Ne pas laisser perdre la mémoire des anciens. Le texte ci-dessous est de Raymond Gramusset, ancien maire de Prémillieu.

N l'église de Prémillieu (2)

L’EGLISE DE PREMILLIEU.

 

La grande révolution de 1789 est terminée. Le presbytère a été vendu en 1790 et l’église quelque peu détériorée. Mobilier, ornements et objets de culte ont disparu.

Et pourtant les paroissiens n’étaient pas foncièrement des anticléricaux. Mais ils avaient participé joyeusement au pillage et à l’incendie de l’abbaye de saint Sulpice.

On dit même qu’un excité, faisant tirer ses bœufs, voulut jeter à bas le clocher. Il avait posé sa veste pour être mieux à son aise. Un petit malin réussit à la rapprocher des murs et s’écria « Vas-y continue ! Regarde comme ta veste est déjà loin ! » Au moins savons-nous qu’un clocher existait…

Cette église là, mesurait 21 mètres en longueur et 5,70 mètres en largeur. Elle était composée du chœur (encore existant) et d’une très petite sacristie. Le toit était en chaume. Un lambris établi sous le rampant du comble couvrait la nef et le chœur.

Le cimetière qui, à l’origine, se trouvait devant le portail ouest avait été translaté au nord. Quelques sépultures bordaient le mur sud du bâtiment.

En 1836, Monseigneur Devie, effectuant une visite pastorale écrivait : « l’église de Prémillieu à un clocher neuf. L’autel est revêtu d’une assez belle boiserie dorée et quatre colonnes torses provenant de l’abbaye de saint Sulpice »

L’autel est toujours là, magnifique mais les colonnes ont disparu.

Le 18 septembre 1853 –liasse archives nationales Paris- le conseil municipal adresse une supplique au sénateur et général Carrelet afin d’obtenir une subvention pour réparer l’église et acheter un autre presbytère. Pas de réponses…

Le 5 juillet 1855, nouvelle correspondance. Prémillieu et Armix réunis se proposent d’agrandir leur église paroissiale. Le devis de l’architecte diocésain Dufour s’élève à 7213.86 Francs Or. On ne put réunir que 4257.75 F, plan, devis et financement ne sont pas acceptés.

Le 28 août 1857, le curé Joseph Gouvat et le maire Louis Guillon adresse une supplique à l’empereur Napoléon III par l’entremise de l’évêque de Belley. Il semble qu’elle fut remise à l’impératrice Eugénie, femme très pieuse (trop, aux dires de l’empereur)

Un malheur était survenu. Un certain Fillion, artiste peintre venait d’incendier le presbytère nouvellement acheté par la commune. Lui-même et sa « femme » devaient parrainer une cloche. Au dernier moment on s’aperçut qu’ils avaient quitté leur foyer pour venir à Prémillieu filer le parfait amour. Rendez-vous compte !

Donc, dans la nuit du 2 au 3 août 1857,  le presbytère, également lieu de culte, puisque l’église venait d’être découverte et en partie démolie pour réparations, la « fruitière » voisine et dix maisons s’envolèrent en fumée.

« Il vaut mieux s’adresser au Bon Dieu qu’à ses saints ! » L’empereur alloua généreusement une subvention de neuf mille francs pour racheter l’ancien presbytère où on logerait le prêtre et où la messe serait dite.

Il faut croire que l’église fut tant soit peu « redressée » puisque le 8 février 1879 le conseil vote cent cinquante francs pour réparer la toiture de l’église emportée par un ouragan. Un certain Roty, plâtrier à l’Avant Thézillieu bâtit la voûte du chœur, en utilisant le tuffeau de la vallée. La patience et la constance finissent par payer.

Le 31 mai 1884, on désigne Cornet à Lyon comme architecte. Le 18 février 1885, plan et devis sont déposés en sous-préfecture. Le devis s’élève à 15179.18 francs y compris les honoraires d’architecte. Le chœur et le clocher seront conservés. On reconstruira la nef voûtée et  un transept voûté également. On ajoutera deux sacristies. Le 29 décembre 1886, le sous-préfet informe le maire que le ministre des cultes (qui était aussi celui de l’éducation) a décidé le 19 décembre 1885 d’accorder un secours de 8500F. La commune empruntera 5000F. Le solde sera fourni par la fabrique (organisme gestionnaire de l’église et de ses biens). De plus les villageois s’inscrivent pour 600 journées gratuites. J’ai connu un autre temps et je suis émerveillé…Verdeau sera l’entrepreneur de construction. Ses maçons arriveront de la Creuse. La pierre, assez belle sera extraite dans les environs (au Kota et aux Routes) La réception définitive eut lieu le 26 juin 1888. Le curé Gras et le maire Gramusset François étaient présents. Le coût global de la construction s’élevait à 17086.66 F A cela on doit ajouter les honoraires de l’architecte Corret : 406.30 F, le verrier Magnin, 60 rue saint Georges à Lyon percevra 838.88 F. Les intérêts de retard de paiement coûteront 85 F (tout fut soldé en 1890) Total 18409.80 F pour un de vis de 15179.18 F. Je suis plein d’admiration pour la qualité du travail, pas une pierre n’a bougé.

En 1927, Maurice Favre de Thézillieu couvrira le chœur en tôles galvanisées pour la somme de 1067.25 F. En 1959, Monsieur Alphonse Gudin, maire, fait recouvrir le clocher. Plan et devis sont établis par Monsieur Fournier architecte D.P.L.G. à Lyon. Joseph Combet, menuisier du village effectuera le travail pour la somme de 3400 francs (anciens francs) Les fidèles apporteront 10500F

En 1990, Monsieur Raymond Gramusset, maire, fait refaire le plafond et le plancher de la sacristie par l’entreprise Goumas (5000f et fait électrifier les cloches par l’entreprise Pernoud de Montagnieu (29089.08 F)

La plus petite cloche datée de 1839 pèse 225 kg et la plus grosse de 1856 pèse 325 kg. Elles ont, aux dires des spécialistes un tintement clair et agréable.

Enfin en 1993/94/95, toujours sous la magistrature de Raymond Gramusset, de gros travaux furent effectués à l’intérieur du bâtiment : la pierre fut mise à nu et tout fut sablé. Puis les joints ont été refaits. Les voûtes furent décapées et blanchies. Le résultat a dépassé les espérances. Les Prévitali père et fils de Martignat, sont de dignes successeurs des bâtisseurs de cathédrales.

Portail et portes furent reproduites à l’identique de l’original par l’entreprise Vervier de Villefranche 69. ELCO de Champdor se chargea de l’électricité.

Messieurs Savey, maçon, Emin Henri menuisier et Pesenti-Carrara, plâtriers apportèrent également leur concours pour les finitions. Coût total : 615064.71 F. Malgré les demandes pressantes et réitérées, pas un sou de subvention ne nous fut accordé.

En 2001, Monsieur Daniel Gramusset, maire, fit poser un très beau vitrail sur la façade.

 Le concepteur fut le maître verrier Gérard Geiss. Il représente notre patronne, sainte Marie Madeleine. Des réparations furent également faites sur la toiture du chœur.

Si vous passez par-là durant la belle saison, vous trouverez l’église ouverte. C’est un lieu de prière et de paix : vous pourrez admirer un très bel autel en bois, récemment restauré grâce à un don. Vous verrez également une cuve baptismale en pierre avec croix-patée sur le fond et un bénitier à godrons en marbre vert d’Italie, provenant de l’abbaye et utilisé comme cuve baptismale.

A la demande, on vous montrera un fond de stalle haute de style gothique, don de l’abbé de saint Sulpice.

Je voudrais avoir pu « rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu »