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La chartreuse de Meyriat

Aperçu historique pour le IXème Centenaire de sa Fondation

1116-2016

 

 

A qui appartenait le Site :

 

Nortold, était Seigneur du Balmay, il avait trois fils Ponce, Garnier et Guillaume, seigneur de la Dorche – commune de Chanay-

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Les armes de la famille du Balmey -Guichenon-

Le fief appartenait à la famille. Le Balmay était l’un de ces villages disséminés dans la Combe du Val, ces paroisses dépendaient de l’archiprêtré de Brénod, diocèse de Belley, anciennement diocèse de Lyon aux confins de celui de Genève.

Le château du Balmay s’élevait à côté du hameau, sur un léger renflement du terrain, entouré de marécages plus tard desséchés. Il ne reste rien aujourd’hui de cette construction, car il fut pris et rasé en 1402, malgré la défense de Jean de Rougemont, dit le capitaine la Corne, aux services des Comtes de Savoie.

Les châteaux du Moyen Age abritaient au XII ème siècle des familles patriarcales dont chaque génération fournissait des saints religieux, des eecclésiastiques éminents et des chevaliers qui allaient sacrifier leur vie pour la défense des intérêts chrétiens en Orient.

 

Les limites du territoire de Meyriat :

 

territoire de Meyriat

 

 

Ponce du Balmay possédait, comme héritage de famille, dans le massif qui sépare la Combe du Val du plateau de Brénod, la vallée  appelée  « Majorève ou Mériac à cause de la quantité d’arbres qui la peuplent » dit un vieux titre. Il en disposa pour fonder le nouveau couvent, voici l’acte qui en rendit propriétaires les Chartreux. Garnier et Guillaume du Balmay, les deux frères approuvent cette donation.

 

« Guillaume, doyen de l’église primatiale de Lyon, atteste que en l’an 1116, PONCE du Balmay, chanoine et pénitencier de cette église, donna en toute propriété à l’Ordre des Chartreux, représenté par le moine Etienne et deux frères convers, Bonfils et Geoffroy, et aux frères qui dans la suite y mèneraient la vie érémitique, la vallée de Meyriat son patrimoine. ». Ces glorieuses origines seraient en partie légendaires.  Il est plus probable que quelques ermites voulurent se retirer du monde, leur nombre était modeste à savoir un prieur, douze moines et seize convers.

 

Dans ce même acte, les limites sont ainsi désignées : le mont Valey, à l’entrée de ladite vallée, de là au mont Bardon, de là partant du nord, au sommet qui est au-dessus de la source de l’Albarine, puis allant au midi la roche dite Rouge de Maconod et Chatillonnet ». Ce domaine s’étendait sur les communes d’Izenave, Saint Martin, Maillat, Chevillard, Condamine, Vieu d’Izenave, Brénod et Lantenay.

Vers 1135, un accord fut passé avec l’abbaye de Nantua pour déterminer la possession des terres en présence du prieur de Nantua, des abbés d’Ambronay et de Saint Rambert, il semblerait que Meyriat fut avantagé dans ces échanges et durent verser en compensation trois cents sous Genevois aux moines de Nantua.

Les paysans installés sur le territoire pouvaient être considérés comme les hommes des moines, cependant ils payaient la dîme à Nantua et jouissaient du droit d’usage dans les forêts.

 

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 Borne du Molard de l'orge. photo Alain Charvolin

Puis surviennent dans les siècles suivants jusqu’en 1309, les droits de pâturages qui entrainèrent nombre de procès-verbaux contre  les habitants de Brénod, Ferrières, Chevillard, les droits d’usage furent confirmés selon un accord de 1309. Les bases de cet accord furent continuellement invoqués au cours de procès sans cesse renaissants jusqu’à la fin de XIXème siècle.

 

En 1135,  les Chartreux n’étaient pas propriétaires des lieux, ils en firent l’acquisition plus tard par achats, donations.

dessin de l'abbaye de Meyriat

 Dessin de la chartreuse de Meyriat

 

La vallée de Meyriat, appelée du nom de son torrent Combe du Valey, est une profonde déchirure qui s’ouvre un peu en aval de Condamine et se prolonge de quatre ou cinq mille mètres vers le sud –est. Cette vallée, l’une des plus pittoresques du Bugey, avec son torrent sous bois, ses sapins géants, les roches qui la surplombent, vraie miniature de l’entrée du désert à la Grande Chartreuse, se termine au centre du massif par un berceau assez large pour donner place à de bons pâturages. C’est là, sur la montagne au levant, près d’une source abondante et sur un tertre un peu plus élevé, que Ponce fit construire le nouveau monastère. Les eaux du torrent retenues par une digue formèrent un réservoir et un étang qui servaient de vivier à poissons et donnèrent plus tard le mouvement à deux scieries..

 

 Saint Bruno fonda la Grande Chartreuse,  Bernard de Varey celle de Portes, et Ponce du Balmay celle de  Meyriat, ils mirent ces monastères sous  la protection de Notre Dame Reine des Cieux.

 

Les premiers prieurs de Meyriat.

 

L’historien de Ponce nous apprend que le premier prieur de Meyriat n’était autre qu’Etienne de Bourg, compagnon de Saint Bruno. Il fut d’abord chanoine de Saint Ruf à Avignon. Il rejoignit saint Bruno à Sèche –fontaine lorsque celui-ci se préparait à la vie d’anachorète sous la direction de saint Robert de Molesme.

Dans sa nouvelle fondation, il fut soutenu par Dom Guigues, par les évêques de Lyon, Genève et Belley, et par Pierre le Vénérable, abbé de Cluny qui l’honorait de son amitié.

Les seigneurs voisins s’empressèrent de lui fournir les moyens de poursuivre son entreprise.. Le nouvel établissement fut en état de recevoir des religieux en moins de deux ans.

Il mourut le 4 janvier 1118.

Ponce du Balmay fut le deuxième prieur à la demande de Foulque vicaire à Meyriat et les autres frères du monastère la demande fut adressée à Guigues le Grand le prieur de la Grande Chartreuse.

A la mort de l’évêque de Belley, le clergé et les fidèles sollicitèrent Ponce du Balmay qui occupa le siège de 1124 à 1129. Ponce multiplia ses instances auprès du Pape Innocent II pour être déchargé de sa fonction pour revenir à Meyriat, ce qui lui fut accordé.. Il mourut dans son monastère le 30 décembre 1140 ;

Le successeur fut Dom Milon, il gouverna le monastère pendant 12 ans de 1121 à 1132. De 1143 à 1310, on en compte 14. En 1185, l’un d’entre eux s’appelait Guy, il était évêque d’Aoste, il mourut en 1190, c’était dit-on un homme de grand mérite.

 Puis 42 se succédèrent parmi lesquels ont trouve les noms de Hugues de Dorches, Antoine d’Aranc, Etienne de Maillat, Pierre de Douvres, Jacquemet, Savarin, Cagnin, Colombet etc…

 

Les bienfaiteurs de Meyriat

 

Ismion l’Abbé d’Ambronay ajouta des pâturages, les abbés de Nantua et de Saint-Rambert, les seigneurs de Thoire et Villars, de la Balme sur Cerdon, de Rougemont, de Coligny firent des donations ou des ventes bénévoles.

Les comtes de Savoie qui avaient absorbé les seigneuries « ont beaucoup donné mais selon Guichenon, historien, ils avaient aussi beaucoup osté. »

Deux empereurs et un grand nombre de papes méritèrent la reconnaissance des Chartreux.

En 1142, l’empereur Conrad approuva  la fondation, en 1157, Frédéric Barberousse fit de même et reconnut aux Chartreux droit de justice sur toutes les terres.

Les souverains Pontifes n’accordèrent pas moins de 15 bulles à Meyriat, les plus anciennes chartres sont celles d’Innocent II en 1137, Eugène III en 1146, Alexandre III en 1149, et Clément III en 1168.

 

Les moines et frères convers développent l’économie :

 

De la création de Meyriat à la révolution, les moines chartreux ont apporté beaucoup à l’économie du territoire, en défrichant les forêts, en créant deux scieries et des étangs pour l’alimentation de celles-ci ainsi que des moulins mais aussi pour l’élevage des poissons.

 

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Digue construite par les moines de Meyriat. photo Gilbert Lemoine

Ils cultivèrent les céréales et en constituèrent des jardins qui leur permettaient de produire des légumes et des « simples » -plantes médicinales pour les soins-.

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Dans certains endroits le développement de la vigne, le cellier d’Epierre à plus basse altitude leur permettait cela. Ils firent construire des granges dépendant du monastère pour l’élevage des animaux.

 

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Le cellier d'Epierre

 

 

 

La fin du monastère :

 

Dès 1791, l’Etat confisqua toutes les propriétés, il garda les forêts et vendit le reste à différents acheteurs.

En 1801 lors du Concordat passé entre la France et la papauté, les biens que l’église possédait furent vendus au prix de 316.000 livres augmenté des propriétés de Cerdon pour 125.000 livres.

 

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En 1796, Le monastère ne fut pas compris dans cette vente, il fut d’abord réservé comme asile aux religieux puis plus tard parce que l’agent de la marine, le citoyen Chavent de Cerdon s’y logeait avec ses ouvriers.

Le 27 pluviose an V  Jean Jacques Beroud, aubergiste à Nantua acheta la chartreuse tombée en ruine, pour le prix modique de 10.000 livres car elle avait été délestée de ses portes, fenêtres, plombs, fers, bois, clés, pierres de construction : tout avait été pillé.

 

Auparavant l’abbatiale de Nantua avait récupéré le grand autel et les anges adorateurs en marbre que l’on peut toujours voir aujourd’hui

 

 

A moins de 50 kilomètres d’intervalle, trois monastères ont été détruits celui de Saint-Sulpice, celui de Meyriat et celui d’Arvières.  Imaginons aujourd’hui que nous les ayons gardés, ce serait pour le Bugey de  beaux atouts touristiques, mais on ne refait pas l’Histoire.

 

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 Les derniers vestiges de Meyriat

Sources :

Samuel Guichenon : Histoire de Bresse et du Bugey 1650

Topographie MC Guigue 1873

Baron Achille Raverat 1877

Abbé L Joly 1917

Dom Jacques Dubois ; 1969