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LGUYHAUTEVILLE01
22 août 2015

Henriette d'Angeville avait du caractère....

Mademoiselle d'Angeville avait un caractère affirmé, il en fallait pour se permettre de faire l'ascension du Mont Blanc en 1838.

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Elle prenait soin de ses intérêts, et lors de l'élargissement de la  nouvelle route Lompnes-Champdor en 1854, elle n'hésite pas à "secouer le prunier" des édiles.

voici la lettre que nous avons eue entre les mains, d'autant plus intéressante que l'un des frères Hugon, Jean Marie était mon aïeul.

 

 

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LETTRE D’HENRIETTE D’ANGEVILLE AU MAIRE DE LOMPNES

 

Ferney Voltaire le 6 février 1854.

 

Ce n’est ni au docteur ni au voisin que je m’adresse aujourd’hui, c’est à monsieur le maire de Lompnes car je viens d’apprendre une nouvelle qui tout à la fois me peine et me fait grand tort : c’est que sur sa proposition le conseil municipal a délibéré que le rélargissement de la route entre notre vallée et celle de Champdor aurait lieu du côté de mon habitation de la Maladière et de celles des deux frères Hugon, toutes trois ou nouvellement construites ou réparées for consentement sur la foi que le rélargissement serait pris sur le pré Pugeain ainsi qu’il avait été dit par monsieur l’agent voyer de Belley et mon frère propriétaire du pré parfaitement consentant.

Cette  maison appartenait à Mademoiselle d'Angeville, route de Champdor

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Je me suis vite enquis de la cause d’une mesure aussi vexatoire pour trois habitants de la commune que la lacération du clos de leur habitation ; On me répond que c’est pour faire une économie de cinq cents francs.

Quoi ! C’est dans une commune qui possède des forêts communales comme les nôtres qu’on ne craint pas de saccager, rapetisser et déshonorer trois habitations bâtis pour la maigre économie de 500 francs que je suis loin d’admettre et qui était si aisé à retrouver sur les premiers chablis que fera la vente.

Quant à moi, la plus vexée des trois, puisqu’on me prend un terrain miné et planté : une haie préserve des arbres fruitiers en rapport, la moitié de ma place à fumier et un drainage d’assainissement.

Je réclame de toutes mes forces contre cette fatale délibération et je viens vous prier monsieur le maire de vouloir bien exposer au conseil :

1° Qu’on me fait un tort immense en arrachant une haie et une clôture qui me garantissaient tout à la fois des inondations et des voleurs de fruits.

2° En englobant dans la portion de terrain qu’on me prend pour la route la petite allée du levant qui recouvre un fossé de 90 pieds de long, lequel garni de pierres et assainit le clos en pompant les eaux venant de la route.

3° Enfin en prenant moitié de ma place à fumier que ma position exceptionnelle de propriétaire usufruitière m’interdit de transporter ailleurs.

A ces raisons péremptoires, je vous prie d’en ajouter une 4ème, comme il s’agit ici non de mon agrément mais de la salubrité de ma petite habitation qui plusieurs fois (au vu et su du public) a subi des inondations par les eaux arrivant du pré pugeain sur le chemin au chemin chez moi. La commune sera tenue de me refaire double clôture et fossé d’assainissement de 90 pieds de longueur garni de pierres et de sable tel que je l’ai crée pour les eaux ; or ces dépenses  ne feront elles pas déjà une grosse diminution sur l’économie de 500 f sur laquelle on compte.

5° Maintenant le conseil fait valoir di-on l’exhaussement du terrain opposé et le sous sol rocailleux, mais justement trouver donc là les matériaux utiles indispensables même au chargement du chemin tandis que du côté de mon clos qui sont bien défoncés même miné, il faudra faire ce chargement à coup de journées de voitures et par conséquent d’écus autre diminution qu’il faudra faire sur les cinq cents francs d’économie qu’on compte faire.

6° Maintenant des terrains minés, plantés, entourant les habitations ne seront-ils pas ... plus hauts  que les prés ? Dans ce cas le dédommagement aux trois propriétaires lésés dépassera ceux qu’aurait le propriétaire du pré, autre défalcation que cette différence ferait sur les 500FR

7° et dernière raison, tirée de la justice. Non seulement la municipalité de Lompnes n’a prévenu en rien les propriétaires de la Maladière que la rectification de la route sera prise de leur côté, mais que loin de là, on a toujours parlé de couper sur le pré Pugeain, monsieur l’agent voyer de Belley avait donné son avis dans ce sens ; lorsque Jean Marie Hugon a construit, monsieur le Préfet lui-même avait donné l’alignement et les distances. Comptant sur persistance, j’ai fait moi les dispositions de mon clos, des travaux de minage de défonçage, de drainage sur le terrain dont on veut me priver aujourd’hui. Est-ce juste ?

La maison construite par Jean Marie Hugon

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Veuillez faire valoir monsieur le Maire, au conseil ces raisons qui me paraissent péremptoires pour faire revenir sur une décision qui, en vexant trois habitants de la commune, n’apportera pas comme vous le voyez une économie aussi forte qu’on l’avait d’abord supposé, que s’il n’y a pas moyen de faire agréer à ses messieurs de la municipalité la juste réclamation que je leur fais, comme aux patrons de tous les habitants de la commune, n’y aurait-il pas moyen  de s’arranger à l’amiable avec les trois propriétaires lésés et de concilier les intérêts communaux et les leurs en partageant la différence de 500F que ces messieurs ont cru trouvé à rélargir la route au couchant plutôt qu’au levant. Je crois vous avoir prouvé qu’il y aurait après bonnes défalcations à faire sur la somme qu’on croit économiser. Eh bien ! Si en admettant ce calcul comme exact la commune prenait à sa charge 250F et les 3 propriétaires 250 F Cela irait-il ? Je viens d’écrire à Joseph Hugon pour m’entendre avec lui et l’autoriser à traiter sur ces bases pour moi, si cet arrangement lui va ainsi qu’à son frère, il pourrait payer leur quote part en travail et moi en argent. Mon frère qui a toujours été très large lorsqu’il a traité avec la commune le ferait certainement encore à cette occasion et le chemin n’en serait que plus beau pris de ce côté. Tachez donc monsieur le maire, d’arranger les choses suivant mon devis que je crois d’accord avec la justice et serez remercier car je préfère beaucoup une petite plaie d’argent à la lacération de mon enclos.

La maison que fit construire Joseph Hugon

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Dans tous les cas, je désirerais savoir à quelle époque commenceront les travaux et dans celui ou je ne pourrais avoir un arrangement, il me serait encore plus nécessaire de le connaître car ayant plusieurs choses à transplanter, il faudrait que je fusse à Lompnes ;

Si donc j’ai le chagrin de voir arracher ma haie sans rémission, je demande que ce soit en mars prochain ou bien en novembre, afin que dans l’un et l’autre cas je puisse utiliser pour la transplantation une partie des arbustes et des fleurs qui y sont plantés.

Voilà la part du maire, maintenant je fais celle du voisin montagnard en vous ….Monsieur ….et heureuse délivrance de madame Dumarest, vous prie de lui faire d’affectueux compliments ainsi qu’à vos parents Auguste Dumarest et à madame Troccon à laquelle j’écrirais au premier jour.

Recevez Monsieur l’assurance de ma considération très distinguée.

                                 Mademoiselle d’Angeville.

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