LA CHAPELLE SAINT PIERRE A LOMPNES….

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Située très près de la colline du château d’Angeville, la petite chapelle intrigue encore beaucoup de visiteurs. Elle n’est plus guère fréquentée. Des jeunes mariés la choisissent encore comme décor pour  les photos souvenir de leur mariage. Quant aux offices religieux, une messe est célébrée pour la fête de la saint Pierre et autrefois une prière était célébrée à l’intention des morts de la paroisse dans l’après midi du jour de la Toussaint. Il s’agissait du chapelet des morts, dont le texte était à chaque grain de chapelet « Accordez Ô doux Jésus l’entrée dans votre gloire aux âmes des élus qui sont en purgatoire, afin qu’ils reposent en paix par la miséricorde de Dieu, Amen ! »

 

Cette chapelle fait partie de ce que l’on appelle maintenant « le petit patrimoine » et pourtant elle a été partie intégrante de la vie religieuse au cours des siècles.

 

 

Nous ne possédons pas de document relatif à sa construction…Le XIIéme ou XIIIéme siècle est raisonnablement envisageable. Le premier manuscrit qui en fait mention est daté du 22 août 1443. Ce jour-là eut lieu la visite épiscopale de BARTHELEMY, évêque de CORNETO et de MONTEFIASCONE, au nom de François de Mez, cardinal du titre de saint Marcel, évêque et prince de Genève. N’oublions pas que le diocèse qui contrôlait alors LOMPNES était celui de Genève.

Les revenus de la paroisse d’Hauteville, y compris ceux de Cormaranche sa filiale, d’élèvent à 90 florins. Le curé est Rambert GROS qui ne réside pas mais se fait suppléer par le vicaire Etienne PACHER et un auxiliaire Antoine MERMET.

Le compte-rendu de la visite fait mention de la Chapelle qui, à cette époque, est en fort mauvais état. Le toit est complètement effondré, ce qui rend impossible la célébration des offices. Aussi le seigneur évêque ordonne aux paroissiens de la réparer, de la couvrir et d’y placer une porte solide. Dans le même texte, il exige que le paroissien qui détient par-devers lui le calice et les ornements les remette à la communauté dont les membres désigneront quelqu’un pour en assurer la garde. Une fois couverte et réparée cette chapelle sera rendue au culte. Quel culte, messe du dimanche ? Ou simplement office de la saint Pierre et Paul. Rien ne laisse à penser que LOMPNES fut une paroisse.

On sait par la même occasion qu’il existait déjà une chapelle fondée par le Seigneur Duc de Savoie à l’intérieur du château féodal de Lompnes, mais cette chapelle aussi est considérée comme ruinée en 1443. Il manque tous les ornements et le mobilier.

Les directives données par l’évêque pour la chapelle saint Pierre resteront valables jusqu’au jour où le Duc de Savoie aura pris d’autres dispositions et se sera décidé peut être à reconstruire et meubler la chapelle de son château féodal.

 

Pourquoi ces bâtiments réservés au culte étaient-ils dans un tel abandon ? La population du village était certainement sans ressources. Dans les 100 années précédant la visite de Monseigneur BARTHELEMY, les habitants de Lompnes avaient subi 2 épidémies importantes   dont la peste bubonique vers 1350 venue d’Orient et qui décima selon FROISSARD « la tierce du genre humain ».

 Vers 1443 une autre maladie dont on ne connaît pas la cause (peut être le retour de la peste) diminua la population de 10 feux, on ne compta plus que 110 foyers. Le pays était exsangue, la préoccupation principale était de rester en vie. Comment dans ces conditions demander à la population de pourvoir à l’entretien des édifices religieux !

Le 24 novembre 1481, nouvelle visite pastorale. L’évêque est alors Jean Louis de Savoie qui envoya son vicaire général Claude RUP, évêque de Claudiopolis. Le curé d’Hauteville  était alors un certain Guichard de Joux qui officiait avec l’aide d’un prêtre nommé Jean ROY. Aucune mention n’est faite de la chapelle de Lompnes lors de cette visite.

De nouveau en 1587, la peste fait encore des ravages. De très nombreux testaments établis par Maître Pierre HUGON, notaire ducal à HAUTEVILLE mentionnent un « mal contagieux » qui frappait la population. Les syndics du pays décidèrent d’éloigner du village les malades, c’est ainsi que des cabanes furent établies loin du bourg dans des lieux encore connus tel Tramolles, Derban, les ollières, la maladière, la combe, le grand champ, Ponciaz. Les moribonds demandaient à être enterrés près de l’église paroissiale d’Hauteville  s’il était possible de transporter leurs corps. S’ils mouraient du mal contagieux, ils étaient inhumés près de la chapelle de Lompnes. Il est fort possible si des travaux étaient entrepris dans le terrain près de la chapelle de trouver des squelettes.

Comme on a pu en trouver lors du pavage récent de l’église d’Hauteville  quand les engins ont excavé légèrement la partie nord du parvis !

 

 

C’est dans les années proches  de cette épidémie que fut fondée « la confrérie de la Bonne Mort »par autorisation du pape CLEMENT XI. De juin en octobre de cette année, de nombreux legs en argent et en nature sont faits à cette confrérie. Dans l’esprit des testateurs, ces dons servaient-ils comme passeport pour l’au-delà. Devant une telle misère, tous les moyens pouvaient sembler efficaces.

 

Le premier décembre 1605, c’est le grand saint François de Sales évêque de Genève qui visite la paroisse.

pub servi nature 001 Petite statuelle de François de Sales trouvée dans une vieille maison de Lompnes et transmise de génération en génération -collection privée-

Venant de Champdor, l’évêque s’arrêtera dans les édifices religieux d’Hauteville, Mazières et Lompnes. Le curé de la paroisse est alors l’abbé Claude CERDON établi à Hauteville  depuis le 27 février 1602. Il restera curé jusqu’en février 1642.

 

Il est noté que cette chapelle est « sans recteur, ny revenu, sinon que tous les habitants dudict lieu sont tenu de payer un sol par prebstre qui vient célébrer la messe en icelle une fois par semaine »

 

D’autres visites pastorales auront lieu en 1614 par Monseigneur ROSETAIN, en 1666 et 1683 par Monseigneur Arenthon d’ALEX et en 1700 par Monseigneur ROSSILLON DE BERNEX.

 

 

En 1870, Monseigneur de LANGALERIE vient bénir la croix de pierre érigée par la famille d’Angeville devant la chapelle. Sur le socle de la croix figurent les armes des ANGEVILLE et les initiales M.C.A. (Marie Camille d’Angeville). C’est certainement à cette époque qu’une rénovation totale a été effectuée.

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On peut noter aussi cette date de 1769 gravée sur le bénitier à l’entrée de la chapelle, les clés sculptées qui ornent ce bénitier rappellent que l’édifice est sous le vocable de saint Pierre. Les anciennes verrières sont remplacées par des vitraux très simples.

divers 017Le bénitier de 1769

 

                                                                                                    

                                                                                                       

A la fin du XIXème siècle et au début de XX ème, on sait que la famille d’Angeville exposait ses défunts dans la chapelle de Lompnes afin que la population puisse rendre un dernier hommage aux nobles du village.

                                                                                                         En 1957, le curé RENAN entreprit de rénover l’église d’Hauteville  et les habitants de Lompnes manifestèrent leur mécontentement de la manière suivante relatée par le pasteur de l’époque.

« LA REVOLTE GRONDE A LOMPNES ? »

« On dit que Monsieur le curé embellit l’église et la chapelle de Mazières. Mais qu’il ne fait rien pour la chapelle de Lompnes. Aux dernières réunions de l’Union paroissiale des hommes, je n’en menais pas large. Aussi c’est décidé, nous allons en 1957 nous attaquer au plafond et aux vitraux de la chapelle.

Et puis croyez-moi, votre curé aime bien cette originale chapelle de Lompnes et aussi beaucoup de ses paroissiens de Lompnes. Aussi jamais il ne leur accordera l’indépendance dans une vague interdépendance » (allusion à la politique de l’époque)

 

Ainsi fut fait, une collecte auprès de la population s’éleva à plus de 30.000 F ce qui permit d’effectuer les travaux. Le clocheton fut aussi réparé quelques années plus tard par la municipalité.

Sur l’initiative du Dreffia, des mécènes ont bien voulu participer à la rénovation de la chapelle. Début 2005, les vitraux inexistants – il existait de simples verrières en verre cathédrale de couleur jaune- furent installés par l’entreprise Geiss de Chatillon les Dombes et offerts par l’entreprise lyonnaise de Jean Louis Sauvajon, natif de Lompnes.

CHAPELLELOMPNES 005 Les anciennes verrières.

CHAPELLELOMPNES 018 pose des nouveaux vitraux par le Maître Verrier Geiss de Chatillon les Dombes

 

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Puis les façades furent décapées, faisant ressortir les belles pierres de taille et un chemin d’accès fut créé par l’entreprise locale de Denis Pesenti mécène de l'opération redonnant toute sa beauté à ce bel édifice riche en histoire.

Tout l’ouvrage était terminé pour la saint Pierre de cette année-là.

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A ce jour, notre chapelle est à l’abri des intempéries. Il reste encore quelques travaux à exécuter à l’intérieur : les peintures, la rénovation de la porte, la dorure de l’autel.

 

L’intérieur est modeste certes, il s’agit d’une très humble chapelle de campagne, mais si riche en histoire.