La Fresnaie, évolution d'un vieil hôtel.

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L’hôtel « La Fresnaie » a été construit en 1920, tout au début de la période de croissance exponentielle que présenta la station d’Hauteville et Lompnes au lendemain de la première guerre mondiale. C’est par un commerçant précédemment installé à Hauteville que ce bâtiment vit le jour, il en assura la gestion, et son épouse en prit la direction.

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Dès l’origine, ils voulurent donner à cet établissement un caractère de confort et d’élégance relativement marqué. Comme plusieurs autres maisons apparues ultérieurement, l’hôtel ne portait pas le nom de sanatorium, il assurait l’hébergement de malades qui étaient suivis médicalement dans les sanatoriums déjà existants ou dans les cabinets des rares médecins.

Rappelons qu’à cette date, la station était constituée du sanatorium Mangini, crée en 1900 par le docteur Frédéric Dumarest avec Félix Mangini. Dirigé par son créateur, cet établissement soignait les tuberculeux peu fortunés. Un deuxième sanatorium vit le jour en 1904, fondé par le docteur Quinson, il devint en 1918 le sanatorium départemental de l’Ain pour les hommes. Puis vint la création du sanatorium d’Angeville par la Croix-Rouge française, il fut considérablement agrandi  en 1920. Enfin, le sanatorium Belligneux fut ouvert en 1912, il était dirigé par le docteur Frédéric Dumarest pour recevoir la clientèle aisée venue de France et de l’étranger, attirée par les travaux scientifiques de son directeur. Elle trouvait dans ces installations climatiques le standing correspondant à sa demande.

Après la vente en 1932 des sanatoriums Belligneux et Grand Hôtel (celui-ci inauguré en 1930), Frédéric Dumarest, qui les dirigeait, avait perdu la possibilité de traiter les nombreux malades que sa notoriété attirait.

En 1937, la vente judiciaire de La Fresnaie lui permit de reprendre cet établissement, d’une capacité relativement réduite de 48 lits en chambres particulières confortables. Il y fit réaliser diverses améliorations et installer un service médical puis chirurgical qui lui donnait le caractère véritable de sanatorium. La bibliothèque de Belligneux, d’un haut niveau culturel, avait été constituée par les curistes ; Frédéric Dumarest la fit transférer à la Fresnaie. A l’époque, ce n’était pas un établissement de luxe, mais de très bon confort, sans rien qui puisse nuire à la qualité du traitement. La plupart des chambres avaient une galerie de cure particulière formant une véritable pièce extérieure ouverte seulement sur la face sud. Frédéric Dumarest en avait la direction médicale et administrative, assisté du Dr Gluckstern et de Madame Crépin, avec un personnel très attaché et dévoué à l’établissement.

A partir de 1949 le Dr Jean Dumarest, en fonction aussi au Sanatorium Mangini, vint le seconder. Il lui  succéda après son décès en 1951.

Les nouvelles dispositions législatives, très contraignantes et d’esprit très égalitaire, rendaient difficile le fonctionnement financier de cet établissement. La promulgation en 1953 de la loi créant les « sanatoriums de confort particulier » avec les décrets consécutifs qui fixaient toutes les conditions d’installation et de fonctionnement, améliora beaucoup la situation. De nouvelles modifications imposées avaient été réalisées. Cinq sanatoriums étaient admis en France dans cette catégorie.

Au moment où la conversion des sanatoriums devint impérieusement nécessaire, l’autorisation de transformer La Fresnaie en maison de convalescence active fut obtenue et réalisée en 1973.

La petite société anonyme propriétaire n’avait pas les moyens suffisants pour réaliser cette conversion. Elle fut rendue possible par la vente de la Fresnaie à un groupe important de Caisses de prévoyance des cadres de l’industrie et du commerce, piloté par la Caisse Du Textile de Lyon et du Sud-Est, qui  en confia la gestion à l’Oeuvre Lyonnaise des Hôpitaux climatiques, propriétaire du Centre Médical Mangini, sous la direction de Monsieur Jean Latreille.

La maison et le parc  furent entièrement rénovés, en gardant le salon, la salle à manger et le service médical déjà existant. Toutes les chambres furent équipées de salles de bains complètes avec toilettes.

Le docteur Jean Dumarest restait le médecin et le docteur Ségolène Chevrillon lui succéda à sa prise de retraite en 1985. L’établissement fut rattaché au Service public hospitalier.

Suivant la mission qui lui était confiée, La Fresnaie recevait des convalescents de toutes les pathologies, y compris la psychiatrie légère, et suites immédiates de chirurgie ou de médecine hospitalières. Le concours de Kinésithérapeutes de la station et les installations de rééducation du Centre Mangini complétèrent la qualité des soins.

Cinq régimes différents étaient assurés tous les jours sur prescription médicale, les petits déjeuners étaient servis en chambre. La salle à manger était équipée de petites tables, éventuellement individuelles.

Les patients provenaient des Caisses de prévoyance, mais aussi de nombreux hôpitaux et cliniques de la région et de Paris. Pendant plusieurs années, la maison connut une activité très intense, car elle répondait à un besoin réel et jouissait d’une très bonne réputation.

Que ce soit sous forme de sanatorium ou comme maison de convalescence, La Fresnaie offrait à ses pensionnaires un confort et une élégance qui en faisaient la maison la plus appréciée d’Hauteville. Sa clientèle était constituée de membres des classes moyennes et supérieures de la société, ce qui créait un milieu d’un niveau culturel en général assez élevé : chefs d’entreprises, écrivains, hommes politiques, membres des professions libérales. Les membres du personnel étaient fiers de travailler dans cet établissement.

En 1992, à la suite d’un différend entre les Caisses propriétaires et l’Oeuvre Lyonnaise gestionnaire, le contrat d’association fut résilié ; L’œuvre Lyonnaise décida l’acquisition de La Fresnaie et sa fermeture pure et simple. Les autorités de tutelle acceptèrent le transfert du budget de fonctionnement sur le Centre Médical Mangini.

C’était la mise à mort d’un établissement de soins en plein fonctionnement qui répondait à un besoin et dont la clientèle aisée était une ressource intéressante pour le commerce local. Ce véritable sabotage provoqua l’indignation et la colère de toute la population d’Hauteville et de la municipalité.

Après une série de démarches et de tractations dont le détail importe peu, la commune se rendit acquéreur de la propriété.

fresnaie 025 Pose de la première pierre de l'IFSI

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Le parc fut affecté à la construction de la nouvelle école d’infirmiers et infirmières, l’immeuble étant conservé en maison de convalescence avec une société gérante. Les lits de la Fresnaie furent délocalisés et l’immeuble cédé par la commune au Centre hospitalier public d’Hauteville en vue d’un projet qui ne fut pas réalisé.

Après être resté fermé pendant plusieurs années, le bâtiment fut vendu pour être transformé en logements principalement destinés à l’hébergement des élèves infirmiers.
Une nouvelle destination voit donc le jour en 2010 par la création de l’IFSI, le site de La Fresnaie perdure donc  et retrouve ainsi une nouvelle jeunesse.

                                Jean Dumarest

P1020615 - Copie Inauguration de l'IFSI"Jean Dumarest"

ce texte écrit par le docteur Jean Dumarest décédé le 1 septembre 2010, l'Ifsi porte désormais son nom,