Un olifant dans le Bugey

olifant Exemple d'olifant

 

On dit que des bergers, entrant dans un abri sous roche appelé La Balme à Roland, situé près de la Chartreuse de Portes sur la commune d’Ordonnaz, découvrirent un très beau cor en ivoire dans son étui de cuir.

Cette découverte que l’on pourrait situer au 14 ème siècle fut remise aux Chartreux  qui la conservèrent durant 4 siècles.

Fin 18 ème siècle, Thomas Riboud procédait à des recherches géologiques et minéralogiques dans le Massif de Portes, les chartreux lui présentèrent le cor et lui en firent don.

Comment ce cor se retrouva dans la collection d'Albert Honoré du duc de Luynes, qui fit don en 1862 des oeuvres qu'il possédait au cabinet des médailles de la bibliothèque nationale de France et au Louvre. Nul ne le sait ! Le voyage des objets est parfois étrange, voir le saint suaire de Turin par exemple.

 

Pour rappeler l'histoire locale,on sait que le Bugey fut investi par des bandes de Sarrasins de l’an 800 à l’an 1000, ils recherchaient sur les hauteurs des situations qui leur permettaient de contrôler les passages, c’est ainsi qu’on les trouve dans la région de Culoz, sur le haut Valromey près d’Assin. D’après Paradin, historien de la maison de Savoie, c’est Bérold de Saxe, aidé par le seigneur de Seyssel qui chassa les sarrasins retranchés à Luyrieu, Talissieu, Ameyzieu, Cerveyrieu, Belmont et sur le massif de Portes vers Ordonnaz

Peut-on faire remonter l’olifant de Portes à cette époque…Certainement pas, il ne faut pas rêver!  Le fourreau dans lequel il était enfermé semble plus tardif…Sur ce fourreau de cuir, de style Hispano-mauresque, on voit, soi-disant, les armes de Blanche de Castille, mère de Saint Louis ! Ceci est à vérifier. Ce que l'on sait cependant c'est qu'un nombre d'olifants ont été fabriqué du XII ème au XIV ème siècle, comme le cite Lucien Golvin dans la Revue de l'occident musulman et de la méditerrannée. Notre olifant de Portes qu'il situe dans l'Aisne-on croit rêver- côtoie par sa beauté ceux de Saragosse, Ulph, Vienne, Boston, Arles. L'art Mudéjar est présent très inspiré de certaines techniques et formes décoratives fatimides et perses.

Guilhem Anelier ou Guillaume Anelier de Toulouse est un chroniqueur et un poète, né à Toulouse, auteur de l'histoire de la guerre de Navarre en 1277, long poème narratif publié et traduit en français en 1856 par Francisque Michel.

 La description qu'il fait d'un olifant concorde parfaitement avec l'olifant de Portes.

On y trouve les symboles suivants : cavalier monté sur un animal fantastique, serpent, animaux chimériques, lions qui s’affrontent, phénix, oiseaux de proie, chameau et buffle.

La facture en est bien orientale.

Du XII ème voire XIV ème siècle, comment cet olifant est arrivé dans un abri du Massif de Portes, mystère,l’énigme que pose cet objet est totale.

Cependant cet objet existe, et c’est un très bel olifant exposé sans son étui de cuir, que l'on peut admirer à  la bibliothèque nationale.

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Sources :Louis Berthelon, Raymond Gramusset, Paradin, Guilhem Anelier, lucien Golvin