corlier 2007

1996 : les vaches deviennent folles !

1993 : peste porcine…

2003 : grippe aviaire et j'en passe

Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom)
Capable d'enrichir en un jour l'Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n'en voyait point d'occupés
A chercher le soutien d'une mourante vie ;
Nul mets n'excitait leur envie ;
Ni Loups ni Renards n'épiaient
La douce et l'innocente proie.
Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d'amour, partant plus de joie. La Fontaine....

Pauvres Vaches!

 

Elles ont tellement de problèmes, on leur reproche tant de choses qu’elles en sont devenues encombrantes et maudites ; on arrive même à les tuer pour ne pas qu’elles soient malades.

La télévision nous a suffisamment parlé de ce mal qui répand la terreur, appuyé sur le  qualificatif de folles que nous leur avons attribué et insisté sur le fait  qu'elles étaient cannibales.

Pauvres bêtes, aussi innocentes que les humains qui  « bouffent » tout ce que l’agroalimentaire peut leur faire avaler. Ce n’est pas très original mais je veux prendre leur défense et tenter de les réhabiliter.

Déjà, bien avant moi, SULLY ne s’était pas trompé en unissant labourage et pâturage, il savait que les vaches étaient de fameuses bêtes nourricières.

Rappelez-vous ces images du passé : ces grand’mères faisant manger leur bête le long des routes, rappelez-vous l’histoire de « sans famille » où la mère Barberin qui n’avait qu’une vache préparait des crêpes pour le petit Rémi…Et notre Fernandel s’évadant du fin fond de l’Allemagne et arrivant avec Marguerite à la porte de la liberté.

Ma génération qui a passé plus de temps avec elles dans les prés que sur le banc de l’école se souvient de cette époque où elles avaient encore des cornes et un nom…Elles s’appelaient Fleurette, Bijou, Printemps, Mignonne etc.…Elles répondaient à leur nom, beuglant à la venue de leur maître et obéissant au petit berger pour changer de direction, ces petits bergers qui devaient rendre des comptes quand la plus gourmande dévorait les choux du voisin…la plus gourmande c’était la meneuse du troupeau et la préférée, c’est à elle que l’on tirait le meilleur lait pour compléter la ration du bébé de la maison ou du petit voisin.

Aujourd’hui, on se rit de toutes ces précautions : Bébé boit du lait pasteurisé. Et même le bœuf de Pâques amoureusement préparé ne fait plus recette. Il n’a pas de nom, il ne défile plus, on vous dira seulement qu’il n’a mangé que de l’herbe et qu’il est classé E. U. ou R. Bonjour la poésie !

Dans nos petites fermes trop pauvres pour avoir un attelage de bœufs, les vaches tenaient le rôle de tracteur, sous le joug, elles étaient attelées à tous les instruments de l’époque : faucheuse, char à bois, à fumier ou à foin. Pour tirer la charrue à mancherons ou brabant on se « coublait »* à l’attelage du voisin et l’on venait ainsi à bout de tous les travaux tout en entretenant un paysage qui aura bien du mal à se maintenir.

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Les boeufs aussi  étaient liés.

Que serions nous devenus sans elles ? Sans elles nous n’aurions jamais connu la fruitière, les gaufres, la fondue, la cuisine à la crème et nos 400 fromages qui font la réputation de notre pays.

Chaque année au concours général, le monde entier vient les admirer et s’extasier devant nos races de montagne représentées autrefois par une silhouette sculptée dans les moules à beurre et vouées à la disparition. Après quelques dizaines d’années de sélection on a réussi à les sauver et le spectacle de la montée à l’alpage est le moment privilégié d’une mise en scène triomphale.

J’ai souvenir de mon dernier attelage : elles s’appelaient Manon et Marquise, elles s’arrêtaient devant la porte de l’étable, attendant le joug, obéissant à toutes les commandes dites en patois, tournant seules après chaque sillon et repartaient inlassables toujours pareilles à elles même placides et courageuses. Vous comprendrez pourquoi j’éprouve le besoin de venir à leur secours et leur prouver un peu de reconnaissance…

Une catastrophe comme celle que nous vivons ajoutée à la politique le la P.A.C. agrandira un peu plus le désert montagnard. Il y aura assez de place pour « construire la ville à la campagne, de moins en moins d’espoir pour sauver les pauvres de la famine.et le bonheur ne sera plus dans le pré ! .

 

                                                                                                 MARIUS GUY écrivait cela en 1996

 

*couble : attelage composé de deux paires de bœufs ou vaches