couple de pigeons au nid

Pigeons volent !

 

On l’appelait « Jean sans terre ». Il avait rêvé de vivre loin de la ville, dans une obscure campagne du Bugey qu’il avait connu dans sa jeunesse comme petit berger.

Il se souvenait encore de cette belle nature, des forêts de sapins, des haies printanières blanches et roses de fleurs nouvelles, de ces prairies embaumées de l’été, des  champs de blé constellés de coquelicots et de bleuets, des fraises des bois , des framboises et des airelles dont il avait encore le goût et de ces automnes flamboyants rouge et or.

Sa décision était prise, il s’installerait là-bas sur la montagne.

Comme son sobriquet le laissait entendre, il ne possédait même pas un lopin de terre qui aurait pu lui permettre de bêcher un simple « courtil » pour y faire pousser quelques légumes.

Après beaucoup de contacts, de réflexions, il opta pour créer un élevage qui ne demanderait que peu d’investissements.

C’est ainsi qu’il devint éleveur de pigeons. C’est bien connu, de tous les animaux domestiques et autres volatiles, c’est le pigeon qui trouve en grappillant deci-delà  la moitié de sa nourriture. Une ancienne ferme abandonnée servirait de pigeonnier.

En moins d’une saison l’affaire était sur pied. Il avait su choisir une race venue du nord de la France : des « mondains » appelés aussi « carneau », une race très rustique et très prolifique. Un choix assez judicieux car l’on sait aussi que c’est de cette race que sont issus les pigeons voyageurs. Les pigeons grossissaient à vue d’œil, rondouillets et plumage rutilant, « Jean sans terre » pouvait en envisager la vente.

Il se rendit sur un marché de la petite ville voisine. Sur la place les visiteurs se pressaient pour admirer ces magnifiques bêtes. Habitués à ce qu’on les trouve beaux, les volatiles continuaient à faire ce qu’ils réussissaient le mieux : parader et roucouler, nullement dérangés par l’agitation continuelle de ce petit marché.

C’est bien connu, ce n’est qu’après avoir fait la vente de leurs produits fermiers : fromages, œufs et autres animaux de basse cour, que les habitués vaquent à faire eux-mêmes leurs provisions.

A midi, tous les casiers étaient vides, les acheteurs étaient ravis et « Jean sans terre » était comblé.

Dans quelques heures, les pigeons allaient recouvrer une certaine liberté dans les fermes voisines assez éloignées les unes des autres. Dans la tête de ces volailles, chacun sait qu’il ne faut que quelques jours pour se situer, s’orienter, chercher le bon vent et leur bon cap pour retrouver leurs nids primitifs : la fermette en ruine de « Jean sans terre ».

Ce qui fut fait…et notre spécialiste du « pigeonnage » se préoccupait déjà à préparer une nouvelle et prochaine expédition  marchande dans une foire un peu plus lointaine que la précédente.

Vous en devinez bien la raison !

pigeons

 

 

                                                                        Pour se souvenir de   Marius Guy