LA CONFRERIE DE LA BONNE MORTExpo Dreffia Eglises 101 - Copie

 

 Vraiment cette fin du XVIème siècle s’avérait détestable à HAUTEVILLE, tout avait commencé par cette affreuse nuit du 17 novembre 1560 où le froid intense glaçait les chemins du bourg de LOMPNES : des gens qui allaient veiller chez les GUY avaient  trouvé,  sur un fumier le corps ensanglanté de Pierre BILLIARD. Celui-ci n’allait pas tarder à rendre son âme malgré les soins actifs de Maître Antoine CHAPUYS, barbier et chirurgien du lieu et les prières de Messire Georges PUGIEU vicaire. Et ce crime, pour une obscure histoire de moutons qui avaient mangé le champ de choux des Billiard. Une rixe avait eu lieu et finissait par un cadavre. On en parlerait longtemps dans les chaumières.

Ensuite bon an, mal an, on connaîtrait cette affreuse peste de 1587 qui fit tant de morts dans la population puisqu’on dut ouvrir des « cabanes pour contagieux »en Tramolles, Ponciaz, Derban, les Ollières….

Enfin en 1595 au mois de Mai, le château de LOMPNES tomba sous les coups de l’armée française commandée par le Seigneur d’AMBERT.

Non vraiment le moral n’y était plus…

 

C’est dans cette époque troublée que fut probablement créer la « CONFRAYRIE d’HAUTEVILLE  » puisque dans les testaments des 22 et 29 janvier 1586 de Jean TOLLOMOND laboureur de Nantuel  (Nantuy) et de Louise CAVET on trouve mention d’un legs en faveur de cette confrérie.

 

Les confréries remontaient au XIII ème siècle, elles pouvaient être laïques (les tailleurs de pierre, bouchers, orfèvres…) ou religieuses, composées de laïcs certes mais inspirées des communautés monastiques.

On retrouve mention plus tard de notre confrérie religieuse lors de la visite se Saint François de Sales notre évêque de Genève le 1 novembre 1605 sous le nom de « CONFRERIE DE NOTRE DAME » puis sous Monseigneur Michel Gabriel de ROSSILLON elle devient « CONFRERIE DE L’ASSOMPTION DE NOTRE DAME «  le 9/8/1700. Sous Monseigneur Jean Pierre BIORD, le 25/7/1767, elle s’appelle « CONFRERIE DU SAINT SUFFRAGE »

Une bulle d’indulgence du pape CLEMENT XI en 1705 la dénomme « GRANDE CONFRERIE DE NOTRE DAME SOUS L’INVOCATION DES AMES DU PURGATOIRE » Enfin sous Monseigneur DEVIE, elle devint « CONFRERIE POUR LA BONNE MORT »

Cette confrérie a perduré jusqu’en 1955 environ sous la dénomination « Grande confrérie de la bonne mort »   

 

Bulle du pape Clément XI

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En quoi consistait-t-elle ? Les membres de la population locale faisaient un don de deux sols (1749) on leur donne un petit cierge qui peut valoir un sol et ils s’inscrivaient dans les registres de la confrérie. De plus, le dimanche suivant l’Assomption on chantait une messe des morts, après l’évangile il y a un sermon sur les Trépassés. REQUIEM, LIBERA ME, DIES IRAE, toute la liturgie la plus solennelle était pratiquée.

 

 Ne croyons surtout pas qu’il s’agissait d’une « bondieuserie » de bigotes. C’était  un véritable engouement spirituel d’une large population. En effet, on recense de 1684 à 1793 entre 1500 et 3000 inscriptions annuelles. Non seulement les habitants du plateau étaient concernés mais on enregistrait alors des inscriptions des gens de CERDON, du Valromey, de la Combe du Val, de SAINT JEAN LE VIEUX. D’autres venaient de plus loin, puisqu’on notait des noms originaires de NANTUA, BELLEY, LA MICHAILLE, LE PAYS DE GEX, l’AUVERGNE, LE DAUPHINE, L’ARTOIS. Pour la petite histoire, on retrouve même le nom d’un jeune homme très certainement originaire d’Hauteville guerroyant en FRANCONIE (‘BAVIERE) inscrit au catalogue sous le nom de Jean GARIN d’Allemagne.

 

Tous ces associés faisaient le pèlerinage annuel en l’église d’Hauteville  malgré les difficultés et les dangers des chemins. On signale même qu’un certain Joseph fils d’Anthelme MEYGRET fut mordu par une louve et mourut le jour même de la solennité le 18 Août 1754.

 

En 1793, en pleine terreur, on notait encore 938 associés inscrits. Cette confrérie devint moins active dès le premier empire puisqu’en 1805  le chiffre ne dépassa pas 500 personnes. Et entre les 2 grandes guerres de ce siècle, le nombre des inscrits ne dépassa pas les 200 associés.

 

Bien sûr dès le XVIIème siècle on retrouve les noms des familles qui ne manquaient pas de faire des dons parfois importants les CORBET, HUGON, CHAPUIS, MEYGRET, DUMAREST, ANCIAN, LURIN, GARIN, GUY, FIGUET, GALLEY, BILLIARD, BOZONNET,BILLON, SEYTHIER….

 

 C’était donc tout un peuple qui adhérait. Recherchait-il avant la lettre une assurance pour le Paradis ? S’agissait-il d’une pratique superstitieuse plus que spirituelle ? Ce n’est pas sûr…

 

Pour les paroissiens des siècles passés, la mort était considérée comme le manger, le boire, le sommeil. Elle intervenait quasi quotidiennement par les épidémies, les guerres, les pillages, les maternités tragiques, les accidents, les maladies de toutes sortes, elle atteignait le  nouveau né comme le jeune homme, les vieillards n’étaient à l’époque âgés que de 60 ans.

 La mort était aussi présente que le pain quotidien.

 On ornait les églises de fresques de danses macabres, on la représentait dans les jeux théâtraux, et dans les cabarets on poussait l’ironie jusqu’à boire dans des pichets de terre en forme de crâne…

 Et même nous, Hautevillois, n’avions nous pas notre vogue annuelle le jour du grand service funéraire de la « Confrérie de la Bonne mort » ce qui a étonné plus d’un visiteur étranger de passage à Hauteville.

 Car l’église le jour de la fête votive était garnie de grandes tentures noires à croix de Malte au chœur et dans la nef, et un catafalque* trônait au milieu du transept.

 Mais à la sortie de la messe en mémoire des confrères décédés de toutes les générations, on se rassemblait en famille dans la joie la plus totale pour célébrer la Vogue autour d’un bon repas.

Ainsi va la Vie !

                                                                         

*estrade pour recevoir un cercueil réel ou simulé