CHOC DE CIVILISATION ?

 

Le pape Benoît XVI lors de son voyage en Bavière a livré une réflexion sur l’Islam au cours de la messe de Ratisbonne dont on n’a pas fini d’entendre parler…Déjà des voix s’élèvent pour contester sa réflexion.

Cependant Maimonide penseur et philosophe de l'Islam ainsi qu'Averroes autre philosophe musulman ne disaient pas autre chose.

andalousie 037 Statue de Moïse Maimonide à Cordoue

 

Dans son homélie, il déclarait que la religion chrétienne émane de la pensée biblique augmentée de la pensée grecque, c'est-à-dire ? L’idée de Dieu à laquelle il faut ajouter la raison, contrairement à la religion de l’Islam profondément ancrée dans la notion de leur Dieu ; Allah Seul est au centre de toute pensée et de toute vie de chaque adepte de cette foi.

 

En effet chaque musulman met Allah dans sa vie, de sa naissance à sa mort, pour lui c’est une évidence, nous pourrions dire que c’est sa respiration quotidienne.

Pour nous, la raison grecque et l’esprit cartésien et rationaliste en fait un sujet de discussion…

 

De là, l’incompréhension entre nos deux mondes qui a fait craindre au Pape un choc de civilisation…

Vraiment sa réflexion est-elle passible d’une controverse alors que c’est l’évidence même.

andalousie 044 Mosquée de Cordoue

 

Il fut un temps et un lieu où les trois religions monothéistes vivaient en parfaite harmonie dans la Sicile nouvellement conquise sur les musulmans par les normands en 1091. Certes nous ne nions pas que la conquête fut des plus guerrières et avec effusion de sang…mais quelques années plus tard on assiste à un phénomène de société où arabes, juifs et chrétiens vivent en harmonie car un descendant des « Hauteville » (le nom de famille des normands, ça ne s’invente pas) Roger 1er construit un état modèle fondé sur la tolérance, l’œcuménisme inspiré par Byzance et Monde arabe. Il y a un respect des religions et le pouvoir n’intervient pas. Les minorités religieuses fournissent ministres et fonctionnaires. Il existe un exemple flagrant de la bonne entente dans la construction de la cathédrale de Palerme  où l’on fait travailler des artistes musulmans, l’art chrétien se métisse avec l’art arabe… Roger 1er entretient de bonne relation d’idée et épistolaire avec le sultan.

C’était peut être trop beau aux yeux des puissants du monde,  la conquête allemande en 1194 fit voler en éclat ce semblant de paradis qui dura près de 100 ans. Certes l’empereur Frédéric II tenta de poursuivre le débat d’idées, fondé sur la culture et la tolérance entretenant des relations épistolaires avec le sultan du Caire Malik Al Khamil et autres savants et philosophes du monde arabe, mais là, le pouvoir de Rome dirigé par Grégoire IX ne put tolérer cette relation et Frédéric fut excommunié deux fois

L’Andalousie eut aussi un moment de grâce sous le Cadi Averroès vers 1150, il interpréta la pensée grecque d’Aristote à la lumière du Coran et influença  notre pensée chrétienne du moyen âge, mais n’oublions pas que les islamistes intégristes de l’époque firent brûler ces livres…..Déjà….

Mais ce maître à penser de l’époque, avait essayé de mettre en pratique l’équation dont parle Benoît XVI « foi et raison ».

 

Dieu ne peut être en aucun cas une raison d’Etat mais il doit être essentiellement réservé pour l’homme. C’est ce que Benoît XVI appellait à professer : « le visage d’un Dieu humain »

 

On peut mélanger Dieu avec le pouvoir, les affaires, les Etats, mais cela ne fonctionne jamais.

 L’homme est une idée de Dieu, les hommes se font une idée de Dieu….mais de grâce ne mélangeons pas tout : on ne doit pas conquérir, tuer au nom de Dieu, on rejoint là l’ineptie la plus totale qui engendre meurtres, attentats, guerres. Voyez ce que nous avons vécu et ce que nous allons vivre dans les jours et mois futurs si nous ne nous libérons pas des contingences et des intérêts terrestres et si ne rétablissons pas la relation simple : «  Dieu est fait pour l’homme, l’homme est fait pour Dieu »

andalousie 029 L'art musulman à l'Alhambra de Grenade

 

 

                                                                                           Texte écrit cinq jours après le discours de Ratisbonne le 12 septembre 2006