et Kaczerginski. A Lompnes, aucune liste ne fut établie.

P1040606 documents "Sanas"

 

Un afflux de réfugiés juifs à Hauteville suite à la rafle du Vel d’Hiv

Le 16 juillet 1942, à Paris, la police française arrêta 13 152 personnes lors d’une rafle que l’on appela «la rafle du Veld’Hiv» (Vélodrome d’Hiver). Pour la première fois, femmes et enfants sont arrêtés. Liliane Mirowicz témoigne de cette rafle : « … nous avons couru chez ma tante Louisette et je revois ma grand-mère Bouba la suppliant de partir avec nous. Mais elle n’a pas voulu. Grand-mère lui a dit de lui donner au moins sa fille Huguette mais elle n’a pas voulu s’en séparer. Elle a été frappée chez ses voisins français pour que nous allions chez eux (sans elle et sans Huguette) et j’ai entendu le bruit des pas qui montaient dans les escaliers. Ma tante nous a poussées toutes les 3, ma mère, ma grand-mère et moi chez les gens et elle a claqué la porte avant de retourner chez elle, avec Huguette qui avait mon âge (8 ans). On a entendu frapper chez ma tante et ma Bouba et maman ont vu par la serrure partir Louisette et Huguette. J’ai vu ma Bouba et maman dans un tel déchirement. Nous sommes parties sans rien et Bouba nous a emmenées boulevard de Ménilmontant, à pieds (c’est là qu’elle travaillait). On voyait des camions pleins de gens, c’était terrible, horrible, comment oublier ? Là elle nous a emmenées dans une cave toute noire éclairée par une bougie et là j’ai vu plusieurs familles avec des enfants assis par terre. Il ne fallait pas parler et rester sages. Nous sommes restées là je ne sais pas combien de temps… » 

 

Cette rafle de femmes et d’enfants provoqua un afflux massif de familles d’origine juive en « zone libre » alors que la loi leur interdisait de traverser la « ligne de démarcation ». Les familles d’origine juive qui choisirent Hauteville (sous administration de Vichy) connaissaient déjà la ville pour y être venues se faire soigner de la tuberculose.

Le 8 août 1942, Mordko Erlinger arriva directement à Brenod chez les Perrichand où se trouvait déjà son fils Bernard, en nourrice. Il le récupéra et arriva à Hauteville où  il retrouva sa femme Hena. Il logea « Aux Marronniers ».

 

Le 18 août 1942, Szajndla Mirowicz et sa fille Liliane arrivèrent de Paris en train et passèrent clandestinement la ligne de démarcation à Chalon sur Saône. Szajndla Mirowicz plaça sa fille Liliane à Ambérieux (près de Villefranche-sur-Saône) et rejoignit Hauteville pour trouver une nourrice et voir si elle pouvait être admise à l’Espérance. Elle n’était pas malade, car c’était sa sœur Masza, décédée depuis l’année précédente, qui séjournait dans cet établissement. Szajndla Mirowicz arriva à Hauteville le 20 août 1942. Le docteur Bonafé accepta de faire une fausse attestation de maladie pulmonaire pour l’admettre officiellement à l’Espérance. Elle obtint ainsi son « assignation à résidence ». Le docteur Bonafé lui trouva une nourrice parmi ses clientes. Szajndla Mirowicz repartit vite reprendre  sa fille et à son retour et la plaça chez Juanna David-Nillet, à Cormaranche, le 25 août 1942.

 

En Bugey, 23 Juifs furent « raflés » le 26 août 1942. Parmi eux, la famille Buks qui habitait Hauteville (Bajla Buks est la sœur de Masza Markowicz). Haskiel et Bajla Buks ainsi que leurs enfants Fajga et Armand furent arrêtés et internés à Vénissieux. Le 2 septembre 1942, les raflés du 26 août étaient presque tous convoyés de Drancy à Auschwitz. Haskiel et Bella Buks furent déportés par le convoi 27 au départ de Drancy vers Auschwitz.

 

A la mi-décembre 1942, Liliane Mirowicz (8 ans) fut placée chez la famille Blaudier qui habitait Cormaranche car un autre enfant, prévu de longue date, arriva chez les David-Nillet. Il s’agit de Michel Japkowicz qui est le fils des amis parisiens des Goldner. Leurs enfants se retrouvaient ainsi chez la même nourrice. Claude (8 ans) et André Kolski (9 ans) étaient placés chez le « Père Allard » à Cormaranche également. Un « vieux de la vieille » qui leur raconte des histoires incroyables et terribles sur la guerre de 14. C’est leur deuxième séjour à Cormaranche après avoir passé quatre mois en 1940 dans la famille d’Eugénie Emin. Yvette Minski (11 ans) était toujours dans la famille de Marie-Louise Emin (belle-sœur d’Eugénie). Elle entra à l’école de Cormaranche, ainsi que Liliane, Claude et André. C’est là que Liliane fit la connaissance d’une camarade de classe, Renée Fornerone (Mme Samy). Le 21 décembre 1942, Sura Japkowicz arriva enfin à Hauteville. Elle plaça comme convenu son fils Michel à Cormaranche chez les David-Nillet. Sura Japkowicz entra ensuite officiellement à l'Espérance. Début janvier 1943, André Kolski fut placé dans chez les Savin aux Capucines à Lompnes et son frère Claude chez François et Adèle Robert à la Villa Seytier (Lompnes).A cette époque à Grenoble, Malka Segal confia son fils Joseph Segal (deux ans et demi), par l’intermédiaire de ses belles-sœurs, à Marie-Louise Emin de Cormaranche où se trouvait déjà Yvette Minski (12 ans).

 

img201 Cormaranche village d'accueil des enfants juifs.

Le 21 février 1943 eut lieu une nouvelle rafle de Juifs qui concerna Hauteville. Cette seconde rafle dans l'Ain (ordonnée par Vichy sur pression des Allemands) prévoyait l'arrestation de vingt hommes Juifs, âgés de 18 à 60 ans, ne bénéficiant pas de la protection d’un pays. Le préfet Thoumas proposa de prendre 20 noms parmi une liste de 37 noms possibles. Sur ces 37 noms, 18 étaient des Juifs d’Hauteville. Cette rafle qui prévoyait l’arrestation de 20 Juifs pour l’Ain fut moins « zélée » et se limita à… 7 personnes ! Benjamin Szor, Meyer Muldworf, David Vogel et Moszek Pakula entre autres furent épargnés grâce aux interventions du docteur Bonafé et du maire Frédéric Dumarest. Finalement, sur Hauteville, seul Manole Reich dit « Max » fut raflé ce jour-là.

Début mars 1943, André Kolski arriva dans la famille Antoine, une famille d’Hauteville. En avril 1943, Michel Japkowicz changea de nourrice : il quitta Cormaranche et se retrouva chez Adèle et François Petit à Lompnes.

 

A la suite d’une réunion à Aix les Bains le 11 août 1943, entre la direction de l'Espérance, les représentants de la fondation Rothschild et la direction santé de l'UGIF (Union Générale des Israélites de France, créée en 1941 par le régime de Vichy), il fut proposé de libérer les 30 places de patients théoriquement guéris. Parmi ces pensionnaires de l’Espérance que l’on voulait faire partir, se trouvaient les mères d’enfants cachés sur le plateau d’Hauteville : Hena Erlinger, Tauba Golner, Séraphine Halpern, Ernestine Ament, Sura Japkowicz, Sura Kolski, Perla Margulies, Laja Minski, Szajndla Mirowicz et Malka Segal.

A Hauteville, le 10 octobre 1943, à 29 ans, Gustave Segal (oncle de Joseph), entra dans le maquis. Il prit le nom de guerre « Guste » et fut intégré au groupe du lieutenant Michel (Camp des Granges).

 

Le retour des Allemands à Hauteville

A Hauteville, le 4 janvier 1944, le danger se rapprocha et les Allemands entrèrent pour la première fois à Hauteville depuis… juin 1940 ! Ils venaient arrêter le résistant Henri Chapuis mais trouvèrent un autre résistant du nom de René Bouvret.

 

Le 5 février 1944, la répression allemande s’accentua sur le plateau d'Hauteville et dans le Valromey. 5 000 soldats allemands appuyés par l'aviation attaquèrent en masse les camps du maquis de l'Ain, y massacrant les maquisards. Il y eut 184 arrestations, 42 personnes fusillées et 38 maisons incendiées au cours du seul mois de février 1944. A Hauteville-Lompnes, la gestapo procéda à 18 arrestations. Parmi elles : Gustave Segal (30 ans), Roger Jacubowicz (23 ans), Dobry Londner (32 ans), Moszek Jacubowicz (FTP-MOI), André Maclet (maquisard et réfractaire au STO) et David Vogel (écrivain exilé).

 

Le 6 février 1944, les Allemands encerclèrent un groupe de maquisards à Brénod. Henri Chapuis, qui avait échappé à l’arrestation de janvier, fut arrêté avec une quarantaine d'autres résistants. Il fut fusillé par la gestapo à Lyon le 4 avril 1944. Les autres furent déportés (une vingtaine seulement revint des camps de la mort). Le 7 février 1944, Marius Seytier de Lompnes, arrêté à son tour, fut conduit à Montluc puis interné à Compiègne où il mourut.

 

En février 1944, à Hauteville, les pensionnaires de l’Espérance ne s’inquiétaient pas trop pour leurs enfants qui n’étaient plus à Hauteville même : Bernard Erlinger était en Suisse, André et Claude Kolski à Villereversure,  Michel Japkowicz à Clermont Ferrand, Alexandre Kaczerginski à Oyonnax,  Romain Markowicz à Bourg en Bresse, Monique Markowicz à Chaley, Sylvain Margulies à Châtillon-de-Michaille, Georgy Halpern à Izieu, Hans Ament à Izieu,Yvette Minski à Cormaranche, Liliane Mirowicz à Cormaranche, Victor Goldner à Cormaranche ou encore Joseph Segal à Cormaranche.

 

Le 28 avril 1944, la gestapo fit sa première descente à l’Espérance. Ils cherchaient Moszek Pakula et son fils Victor Pakula (16 ans), dénoncés comme résistants. Mais Victor Pakula était déjà passé en Suisse alors que sa famille était encore à Hauteville : son père Moszek résidait aux Ormeaux et sa mère Chaja et sa sœur Tauba (20 ans) étaient à l’Espérance. Ils arrêtèrent Moszek, Chaja et Tauba et les internèrent à Montluc (Lyon) avant de les envoyer à Drancy. Tauba Pakula témoigne : « Nous étions les premiers à être arrêtés par la gestapo. On a été emmené à Montluc près de Lyon puis, après quelques jours, à Drancy avec mes parents.  Ensuite le convoi du 20 mai 1944 nous a emmenés à Auschwitz. Evidemment ma mère n’est pas entrée au camp car elle avait des cheveux blancs. A cette époque, on emmenait les vieux et les enfants au crématoire. Et mon père, j’ai été séparée de lui et je ne l’ai jamais revu. Et moi je suis revenue parce que j’étais jeune, j’avais 20 vingt ans et aussi parce que c’était déjà la fin. Ils commençaient à évacuer. »  Moszek, Chaja et Tauba Pakula furent déportés, le 20 mai 1944, de Drancy à Auschwitz par le convoi 74. Seule Tauba réussit à survivre aux camps de la mort.

 

Suite à cette descente et ces arrestations, plusieurs pensionnaires paniquèrent. Ainsi Laja Minski plaça sa fille Yvette à Bioleaz dans la famille René Couturier-Berthelot, Szajndla Mirowicz courut reprendre sa fille Liliane (8 ans) à Cormaranche et partit immédiatement sans destination précise. Tauba Goldner plaça son fils Victor dans une ferme à Virieu-le-Grand. Alexandre Kaczerginski, 16 ans, entra dans le Maquis chez les FFI.

 

Le 15 juin 1944, au Col de la Lèbe près de Cormaranche, de durs combats eurent lieu entre les Allemands et le Maquis. Le 23 juin 1944, un événement terrible eut lieu à Hauteville-Lompnes : les Allemands réoccupèrent la ville et firent prisonnier Joseph Viallaz, le nouveau maire désigné par la Résistance. Ils le fusillèrent et son corps ne fut retrouvé et ramené à Hauteville qu’après la guerre. Frédéric Dumarest assuma de nouveau et provisoirement la charge de la mairie. A Cormaranche, le 11 juillet 1944, les Allemands traquèrent des maquisards du coin. Ainsi Emile Bochet, Paul Duchêne, Francisque Guillot-Vignot, Léon Emin et Constant Giardino furent tués. Gaby (fille de Marie-Louise Emin) se souvient : « Un jour en juillet 1944, les Allemands cherchaient des maquisards et ils sont venus à Cormaranche. Un soldat allemand est entré dans la maison et il a trouvé mon père César Emin assis avec un enfant sur ses genoux. Mon père a eu très peur mais le soldat voulait simplement remplir sa gourde d’eau et il est reparti. L’enfant c’était Joseph Segal! »

 

La libération

Le 4 septembre 1944, Bourg-en-Bresse et le département de l’Ain furent entièrement libérés. Le 1er octobre 1944, Victor Goldner quitta la ferme de Virieu-le-Grand et revint à Cormaranche chez les David-Nillet alors que Liliane Mirowicz arriva dans la famille Robert de Lompnes qui habitait la maison Seytier. Adèle Robert était l'ex-nourrice de Claude Kolski qui était parti en février rejoindre son frère André à Villereversure. Szajndla Mirowicz retourna à l'Espérance en attendant de retourner sur Paris.

 

De Chaley, le 1er novembre 1944, Gedela Markowicz revint à Paris et constata que son appartement était occupé par une autre famille. La famille Markowicz ne retrouva leur minuscule logement (rue Vauquelin) qu’en décembre 1944.

 

Le 18 novembre 1944, Sarah Japkowicz quitta l'Espérance, regagna Paris où elle retrouva son fils chez la famille Godignon (à Champigny). Les Japkowicz récupérèrent leur appartement 20 rue de Thorigny à Paris 3ème.  Mais la maison semblait vide, le père Nathan et le fils aîné Maurice qui aurait eu 17 ans n’étaient plus là….

 

A Hauteville, le 22 novembre 1944, Chaïm Segal quitta Belligneux. Encore convalescent, il partit en ambulance à Grenoble pour rejoindre sa femme Malka. Il passa par Cormaranche, pour retrouver son fils après 2 ans, mais il ne put l’embrasser en raison de l’aspect contagieux de la tuberculose. Joseph resta cinq mois chez Marie-Louise Emin, attendant que ses parents se rétablissent et reviennent à Paris.

 

Le 5 décembre 1944, Hertzl et Tauba Goldner avec leur fils Victor repartirent à Paris où ils eurent la chance de retrouver leur logement de la rue du Poitou (jusque là, Hertzl habitait chez madame Dumouriez à Hauteville). Plus tard, ils envoyèrent un carton plein de chapeaux à la mode à la famille David-Nillet.

 

A Hauteville, le 1er janvier 1945, Sura Kolski (mère d'André et Claude), revenue à l'Espérance pour se reposer un peu, voulut « participer » à la fin de la guerre et retourna à Lyon. Sura Kolski dut rejoindre à nouveau l’Espérance pour reprendre les soins et fut de nouveau admise à l’Espérance en février 1945. Ses enfants Claude et André quittèrent la Maison d’enfants de La Chaux et revinrent à Hauteville-Lompnes. Claude retrouva Madame Robert à Lompnes, André fut placé chez une autre nourrice.

 

Le 8 mars 1945, Laja Minski (mère d'Yvette) quitta l'Espérance et remonta à Paris en laissant sa fille chez Marie-Louise Emin à Cormaranche. Elle tenta de retrouver un appartement car le sien était également occupé. Le 1er mai 1945, ce fut Maryem Segal qui quitta l’Espérance. Confrontée elle aussi à la « course aux appartements », elle choisit de rester à Hauteville encore quelques mois. Sa sœur Sura Segal quitta également l'Espérance. Sura récupéra son neveu Joseph qui allait sur ses cinq ans, elle l’emmena dans le préventorium Albert Calmette à Yerres (Seine et Oise) en attendant que ses parents soient complètement guéris et réinstallés.

Le 8 mai 1945, à Hauteville comme dans le monde entier, ce fut une explosion de joie. Le jour de la capitulation allemande, il y avait 72 pensionnaires à l'Espérance: la moitié quitta l'établissement ce jour là ! On en déduit donc qu’il y avait 35 pensionnaires qui étaient encore cachées, tant que l’annonce de la fin du cauchemar n’était pas officielle.

Scan0015  cérémonie du 8 mai 1945 à Hauteville

 

Toujours à Hauteville, le 18 août 1945, Hena Erlinger (mère de Bernard) quitta l'Espérance et rejoignit son mari Morkda à Paris. Mais ils furent obligés de rester un moment à l'hôtel car, comme beaucoup, ils n'avaient pu récupérer leur appartement occupé. Le 15 septembre 1945, Bernard Erlinger (10 ans) rentra de Suisse et rejoignit toute sa famille (son frère Serge aussi) qui a finalement trouvé un autre logement rue Saulnier à Paris (9ème).

 

A Hauteville, le 25 septembre 1945, ce fut au tour de Sura (Sarah) Kolski de partir de l'Espérance. Szulim Kolski, son mari, laissa son emploi à Chamonix et les rejoignit peu après. Le 1er novembre 1945, Szajndla Mirowicz partit avec sa fille Liliane. Elles allèrent habiter Villa St Michel à Paris dans le 18ème.

 

En 1946, Perla Margulies se trouvait encore à l’Espérance. Elle sortit guérie le 31 août 1946. Elle récupéra son fils Sylvain  dans la famille Billion à Cormaranche. Ils remontèrent tous les deux  à Paris où ils retrouvèrent leur appartement inoccupé du 27 rue Lesage (20ème arrondissement). Le 9 septembre 1946, Séraphine et Julius Halpern (parents de Georgy) remontèrent à leur tour à Paris (195 rue Lecourbe).

 

Hommage à Léon Bonafé et aux nourrices

Cet article sur le parcours de certains de ces enfants cachés sur le plateau d’Hauteville au cours de la seconde guerre mondiale est bien évidemment dédié à la mémoire de Léon Bonafé, médecin-chef de l’Espérance. Il prit des risques en établissant de fausses attestations de tuberculose pour sauver des hommes et des femmes juifs de la déportation. En 1943, la moitié des patientes de l’Espérance ne sont pas ou plus malades ! Il se chargea également de trouver des nourrices de confiance parmi sa clientèle. Pendant quatre ans, il soigna gratuitement les enfants qui venaient voir leur mère à l'Espérance. Il ne parla jamais de ses actions clandestines même à sa fille. A la demande des enfants juifs d'Hauteville, Léon Bonafé sera bientôt décoré au titre de "Juste parmi les Nations" pour ses actions en faveur des juifs pendant la guerre.

 

Il ne faut pas oublier dans cet hommage les familles d’accueil. Si certaines ont agi pour l'argent, d'autres ont fait preuve d'une grande humanité. Avec le durcissement de la politique anti-juive (rafles et déportations), certaines nourrices ont ainsi marqué leur solidarité contre l'oppression. Ce fut le cas de Marie-Louise et César Emin (famille d'accueil de Joseph Segal) qui cachèrent les enfants du sanatorium dans les fermes alentours lors d'une rafle à l'Espérance. Eugénie Emin (nourrice de Claude et André Kolski) s’investit beaucoup  humainement pour les enfants dont elle a eu la charge ainsi que pour Monique et Romain Markowitch. Joanna et Alfred David-Nillet (famille d'accueil de Victor Goldner, Michel Japkowicz et Liliane Mirowicz) ont fait des actes de résistance (distribution de tracts…). Adèle et François Robert (famille d’accueil de Claude Kolski) hébergèrent plusieurs nuits Sura Kolski (la mère de Claude) pendant les attaques des Allemands et de la milice contre le maquis en février 1944.

SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE

. Archives départementales de l'Ain

. Archives municipales d’Hauteville-Lompnes

. Archives des « enfants cachés » et des familles des nourrices

. Centre de documentation juive contemporaine à Paris

. LEVY (Georges), Les enfants de l’Espérance : Hauteville 1939-1945, 2006.

 

ANNEXE 1 : CERTAINS ENFANTS D'ORIGINE JUIVE PLACES SUR LE PLATEAU

 

Victor GOLDNER né en 1934

Placé chez Adèle et François Robert à Lompnes d’octobre 1942 à février 1943

Placé chez Joanna et Alfred David-Nillet à Cormaranche-en-Bugey de mars 1942 à avril 1944 et d'octobre 1944 à novembre 1945

 

Joseph SEGAL né en 1940

Placé chez Marie-Louise et César Emin à Cormaranche-en-Bugey de février 1943 à avril 1945.

 

Liliane MIROWICZ née en 1934

Placée chez Joanna et Alfred David-Nillet à Cormaranche-en-Bugey de septembre à novembre 1942

Placée chez la famille Blaudier à Cormaranche-en-Bugey de décembre 1942 à avril 1944.

Placée chez Adèle et François Robert à Lompnes d’octobre 1944 à novembre 1945.

 

Sylvain MARGULIES né en 1932

Placé chez Julia et Marius Billion à Cormaranche-en-Bugey de mai 1944 à septembre 1946

 

Michel JAPKOWICZ né en 1935

Placé chez Joanna et Alfred David-Nillet à Cormaranche-en-Bugey de décembre 1942 à août 1943

Placé chez Mme Petit à Lompnes de septembre à décembre 1943

 

Maurice JAPKOWICZ né en 1927

Placé chez Joanna et Alfred David-Nillet à Cormaranche-en-Bugey de décembre 1942 à août 1943

 

Claude KOLSKI né en 1934

Placé chez Eugénie Emin à Cormaranche-en-Bugey de septembre à décembre 1940

Placé chez le "père Allard" à Cormaranche-en-Bugey de septembre 1942 à janvier 1943

Placé chez Adèle et François Robert à Lompnes de février 1943 à février 1944.

 

André KOLSKI né en 1933

Placé chez Eugénie Emin à Cormaranche-en-Bugey de septembre à décembre 1940

Placé chez le "père Allard" à Cormaranche-en-Bugey de septembre 1942 à janvier 1943

Placé chez la famille Savin à Lompnes en février 1943

Placé chez la Famille Antoine à Hauteville de mars à octobre 1943

 

Monique MARKOWITCH née en 1933

Placée chez Louise et Yves Emin à Cormaranche-en-Bugey d'octobre 1939 à avril 1940

 

Romain MARKOWITCH né en 1929

Placé chez la famille Berthet à Hauteville en septembre 1939

Placé chez Louise et Yves Emin à Cormaranche-en-Bugey d'octobre 1939 à avril 1940

 

Yvette MINSKI née en 1931

Placée chez Marie-Louise et César Emin à Cormaranche-en-Bugey de septembre 1942 à janvier 1944

 

Bernard et Serge ERLINGER nés en 1934 et 1938

Placés chez la famille Perrichand à Brénod d’avril à juillet 1942.

 

ANNEXE 2 : LE BILAN POUR LES JUIFS D’HAUTEVILLE

 

Les 17 Juifs d’Hauteville-Lompnes qui ont été arrêtés :

Abramovitch    Albert

Abramovitch    Simone

Buks Haskiel

Buks Bajla

Buks Fajga

Buks Armand

Burzstein Georges                   

Jakubowicz Roger

Japkowicz Maurice     

Londner Dobry           

Londner Joseph          

Pakula Moszek/Maurice

Pakula Chaja  

Pakula Tauba

Reich Max      

Segal Gustave/Guilele             

Vogel   David  

 

Les trois Juifs d’Hauteville-Lompnes arrêtés qui ont survécu :

Buks Fajga  (sortie du camp de Vénissieux et cachée)

Buks Armand  (sorti du camp de Vénissieux et caché)

Pakula Tauba  (survivante d’Auschwitz).

 

Les Juifs d’Hauteville déportés ont été arrêtés lors de 5 opérations :

Le 26 août 1942, rafle de Juifs à Hauteville, (Haskiel, Bajla, Fajga et Armand Buks sont arrêtés).

Le 21 février 1943, rafle de Juifs à Hauteville, (Max Reich est arrêté).

Le 28 août 1943 à Lyon Perrache, arrestation par les Allemands de Maurice Japkowicz).

Le 6 février 1944, rafle de Résistants et de Juifs à Hauteville, (parmi eux il y avait André Maclet, Albert et Simone Abramovitch, Georges Burzstein, Roger Jakubowicz, Dobry et Joseph Londner, Gustave Segal et David Vogel).

Le 28 avril 1944, rafle de la gestapo à l’Espérance (Moszek, Chaja et Tauba Pakula sont arrêtés).