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Jules César, musée d'Arles

Histoires des Calendriers ou la mesure du temps !

En cette fin d’année 2018, il nous a paru opportun de parler calendrier. Nicolas Vincent nous livre l’essentiel de la conférence qu’il a donné à Hauteville lors de la Fête de la Science.  Nicolas Vincent, scientifique, passionné et musicien.

Nicolas Vincent a passionné son auditoire : en 2017, la mesure du temps semble être une science exacte et pourtant ... Pendant plus d’une heure, le public a suivi avec une vive attention, l’évolution de la création du calendrier, depuis les Babyloniens, les Romains, etc. Véritable enjeu de civilisation,

Un voyage dans le temps fort agréable et intéressant pour comprendre également l’histoire de la civilisation telle que nous la connaissons aujourd’hui. Nous vous transcrivons le texte qu’il nous a délivré.

Nous le remercions de nous avoir autorisé à publier sur notre blog.

 

« Si on en croit la définition la plus simple tu mot « calendrier » c’est simplement un « système de repérage des dates en fonction du temps ». Et c’est un outil indispensable et ce depuis extrêmement longtemps, pour ne pas dire depuis la nuit des temps.
En effet pour pouvoir mener à bien une activité quelle qu’elle soit, il faut pouvoir la situer dans le temps, prévoir le retour des animaux migrateurs à chasser, ou le retour de l’hiver…
et pourtant établir un calendrier qui « suit » les phénomènes saisonniers n’a, contrairement à la première intuition, rien de simple.

Mesurer le temps qui passe :

Evidemment pour « mesurer » le temps qui passe, la première idée est de compter les jours.
Mais cette unité s’avère bien malcommode pour évaluer des périodes assez longues.. 
Deuxième idée, en utilisant un phénomène astronomique facile a repérer, compter les « lunes » c’est-à-dire les cycles des phases de la lune. En effet une lunaison dure environ 30 jours, 12 lunaisons séparent deux hivers, nous avons là un moyen parfait et simple de mesurer le temps.
Oui…mais non.
Là où tout se complique c’est que l’apparente simplicité de ces phénomènes astronomiques n’est qu’un piège…
quelques rappels :
la lunaison à en réalité une valeur « moyenne » de 29,530588 jours… et une année exacte dure 12,368267 lunaisons, soit 365,242199 jours….
Etablir un calendrier qui ne « dérive » pas avec le temps s’avère en réalité très délicat…

Le temps dans la préhistoire :

Il y a 25 000 ans, les hommes comptaient les « lunes », des os portant des petites incisions et des gravures des phases lunaires en témoignent. Des sites mégalithiques comme Stonehenge sont orientés en fonctions de phénomènes saisonniers particuliers : lever du soleil exactement au-dessus de certains alignements de pierre lors de l’équinoxe de printemps, ou des solstices.


Tout ceci porte à croire que, en complément de rituels religieux, ces sites servaient de repères pour étalonner les calendriers.

La plupart des peuples de l’antiquité ont cherché à concilier répétitions des phénomènes saisonniers, et nombres de lunaisons.
En alternant 12 « mois lunaires » de 29 et de 30 jours (la lunaison moyenne durant un peu plus que 29 jours et demi)  on obtient une année grossièrement fidèle aux saisons.
Il manque en réalité 11 jours pour que ce système soit réellement efficace.

Le calendrier des Babyloniens :

Les babyloniens, dont la culture est assez bien connue, sont les premiers à avoir apporté une solution pragmatique à ce problème :
Ecoutons Hammurabi vilipender son ministre : «   L’année est hors de place. Fais enregistrer le prochain mois sous le nom de second Ululu. »  L’idée est toute simple, quand les saisons sont décalées, on redouble un mois… Comme si aujourd’hui on ajoutait un deuxième mois de décembre pour attendre la neige…
Assez vite, les hommes ont remarqué que l’ajout d’un mois supplémentaire tous les 3 ans donnaient une assez bonne concordance entre lunaisons et saisons. (L’année de 12 mois lunaire est trop courte de 11 jours, au bout de 3 ans le décalage est de 3x11 soit 33 jours d’avance, en retardant d’un mois lunaire de 30 jours on réduit cet écart à seulement 3 jours)

Une autre idée des babyloniens, qui étaient des gens fort superstitieux, est la notion de jours fastes et néfastes. Pour ne pas s’attirer les foudres des Dieux, tous les 7 jours il fallait mieux ne rien entreprendre, et finalement  le préférable était encore de se reposer. Cette coutume, en ayant transitée par tous les peuples sémites puis par le peuple romain est sans doute à l’origine de notre repos hebdomadaire.

Rome et le calendrier :

 

On attribue à Romulus lui-même l’invention du premier calendrier Romain. Meilleur guerrier qu’astronome, Romulus utilisait une année de 10 mois lunaires de 29 ou 30 jours. Un tel calendrier se décale par rapport aux saisons de plus 70 jours !!!!
Néanmoins le nom attribué aux 10 mois de l’année est intéressant.
Mars (père supposé de Romulus) ouvrait le bal, suivi de « Aprilius » (notre mois d’avril, dont le nom signifie selon certaines étymologies : « le second »)
Maius (notre mois de mai, en l’honneur de Maïa, déesse de la croissance)
Junius (juin, en l’honneur de Junon), puis en panne d’inspiration, Romulus nomma les autres mois selon leur numéro d’apparition : Quintilis, Sextilis, September, October, November, December.
A cette époque (750ans av. JC)  December (décembre) était bien le dixième mois de l’année.

Une cinquantaine d’année plus tard (vers -700 av. JC)    Numa Pompilius mit de l’ordre dans ce calendrier en le rapprochant de celui de babyloniens. L’année gagna deux nouveaux mois lunaires,

Janus (d’après le nom du dieu bicéphale des passages, qui donnera  notre mois de Janvier) et Februarus (février) dédié aux morts….
December devint donc, contrairement à son nom, le douzième mois de l’année…

Le terme Calendrier dérive du premier jour du mois romains, les « calendes » ou un annonceur public informait la foule des festivités à venir.

Comme le calendrier babylonien, l’accord avec les saisons était tout relatif (toujours le décalage de 11 jours par ans….) et les romains ajoutaient un mois supplémentaire de temps en temps.
Le « collège des pontifes » devait s’acquitter de cette charge.  Assez rapidement, afin de rallonger les mandats de leurs amis ou pour  d’autres raisons bassement mercantiles, les pontifes réussirent à décaler complètement  le calendrier par rapport aux saisons…

 

Heureusement, Jules César vint mettre de l’ordre dans tout ça. Fort de l’enseignement des érudits égyptiens (rencontrés par le biais  de Cléopâtre)  Jules César décida d’abandonner l’usage des mois lunaires. L’année comporterait  désormais 12 mois légèrement plus long pour combler le décalage de 11 jours…

Les égyptiens, par leur longue observation,  avaient établis la longueur   de l’année à 365 jours et un quart.


Jules césar décida donc de rajouter un jour de plus tous les quatre ans avant le 24 fébruarus.
Ce calendrier « Julien » restera en vigueur jusqu’au XVIème siècle et sera finalement modifié lors de la réforme grégorienne…

 

Le calendrier grégorien.

 

On doit cette réforme au Pape Grégoire le Grand. Lors de sa mise en place en France sous Henri III, le 9 décembre 1582, le lendemain fut daté 20 décembre 1582, nous avons perdu 11 jours de vie en un mois. Les nations l’adoptèrent au fil des ans. La Russie révolutionnaire ne l’a mis en fonction qu’en 1918. C’est toujours notre calendrier actuel.

Le calendrier républicain.

 

En écrivant révolutionnaire, il ne faut pas oublier qu’à partir de 1792 jusqu’en 1806, la France adopte le calendrier républicain, l’année était découpée en 12 mois de 30 jours, plus 5 à 6 jours complémentaires selon les années. On se souvient encore de leur appellation, vendémiaire, nivôse, floréal, fructidor, pour ne citer que ceux-là.

 

Bonne année 2019 à tous.

Nicolas Vincent.